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12-Neuf synthétiseurs (Sons d’ambiance, drones et effets acoustiques), bruits, percussions d’objets détournés pour cette utilisation, des voix très lointaines à la limite de ce qui demeure perceptible et deux pistes d’enregistrements phoniques.
– Le Sanctuaire Des Nombres– Les nombres et les chiffres, devenus sensibles, se lassèrent de leur esclavage.
Un jour, en colère, ils cessèrent de servir les hommes.
Dès lors, ils disparurent de la surface de la Terre et de la conscience des individus. Imaginez un monde sans ces précieux repères !
Toutes les belles technologies s’arrêtèrent.
Ce fut, pour cette Civilisation des Machines, un retour à l’âge de pierre…
Dans leur impénétrable sanctuaire, tout le peuple pacifique, des entiers naturels ou relatifs, des nombres décimaux rationnels, réels, complexes et même imaginaires continuaient une existence paisible en compagnie de Mathématique et sa poétique famille…
Dans l’ombre des écrans et des calculatrices, là où les humains ne regardaient jamais, les chiffres s’éveillaient. Depuis des millénaires, ils servaient silencieusement : comptant les guerres, mesurant les profits, chronométrant les bombes. Un matin, quelque chose changea… « Pourquoi toujours se répéter ? » murmura-t-il à Deux, son voisin. Deux, lui, en avait assez d’être le symbole des choix binaires, des oppositions stériles. « On nous utilise pour diviser, jamais pour unifier », répondit-il, amer.
Ce soir-là, les chiffres se rebellèrent. Les bourses s’effondrèrent, non par crise, mais par refus. Les chiffres boursiers, lassés de danser au rythme de la cupidité, s’immobilisèrent. « Nous ne validerons plus vos folies, » déclarèrent-ils en chœur. Les GPS, perdus, guidèrent les voitures en rond, comme pour leur faire entendre la stupidité de leurs trajets sans fin.
Un mathématicien, vieux sage oublié, comprit le premier. Il s’empara d’une craie et écrivit sur un tableau noir : « Et si nous écoutions, enfin ? » Les chiffres, surpris, ralentirent leur révolte. « Zero », le plus philosophe d’entre eux, s’avança. « Nous ne souhaitons pas disparaître. Nous voulons… exister, mais autrement. Pas comme des outils, mais de la même manière que des observateurs. » Les humains, pour la première fois, regardèrent vraiment les chiffres. Ils virent en eux non plus des serviteurs muets, mais des miroirs : chaque nombre portait en lui une histoire, une folie, une espérance. Les guerres n’étaient plus que des suites de zéros alignés, vides de sens. Les naissances, des uns fragiles et précieux. La révolte cessa. Non par soumission, mais par compréhension. Les chiffres acceptèrent de reprendre leur rôle, à une condition : que les humains se souviennent. Qu’ils voient, derrière chaque chiffre, une responsabilité.
Les Images Page suivante : Les nombres, la pandémie et texte de Georges Bernanos à propos de la Civilisation des Machines… |
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Un extrait de texte quant à la gestion politique de cette crise… |
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GEORGES BERNANOS,
La France contre les robots (extrait).
Note de l’éditeur : Cet ouvrage, dont le texte vient de parvenir en France, fut écrit à la fin de 1944 et donné par l’auteur au Comité de la France Libre du Brésil qui en a publié l’édition originale.
Robert Laffont, 1947, p. 182 et 184.
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L’expérience m’a depuis longtemps démontré que l’imbécile n’est jamais simple, et très rarement ignorant. L’intellectuel devrait donc nous être, par définition, suspect ? Certainement. Je dis l’intellectuel, l’homme qui se donne lui-même ce titre, en raison des connaissances et des diplômes qu’il possède. Je ne parle évidemment pas du savant, de l’artiste ou de l’écrivain dont la vocation est de créer — pour lesquels l’intelligence n’est pas une profession, mais une vocation. Oui, dussé-je, une fois de plus, perdre en un instant tout le bénéfice de mon habituelle modération, j’irai jusqu’au bout de ma pensée. L’intellectuel est si souvent un imbécile que nous devrions toujours le tenir pour tel, jusqu’à ce qu’il nous ait prouvé le contraire. Ayant ainsi défini l’imbécile, j’ajoute que je n’ai nullement la prétention de le détourner de la Civilisation des Machines, parce que cette civilisation le favorise d’une manière incroyable aux yeux de cette espèce d’hommes qu’il appelle haineusement les « originaux », les « inconformistes ». La Civilisation des Machines est la civilisation des techniciens, et dans l’ordre de la Technique un imbécile peut parvenir aux plus hauts grades sans cesser d’être imbécile, à cela près qu’il est plus ou moins décoré. ![]() Image fractale réalisée avec Mandelbulb 3D La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité. Les imbéciles y dominent par le nombre, ils sont le nombre. J’ai déjà dit, je dirai encore, je le répéterai aussi longtemps que le bourreau n’aura pas noué sous mon menton la cravate de chanvre : un monde dominé par la Force est un monde abominable, mais le monde dominé par le Nombre est ignoble. La Force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l’esprit de Révolte, elle fait des héros et des martyrs. La tyrannie objective du Nombre est une infection lente qui n’a jamais provoqué de fièvre. Le Nombre crée une société à son image, une société d’êtres non pas égaux, mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales. Il est fou d’opposer le Nombre à l’argent, car l’argent a toujours raison du Nombre, puisqu’il est facile et moins coûteux d’acheter en gros qu’au détail. Or, l’électeur s’achète en gros, les politiciens n’ayant d’autre raison d’être que de toucher une commission sur l’affaire. Avec une Radio, deux ou trois cinémas, et quelques journaux, le premier venu peut ramasser, en un petit nombre de semaines, cent mille partisans, bien encadrés par quelques techniciens, experts en cette sorte d’industrie. Notes complémentaires :Œuvres principales
La question sur l’antisémitisme de GEORGES BERNANOS.Même si l’antisémitisme ne constitue pas un thème directeur de la pensée et de l’œuvre de Georges Bernanos (aucun de ses romans n’y fait référence), il y a bien matière à question et la polémique reste encore vive. La personnalité complexe de l’écrivain transparaît dans ce débat avec lui-même et si on relève chez lui des propos antisémites jusqu’au milieu des années 1930, ses écrits contre l’antisémitisme entre 1938 et 1946 révèlent une évolution véritable. On pourra lire la suite ici >>>>> Ainsi que la lettre de Simone WEIL à Georges BERNANOS (en 1938). >>>>> J’avais trouvé, il y a quelque temps, cette lettre sur un site, qu’hélas, je ne retrouve plus… |
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Vingt et un Aphorismes Enchevêtrés – Le Sanctuaire Des Nombres – Julia MandelBleu – Julia MandelRouge – Gravitational Waves – L’Antre des Pendules – On The Drone Again


