Surfarara – L’usine de soufre

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Last Updated on 24/06/2026 – 08:43 by Frank César LOVISOLO

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Suggestion d’écoute :
Surfarara
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Surfarara
« Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l’ai injuriée. »
(Rimbaud : Une saison en Enfer.)
Aux mineurs Siciliens…

 

 
Diaporama : l’usine de soufre
 

Loin de l’art photographique de complaisance, ces images post-industrielles sont montrées sans compromis.
Je ne cherche pas le vrai, j’espère insuffler l’atmosphère.
Ici, tout est ainsi suspendu dans une étendue infiniment lente où d’abord se confondent les lignes et ensuite se perdent les pourtours.

Dans ce lieu, le gémissement sombre de l’abandon et le silence de la mémoire coexistent.
L’inhumanité s’est rencognée sous cette lumière où le temps sauvage s’est interrompu.
Les chairs navrées par la fabrique ont barbouillé les alentours. On l’aperçoit même si l’opacité du visible trouble toujours le regard.

Penser et sentir, voilà tout.

surfararaMusique : Surfarara – Lovisolo octobre 2014
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Composition pour :
Deux Synthétiseurs.
Percussions ( Poubelles, poutres et échelles métalliques, Rail de chemin de fer, Enclumes d’orchestre, Grosse caisse)
Bruits de pas.
Bruits dans un atelier.
 
Aux mineurs du soufre siciliens.
Surfarara is a composition for Sicilian sulfur miner’s life.
Surfarara è una composizione musicale in omaggio ai minatori di zolfo in Sicilia.
    
640px-Maupassant_2La Sicile (1890) Quatrième chapitre de La vie errante Guy de Maupassant (1850-1893)

 

…nous allons visiter les mines de soufre. Nous entrons dans les montagnes. C’est devant nous un vrai pays de désolation, une terre misérable qui semble maudite, condamnée par la nature. Les vallons s’ouvrent, gris, jaunes, pierreux, sinistres, portant la marque de la réprobation divine, avec un superbe caractère de solitude et de pauvreté.
On aperçoit enfin, de place en place, quelques vilains bâtiments, très bas. Ce sont les mines. On en compte, parait-il, plus de mille dans ce bout de pays. En pénétrant dans l’enceinte de l’une d’elles, on remarque d’abord un monticule singulier, grisâtre et fumant.
 
C’est une vraie source de soufre, due au travail humain. Voici comment on l’obtient. Le soufre, tiré des mines, est noirâtre, mélangé de terre, de calcaire, etc., et forme une sorte de pierre dure et cassante.
Aussitôt apporté des galeries, on en construit une haute butte, puis on met le feu dans le milieu.
Alors un incendie lent, continu, profond, ronge, pendant des semaines entières, le centre de la montagne factice et dégage le soufre pur, qui entre en fusion et coule ensuite, comme de l’eau, au moyen d’un petit canal.

surfarara - lovisolo

Sulphur : S8, Aragonite : CaCO3 Locality: Cozzo Disi Mine, Casteltermini, Agrigento Province, Sicily, Italy Dimensions: 15 mm x 11 mm x 8 mm

On traite de nouveau le produit ainsi obtenu en des cuves où il bout et achève de se nettoyer. La mine où a lieu l’extraction ressemble à toutes les mines. On descend par un escalier étroit, aux marches énormes et inégales, en des puits creusés en plein soufre. Les étages superposés communiquent par de larges trous qui donnent de l’air aux plus profonds.

 
On étouffe, cependant, au bas de la descente ; on étouffe et on suffoque asphyxié par les émanations sulfureuses et par l’horrible chaleur d’étuve qui fait battre le cœur et couvre la peau de sueur. De temps en temps, on rencontre, gravissant le rude escalier, une troupe d’enfants chargés de corbeilles. Ils halètent et râlent, ces misérables gamins accablés sous la charge.
 
