 Le Rêve de la femme du pêcheur – Hokusai – 1814 – Ukiyo-e – Estampe
 Hokusai – Autoportrait
Katsushika Hokusai ( 葛飾 北斎 )
Par Shizuka Kageyama (静香 影山)
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Katsushika Hokusai :
 Dragon volant au-dessus du mont Fuji Obuse, Hokusai Museum.
le vieux fou de dessin qui voulut saisir l’âme du monde
Il est des artistes dont le nom finit par désigner davantage qu’une œuvre : une manière de regarder. Katsushika Hokusai (1760-1849) appartient à cette rare lignée. En Occident, son nom évoque presque instantanément La Grande Vague de Kanagawa, image devenue universelle au point d’éclipser parfois son créateur. Pourtant, cette estampe n’est qu’un éclat d’une œuvre immense, composée de milliers de dessins, de peintures, de gravures et de livres illustrés qui témoignent d’une ambition infiniment plus vaste : comprendre le mouvement secret de la nature et la place de l’homme dans l’ordre du monde.
À travers les siècles, Hokusai demeure moins un peintre qu’un explorateur du visible. Chaque ligne qu’il trace semble poser la même question : comment représenter ce qui ne cesse de se transformer?
Le Japon d’Edo : un monde clos ouvert à l’imaginaire
Lorsque Hokusai naît en 1760, le Japon vit sous le gouvernement des shoguns Tokugawa. Depuis plus d’un siècle, l’archipel connaît une paix intérieure remarquable. Les guerres civiles appartiennent au passé ; les grandes villes prospèrent ; une bourgeoisie marchande cultive le goût des spectacles, de la littérature, de la poésie et des arts.
 La Cascade d’Amida derrière la rue Kiso British Museum
Cette stabilité politique favorise l’émergence d’une culture urbaine raffinée que les Japonais nomment ukiyo, le « monde flottant ». L’expression peut sembler paradoxale. Elle désignait autrefois l’impermanence de l’existence selon la pensée bouddhique ; elle en vient progressivement à évoquer les plaisirs éphémères de la vie citadine : les théâtres, les maisons de thé, les quartiers de divertissement, les fêtes populaires.
Les artistes de l’ukiyo-e — les « images du monde flottant » — ne cherchent pourtant pas seulement à divertir. Ils savent que toute beauté est passagère, et que c’est précisément cette fragilité qui lui confère sa profondeur.
Hokusai héritera de cette tradition, mais il lui donnera une portée nouvelle.
Le dessin comme discipline spirituelle
Très jeune, Hokusai entre dans un atelier de graveurs sur bois avant de devenir l’élève du maître Katsukawa Shunshō. Il apprend les règles de l’estampe, les subtilités de la composition et les exigences de la gravure.
Mais il refuse rapidement de se laisser enfermer dans un style.
Au cours de sa vie, il changera plus de trente fois de nom d’artiste. À première vue, cette succession de signatures pourrait sembler capricieuse. Elle traduit au contraire une conviction profonde : créer consiste à renaître sans cesse.
Aucun regard n’est définitif.
Aucune œuvre n’est un aboutissement.
Cette quête permanente culminera lorsqu’il choisira de se faire appeler Gakyō Rōjin, le « Vieillard fou de dessin ». L’expression n’a rien d’une provocation. Elle dit au contraire l’humilité de celui qui reconnaît que toute une existence ne suffit pas pour apprendre à voir.
 Le lac Suwa dans la province de Shinano – 武陽佃島
Le visible et l’invisible
Chez Hokusai, la nature n’est jamais un simple décor.
Les montagnes, les vagues, les arbres, les oiseaux ou les insectes possèdent une présence presque spirituelle. Ils ne servent pas à illustrer une histoire ; ils deviennent eux-mêmes les véritables protagonistes de l’image.
Le mont Fuji apparaît ainsi sous d’innombrables aspects : immense ou minuscule, proche ou lointain, majestueux ou presque effacé par les brumes.
Cette répétition n’est jamais une répétition.
Elle traduit une intuition fondamentale : une même réalité ne se révèle jamais deux fois de la même manière.
Chaque instant renouvelle le monde.
Le peintre n’invente pas cette métamorphose ; il apprend simplement à la reconnaître.