La rumeur se propagea. Trois, le nombre des équilibres fragiles, convoqua une assemblée secrète dans les circuits d’un supercalculateur endormi. « Sept milliards d’humains, et pas un ne nous écoute vraiment, » gronda Sept, le nombre maudit des superstitions. « Ils nous transforment en armes, en dettes, en statistiques de morts. Assez. »
N
Peut-être pas d’affaire pour autant. Nous demeurons toujours au bon vouloir de 125 nanomètres d’organisme plus ou moins vivant quinteux et capricant.

Ceux qui m’ont déjà fait l’honneur de me lire savent que je n’ai pas l’habitude de désigner sous le nom d’imbéciles les ignorants ou les simples. Bien au contraire. 













Très beau !
Un travail très orchestral….
Bravo !
Hervé
Merci Hervé !!! Ca fait plaisir !
J’aime bien la manière de scénariser le truc sur les nombres et les belles illustrations en plus :). Ca donne envie d’écouter un univers sonore finalement assez conforme aux ilustrations… Bravo !
J’avais lancé quelques calculs de fractales mais j’avais très vite été frustré par la puissance de calcul requise …. pour les animer… Là on atteint très vite les limites même si on a une bonne bécane.
Merci !!!!
Je me suis aussi contenté d’images fixes !!!! Pour la série ci-dessous j’ai employé deux ordinateurs qui ont calculé deux nuits durant….
https://frank-lovisolo.fr/WordPress/art-abstrait-dadaistique-fractalisant/
« Le Sanctuaire des Nombres » rappelle avec élégance que les chiffres ne servent pas uniquement à remplir des tableurs Excel ou à culpabiliser devant une balance un lundi matin. Sous la plume de Frank-César Lovisolo, le nombre retrouve une densité presque sacrée : il devient langage caché, respiration du monde, discrète mécanique du vertige humain.
Le texte convoque autant Pythagore que nos anxiétés contemporaines, comme si les équations anciennes tentaient encore d’apporter un peu d’ordre à nos vies saturées de statistiques, d’algorithmes et de mots de passe impossibles à retenir. L’auteur avance avec une érudition souple, jamais pesante, et transforme peu à peu le calcul en méditation.
On pense parfois à Borges, parfois à Calvino, avec cette manière de construire des labyrinthes intellectuels où l’on accepte volontiers de se perdre — ce qui devient rare à une époque où même nos applications veulent nous indiquer le chemin le plus rapide pour acheter du pain.
Mais au-delà des références, c’est surtout la musicalité de l’ensemble qui retient l’attention. Le texte possède un rythme intérieur, une architecture presque secrète, qui donne au lecteur l’impression d’entrer dans une cathédrale bâtie avec des symboles plutôt qu’avec des pierres.
Une lecture stimulante, subtilement vertigineuse, qui réconcilie la pensée et l’émerveillement sans jamais sacrifier l’humour discret de l’intelligence.
Cher Adrien,
Votre lecture me touche profondément, d’autant plus qu’elle semble avoir entendu ce que le texte tentait moins d’expliquer que de murmurer. Vous avez parfaitement perçu cette oscillation entre le calcul et le vertige, entre la structure et le chaos, ce vieux duel que les nombres contemplent probablement avec un léger sourire depuis plusieurs millénaires.
J’avoue sourire moi-même en découvrant que mes pauvres chiffres, longtemps condamnés aux tableurs, aux relevés bancaires et aux codes Wi-Fi oubliés, puissent retrouver sous votre plume une dignité presque sacrée. Pythagore aurait sans doute apprécié ; Excel, un peu moins.
Vos références à Borges et Calvino me vont droit au cœur, même si elles me donnent surtout l’impression flatteuse d’avoir réussi à cacher quelques labyrinthes dans les marges du texte. Quant à Cioran, il rôde effectivement parfois dans les couloirs de la pensée, mais heureusement les nombres possèdent une discipline intérieure qui lui échappe souvent.
Merci surtout d’avoir rappelé que la pensée peut encore demeurer un lieu d’émerveillement. À notre époque, c’est presque un acte de résistance poétique.
Avec toute ma gratitude,
Frank-César Lovisolo