Last Updated on 06/09/2026 – 08:10 by Frank César LOVISOLO
Art sonore – musique concrète, introspection, album conceptuel, poésie musicale
The Den without End — Art sonore
Ce n’est pas un lieu, mais un passage intérieur.
On y descend sans savoir ce qu’on cherche, et plus on avance, plus les murs se confondent avec nos propres pensées.
Chaque couloir reflète une peur, un désir, une mémoire oubliée.
Ce n’est pas l’obscurité qui y règne, mais la profondeur : celle de l’esprit qui tente de se comprendre.
Et peut-être que la fin n’existe pas, parce que se connaître vraiment, c’est accepter de ne jamais cesser de creuser.
Articles – Extraits

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EXTRAITS
| WAKE UP AND COFFEE | L’AGRYPNIE DE PROMETHEE | AUTOPORTRAIT D’UNE LOCOMOTIVE |
| OKSANA | THE UNDERNEATH | ZONG BING |
Tous les titres ont été composés par – All titles were composed by : Frank César Lovisolo.
L’ordre sur l’album reste une proposition d’Hervé Zénouda qui a su faire preuve de pertinence.
The order on the album is a proposal of Hervé Zénouda, who was able to show relevance.


The Den without End
Il existe des espaces que l’on ne situe pas tout à fait. Des lieux sans coordonnées précises, qui apparaissent moins comme des destinations que comme des états passagers. The Den without End prend forme dans cette zone incertaine : un territoire qui ne se laisse pas fixer, qui se dérobe dès qu’on tente de le cerner, mais qui persiste néanmoins avec une certaine constance. On y entre sans véritable seuil, presque par glissement, et l’on s’aperçoit assez vite que la question de la sortie n’est pas exactement centrale.
Les compositions qui constituent cet ensemble ne suivent pas un récit au sens habituel. Elles avancent plutôt par déplacements, par légers déséquilibres, par tentatives d’approche. Certaines semblent amorcer un geste, puis s’interrompent avec une forme de retenue — non pas par hésitation, mais peut-être pour éviter de refermer trop vite ce qui pourrait rester ouvert. D’autres s’installent davantage, prennent le temps d’exister, tout en laissant filtrer une impression de fragilité, comme si leur présence demeurait provisoire.
Le matériau sonore, travaillé dans une perspective électroacoustique, ne cherche pas à illustrer ni à démontrer. Il agit plutôt comme une matière sensible, parfois dense, parfois presque imperceptible. Les sons ne sont pas là pour signifier quelque chose de précis ; ils coexistent, se répondent à distance, ou s’ignorent avec une certaine élégance. Il en résulte un espace d’écoute où les relations ne sont jamais totalement explicites, mais où quelque chose circule malgré tout — une tension douce, une continuité discrète.
Le « den », dans cette configuration, peut être entendu de différentes manières. Il évoque à la fois un refuge et une zone de retrait, un lieu où l’on se tient à l’écart sans pour autant disparaître. Il peut aussi être perçu comme une construction mentale, un agencement intérieur fait de souvenirs diffus, de perceptions fragmentaires, de pensées qui ne vont pas nécessairement jusqu’à leur terme. Le qualifier de « sans fin » n’implique pas une extension infinie au sens strict, mais plutôt une absence de résolution, un refus tranquille de conclure.

Il y a, dans cette absence de finalité, quelque chose de volontairement non spectaculaire. L’album ne cherche pas à produire un effet immédiat ni à guider l’écoute vers un point d’arrivée identifiable.
Il préfère maintenir une forme d’ouverture, quitte à laisser l’auditeur dans une position légèrement incertaine. Cette incertitude n’est pas conçue comme un obstacle, mais comme une condition possible de l’expérience : un espace où l’attention peut se déplacer librement, sans être contrainte par une direction imposée.
On pourrait dire que The Den without End propose moins un parcours qu’une cohabitation temporaire avec des formes sonores en mouvement.
L’écoute devient alors une manière d’habiter cet espace, de s’y ajuster progressivement, ou de le traverser sans intention particulière. Il n’est pas nécessaire de « comprendre » ce qui s’y joue — et il est même probable que toute tentative en ce sens reste partielle. Cela ne constitue pas un problème en soi ; au contraire, cela laisse subsister une marge, un intervalle où autre chose peut apparaître.
Dans cette perspective, l’album assume une certaine discrétion. Il ne revendique pas de message clair, ni de position théorique explicite. Il s’autorise à exister dans une forme de suspension, entre présence et retrait. Cette posture, qui pourrait sembler indécise, relève en réalité d’un choix : celui de ne pas réduire l’expérience à une interprétation unique, et de laisser les éléments en circulation continuer à produire leurs propres agencements.
Il serait tentant de décrire ce travail comme une exploration intérieure, mais l’expression reste imparfaite. Elle suppose un dedans clairement distinct d’un dehors, alors que The Den without End brouille précisément cette frontière. Ce qui se donne à entendre pourrait tout aussi bien appartenir à un espace extérieur, ou à une zone intermédiaire difficile à nommer. Peut-être s’agit-il simplement d’un lieu d’attention, au sens le plus ouvert du terme.
L’intention, si l’on tient à en formuler une, serait donc modeste : proposer un espace où quelque chose peut se déposer, sans obligation de durée ni de sens. Un espace qui ne cherche ni à retenir ni à convaincre, mais qui reste disponible. Et si, au fil de l’écoute, une impression persiste — même diffuse, même incertaine — alors cela constitue déjà une forme de continuité.
Quant au reste, il peut demeurer en suspens. Ce qui, en l’occurrence, semble lui convenir assez bien.

