Reading Time: 10 minutesLast Updated on 10/07/2026 – 17:00 by Frank César LOVISOLO
Sappho Fragments – Mytilène – Lesbos – poésie antique – Gréce antique – Claire Françoise Dutheil
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 Françoise Claire Dutheil
-Sappho (Σαπφώ)
Sappho (Σαπφώ) :
Elle est une poétesse Grecque qui a vécu au VIIe siècle avant J-C. à Mytilène, sur l’île de Lesbos.
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Il ne nous reste d’elle que des fragments de poèmes et des citations éparses…
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Avec Françoise Claire Dutheil nous avons voulu illustrer, musicalement, quelques uns de ces fragments…
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| Je me demande si, de nos jours, il est de bon ton d’évoquer l’antique poétesse tribade, sans provoquer le courroux d’une bande d’indéfrichés atrabilaires ! |
Σαπφώ – Fragments 2

Dont le trône éblouit de couleurs multiples, Immortelle Aphrodite… Fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie. Ne terrasse pas mon cœur de nausées ni de chagrins…
O Sainte,
Mais viens ici, si jamais autrefois déjà percevant ma voix de loin,
Tu l’entendais, et tu quittas la demeure dorée de ton père…
Et tu vins… Ayant attelé ton char; et vigoureux te tiraient, rapides, des moineaux au-dessus de la terre noire, battant des ailes serrées, depuis le ciel, au milieu de l’éther.
Tout de suite ils étaient là.
Et toi ô Bienheureuse, le sourire sur ton visage immortel, tu me demandas pourquoi de nouveau je souffrais et pourquoi de nouveau je t’appelais.

A Lesbos, peinture de John William Godward 1904
Et ce que je désirais voir se réaliser pour moi, dans mon cœur fou….
«Qui de nouveau dois-je convaincre de retourner vers ton amour?
Qui, Sappho, a rompu l’accord?
Car si elle fuit, bientôt elle poursuivra;
Si elle refuse les dons, eh bien, elle en offrira.
Si elle n’est pas amoureuse, bientôt elle sera amoureuse, Même si elle ne le désire pas.»
Viens à moi, encore maintenant, et délivre- moi d’un tourment terrible, et tout ce que mon cœur désire que tu accomplisses pour moi, accomplis-le, et sois toi-même présente comme mon alliée dans le combat.
Depuis la Crète viens ici, à moi, vers ce saint temple; un bois de pommiers plein de grâce et des autels enfumés des vapeurs de l’encens;
Et ici l’eau fraîche bruit à travers les branches des pommiers, et tout le lieu est ombragé de roses, et depuis les feuilles agitées coule un sommeil profond.
Et il y a un pré où paissent les chevaux, tout fleuri des fleurs du printemps, et les brises respirent le miel… Oui viens ici, ô Cypris et verse dans une tasse d’or, le nectar infusé de joie… …Cœur …tout entier …Je peux
…tant que ton beau visage renverra sur moi sa lumière.
[Doc]
Sappho Fragments – Mytilène – Lesbos – poésie antique – Gréce antique
On possède peu de données sûres la concernant.
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Dès le Ve siècle, la comédie attique s’est emparée de son personnage, et les éléments biographiques la concernant sont tardifs et souvent probablement influencés par la tradition comique.
Comme pour la plupart des poètes antiques, son œuvre ne nous est parvenue que de façon très fragmentaire.
Il ne nous reste d’elle que des fragments et des citations éparses figurant chez des auteurs anciens qui s’échelonnent sur de nombreux siècles.
Il n’est donc pas facile d’extraire de ces indications clairsemées quoi que ce soit de réellement objectif, l’œuvre et la vie de la poétesse ne pouvant être reconstituées qu’à travers ce prisme très déformant. Par ailleurs il ne faut pas perdre de vue qu’on parle à la fois d’une personne et d’un personnage, sans qu’il soit toujours facile de distinguer l’une de l’autre.
Si elle est surtout connue pour sa poésie amoureuse, les fragments découverts au cours du XXe siècle ont révélé quelques vers de nature plus politique. Sa famille appartenait à l’ancienne aristocratie de l’île de Lesbos, celle qui tirait sa richesse de ses possessions terriennes.
