Il Sogno di Eschilo nel Teatro di Catania

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Last Updated on 24/05/2026 – 07:41 by Frank César LOVISOLO

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Eschilo,théâtre gréco-romain de Catane,sicile - One Outside - Frank César LOVISOLO - -
ComGris
Composition pour :
Clarinette Basse, Contrebasse jouée par Philippe Jeay, Synthétiseurs, Sons enregistrés dans les corridors du théâtre antique Gréco-Romain de Catane, Montages d’enregistrements de contrebasse jouée à l’archet et deux métronomes aléatoirement décalés.
Eschilo,théâtre gréco-romain de Catane,sicile - One Outside - Frank César LOVISOLO - -Eschyle, en italien Eschilo,

Nicolas Sébastien Adam : Prométhée enchaîné

Nicolas Sébastien Adam : Prométhée enchaîné

Il est né, vers -525, à Éleusis (Attique) une ville des mystères, en l’honneur de Déméter, auxquels il est initié. Il est issu de la classe noble des Eupatrides.

Il est mort à Géla (Sicile, cité fondée en -688 par les Rhodiens…) en 456 avant l’ère actuelle. Selon la légende, il serait mort en recevant une tortue sur la tête, lâchée par un rapace qui aurait pris son crâne dégarni pour un rocher utile à en briser la carapace. Étrange, pour un personnage réputé pour avoir la tête dure !

Ce que nous raconte Valerius Maximus

(un historien et moraliste romain du Ier siècle de l’ère actuelle, contemporain de l’empereur romain Tibère) :

«La mort du poète Eschyle n’était certes pas volontaire, néanmoins son caractère extraordinaire en fait un événement qui mérite d’être rapporté.
Ayant dépassé les remparts de la ville où il demeurait en Sicile, il s’assit dans un endroit ensoleillé.
Au-dessus de lui, un aigle portant une tortue, trompé par le lustre de son crâne – car il était chauve – la laissa tomber sur lui, comme sur une pierre, pour la casser et se repaître ainsi de sa chair ; c’est par ce coup que la source et l’origine d’une tragédie plus puissante s’éteignit.»
Ainsi que Pline l’Ancien dans son traité d’Histoire Naturelle:
«Cet aigle a aussi l’instinct d’enlever des tortues pour les briser en les jetant du haut du ciel ; ce sort tua le poète Eschyle, qui, à ce qu’on rapporte, ayant entendu un oracle [qui disait que] ce jour-là aurait lieu un écroulement, voulut s’en protéger en se fiant à un espace en plein air

Sur une centaine de pièces de théâtre composées, sept nous parviendront : 
Les Perses, Les sept contre Thèbes, Les Suppliantes, L’Orestie, Prométhée enchaîné.

J’étais enfant quand le téléfilm de Jean Prat, les Perses, a été programmé. Si le déroulant n’est pas resté dans ma mémoire, je me souviens très bien d’avoir été impressionné par les décors et surtout les masques des acteurs. Ce fut ma première rencontre avec l’œuvre d’Eschyle et le théâtre grec. Mais, aussi, cela va sans dire, ce fut une de mes premières confrontations avec la musique contemporaine. Pour le fait, la composition Jean Prodromidès a été créée pour cette œuvre cinématographique.

Il y eut un temps, un instant, où la télévision se voulait vectrice de culture puis, d’années en années, elle est en arrivée à la télé-réalité et son flot d’inepties. La faucheuse de l’audimat a fait son ouvrage. Heureusement qu’il nous reste encore quelques minuscules ilots préservés sur lesquels il est encore possible d’apprendre et de découvrir.

Les Perses d'Eschyle, un téléfilm de Jean Prat,1961

Les Perses d’Eschyle, un téléfilm de Jean Prat, 1961

À la même époque, à Chartres, j’étais en 6e au lycée Marceau, un professeur d’histoire extraordinaire me fit découvrir l’histoire antique à grand renfort de diapositives ramenées de ces voyages en Égypte, Grèce et Italie. J’ai lu à cette époque toutes les mythologies. 

Depuis, le gout de la découverte de ces grandes civilisations et leurs vestiges m’est resté. Quelques voyages s’en sont suivis, de l’Italie à l’Égypte en passant par la Grèce et quelques iles méditerranéennes. Et, au plus près car il me faut le citer, le site archéologique d’Olbia avec son port gréco-romain submergé, situé dans la commune d’Hyères.

Quant à la musique…

Eschilo,théâtre gréco-romain de Catane,sicile - One Outside - Frank César LOVISOLO - -

À peine arrivé à Catane, je me suis précipité vers le théâtre antique gréco-romain, j’avais hâte de l’explorer. Il est superbe. Son existence remonterait au Ve siècle avant notre ère et il fut remanié maintes fois sous les Julio-Claudiens, les Flaviens et Hadrien, il pouvait accueillir environ 7500 spectateurs. 
C’est dans les corridors, dans l’ombre apaisante d’un été brulant, que me vint cette idée fantaisiste : résidant à Géla, peu de temps avant son départ pour le royaume d’Hadès et Perséphone, l’intrépide voyageur dramaturge aurait pu visiter le théâtre Catane, peut-être encore en construction.
Je l’imaginai, là, assis au centre du troisième rang de la « cavea », songer à une nouvelle œuvre, une innovante mise en scène peut-être sur le périple de Déméter qu’il vénérait.