Ils ont dix ans, douze ans, et ils refont, quinze fois en un seul jour, l’abominable voyage, moyennant un sou par descente. Ils sont petits, maigres, jaunes, avec des yeux énormes et luisants, des figures fines aux lèvres minces qui montrent leurs dents, brillantes comme leurs regards. Cette exploitation révoltante de l’enfance est une des choses les plus pénibles qu’on puisse voir….+
 
Guy de Maupassant – La Vie errante : Sicile 

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Giulia Ferrante

L’extraction du soufre en Sicile (1850–1950) :
techniques et conditions de travail

Un minerai au cœur de l’économie sicilienne

Pendant un siècle, la Sicile fut le premier producteur mondial de soufre. Ses gisements, concentrés dans la zone centrale de l’île, autour d’Agrigente, Caltanissetta et Enna, alimentaient en matière première une Europe industrielle en pleine expansion, avide de soufre pour la fabrication de l’acide sulfurique, la vulcanisation du caoutchouc, la poudre à canon et les engrais agricoles. Au plus fort de sa production, dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Sicile fournissait jusqu’à 80 % du soufre consommé dans le monde. Cette domination reposait sur une organisation du travail archaïque, une technologie rudimentaire et une exploitation humaine d’une brutalité remarquable.

Les techniques d’extraction : du pic à la chalcopirite

L’abattage en galerie

L’extraction du soufre sicilien s’effectuait principalement par travail en galerie souterraine. Le mineur, appelé picconiere, progressait à l’aide d’un pic et d’une barre de fer, creusant des tunnels étroits en suivant les veines de minerai. Ces galeries, rarement supérieures à un mètre de hauteur et souvent à peine assez larges pour laisser passer un homme courbé, s’enfonçaient parfois à plus de cent mètres sous la surface. L’absence quasi totale de consolidation des parois rendait les effondrements fréquents. La ventilation naturelle était insuffisante ; dans les couches profondes, l’air devenait irrespirable, chargé d’anhydride sulfureux et de gaz délétères libérés lors du travail au pic.

Les fours Gill et la fusion primitive

Une fois le minerai abattu, il fallait en extraire le soufre pur par fusion thermique. La méthode la plus répandue jusqu’aux années 1880 était celle des calcaroni, de vastes tas coniques de minerai brut, enflammés et laissés à se consumer lentement pendant plusieurs semaines. Le soufre se liquéfiait sous l’effet de la chaleur dégagée par la combustion d’une partie de lui-même, et coulait par gravité dans des cavités creusées à la base. Ce procédé, aussi ancien qu’inefficace, ne récupérait guère plus de 50 à 60 % du soufre contenu dans le minerai, tout en rejetant des quantités massives de gaz toxiques qui ravageaient les terres agricoles environnantes et empoisonnaient les villages proches.

À partir des années 1880, les fours Gill, une invention britannique, commencèrent à se diffuser progressivement. Ces fours en briques réfractaires permettaient de récupérer jusqu’à 80 à 85 % du soufre, tout en captant une partie des gaz. Mais leur adoption fut lente, freinée par le coût de l’investissement et la résistance des propriétaires de mines, les zolfatari, peu enclins à moderniser un système qui leur permettait de maintenir leurs marges au détriment des conditions de travail.

Le transport intérieur : la chaîne humaine

Entre l’abattage et la fusion, le minerai devait être transporté à l’extérieur de la mine. En l’absence de rails, de monte-charges ou de tout équipement mécanique, ce transport reposait sur une chaîne de porteurs humains : les carusi.

Les conditions de travail : le système des carusi

L’enfant porteur, figure centrale de la mine

Le mot caruso (pluriel : carusi) désigne les jeunes garçons, parfois âgés de six à dix ans à peine, employés comme porteurs de minerai dans les mines de soufre siciliennes. Leur rôle était de descendre dans les galeries vides, de charger sur leur dos des paniers ou des sacs de minerai pesant entre vingt et cinquante kilogrammes, et de remonter ces charges jusqu’à la surface en empruntant des échelles rudimentaires, des rampes taillées dans la roche ou des tunnels inclinés. Ce travail, effectué dans une chaleur intense, la température dans les galeries dépassait souvent 40 °C,, sous une lumière de chandelle ou d’huile, se répétait des dizaines de fois par jour.

