Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage avec Pierre de Marbeuf

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Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage

(1596-1645) Recueil de vers, 1628

« Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes. »

 

la mer et lamour 005

 

Pierre de MarbeufPierre de Marbeuf (1596-1645) est un poète baroque français du XVIIe siècle.

.
Né à Sahurs dans la généralité de Rouen, province de Normandie, il fait ses études au collège de La Flèche dans le Maine, puis vit à Paris de 1619 à 1623. Il étudie le droit en compagnie de Descartes. Auteur de sonnets baroques et du Recueil de vers (publié à Rouen en 1628), il met en œuvre les thèmes de la nature, de la fragilité de la vie et de l’amour. Il sera aussi maître des eaux et forêts, ce qui peut expliquer la présence récurrente de la nature dans son œuvre. Il utilise beaucoup le registre comique et pathétique.
Connu tardivement, il est apprécié non seulement pour ses qualités de poète, mais aussi pour ses talents satiriques.
 
Les poèmes

Conclusion des beautés d’Amaranthe

Alors que j’ai chanté par un vers précieux
Cette divine bouche où Piton se repose,
Que j’ai doré les fers où mon âme est enclose,
Et qu’après j’ai fait luire un soleil dans ses yeux,

J’ai fait flotter Pactole avecque ses cheveux,
J’ai fait rire la perle, et soupirer la rose :
Mon pinceau poursuivait, mais ma Muse s’oppose
Aux traits les plus hardis des attraits amoureux.

Je voulais peindre à nu les beautés que dérobe
A mes yeux envieux le voile de sa robe ;
Mais là des déités est le saint Panthéon.

Aux téméraires yeux là l’amour met des bornes,
Et menace, cruel, du supplice des cornes,
Tous ceux qui commettront le péché d’Actéon.


Discrétion

Vous avez menti, ma mémoire,
Je n’en fus jamais possesseur,
Jamais Philis ne m’a fait boire
Ce que l’amour a de douceur.

Ma Philis, vous ai-je baisée ?
Ne m’en faites point souvenir,
Car je commande à ma pensée
De ne m’en pas entretenir.

Ô solitude ma fidèle,
Si je vous ai parlé jamais
Que je suis le coeur de ma belle,
Dites-le, je vous le permets.

Philis, demandez aux campagnes,
Aux humbles vallons, aux côteaux,
A ces orgueilleuses montagnes,
A ces forêts, à ces ruisseaux.

Ce sont là tous mes secrétaires :
Mais je peux vraiment vous jurer,
Qu’ils ne savent pas les affaires
Que je veux moi-même ignorer.

Et toutefois je viens d’apprendre
Que vous m’appelez indiscret,
Et que vous dites que Silvandre
Ignore les lois du secret.

Nous n’avons eu pour témoignage
De nos saints et chastes amours,
Que les buissons de ces bocages
Où les eaux amusent leurs cours.

Si nos amours sont décelées,
Ces eaux l’ont dit à leurs poissons,
Ou quelque oiseau de ces vallées
L’a peut-être appris des buissons.

Cette eau ne peut souffrir l’injure
Qu’on lui fait à cause de vous ;
Oyez-vous pas qu’elle en murmure,
Et qu’elle en parle à ses cailloux ?

Les oiseaux sont de la partie,
Car ils défendent les buissons,
Disant à l’eau pour répartie,
Que les maquereaux sont poissons.

Cessez de me blâmer, ma belle ;
Car le ciel marri de mes maux ;
Pour accorder notre querelle,
Fait disputer les animaux.


Je disais l’autre jour…

Je disais l’autre jour ma peine et ma tristesse
Sur le bord sablonneux d’un ruisseau dont le cours
Murmurant s’accordait au langoureux discours
Que je faisais assis proche de ma maîtresse.

L’occasion lui fit trouver une finesse :
Silvandre, me dit-elle, objet de mes amours,
Afin de t’assurer que j’aimerai toujours,
Ma main dessus cette eau t’en signe la promesse.