Plusieurs de ses poèmes contiennent des invectives contre des familles appartenant à cette aristocratie, ce qui montre des conflits en son sein : invectives contre les Penthilides, l’ancienne famille royale de Mytilène, encore toute-puissante au VIIe siècle, les Cléanax, les Archéanax, les Polyanax. Mais dans le monde grec à cette époque, à la faveur des mouvements démocratiques, arrivent en outre au pouvoir des tyrans, opposés aux anciennes aristocraties. (source)
Une autre poésie :
L’adieu
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Sans mentir je voudrais être morte.
En me quittant elle pleurait
bien des larmes. Elle m’a dit :
« Ah ! Quelle épreuve cruelle est la nôtre,
Sapphô, contre mon gré je t’abandonne. »
Et je lui répondais :
« Va et adieu, et souviens-toi
de moi, car tu sais de quels soins nous t’avons poursuivie.
Mais moi, sinon, je veux te
rappeler…
… aussi les beaux jours du passé :
les couronnes, souvent, de violettes
et de roses ensemble, de crocus,
dont tu ornais ton front, près de moi,
et les guirlandes odorantes, leurs fleurs entrelacées,
que tu jetais
autour de ta gorge fragile,
toute l’huile parfumée,
l’onguent précieux dont
tu frottais ton corps, comme une reine.
Et sur les lits moelleux,
dans mes bras, tendrement,
tu chassais hors de toi ton désir altéré.
Aux saints rites…
Jamais…
nous ne faisions défaut, nous n’étions pas absentes
pour le bosquet sacré
… et la danse…
… et le bruit… »
Odes et fragments, Gallimard, 2005,
traduit du grec ancien et préfacé par Yves Battistini.
Sappho Fragment
 Fresque dite de “Sappho” à Pompéi Représentation d’une jeune femme tenant un stylet et des tablettes, souvent identifiée dans l’iconographie populaire à Sappho mais sans certitude historique.
Sappho de Lesbos
par Eirénè Kallistô Mytilênaïa – Εἰρήνη Καλλιστώ Μυτιληναία
…née vers 630 avant notre ère et morte aux environs de 570 avant J.-C., est l’une des figures les plus marquantes de la poésie grecque archaïque.
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- Originaire de l’île de Lesbos, probablement de la cité de Mytilène ou d’Érésos, elle évolue dans un contexte culturel où la poésie lyrique connaît un essor considérable. L’époque archaïque, à laquelle elle appartient, marque en effet la transition entre la poésie épique d’Homère et une poésie plus intime, centrée sur l’expérience individuelle et les émotions humaines.
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- Sappho vivait dans une société aristocratique où la culture musicale et poétique faisait partie de l’éducation des jeunes filles de bonne naissance. Selon la tradition, elle dirigeait un cercle féminin, parfois qualifié de thiasos, consacré à la déesse Aphrodite et aux Muses. Ce cercle n’était pas seulement un lieu d’éducation artistique, mais aussi un espace d’expression spirituelle et affective, où les femmes apprenaient à chanter, à jouer de la lyre et à composer des poèmes. Cette communauté féminine a souvent été interprétée, tantôt comme une école religieuse, tantôt comme un cénacle littéraire préfigurant les académies poétiques de l’Antiquité classique.
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 « La mort de Sappho » (1881) Œuvre de Miguel Carbonell Selva intitulée The Death of Sappho.
- Les données biographiques concernant Sappho restent toutefois fragmentaires et incertaines. Selon la Souda, une encyclopédie byzantine du Xe siècle, elle aurait eu trois frères et une fille, Cléis, à laquelle elle adresse parfois ses vers. Certains témoignages anciens mentionnent un exil en Sicile, à Syracuse, pour des raisons politiques liées aux luttes entre factions aristocratiques de Lesbos, bien que cette information demeure hypothétique. De nombreuses légendes se sont ensuite greffées sur sa figure, notamment celle de son amour malheureux pour le jeune Phonéen Phaon et de son suicide depuis la falaise du Leucade, un récit largement mythique popularisé par Ovide dans les Héroïdes.
