Almanarre

Reading Time: 6 minutes

Last Updated on 21/09/2026 – 09:41 by Frank César LOVISOLO

Baguenaude matinale à l’Almanarre (Hyères) : 30 photographies noir et blanc et l’histoire d’Olbia, comptoir grec devenu la Pomponiana de Pline.

Suggestion d’écoute :
Primitive Ocean
bandcamp logotype color 400 Frank Almanarre
Frank-Cesar-Lovisolo
Une baguenaude photographique et matinale à l’Almanarre.
Comment peut-on résister à l’attrait de ce lieu connu des hommes depuis l’antiquité et certainement au-delà…
Entree Cosquer AlmanarreLe nom vient de la langue arabe المنار : (al-manar) : « le Phare — l’Amer ». Les Sarrasins s’étaient installés dans la région au VIIIe siècle de notre ère.
Bien avant, vers -325 environ, les Grecs y avaient fondé la colonie d’Olbia, un comptoir maritime qui est mentionné par le géographe Strabon (-60 à 20). Il faisait partie de l’archipel des Stœchades et se nomme actuellement Olbia de Provence.
Les visites sont possibles, mais seulement à certaines périodes de l’année.
Devenue Romaine, elle porte alors le nom de Pomponiana.
Le port, abandonné à cause de la montée des eaux sous le règne de Gontran Ier (532-592), est toujours observable dans la baie pour peu que l’on ait un masque.

Le site d’Olbia est compris dans un carré régulier de 165 m de côté. Le plan de la cité, préétabli, permettait une répartition égalitaire entre les colons tout en répondant aux exigences militaires de la petite forteresse : un épais rempart, flanqué de tours aux angles et dans les parties médianes abritait quarante îlots d’habitation théoriques.

L’unique porte de la ville, située dans le prolongement du grand axe est/ouest, ouvrait à l’est sur le port, aujourd’hui en partie submergé, et en partie ensablé.

Les îlots d’habitation, de forme rectangulaire, mesuraient 11 m de large pour 34,50 m de long. Ils étaient séparés par des ruelles de 2,20 m de large. Chacun des îlots, au moment de la fondation, était constitué de trois lots égaux, occupant chacun une surface au sol de 120 m2 environ. Chacun de ces lots abritait une famille de colons.

Pline l’Ancien,
Pomponiana dans Naturalis Historia :
Olbia

Vestige du port d’Olbia.

Sur la côte des Gaules, à l’embouchure du Rhône, Métina ; puis celle qui est appelée Blascon ; trois Staechades dénommées par les Marseillais, qui en sont voisins, dans l’ordre de leur situation, Proté, Mésé, appelée aussi Pomponiana ; et la troisième, Hypaea ; plus loin Sturium, Phoenice, Phila, Lero ; et, en face d’Antipolis, Larina, dans laquelle subsiste le souvenir de la ville de Vergoanum. 

Sunt aliae viginti ferme parvae mari vadoso, Galliae autem ora in Rhodani ostio Metina, mox quae Blascorum vocatur, et tres Stoechades a vicinis Massiliensibus dictae propter ordinem quo sitae sunt. nomina singulis Prote, Mese, quae et Pomponiana vocatur, tertia Hypaea, ab iis Sturium, Phoenice, Phila, Lero et Lerina adversum Antipolim, in qua Berconi oppidi memoria.

Résumé des fouilles du site d’Olbia (Hyères) et de son port

  • Le site d’Olbia, situé à Hyères (Var), correspond à une colonie grecque fondée vers 325 av. J.-C. par Massalia (Marseille). Il s’agit d’un établissement fortifié destiné à contrôler le littoral et les échanges maritimes entre la Provence et l’Italie. Olbia constitue l’un des exemples les mieux conservés de colonie grecque planifiée en Méditerranée occidentale.
  • Les fouilles archéologiques, menées principalement à partir du XXᵉ siècle et poursuivies jusqu’à aujourd’hui, ont mis en évidence un plan urbain orthonormé, caractéristique des fondations grecques. La ville est entourée d’une enceinte quadrangulaire renforcée par des tours. À l’intérieur, les archéologues ont identifié un réseau de rues régulières, des îlots d’habitation, des puits collectifs, des systèmes d’évacuation des eaux, des boutiques, des espaces artisanaux, ainsi que des édifices publics, dont des thermes et des sanctuaires.
  • Après la prise de Marseille par Rome en 49 av. J.-C., Olbia connaît une romanisation progressive. Les niveaux archéologiques témoignent d’une continuité d’occupation jusqu’à l’Antiquité tardive, avec des transformations des bâtiments et des usages urbains. Les fouilles récentes ont notamment mis au jour une nécropole romaine datée entre le Ier et le IIIᵉ siècle apr. J.-C., comprenant de nombreuses sépultures à crémation et à inhumation, accompagnées de mobilier funéraire.
  • Le port antique d’Olbia, essentiel au fonctionnement de la colonie, était situé en contrebas du site, en bordure du littoral actuel de l’Almanarre. Les recherches subaquatiques ont permis d’identifier des vestiges de quais et d’aménagements portuaires immergés, aujourd’hui partiellement submergés en raison de l’évolution du trait de côte. Ces structures confirment l’importance du port dans les activités commerciales et militaires de la cité. Les vestiges sont accessibles par un parcours archéologique sous-marin, attestant de la relation étroite entre la ville et son espace maritime.
  • Dans l’ensemble, les fouilles d’Olbia et de son port apportent des données essentielles sur l’urbanisme grec colonial, les dynamiques de romanisation et l’exploitation du littoral méditerranéen sur le long terme. Le site constitue une référence majeure pour l’étude des établissements massaliotes et des interactions entre monde grec, romain et populations locales.