Je crus tout aussitôt que ces divins serments,
Commençant mon bonheur, finiraient mes tourments,
Et qu’enfin je serais le plus heureux des hommes.

Mais, ô pauvre innocent, de quoi faisais-je cas ?
Étant dessus le sable elle écrivait sur l’onde,
Afin que ses serments ne l’obligeassent pas.


L’amour de mes pensers…

L’amour de mes pensers, comme de son pinceau,
Vous peint à mon esprit, si je clos ma paupière,
Je vous vois en dormant, si je suis sans lumière,
Pour m’éclairer de nuit vous êtes mon flambeau.

Si je suis sur la terre, ou si je suis sur l’eau,
Vous me suivez sur terre, et dessus la rivière,
Car je vous vois toujours et devant et derrière
La croupe du cheval, la poupe du bateau.

Encor que de mon corps le vôtre soit absent,
A mon esprit toujours votre corps est présent :
Concevez-vous cela, ma divine maîtresse ?

Si pénétrer les corps par son agilité
Est la propre action de la divinité,
L’amour m’avait bien dit que vous étiez déesse.


L’anatomie de l’oeil

L’oeil est dans un château que ceignent les frontières
De ce petit vallon clos de deux boulevards,
Il a pour pont-levis les mouvantes paupières,
Le cil pour garde-corps, les sourcils pour remparts.

Il comprend trois humeurs, l’aqueuse, la vitrée,
Et celle de cristal qui nage entre les deux,
Mais ce corps délicat ne peut souffrir l’entrée
A cela que nature a fait de nébuleux.

Six tuniques tenant notre oeil en consistance
L’empêchent de glisser parmi ses mouvements,
Et les tendons poreux apportent la substance
Qui le garde, et nourrit tous ses compartiments.

Quatre muscles sont droits, et deux autres obliques,
Communicant à l’oeil sa prompte agilité,
Mais par la liaison qui joint les nerfs optiques,
Il est ferme toujours dans sa mobilité.

Bref l’oeil mesurant tout d’une même mesure,
A soi-même inconnu, connaît tout l’univers,
Et conçoit dans l’enclos de sa ronde figure
Le rond et le carré, le droit et le travers.

Toutefois ce flambeau qui conduit notre vie
De l’obscur de ce corps emprunte sa clarté.
Nous serons donc ce corps, vous serez l’oeil, Marie,
Qui prenez de l’impur votre pure beauté.


L’Iris

Les rayons du soleil se dardent sur l’enflure
D’un nuage opposé qui, rosoyant d’humeur,
Nous fera bientôt voir de l’Iris la voûture,
Peignant notre horizon de sa cambre lueur.

Ah ! la voici déjà, sa céleste présence
En bigarrant le ciel enfante divers ronds
Et découvre au soleil l’émail de sa naissance,
Qu’il a formé dardant sur elle ses rayons.

Elle fait d’un demi-rond seulement la ceinture
Dérobant la moitié de ce cercle à nos yeux,
Mélangeant ses couleurs de diverse peinture,
D’azur, de pourpre et d’or elle émaille les cieux.

Tel est le col doré des chastes colombelles,
Variant ses couleurs opposite au soleil ;
Mais encor de l’Iris les couleurs sont plus belles
Que l’émail colombin qui délecte notre oeil.

Allons donc à couvert, car cette messagère
De la reine des eaux vient pour nous annoncer
Que tantôt la moiteur de son arc circulaire
S’épurant de ses pleurs viendra nous arroser.

Le soleil à la nue oppose son visage
De ce bel arc-en-ciel pour former le voutis,
Jésus est le soleil, le monde le nuage,
La grâce le rayon, et la Vierge l’Iris.


La bouche d’Amaranthe

Beau corail soupirant, ce pourpre qui me flatte
Allaite d’espérance et d’amour mes esprits :
Belle et petite bouche où s’enfante un souris,
Qui semond à baiser votre vive écarlate.

Vos dents riches remparts d’une voix délicate,
Dessus les diamants emporteront le prix :
Si de votre douceur ils sont tant favoris,
Que votre langue veuille être leur avocate.