C’est d’une simple rampe d’escalier que provient le son principal de cette composition. Je l’ai heurté par mégarde avec mon appareil photo. Un son splendide et riche demeura un instant dans la coursive, il me fallait l’obtenir en instantané.

Heureusement, quand je voyage, j’ai toujours dans mon sac à dos un petit enregistreur qui me permet de prélever, chaque fois que la nécessité se présente, une « image » acoustique du lieu. Ainsi débuta une séance de deux heures de prise de son tambourinant chaque rambarde sous l’œil interrogatif des passants. J’imagine bien quelques-uns me considérer, en silence, comme un fada ! C’est amusant, les enfants sont bien plus réceptifs que leurs géniteurs empêtrés dans leurs habitudes. 

Il me faut arpenter longtemps. La couleur acoustique nécessite beaucoup de matière pour la modeler quand, plus tard, arrivera le temps de la composition et du montage où viendront s’entremêler un saxophone et une contrebasse dans une « hybris » sonore oniriquement descriptive. Mais, la complexité d’une âme n’a-t-elle pas de démesure ?

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A propos Frank César LOVISOLO

Compositeur – Artiste multimédia – Ingénieur du son, actuellement chargé de cours à l’Université de Toulon depuis 2010. Compositeur de musiques actuelles. Photographie & Art numérique visuel. Vidéaste d’art.
Lien pour marque-pages : Permaliens.

4 Commentaires

  1. Théodore Anagnos

    Ce qui frappe d’emblée dans cette page, c’est le refus de toute condescendance pédagogique. L’auteur ne fait pas la leçon sur Eschyle, il raconte comment il l’a rencontré, enfant, derrière un téléviseur, assommé par les masques du téléfilm de Jean Prat et la musique de Jean Prodromidès. Ce geste autobiographique, loin d’être une digression narcissique, fonde quelque chose d’essentiel : la légitimité sensible du propos. On ne parle bien d’une œuvre qu’à partir du moment précis où elle vous a saisi.

    La mort d’Eschyle telle que la rapporte Valère Maxime, un aigle, une tortue, un crâne chauve confondu avec un rocher, est convoquée sans ironie facile. Frank César Lovisolo la cite et passe, laissant résonner l’absurde dans toute sa gravité. Il y a là une pudeur que l’on apprécie : la mort du père de la tragédie est elle-même tragiquement comique, et ce n’est pas au commentateur de le souligner à grands traits.

    La partie centrale, consacrée à la genèse musicale, est peut-être la plus singulière. L’idée de frapper par mégarde une rampe d’escalier dans les coursives du théâtre gréco-romain de Catane et d’en faire le matériau sonore principal d’une composition, c’est une démarche qui dit quelque chose de profond sur la relation entre le lieu et l’œuvre. Le théâtre n’est pas ici un décor ni une inspiration vague : il est littéralement la matière. Les pierres parlent, encore, et l’ingénieur du son leur tend son microphone.

    On pourrait toutefois s’interroger sur la composition elle-même, que l’on entend à l’état d’extrait. La clarinette basse et la contrebasse jouée à l’archet dessinent une tension intéressante, mais les deux métronomes aléatoirement décalés semblent parfois briser l’élan onirique que le titre promet. Le rêve d’Eschyle méritait peut-être un espace plus continu, moins heurté, à moins que cette friction ne soit précisément l’image sonore de la pensée dramaturgique du Grec, toujours en déséquilibre entre l’ordre divin et le désordre humain.

    Quant aux photographies du théâtre, elles témoignent d’un vrai sens de la lumière méditerranéenne, cette façon de faire coexister l’ombre et l’éblouissement sans forcer la symbolique. L’image du Prométhée enchaîné de Nicolas Sébastien Adam, convoquée en regard, crée un écho sculptural juste, sans que le rapprochement soit trop ostensible.

    Un article qui donne envie de traverser la Sicile avec un enregistreur dans le sac.

    • Théodore Anagnos,

      Votre lecture me touche précisément là où je ne l’attendais pas : dans ce geste autobiographique que vous qualifiez de « légitimité sensible ». C’est une formule juste. On n’écrit pas sur une œuvre — on écrit depuis elle, depuis le moment exact où elle vous a atteint. Jean Prat et Prodromidès, un soir de télévision, ont fait irruption dans mon enfance bien avant que je ne susse le nom d’Eschyle. C’est cela, finalement, que j’ai voulu restituer.
      Sur la mort de l’Aischylos — je partage entièrement votre réserve sur le commentaire à grands traits. La mort absurde d’un homme qui avait mis en scène la démesure de toute une civilisation parle d’elle-même. Valère Maxime l’a compris, Pline également. On n’y ajoute rien sans l’appauvrir.
      Votre réserve sur les métronomes décalés est honnête, et je la reçois comme telle. Mais je vous avoue que c’est précisément cette friction que je cherchais — non pas l’illustration d’un rêve apaisé, mais la texture d’une pensée en travail, celle d’un dramaturge qui n’a jamais cessé de tenir ensemble deux forces contradictoires. L’hybris n’est pas un état serein.
      Quant à la rampe d’escalier : c’est elle qui a tout décidé. Le lieu avait quelque chose à dire — il suffisait de l’écouter.
      Traversez la Sicile, effectivement. Et prenez un enregistreur.

  2. Je suis toujours impressionnée par la magnificence des œuvres antiques et par ces hommes qui, par leur talent ont su laisser leur nom à la postérité.

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