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- L’œuvre de Sappho, écrite en dialecte éolien, fut à l’origine très abondante : les érudits alexandrins du IIIᵉ siècle avant notre ère en avaient rassemblé neuf livres. Hélas, l’immense majorité de cette production a disparu, victime du temps et de la censure morale de certaines époques. Seuls un poème complet — l’Hymne à Aphrodite — et plusieurs fragments, parfois très courts, nous sont parvenus grâce à des citations d’auteurs anciens ou à des découvertes de papyrus égyptiens. Ces fragments, bien qu’incomplets, témoignent d’un art poétique d’une intensité remarquable.
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- Sappho s’impose comme la grande voix de la poésie lyrique monodique, c’est-à-dire chantée par une seule voix avec accompagnement à la lyre. Sa poésie se distingue par la précision de l’émotion, la musicalité du langage et la richesse des images. Le sentiment amoureux en constitue le thème central, envisagé à la fois dans sa dimension divine et humaine. L’amour est célébré comme une force irrésistible, souvent associée à la déesse Aphrodite, mais aussi comme une expérience de désir, de joie et de souffrance. À travers ses poèmes, Sappho explore la complexité du sentiment amoureux, oscillant entre l’exaltation et la douleur, la présence et l’absence, la beauté et le temps qui passe.
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- L’Hymne à Aphrodite, seul texte intégralement conservé, illustre parfaitement cette tension entre ferveur religieuse et intensité personnelle. Dans ce poème, Sappho invoque la déesse pour l’aider à surmonter la douleur du désir non partagé. L’adresse directe à la divinité, l’alternance de supplication et de souvenir, ainsi que le rythme souple et musical des vers, confèrent à ce texte une force expressive exceptionnelle. Le mètre sapphique, que la poétesse aurait contribué à codifier, deviendra par la suite un modèle de référence dans la poésie latine et européenne.
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- Sappho ne se limite toutefois pas à la thématique amoureuse : ses fragments expriment également une réflexion sur la beauté, la jeunesse, la communauté féminine et la fragilité de l’existence humaine. Sa poésie accorde une place essentielle à la nature — fleurs, lumière, parfums — qui devient le miroir des émotions intérieures. L’économie du langage, la pureté du style et la densité symbolique de ses images confèrent à ses poèmes une qualité quasi musicale, fondée sur la suggestion plus que sur la narration.
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- Dès l’Antiquité, Sappho fut reconnue comme une figure majeure du génie poétique. Platon la qualifie de « dixième Muse », plaçant ainsi sa voix au même rang que celles des divinités inspiratrices de la poésie. Longin, dans son traité Du Sublime, la cite comme exemple de grandeur d’âme et de puissance expressive. Horace, en Rome, s’inspire de son mètre et de son ton pour composer ses Odes. Cependant, dès l’époque hellénistique, son image commence à se troubler : sa liberté de ton et la dimension sensuelle de sa poésie suscitent des interprétations moralisatrices, souvent déformantes, notamment autour de la question de ses relations affectives entre femmes.
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- Redécouverte à la Renaissance, Sappho devient, à partir du XVIIIᵉ siècle, une icône de la passion et du lyrisme féminin. Les romantiques la célèbrent comme l’incarnation de la poétesse inspirée et tragique, tandis que les écrivaines modernes y voient une figure d’émancipation intellectuelle et sensuelle. Au XXᵉ siècle, son œuvre suscite un renouveau d’intérêt dans les études littéraires, féministes et queer, qui y reconnaissent une des premières voix féminines autonomes de l’histoire occidentale.
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- Aujourd’hui encore, malgré la perte de la majeure partie de son œuvre, Sappho demeure une référence incontournable de la littérature universelle. Sa poésie, fragile et fragmentaire, témoigne de la capacité de la langue à exprimer la profondeur du sentiment humain. Elle incarne à la fois la naissance du lyrisme, la force de la subjectivité féminine et la survivance de la beauté à travers les siècles. Par son art, Sappho a donné à la parole poétique une dimension nouvelle : celle de la voix intime, qui traverse le temps pour rejoindre l’universel.