Vermeillon merveilleux, prison des libertés,
Trésor de l’Orient, blanches égalités,
Ô rempart précieux que j’assauts d’espérance,

Belles dents, petits dés, avec lesquels l’amour
Gagna mes libertés et mon coeur l’autre jour,
Aujourd’hui livrez-moi quelque meilleure chance.


La liberté des champs fait décrire à Silvandre

les contentements d’un amour rustique

Ne percez plus mon coeur, ô vanités serviles,
De vos soucis tranchants,
Éloigné de la Cour, je m’éloigne des villes
Pour approcher des champs.

Cet amour que j’y bois dedans l’oeil de Silvie
M’est plus délicieux,
Que ce que Jupiter pour nous donner envie
Dit qu’il boit dans les cieux.

Non, ces lieux où l’on dit que ce grand Dieu demeure
N’ont point tant de plaisirs,
Puisqu’il a cru qu’aux champs la place était meilleure
Pour flatter ses désirs.

On l’a vu dans les champs plusieurs fois se repaître
De quelque ébat nouveau,
Et chatouiller ses sens sous la forme champêtre
D’un cygne ou d’un taureau.

Pour le plaisir des champs si ce dieu s’est fait bête,
Doit-on à cette fois
Dire que j’ai banni la raison de ma tête,
Me faisant villageois ?

Tant de dieux qui jadis portaient une houlette
Ont voulu m’obliger,
Bien que je sois mortel, me donnant leur retraite,
De me faire berger.

Ô que j’aime les eaux, laissez-moi les rivages,
Ô beaux rivages verts :
Belle Seine, beaux prés, petits monts, bois sauvages,
Je vous donne mes vers.

Ô vers qui m’échappez sur le bord de la Seine,
Allez, suivez son cours,
Et dites aux Zéphyrs que je vous fais sans peine,
Et non point sans amours.

J’aime tant vos fraîcheurs, et j’aime tant vos ombres,
Ô prés, bois et zéphyrs,
Que je ferai le frais de vos mollesses sombres,
Témoins de mes plaisirs.

Zéphyrs, allez hâter ; allez baiser Silvie,
Que si j’en suis jaloux,
C’est que je ne peux pas, lors que j’en ai l’envie ;
La baiser comme vous.


Le miracle d’amour

Babylone a vanté ses murailles de brique,
Rhode a fait renommer son colosse orgueilleux,
Et l’Égypte a fait cas des sommets sourcilleux
D’une masse de pierre admirable en fabrique.

Éphèse aimait son temple ainsi qu’une relique,
Semiramis avait des jardins merveilleux,
Le tombeau de Mausole était miraculeux,
Et ne lui cédait pas le Jupiter olympique.

Les anciens ont dit merveilles en leurs vers
Des miracles premiers qu’on vit en l’univers,
Mais moi j’ai pour sujet la merveille seconde.

Ô ma Philis, alors que je décris vos yeux,
Célèbre qui voudra sept miracles du monde,
Je réserve à ma plume un miracle des cieux.

Le sein d’Amaranthe

Mon esprit qui toujours d’un vain espoir s’apaise,
Compare votre sein, dont je suis envieux,
A des jeunes boutons, puis il dit à mes yeux :
Si vous les pouviez voir, ne mourriez-vous point d’aise ?

Ainsi dans mon esprit s’allume une fournaise,
Et son feu se nourrit d’un objet gracieux,
Qui me fait concevoir en tout et en tous lieux,
L’enflure de ce marbre où fleurit une fraise.

Enfin si votre amour demeure le vainqueur,
Et si jusqu’à la mort vous poursuivez mon coeur,
Mon Amaranthe, au moins donnez-lui sépulture.

Que si vous voulez suivre en cela mon dessein,
Son tombeau n’aura pas une autre couverture
Que du marbre qu’on voit qui blanchit votre sein.