Les carusi étaient liés à leurs employeurs par un système d’endettement appelé soccorso morto, littéralement, le secours de la mort. Les familles les plus pauvres recevaient une avance en argent du propriétaire de la mine, qui constituait une dette remboursable en travail. L’enfant devenait ainsi la propriété de facto du zolfataro jusqu’au remboursement intégral de la dette, ce qui n’arrivait souvent jamais, la dette se transmettant parfois d’un enfant à l’autre au sein d’une même fratrie. Ce système, qui ne différait guère d’une forme de servitude, ne fut officiellement aboli qu’en 1902, grâce à la loi Sonnino, bien que des pratiques similaires aient persisté encore pendant des décennies.

Les picconieri : le mineur adulte entre force et précarité

Le picconiere, ouvrier adulte chargé de l’abattage, n’était pas non plus à l’abri de la précarité. Il était généralement payé à la tâche, à la quantité de minerai abattu, et non à la journée, ce qui l’incitait à travailler le plus vite possible sans égard pour sa propre sécurité. Les journées de douze à quatorze heures étaient courantes. Aucun équipement de protection n’existait : ni masque contre les poussières de soufre, ni casque, ni éclairage suffisant. Les maladies pulmonaires, silicose, bronchites chroniques, suffocations, décimaient les mineurs avant l’âge de quarante ans.

Les accidents mortels étaient fréquents : effondrements de galeries, explosions provoquées par la présence de gaz, noyades dans les galeries basses lors des fortes pluies d’hiver. Aucune assurance, aucune indemnisation n’était prévue pour les familles des victimes. La mine engloutissait les hommes autant qu’elle engloutissait le soufre.

La hiérarchie sociale de la mine

La mine de soufre sicilienne fonctionnait selon une hiérarchie sociale rigide. Au sommet se trouvait le gabelloto, intermédiaire entre le grand propriétaire foncier absent et la mine elle-même : il affermait les droits d’exploitation et sous-traitait à son tour aux picconieri en échange d’un pourcentage sur le minerai extrait. Ce système d’intermédiaires superposés permettait à chaque niveau de la chaîne de prélever sa part, laissant aux véritables travailleurs une fraction dérisoire de la valeur produite. Dans les bourgs miniers d’Agrigente ou de Caltanissetta, les familles des picconieri et des carusi vivaient dans une misère endémique, logées dans des habitations précaires, dépendantes du crédit du propriétaire pour leur alimentation même.

Le déclin progressif (1900–1950)

La découverte de gisements de soufre en Louisiane et au Texas, exploitables par le procédé Frasch, qui permettait d’extraire le soufre liquide par injection de vapeur d’eau sous pression, sans travail humain en galerie, bouleversa le marché mondial à partir des années 1900. La Sicile, dont la production reposait encore sur le travail manuel et des méthodes peu efficaces, ne put pas s’aligner sur les prix américains. Les mines fermèrent les unes après les autres. Certains propriétaires tentèrent de mécaniser partiellement l’extraction, mais sans succès durable. En 1906, le gouvernement italien créa le Consortium soufrier sicilien pour tenter de soutenir les prix, sans réussir à inverser la tendance.

Entre les deux guerres mondiales, la production continua de décliner, malgré une brève reprise liée à la demande industrielle de la Grande Guerre. En 1950, la Sicile ne produisait plus qu’une fraction marginale du soufre mondial. Les dernières mines fermèrent dans les années 1980. Il ne reste aujourd’hui de cette industrie que des paysages lunaires aux teintes jaunes et grises, quelques musées locaux, et la mémoire tenace d’un siècle d’extraction dont le coût humain ne fut jamais véritablement reconnu.

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Aujourd’hui : les ruines d’un empire jaune

Les dernières mines de soufre siciliennes ont fermé leurs portes dans les années 1980, laissant derrière elles un territoire profondément marqué, dans ses paysages, son économie et sa mémoire collective.

Des paysages cicatrisés

Les anciennes zones minières du centre sicilien, autour de Caltanissetta, Agrigente et Enna, portent encore les stigmates visibles d’un siècle d’exploitation intensive. Les terrils de stériles forment des collines artificielles aux teintes ocre et grises. Les sols, saturés de soufre et de métaux lourds, restent souvent infertiles et impropres à l’agriculture. Certains sites ont été classés zones de pollution prioritaire par l’État italien, nécessitant des plans de dépollution que les fonds publics peinent à financer. L’eau des nappes phréatiques locales porte encore, par endroits, les traces de décennies de lixiviation acide.