Le tombolo de Giens : quand la mer relie une île à la terre

Texte:  Véra Radomirskaïa

 

À Hyères, dans le Var, la presqu’île de Giens semble avoir été dessinée par une géographie hésitante : autrefois île, elle est aujourd’hui reliée au continent par une étroite bande de terre. Cette formation remarquable, appelée tombolo, constitue l’un des paysages littoraux les plus singuliers de la Méditerranée française.

À l’origine, Giens était une île séparée de la côte par un bras de mer. Au fil des millénaires, les mouvements de la mer, les courants littoraux, les vagues et les apports de sédiments ont progressivement modifié cette configuration. Ces matériaux, déplacés peu à peu le long du rivage, se sont accumulés dans les zones où les courants perdaient leur énergie. Ainsi s’est formé un cordon littoral, reliant progressivement l’ancienne île au continent.

La particularité de Giens tient à l’existence de deux tombolos, un phénomène relativement rare. Un premier relie la presqu’île à la côte par l’est, du côté de l’Almanarre, tandis qu’un second s’étend vers le sud-ouest, en direction de la Capte et des Pesquiers. Entre ces deux cordons subsistent les traces des anciens bras de mer, aujourd’hui transformés en zones humides et en étangs, notamment les étangs des Pesquiers.

La formation de ces cordons ne doit cependant pas être imaginée comme un phénomène achevé. Le littoral est un système en perpétuel mouvement. Les vagues, les courants et les tempêtes déplacent continuellement les matériaux qui constituent le rivage. Les herbiers de posidonie, véritables prairies sous-marines, participent eux aussi à cet équilibre en ralentissant les mouvements de l’eau et en contribuant à la protection du littoral contre l’érosion.

Le tombolo est donc moins une construction définitive qu’une œuvre géologique toujours en cours. Chaque tempête en transforme imperceptiblement le profil ; chaque hiver redistribue les dépôts accumulés ; chaque période de calme en façonne à nouveau les contours. Ce que nous appelons aujourd’hui « la presqu’île de Giens » est ainsi le résultat provisoire d’une histoire beaucoup plus ancienne que l’occupation humaine.

À regarder la route qui traverse aujourd’hui le tombolo, il est difficile d’imaginer qu’une mer passait autrefois entre Giens et le continent. Pourtant, sous les plages, les dunes, les étangs et les aménagements modernes demeure la mémoire de cette ancienne séparation.

La terre qui relie aujourd’hui Giens au continent est née précisément de ce mouvement inverse : la mer qui séparait a fini, lentement, par construire un passage.

Et peut-être est-ce là ce que raconte le mieux le tombolo de Giens. La nature ne travaille ni dans l’urgence ni dans la ligne droite. Elle avance par déplacements presque imperceptibles, par vagues, par dépôts et par retraits. Elle efface une frontière sans jamais vraiment l’abolir.

Là où nous voyons aujourd’hui une route, une plage et des étangs, il y eut autrefois la mer ouverte. Puis, au fil des siècles, le rivage s’est rapproché, jusqu’à ce que la terre apparaisse entre deux eaux.

Giens n’est donc pas seulement une presqu’île : c’est une ancienne île que le temps a lentement rapprochée du continent. Et lorsque le vent traverse aujourd’hui le tombolo, il semble porter avec lui quelque chose de cette très vieille histoire.

Sous nos pas, le paysage se souvient.

De l’île qu’il était.

De la mer qui la séparait.

Et de cette terre patiemment née entre deux rives, comme si la Méditerranée, après avoir longtemps tenu Giens à distance, avait finalement choisi de lui tendre la main.

  Signaler un problème – Report a problem  
Interroger l’IA sur cet article

A propos Frank César LOVISOLO

Artiste pluridisciplinaire (musique, art numérique, photographie, vidéo, son). Chargé de cours à l’Université de Toulon depuis 2010. Compositeur de musiques actuelles. Photographie & Art numérique visuel. Vidéaste d’art.
Lien pour marque-pages : Permaliens.

4 Commentaires

  1. … mais l’origine purement provençale du mot est aussi envisageable.

  2. En noir et blanc, c’est superbe. Je vais publier cette composition sur FB.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.