Last Updated on 06/08/2026 – 08:02 by Frank César LOVISOLO
| Courbes, ombres, lignes, couleurs, les objets du quotidien furent prétexte à cet exercice plastique…
Nature Morte II – Vidéo d’Art |
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Vidéo crée en 2013 – Version actuelle juillet 2019 |
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Atatürk Kültür Mer.Cemal Gürsel Caddesi
Lefkoşa 99010 Cyprus – Chypre
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SELECTION OFFICIELLE AVIFF CANNES 2014 _____________
Date : 7 jours, 15-21 mai 2014
Nature Morte IIL’esthétique de la disparition
Essai de philosophie de l’art par :
Depuis ses origines, l’art occidental entretient avec les objets une relation paradoxale. Il les représente pour les sauver de l’oubli tout en rappelant, avec une obstination silencieuse, leur disparition inéluctable. La nature morte constitue sans doute l’expression la plus accomplie de cette contradiction. En immobilisant les choses, elle ne suspend pas le temps ; elle en révèle au contraire la puissance. Nature Morte II s’inscrit dans cette tradition sans jamais s’y enfermer. Là où la peinture classique arrêtait un instant de l’existence, cette œuvre introduit le mouvement même du temps dans la composition. La nature morte cesse d’être un état pour devenir un processus. L’image ne fixe plus les objets : elle accompagne leur effacement. Ce déplacement est décisif. Dans la peinture, la disparition demeure implicite. Le spectateur sait que le fruit pourrira, que le pain rassira, que les fleurs se faneront. La toile évoque cette certitude sans la montrer. La vidéo, au contraire, fait de cette disparition son matériau même. Le temps n’est plus le sujet caché de l’œuvre ; il en devient la substance visible. Ainsi, Nature Morte II ne représente pas le temps : elle le laisse agir. Il ne s’agit pourtant pas d’une simple démonstration sur l’impermanence. L’œuvre procède par soustraction. Cette logique est rare dans une civilisation qui associe spontanément la création à l’ajout. Créer, pense-t-on, consiste à produire davantage de formes, davantage de matière, davantage d’images. Ici, la création naît du contraire. Chaque disparition construit davantage l’œuvre qu’elle ne la détruit. Ce paradoxe rejoint l’une des intuitions fondamentales de l’esthétique contemporaine : l’absence peut posséder une puissance plastique supérieure à la présence. Depuis le XXᵉ siècle, de nombreux artistes ont compris que le vide n’était pas l’opposé de la forme mais l’une de ses conditions. L’espace laissé libre devient actif. Il oblige le regard à inventer ce qui n’est plus montré. L’œuvre cesse alors d’être un objet fermé ; elle devient une expérience de participation intérieure. Dans Nature Morte II, cette participation s’opère presque malgré nous. Au début, le regard circule librement parmi les aliments, les bouteilles, les couleurs. Rien ne retient véritablement l’attention. La profusion produit une forme d’indifférence perceptive. Puis chaque disparition réorganise notre manière de voir. Ce que nous ignorions devient soudain essentiel précisément parce qu’il manque. Le spectateur découvre alors une vérité paradoxale : nous percevons moins les objets que leur disparition. La phénoménologie nous enseigne que la conscience ne rencontre jamais les choses comme de simples réalités matérielles. Elle les rencontre toujours comme porteuses de sens. Or ce sens apparaît souvent avec davantage d’intensité lorsque l’objet cesse d’être immédiatement disponible. L’absence révèle ce que la présence dissimulait. L’œuvre rejoint ici une intuition profonde : voir n’est jamais seulement recevoir des images, mais apprendre à habiter ce qui se dérobe. La disparition progressive de la couleur approfondit encore cette réflexion. Dans notre imaginaire, la couleur est associée à la vitalité, à l’immédiateté du sensible. Le noir et blanc, au contraire, semble appartenir au domaine de la mémoire, de l’archive ou de la pensée. Pourtant, cette opposition est trompeuse. En abandonnant progressivement la couleur, l’œuvre ne perd pas de réalité ; elle abandonne seulement l’illusion selon laquelle la réalité se réduirait à son apparence. Le monochrome agit comme une décantation. Il retire au monde son éclat superficiel afin d’en faire apparaître l’architecture invisible. Les objets cessent d’être séduisants ; ils deviennent nécessaires. À la fin subsistent une miche de pain, un verre et une pomme de terre crue. Cette image ne relève pas du minimalisme décoratif. Elle possède une portée anthropologique. Elle ramène l’existence humaine à quelques besoins élémentaires, rappelant que toute civilisation repose finalement sur une économie du nécessaire avant de devenir une économie du désir. Mais l’œuvre ne prêche ni l’austérité ni le renoncement. Elle montre simplement que notre époque entretient avec les objets une relation d’accumulation qui finit par rendre le monde opaque. Plus nous possédons, moins nous regardons. Plus les choses abondent, moins chacune existe réellement à nos yeux. En retirant presque tout, Nature Morte II restitue paradoxalement aux objets leur singularité. Cette démarche rejoint une interrogation plus vaste sur la condition de l’image contemporaine. Nous vivons entourés d’une profusion visuelle sans précédent. Les écrans multiplient les représentations, accélèrent leur circulation et rendent chaque image immédiatement remplaçable par une autre. L’excès produit une fatigue du regard. Face à cette saturation, l’œuvre choisit une voie inverse.
Cette économie du visible possède une portée éthique autant qu’esthétique. Elle rappelle que toute véritable expérience artistique suppose une disponibilité intérieure. L’œuvre n’impose aucune interprétation. Elle crée simplement les conditions d’une attention renouvelée.
L’art retrouve alors une fonction ancienne que la modernité a parfois oubliée : non pas divertir, convaincre ou illustrer une idée, mais transformer la qualité même du regard. Ainsi, Nature Morte II ne propose pas une méditation sur les objets ; elle interroge notre manière d’habiter le monde.
Et l’image, dépouillée de presque tout, retrouve cette capacité première qui fonde les grandes œuvres : faire apparaître l’invisible non en le montrant davantage, mais en laissant le regard le découvrir lui-même. |


Les objets d’une nature morte

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