Last Updated on 30/05/2026 – 08:56 by Frank César LOVISOLO
Composition pour :Avec Jay Crawford Contrebasse jouée à l’archet
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Attendre. |
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Traité métaphysique sur l’attente du train de 8h12Attente : Action de demeurer en un lieu jusqu’à ce que quelqu’un ou quelque chose arrive… Gare : Ensemble des installations et bâtiments établis à certains points d’une ligne de chemin de fer, destinés à permettre l’embarquement et/ou le débarquement des voyageurs et/ou des marchandises. Gare – Gare – Gare –
![]() Saint Charles à Marseille Le train de 8h12 n’est pas en retard. À 8h10, tout le monde est là. Aligné. Concentré.
Optimiste. Les yeux rivés sur le panneau lumineux qui affiche fièrement :
8h12 – À l’heure. À 8h12, le panneau clignote.
8h12 – Retardé 3 minutes. À 8h15, toujours 3 minutes.
Les minutes ferroviaires sont différentes des minutes humaines. Elles sont plus élastiques. Plus contemplatives. Parfois même décoratives.
À 8h21, le panneau affiche :
Retard indéterminé. Ce qui, en langage ferroviaire, signifie :
« Nous aussi, on aimerait savoir. » Sur le quai, la transformation commence.
Les voyageurs cessent d’être des individus. Ils deviennent une communauté. Une tribu. Une civilisation en attente.
Certains développent des techniques de survie :
Puis la voix du haut-parleur s’active.
Bzzzzkrrrrr… tchhh…
« Le train à destination de… krrr… sera retardé en raison d’un incident… tchh… indépendant de notre volonté. » Gare – Gare – Gare –
![]() Gare St Charles – Marseille Indépendant. Cet incident mystérieux semble avoir une autonomie totale.
Il agit seul. Il prend des décisions. Il a probablement un badge et un bureau quelque part. À 8h37, le panneau change encore :
Le train est annoncé voie 4. Panique générale.
La tribu se met en mouvement. Les sacs frappent, les manteaux tourbillonnent, les trottinettes s’emmêlent. Une migration spectaculaire vers la voie 4 commence.
Arrivés voie 4.
Silence.
Nouveau message :
Le train est annoncé voie 2. Retour groupé. On ne court plus. On glisse dans une sorte de désespoir organisé.
À ce stade, certains voyageurs ont accepté leur nouvelle vie. Ils envisagent de fonder une petite économie locale :
— « J’échange un chargeur contre un croissant. » — « Qui a du réseau ? Je propose 10% de batterie contre 2 minutes de partage de connexion. » Un homme a commencé à écrire ses mémoires :
“Moi, survivant du quai B, hiver 2026.” Puis soudain, à 9h02, le train arrive.
Lentement.
Très lentement.
On pourrait descendre marcher à côté.
Les portes s’ouvrent avec la solennité d’un temple antique. Les voyageurs montent dans un silence religieux. On s’assoit. On respire. On y est.
Le train démarre.
Deux mètres.
Arrêt.
![]() René Jacques (1908-2003) – Attente à la gare, Paris, vers 1934 La voix reprend : Bien sûr.
Il y a toujours un train précédent. Un ancêtre. Un pionnier. Un éclaireur sacrificiel.
À 9h11, le train repart.
À 9h13, il s’arrête à nouveau.
« Nous attendons un signal favorable. » Le signal, probablement, réfléchit encore.
À 9h25, on roule enfin. Une vitesse majestueuse de 14 km/h. Les arbres à l’extérieur nous dépassent presque par politesse.
Un enfant demande :
— « Papa, on va arriver quand ? » Le père répond, les yeux perdus : — « Un jour, mon fils. Un jour. » À 9h47, annonce finale :
« Nous arriverons avec un retard estimé de 5 minutes. » 5 minutes.
Toujours 5 minutes.
Parce qu’au fond, le train de 8h12 n’est jamais vraiment en retard.
Il nous enseigne la patience.
La solidarité. La relativité du temps. Et surtout… …qu’on aurait peut-être dû prendre le vélo.
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With Jay Crawford DoubleBass.Nous avons fait quelques essais puis il a joué…. We did some tests, and Jay Crawford plays bass on it… |
Born in 1962 in San Francisco.I lived in a far-out musical/hippie commune with « The sons of Champlin » until 1969, whereupon my mother met, and swiftly fell in love with, E.C.M. Recording Free-Jazz artist, Contra Bassist « Barre Phillips ».We moved to France where we toured and lived all over Europe.