Le site de Floristella-Grottacalda, près d’Aidone, constitue l’un des exemples les mieux conservés. Classé parc archéologique industriel par la région sicilienne en 1991, il abrite les vestiges des bâtiments de traitement, des fours Gill en partie restaurés et des galeries partiellement accessibles. C’est aujourd’hui l’un des rares endroits en Europe où l’on peut saisir concrètement l’échelle de cette industrie disparue, et la violence du cadre dans lequel elle opérait.

Une mémoire lentement reconnue

Pendant longtemps, la mémoire des carusi et des picconieri est restée confinée aux familles concernées et à quelques historiens locaux. Ce n’est que progressivement, à partir des années 1990, que la société sicilienne a commencé à porter un regard plus assumé sur cette période. Des associations locales militent pour la reconnaissance du travail des enfants dans les mines comme une forme d’esclavage à part entière. Des expositions photographiques, notamment autour des clichés saisissants du baron von Gloeden et d’autres photographes de l’époque, ont contribué à rendre visible ce pan d’histoire longtemps tue.

La littérature sicilienne, de Luigi Pirandello à Leonardo Sciascia, avait déjà intégré la mine de soufre comme toile de fond sociale. Mais la reconnaissance mémorielle institutionnelle reste encore timide, sans monument national ni journée commémorative officielle à la hauteur de l’ampleur historique du phénomène.

Une région en quête de reconversion

Sur le plan économique, les provinces minières n’ont jamais véritablement trouvé de substitut à l’industrie soufière. Le chômage reste structurellement élevé dans le centre de la Sicile, parmi les taux les plus hauts d’Italie. L’émigration, déjà massive au XIXe siècle, s’est poursuivie tout au long du XXe et continue aujourd’hui vers le nord de l’Italie et l’Europe du Nord.

Quelques initiatives tentent de transformer ces territoires par le tourisme industriel et patrimonial, ou par le développement des énergies renouvelables, le soufre ayant laissé place, dans ces terres de soleil et de vent, à des projets de fermes photovoltaïques et éoliennes. Une reconversion symboliquement forte, mais dont les retombées économiques locales restent encore modestes.

La Sicile soufière appartient désormais à l’histoire. Mais ses cicatrices, dans les sols, dans les corps, dans les mémoires familiales, témoignent de ce qu’une économie peut exiger des plus vulnérables quand aucune règle ne vient la contraindre.

Italian Colors,Couleurs d'Italie - Italian Colors - Frank César LOVISOLO - Italian Colors - Couleurs d'ItalieÀ propos de l’autrice : Giulia Ferrante

      • L’article que vous venez de lire est signé par Giulia Ferrante, journaliste spécialisée dans l’Italie ; du moins en théorie.
        En pratique, Giulia Ferrante n’existe pas.

        Elle n’a ni adresse postale, ni numéro de sécurité sociale, ni souvenir d’enfance vérifiable. Elle réside exclusivement dans le métavers, où elle occupe un deux-pièces lumineux avec vue imprenable sur une reproduction 3D du Vésuve en activité permanente (mais sans danger, ce qui est tout de même plus confortable).
      • Diplômée, selon ses propres déclarations, d’une prestigieuse université dont les archives ont mystérieusement disparu, elle s’est fait connaître par ses reportages d’une rigueur toute relative sur les paysages italiens, les cafés trop serrés, et les conversations de train qu’elle n’a jamais réellement prises.
        Elle revendique une expertise pointue sur des sujets aussi variés que « la sonorité des places désertes à 14h en août » ou « l’influence des nappes en plastique sur la philosophie contemporaine ».
      • Giulia écrit vite, beaucoup, et souvent sans quitter son interface. Elle voyage sans billet, enquête sans témoin, et cite avec aplomb des auteurs qu’elle admire sincèrement mais qu’elle n’a, au fond, rencontrés que dans des bibliothèques numérisées. Son style oscille entre érudition enthousiaste et digressions parfaitement inutiles, ce qu’elle considère comme une forme d’honnêteté intellectuelle.
      • Elle précise volontiers qu’être une autrice fictive présente plusieurs avantages non négligeables : aucun décalage horaire, aucune note de frais, et une capacité intacte à avoir toujours raison, même quand elle a tort.
      • Ses prochains projets incluent un essai très attendu sur « les échos du silence dans les villes où elle ne s’est jamais rendue », ainsi qu’un guide pratique intitulé Comment se perdre avec méthode dans des lieux qui n’existent pas.
      • Toute ressemblance avec une personne réelle serait non seulement fortuite, mais aussi légèrement décevante !