Le Solitaire

… Ô plaisirs passagers de notre vanité !
Êtes-vous donc suivis de quelque éternité ?
Éternité de bien, éternité de peine,
Lorsque je pense à toi tu m’assèches la veine :
Ma plume ni mes vers ne peuvent plus couler,
Ma langue s’engourdit, je ne peux plus parler.
Gouffre d’éternité, tu n’as ni fond ni rive,

De la fin de tes jours jamais le jour n’arrive,
Et ce jour éternel qui toujours s’entre-suit,
Aux plus clairs jugements n’est qu’une obscure nuit.
Que si quelqu’un te nomme alors que je t’écoute,
Hélas ! éternité, mon esprit ne voit goutte.

Tous les siècles qu’on peut figurer par les sens,
Les cents de millions, les milliards de cents,
Ne font d’une minute une moindre parcelle,
Si l’on veut les marquer à l’horloge éternelle. …

Les cheveux d’Amaranthe

Zéphyre bien souvent de votre poil se joue,
Pillant sous ce prétexte un baiser amoureux :
Et des ondes qu’il fait flotter sur votre joue,
Un Pactole prend source en l’or de vos cheveux.

Cheveux petites rets, Cupidon vous avoue
De me prendre le coeur : que ce coeur est heureux
Alors que je vous baise, alors que je vous loue,
Cheveux qui l’achevez de le rendre amoureux.

Beaux cheveux, filets d’or, rayons d’ambre et de flamme,
Doux geôliers de mon coeur, doux chaînons de mon âme,
Si par travail s’acquiert votre riche toison :

Et aux feux et aux fers j’exposerai ma vie ;
Puis retournant vainqueur du dragon de l’envie,
Mériterai-je pas d’en être le Jason ?


Les joues d’Amaranthe

Des roses et des lys filles et soeurs jumelles,
Qui sous un lait caillé doucement tremblotez,
Joues où l’amour joue en toutes privautés,
Et bâtit aux souris des demeures nouvelles,

Lors que vous rougissez, que vos roses sont belles,
Quand l’épine d’honneur veut armer vos beautés,
Le satin de vos lys montrant vos chastetés,
Donne aux amants la peur, et l’amour aux rebelles.

Petits creux, magasins et d’amours et d’appas,
La petite rondeur que vous avez en bas,
Fait que je vous compare aux pommes d’Atalante.

S’il faut pour ce beau fruit mourir, ou bien courir,
Ma course est inégale : il me faut donc mourir,
Si vous ne me donnez vos pommes, Amaranthe.


Les mains d’Amaranthe

Belle main divisée en cinq branches d’ivoire,
Un dédale d’ébène enveloppe de lis
Les chemins tortueux des rameaux et des plis,
Que marque votre veine avec sa trace noire.

L’aurore aux doigts de rose avec toute sa gloire,
Ne pourrait devant vous recevoir que mépris,
Si lors qu’aux plus beaux doigts on donnerait les prix,
Sa vanité voulait vous ravir la victoire.

Que mon bonheur est grand d’être touché de vous,
Belles mains, dont j’adore et les traits et les coups,
Guerrières, pardonnez au captif d’Amaranthe.

Muse, à ces mains mes vers je présente pour don,
Allez baisant ces mains, et demandant pardon,
Dites qu’ils sont écrits des doigts de leur servante.


Les oreilles d’Amaranthe

Oreilles, la nature en coquillant qui gire
Vos petits ronds voutés de long et de travers,
Fait en vous un dédale, où bien souvent je perds
Le langage amoureux que pour vous je soupire.

Ô portes de l’esprit, par où le doux Zéphyre
Fait entrer sur son aile et l’amour et mes vers,
Chastes chemins du coeur qui toujours sont ouverts
Pour ouïr les discours d’un pudique martyre,

Oreilles l’abrégé de toutes les beautés,
Petits croissants d’amour, accroissez les bontés
De ma chère Amaranthe, afin qu’elle m’allège !

Mais quoi par vos faveurs pourrais-je la toucher ?
Ma voix qui n’est que feu n’ose vous approcher,
Pource que vous avez la blancheur de la neige.