Quant au titre :
The Den without End — la tanière sans fin.
Oui, je sais, ça sonne profond. Presque trop.
Et je pourrais prétendre que ce titre m’est venu comme une évidence, chargé de sens, reflet d’un lieu intérieur où l’on s’enfonce sans jamais trouver d’issue… une métaphore subtile de l’esprit humain, de ses détours, de ses pièges… Je pourrais.
La vérité, c’est que j’ai passé un temps indécent à chercher quelque chose qui « fasse sérieux ».
Quelque chose qui donne l’impression que tout était pensé depuis le début. J’ai creusé, effacé, recommencé.
Trop simple. Trop banal. Pas assez mystérieux. Et puis, à force de tourner en rond, ou plutôt de tourner en tanière, je suis tombé sur ça.
Et finalement, ça fonctionne. Parce qu’au fond, cette tanière sans fin, ce n’est pas seulement celle que j’invente.
C’est aussi celle dans laquelle je me suis enfermé en cherchant ce titre. Une sorte de labyrinthe mental où chaque idée en chasse une autre, où chaque mot semble presque juste… mais jamais complètement.
Alors oui, The Den without End évoque un lieu sans sortie, une plongée intérieure, quelque chose d’un peu vertigineux.
Mais c’est aussi, très concrètement, le récit involontaire de ma propre errance créative.
Et si le titre paraît profond…
Disons que c’est au moins une chose que j’aurai réussi à creuser jusqu’au bout. 🙂