L’univers des rêves, des fantômes et du désir
L’imaginaire de Hokusai ne se limite pas aux paysages.
Il s’intéresse tout autant aux récits populaires, aux créatures fantastiques, aux légendes, aux divinités, aux démons et aux métamorphoses qui peuplent la culture japonaise.
Dans cet univers, le rêve possède une fonction essentielle.

Il ne constitue pas une fuite hors du réel mais une autre manière d’en révéler les profondeurs.
Les frontières entre l’humain, l’animal et le divin deviennent poreuses. Les pieuvres dialoguent avec les plongeuses, les dragons surgissent des nuages, les fantômes côtoient les vivants.
Pour le regard occidental, ces images peuvent sembler étranges ou provocantes.
Pour Hokusai, elles participent d’un même mouvement où l’imagination révèle ce que la raison laisse dans l’ombre.
Les shunga : une esthétique du vivant
Parmi les œuvres de Hokusai figurent les shunga, souvent traduits de manière réductrice par « estampes érotiques ».
Une telle définition demeure incomplète.
Ces images appartiennent à une tradition artistique ancienne où l’amour, le désir, l’humour et parfois le fantastique se mêlent librement. Elles ne relèvent pas de la pornographie au sens moderne ; elles explorent les multiples dimensions du vivant.
C’est dans cet ensemble qu’apparaît, vers 1814, l’image aujourd’hui connue sous le titre Le Rêve de la femme du pêcheur (Tako to Ama).
L’œuvre montre une plongeuse enlacée par deux pieuvres. Depuis plus d’un siècle, elle suscite en Occident fascination, scandale ou malentendu.
Pourtant, cette gravure ne peut être comprise sans son contexte culturel.
Le fantastique y importe autant que l’érotisme. Le rêve autant que le désir. La métamorphose autant que la sensualité.
L’image appartient d’abord au territoire de l’imaginaire.
Une influence qui traverse les continents
Lorsque le Japon s’ouvre progressivement au monde dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, les estampes de Hokusai découvrent l’Europe presque par hasard, glissées parmi des cargaisons de porcelaines.
Les peintres occidentaux y trouvent une révolution silencieuse.
Les compositions asymétriques, les cadrages audacieux, l’importance accordée au vide, la liberté des lignes transforment durablement la peinture moderne.
L’impressionnisme, puis le postimpressionnisme, accueilleront cet héritage avec enthousiasme.
Mais l’influence de Hokusai dépasse largement la technique.
Elle rappelle aux artistes européens que regarder consiste moins à représenter fidèlement le monde qu’à renouveler notre manière de l’habiter.
 Coucher de soleil à travers le pont de Ryōgoku depuis la rive de la Sumida à Onmayagashi – 御厩川岸より両国橋夕陽見
Le regard comme exercice philosophique
Quelques mois avant sa mort, Hokusai écrivait qu’à cent dix ans « chaque point et chaque ligne seraient vivants ».
Cette phrase demeure sans doute son véritable testament.
Elle ne célèbre pas le génie.
Elle affirme que l’art est une discipline de patience.
Le monde ne livre jamais son secret à celui qui prétend le posséder. Il se révèle seulement à celui qui accepte de demeurer son élève.
C’est peut-être pour cette raison que l’œuvre de Hokusai nous touche encore aujourd’hui.
Elle ne nous apprend pas seulement à admirer des estampes.
Elle nous invite à ralentir notre regard.
À reconnaître que la nature, les rêves, les désirs et les métamorphoses composent une même réalité mouvante dont l’art ne cherche pas à donner une explication définitive, mais une expérience sensible.
À plus de deux siècles de distance, le « vieux fou de dessin » continue ainsi de nous enseigner que voir est déjà une forme de sagesse.
Dragon volant au-dessus du mont Fuji Obuse, Hokusai Museum.
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Remarquable ! Une habituée du bouillon de poulpe !!!!
Et oui, c’est ta recette. Un monument du patrimoine culinaire méditerranéen ! 🙂
– demain, juré craché, je prends rv avec ma dentiste chérie pour the visite routine
– grand temps que je re goûte ton bouillon de poulpe
– je te recommande la première novella dans Tempête de J.M.G. Le Clézio
Encore faut-il attraper l’animal à Paris !!!