Les yeux d’Amaranthe

Beaux yeux que j’aime tant, hé quelle est votre essence,
Car l’on vous pense feux à mon embrasement,
Puis l’on vous juge cieux par votre mouvement,
Mais non, vous êtes Dieux selon votre puissance.

Ces yeux n’ont que des feux toujours en influence,
Comme s’ils n’étaient faits que de cet élément :
Mais ces yeux étant dieux, leur branlant règlement
N’a que leur volonté pour toute intelligence.

Feux germains et gémeaux qui me donnez le jour,
Tandis que vous luirez dedans le ciel d’amour,
En tout temps et tout lieu je veux cueillir la rose.

Et quoi que le Démon avec ses appareils,
De rage et de noirceur à mes beaux jours oppose,
Je ne crains point l’éclipse avecque deux soleils.


 

Songe

 

Cet Hiver en dormant je songe que ma flore,
Voulant récompenser mes peines et mes pleurs,
Me caresse, me baise, et me promet encore
De me garder le fruit de ces premières fleurs.

Ainsi durant la nuit se lève mon aurore,
Afin de m’assurer que les destins meilleurs
Dans cette vision mettaient un ellébore,
Qui purgeant mon esprit guérissait mes douleurs.

Mais tandis que ma main à l’arrêter s’emploie,
Ce corps subtil s’écoule, et moi dans cet effort
Je m’éveille en criant :  » ô cause de ma joie,

Sommeil, l’on vous a cru le frère de la mort,
Mais puisque vos faveurs m’ont fait baiser Silvie,
Je vous crois bien plutôt le père de ma vie !


Sur le retour d’Hélène à Paris

L’Amour de mes pensers, comme de son pinceau,
Vous peint à mon esprit, si je clos ma paupière
Je vous vois en dormant, si je suis sans lumière,
Pour m’éclairer de nuit vous êtes mon flambeau.

Si je suis sur la terre, ou si je suis sur l’eau,
Vous me suivez sur terre, et dessus la rivière :
Car je vous vois toujours et devant et derrière,
La croupe du cheval, la poupe du bateau.

Encor que de mon corps le vôtre soit absent,
A mon esprit toujours votre corps est présent
Concevez-vous cela ma divine maîtresse.

Si pénétrer les corps par son agilité
Est la propre action de la divinité,
L’amour m’avait bien dit que vous étiez déesse.


Un manteau de feuille morte

 

Destins qui savez l’avenir,
Que pense Philis devenir,
Puisque pour habit elle porte,
Et les couleurs du déconfort,
Et les parures de la mort,
En une triste feuille morte ?

Au monde veut-elle mourir,
Ou me blesser sans me guérir ?
Est-ce pourquoi ma Belle porte
Un vêtement plein de langueur,
Voulant rendre mon pauvre coeur
Pareil à quelque feuille morte ?

L’aurait-on bien, elle m’aimant,
Jà promise à quelqu’autre amant ?
Est-ce pour cela qu’elle porte,
Pour témoigner l’affliction,
Et la mort de l’affection,
Une si triste feuille morte ?

Dois-je en son amour persister ?
Dois-je la suivre ou la quitter ?
Puisqu’en son habit elle porte
Un caractère malheureux,
L’espoir perdu des amoureux,
A pour blason la feuille morte.

Mais au contraire en ma douleur,
Philis prenant cette couleur,
Son vêtement me réconforte :
Puisqu’il montre à mes corrivaux,
Que tout l’espoir de leurs travaux
N’est plus rien qu’une feuille morte.

Quoi que c’en soit loin de mon chef,
Ô Dieux éloignez le méchef
Que ce triste feuillage porte :
Changeant en plaisir ma douleur,
Faites-lui changer la couleur
D’une si triste feuille morte !


 

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4 Commentaires

  1. À absorber sous la grisaille, comme du Schubert tenté par la noyade. Du grand romantisme, images et sons.

  2. beaux flux et reflux lancinants !
    un amer est un point de repère pour les marins, un amer remarquable.

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