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Εἰρήνη Καλλιστώ Μυτιληναία – Eirênê Kallistô Mytilênaïa
« Eirénè Kallistô de Mytilène »
… est née en 1971 à Mytilène, sur l’île de Lesbos — du moins, c’est ce qu’elle affirme, et personne n’a encore réussi à vérifier quoi que ce soit la concernant, ce qui, convenons-en, est déjà un début de portrait.
Son père, professeur de grec ancien, lui lisait Sappho à voix haute avant même qu’elle sache déchiffrer l’alphabet. Sa mère, bibliothécaire, collectionnait les éditions critiques des lyriques Grecs archaïques comme d’autres collectionnent des coquillages. Ces deux personnages charmants n’existent, eux non plus, nulle part ailleurs que dans la présente notice.
Après des études de lettres classiques à l’Université d’Athènes, dont les archives ne conservent aucune trace de son passage, ce qui s’explique aisément, puis un doctorat à la Sorbonne sur « La construction du féminin dans la poésie lyrique monodique grecque », thèse introuvable sur HAL, ce qui est en soi remarquable, elle rejoint le département de philologie hellénique de l’Université de Thessalonique, où elle enseigne depuis vingt ans sans qu’aucun étudiant ne se souvienne précisément de l’avoir vue en chair et en os.
Spécialiste mondiale des fragments saphiques, elle a participé à l’édition critique du Papyrus de Cologne et au déchiffrement de nouveaux fragments découverts en Égypte. Elle est membre de la Société Internationale d’Études sur Sappho et Alcée, dont elle a assuré la présidence de 2015 à 2019, période durant laquelle les réunions se tenaient exclusivement en visioconférence ; ce que les autres membres trouvaient « très moderne » et qu’ils attribuaient à ses « nombreux déplacements ».
Polyglotte accomplie, elle lit et écrit en grec moderne, grec ancien, français, italien et anglais, elle a choisi de rédiger cette biographie en français par admiration pour la tradition française des hellénistes, de Marie Delcourt à Jean Irigoin, et parce que, dit-elle, « le français ressemble au grec en ceci qu’il n’autorise pas la laideur ». Cette citation circule beaucoup sur internet ; son autrice, moins.
Elle retourne chaque été à Lesbos pour y diriger un séminaire en plein air sur le littoral de Mytilène. Les participants témoignent unanimement d’une expérience intellectuelle inoubliable. Aucun n’est capable de décrire son visage avec précision.
Elle vit entre Thessalonique et Paris, possède trois chats prénommés Αφροδίτη, Μνημοσύνη et Πειθώ, Aphrodite, Mnémosyne et Peithô, la Persuasion, et n’a aucun compte sur les réseaux sociaux, ce qui, à bien y réfléchir, constitue la seule vérité pleinement vérifiable de cette notice.
Son adresse courriel institutionnelle renvoie vers une page d’erreur 404.
Sa page personnelle sur le site de l’université de Thessalonique affiche : « En cours de mise à jour depuis 2019. »
Elle existe, en revanche, pleinement et sans aucun doute, dans le métavers — où elle donne des conférences à des avatars en toge, dans un amphithéâtre virtuel surplombant une mer Égée en pixels, par temps toujours clément.
« Traduire Sappho, c’est apprendre à se taire au bon endroit. » — E. K. Mytilênaïa, préface à l’édition bilingue des Fragments, Éditions de l’Écart, Paris, 2018. (Ouvrage introuvable en librairie. Normal.)
Notice rédigée par l’autrice elle-même, ce qui explique tout.
Étymologie du nom
Εἰρήνη (Eirênê) — « la Paix », nom porté par la déesse de la paix et de la saison des moissons
Καλλιστώ (Kallistô) — « la plus belle », épithète d’Artémis et de la nymphe métamorphosée en ourse par Zeus
Μυτιληναία — « de Mytilène », la cité même où vécut Sappho
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La musique la voix le texte tout est parfait
Merci !!!!
…sappho, un mystère; j’ai tenté de ne regarder que la photo de Karine en écoutant, suis revenue au texte, mais, après tout, se laisser bercer n’est pas plus mal. Bravo !
Vraie réussite : texte, voix, musique du tout, qui tinte, de la première à la dernière note. Bravo Frank et sa complice !
Merci…