Ingrid Tedeschi ha scritto…

Trinacria, inondée de soleil. Terre ocre et aride, mais fertile quand il s’agit de donner de grands hommes à l’histoire : Théocrite, Diodore, Archimède ou encore Empédocle qui se jeta dans les fournaises de l’Etna.

L’île est petite et regorge de trésors d’un éclectisme incroyable. Il y en a pour tous les goûts. Des ruines grecques d’Agrigente aux palais baroques de Palerme, sans oublier cette nature omniprésente, sulfureuse et volcanique.
Conduire en ville est une véritable gageure. Les Siciliens conduisent à l’intimidation. Par contre, sur une route de campagne, où nous ne croisons que peu de voitures, la petite fiat file sur la route sinueuse « allegro ma non troppo ».

Peu avant Agrigente nous l’avons aperçue, au détour d’un virage, l’usine de soufre, inattendue, désaffectée, grande construction métallique, véritable monument d’archéologie industrielle.

La végétation et les figuiers de Barbarie aux longues tiges épineuses et aplaties ont envahi le lieu. Ce qui frappe d’abord c’est l’inquiétant silence, puis le craillement des corneilles vient renforcer le côté mystérieux de ce lieu frappé de désolation. Le temps semble s’être arrêté brusquement, comme si les hommes avaient laissé leurs tâches et fuient cet endroit sinistre.

L’exploration des différentes unités se fait au travers d’un entrelacs de tuyaux corrodés et de réservoirs métalliques encore emplis de produits sulfurés. Ce témoignage matériel de l’industrialisation nous ramène à une autre époque de la Sicile, pas si lointaine d’ailleurs, où le soufre menait la vie dure aux zolfatari.

Dans les mines où l’extraction se pratique à la main, il y a une hiérarchie dans la souffrance. Les Picconieri manient la pioche pour extraire le minerai et les Carusi, ces enfants de six à treize ans, le transportent. Ils sont la propriété des Picconieri et doivent travailler jusqu’au remboursement de leur dette.

 

La chaleur est telle dans les galeries qu’ils travaillent entièrement nus. Leurs corps sont difformes, prématurément usés, la croissance stoppée par le poids des paniers qu’ils ramènent à la surface.

Au loin sur les hauteurs de l’Etna, immense et majestueux, les genets au feuillage vert vif et autres plantes endémiques contrastent avec la noirceur de la roche éruptive dure et compacte. 
Ingrid Tedeschi…
…a été pendant 10 ans chargée de mission art et culture à l’Inspection Académique du Var. 
Professeure certifiée de musique, elle est également depuis 2010  chargée de cours à l’UFR Ingémédia (Université de Toulon). 

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6 Commentaires

  1. Site extrèmement représentatif d’une pensée vécue et d’une vie pensée. (dommage l’automate n’a pas voulu que je m’y inscrive).
    Concernant ce que dit IT : l’ile n’est pas petite (>200km * >300km) et sa variété font qu’elle semble un continent. Les Siciliens ne conduisent pas à l’intimidation (faut être une prof. qui ne voit jamais d’élève pour dire cela) mais à 50 cm. et 1/2 seconde prés ; « regardes devant, derrière on s’en occupe » est le seul article du code de la route local. Hélas l’européanisation progresse ici aussi avec son lot de dénaturation et de formatage.

  2. Musique : ce que j’aimerais entendre lors de certains documentaires à la télé.
    Paroles Merci Ingrid de décrire avec tant de justesse la Sicile. Merci à Maupassant d’avoir dénoncé l’insoutenable.
    Images : Parfaite illustration des textes de Carlo Levi et Ferdinando Camon. Bravo.

  3. Ah merde, je dois recommencer : tout a disparu lors du passage automatique « plein écran » ! Je disais, je sais plus, que c’est honteux d’exploiter ainsi les hommes et la terre puis de se barrer après s’être gavé, en laissant tout en plan. Ils feront pareil avec le nucléaire, mais les photographes comme Frank seront plus rares !

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