In 1976 I moved back to the U.S. just in time to rebel and dive into Punk Rock. Since then, I’ve been playing, touring, and recording with many bands, the most renown of which was Warner Bros. recording artists « BomB ». Bomb made 7 records and toured both the U.S. and Europe enjoying success and appreciation from an astoundingly wide-ranging fan base for 13 years. My current S.F. Bands are « The night Falls », « RoadsideMemorial », « Housecoat Project », « Le Group », « Battery Powered Grandpa » and « The Janet Stuart Blues Band ». So ….in short, my musical tastes are very diverse and yes… I have been experienced!Other Distant Whisper |
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Quai numéro 8 : l’art de faire du temps perdu une matière premièreIl y a des artistes qui travaillent avec le marbre, d’autres avec l’huile ou le crayon. Frank César Lovisolo, lui, travaille avec ce que la plupart des mortels subissent en silence : le retard ferroviaire. Bienvenue dans L’attente à la gare, pièce appartenant à l’album Distant Whispers, publiée en 2013 et discrètement mise à jour en avril 2026, comme si le compositeur avait lui-même raté le train de la mise en ligne initiale. Un orchestre de gare : l’impossible liste d’instrumentsAvant même d’appuyer sur « play », la seule lecture de la composition impressionne par son audace instrumentale. Deux pianos, marimba, harpe, dulcimer, koto, xylophone, kora, agogô, samples de bruits de train et de gare, et, cerise sur le wagon, la contrebasse jouée à l’archet par Jay Crawford, personnage savoureux dont la biographie tient du roman picaresque californien. Né à San Francisco en 1962, élevé dans une commune hippie au côté du contrebassiste ECM Barre Phillips, passé par le punk rock des années 1970, Crawford apporte à cette partition une gravité de fond de cale qui contraste avec la légèreté chatoyante des percussions. Le résultat à une durée 8’23 », dans la version initiale. On ne s’ennuie pas. C’est paradoxal, pour une pièce sur l’attente. L’association du koto japonais, de la kora ouest-africaine et du dulcimer appalachien avec des samples SNCF relève d’une forme de géographie musicale délibérément décloisonnée. On peut y voir l’expression d’une conviction esthétique : les gares sont des lieux de fusion, où des trajectoires humaines venues de partout convergent brièvement avant de diverger à nouveau. La musique dit cela mieux qu’un poème. Le texte : du Kafka ferroviaire avec des éclairs de PrévertLe texte d’accompagnement, qu’on imagine rédigé un jour de retard expiatoire à Saint-Charles de Marseille, est une petite comédie philosophique sur l’absurdité de l’attente organisée. Lovisolo y décrit avec une précision entomologique les différentes espèces de voyageurs bloqués sur un quai : le Marcheur en Ligne Droite, l’Analyste du Panneau, le Prophète, le Résigné. La taxonomie est impeccable. Le ton est celui d’un Alphonse Allais qui aurait pris le TER. Quelques formules méritent le détour. L’idée que les minutes ferroviaires sont « plus élastiques, plus contemplatives, parfois même décoratives » est juste et drôle. La notion d’un incident ferroviaire doté « d’une autonomie totale » et « probablement d’un badge et d’un bureau quelque part » confère à l’absurde kafkaïen une touche de bureaucratie locale que tout usager des transports reconnaîtra avec un sourire navré. On pourra toutefois noter que le texte, hilarant en surface, ne creuse pas toujours jusqu’au fond philosophique qu’il prétend annoncer. L’épigraphe initiale, « Peut-être que la gare est un passage et un lieu de tous les possibles », ouvre une promesse métaphysique que la suite traite davantage en farce qu’en méditation. Ce n’est pas un reproche : la comédie est une forme honnête. Mais entre la promesse et la livraison, il y a, comme dirait l’affichage SNCF, un léger retard indéterminé. L’image de René Jacques : un ancêtre bienvenuLe choix d’inclure une photographie de René Jacques (1908–2003), Attente à la gare, Paris, vers 1934, est la décision la plus juste de la page. Ce maître du noir et blanc humaniste apporte une profondeur historique qui ancre la rêverie dans la durée longue. Les voyageurs de 1934 attendaient eux aussi, avec la même résignation élégante. La gare transcende les générations. Lovisolo le sait, et le montage visuel le dit sans avoir besoin de l’écrire. Une pièce cohérente dans un univers foisonnantL’attente à la gare s’inscrit dans un catalogue impressionnant : Artaud, Lautréamont, Sappho, Baudelaire, compositions concrètes, photographies, art numérique… Le site de Frank César Lovisolo ressemble à un de ces immeubles haussmanniens dont on découvre, à chaque étage, une nouvelle civilisation. La pièce commentée ici en est un palier agréable : accessible sans être triviale, amusante sans être légère, bien construite sans se prendre trop au sérieux. Jay Crawford joue. Les trains partent, ou ne partent pas. La contrebasse tient le fond. Et quelque part entre le quai 2 et le quai 4, dans ce chaos organisé que Lovisolo transforme en matière musicale, quelque chose de vrai sur la condition du voyageur, et peut-être de l’être humain en général, résonne encore après la dernière note. On aurait peut-être dû prendre le vélo. Mais on aurait manqué la musique. |






L’intervention de 











Une musique très entraînante qui n’engendre pas la patience, mais j’aime.
C’est le but !!!
Merci !
1) L’attente :
– qui ? that is the q. Et le temps change en relation avec.
– combien ? Ça dépend du train, de son conducteur, de la ligne, de l’électricité, etc.
2) La gare :
– « Gare-gare-Gary Cooper » (Boris Vian)
3) Le penseur de ce cosmos affectif et ferro-temporel. L’instant présent Kierkegaard, chef de gaar-de et d’orchestre.
🙂