L’art sonore, une matière à écouter
Par Véra Radomirskaïa, autrice
Il existe une différence discrète, mais essentielle entre écouter de la musique et écouter un son. Dans le premier cas, l’oreille attend une structure : une mélodie qui se déploie, un rythme qui la porte, une résolution qui la referme. Dans le second, l’attention se déplace. Elle ne cherche plus à reconnaître une forme, mais à habiter un espace. C’est précisément dans cet écart que se loge l’art sonore.
Né à la croisée de la musique expérimentale, des arts plastiques et de la recherche acoustique, l’art sonore ne s’est jamais laissé enfermer dans une définition stable. Il ne s’agit pas d’un genre musical parmi d’autres, mais d’une manière différente de considérer le son : non plus comme un matériau au service d’une composition, mais comme une matière en soi, dotée de sa propre densité, de sa propre texture, de sa propre présence.
Cette matière peut provenir de n’importe où. Un bruit de pas, le grincement d’une porte, le souffle d’un vent capté au bord d’une fenêtre, la résonance métallique d’un objet industriel : tout devient potentiellement exploitable, à condition d’être écouté avec suffisamment d’attention pour en révéler la richesse. L’art sonore ne hiérarchise pas les sources. Il ne distingue pas, a priori, le sonore noble du sonore trivial. Ce geste d’écoute égalitaire, hérité en partie de la musique concrète et des recherches de Pierre Schaeffer au milieu du vingtième siècle, reste l’un des fondements les plus durables de la discipline.
Ce qui frappe, en revanche, c’est la diversité des formes que peut prendre cette pratique. Installation sonore dans un espace d’exposition, performance en direct, composition électroacoustique diffusée sur support, dispositif interactif réagissant à la présence du public : l’art sonore refuse de se figer dans un seul type de dispositif.
Il entretient souvent un rapport étroit à l’espace physique, invitant l’auditeur à se déplacer, à changer de position, à laisser son corps participer à l’expérience d’écoute plutôt que de rester immobile face à une source unique. En ce sens, il rejoint parfois les arts plastiques et l’installation contemporaine, tout en conservant sa spécificité : ici, c’est le son, et non l’image, qui organise l’espace et structure la perception.
L’un des effets les plus intéressants de cette approche est de transformer notre rapport habituel au silence et au bruit. Dans une œuvre d’art sonore, un silence prolongé n’est pas un vide ou une absence : il devient un élément constitutif, une respiration nécessaire à la perception de ce qui l’entoure.
De la même manière, un bruit que l’on qualifierait ailleurs de parasite ou d’accidentel peut devenir, dans ce cadre, un motif à part entière, chargé d’une intention esthétique. Cette réévaluation du bruit et du silence invite à une écoute plus lente, plus patiente, moins dépendante des repères mélodiques ou rythmiques traditionnels.
L’art sonore n’a donc pas pour vocation de raconter une histoire au sens classique, ni même de transmettre un message univoque. Il propose plutôt un espace d’expérience, une zone sensible où l’auditeur est invité à se perdre un peu, à renoncer à vouloir tout comprendre immédiatement.
Cette absence de résolution n’est pas un défaut ; elle constitue au contraire l’une des conditions de possibilité de l’œuvre. Ce qui compte n’est pas tant ce que l’on retient à la fin de l’écoute, mais ce qui a pu se déposer, discrètement, pendant sa durée.
En définitive, l’art sonore propose une autre manière d’habiter le monde sonore qui nous entoure en permanence, mais que l’on cesse souvent d’entendre à force d’habitude.
Il rend à l’oreille une forme d’attention qu’elle avait peut-être perdue, et rappelle que le son, avant d’être un langage, est d’abord une matière vivante, à explorer sans nécessairement chercher à la maîtriser tout à fait.
Note : L’art sonore ⇑⇑⇑
- L’art sonore est une pratique artistique contemporaine qui place le son au cœur du processus de création. À la croisée de la musique, des arts plastiques et de l’expérimentation, L’art sonore explore le son non seulement comme un langage, mais comme une matière à part entière.
- Contrairement à la musique traditionnelle, l’art sonore ne repose pas nécessairement sur des structures définies comme la mélodie ou le rythme. Il s’intéresse aux textures, aux ambiances, aux silences, aux bruits — à tout ce qui compose notre environnement sonore, qu’il soit naturel, urbain ou électronique.
- Dans cette approche, le son devient art sonore : un espace d’exploration. Il peut être transformé, étiré, fragmenté, ou simplement laissé tel quel pour révéler sa richesse propre. L’écoute prend alors une dimension particulière : plus attentive, plus ouverte, parfois plus immersive.
- L’art sonore se manifeste sous des formes variées : installations, performances, compositions expérimentales ou dispositifs interactifs. Il entretient souvent un lien étroit avec l’espace, invitant l’auditeur à se déplacer, à ressentir, à habiter le son plutôt qu’à simplement l’entendre.
- En ce sens, l’art sonore propose une autre manière d’écouter le monde — plus sensible, plus libre, et affranchie des cadres traditionnels.

WAKE UP AND COFFEE : 07:52 – 2022 – L’AGRYPNIE DE PROMETHEE : 08:17 – 2022 – AUTOPORTRAIT D’UNE LOCOMOTIVE : 07:42 – 2022 – OKSANA : 08:00 – 2022 – THE UNDERNEATH : 14:09 – 2022 – ZONG BING : 07:23 – 2021


Je suis tombé sur cette page un peu par hasard, en cherchant de la musique expérimentale, et je suis resté bien plus longtemps que prévu.
Ce qui m’a d’abord accroché, c’est le texte lui-même — cette façon de décrire l’album sans jamais chercher à trop l’expliquer. On sent que la musique ne veut pas être résumée, et l’écriture respecte ça. Les compositions qui « avancent par déplacements », le son qui « ne cherche pas à illustrer » — c’est exactement ce que j’ai ressenti à l’écoute des extraits.
J’ai beaucoup aimé aussi la note sur le titre. Ce moment où l’auteur avoue avoir tourné en rond pendant un temps indécent avant de trouver quelque chose qui « fasse sérieux »… et que finalement cette errance EST le sujet. C’est drôle, et en même temps ça dit quelque chose de vrai sur la création : on ne sait jamais vraiment si c’est l’œuvre qui choisit son titre, ou l’inverse.
Les titres des pièces m’ont intrigué : Prométhée, Oksana, Zong Bing, une locomotive à vapeur… Des univers très différents, mais qui semblent cohabiter naturellement dans cet espace sonore un peu hors du temps.
Merci pour ce partage. Je vais prendre le temps d’écouter l’album en entier.
Merci pour ce commentaire iatifiant…
Bonne écoute ( hahaha )