L’inconséquence du carabin Loiseau – Philippe Jeay

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ComGris
Stttrente :
J’inviterai quelques amis à choisir, dire une trentaine de mots et j’en conserverai l’empreinte enregistrée. De ces éclats de voix recueillis, je tisserai une musique, comme un fil mystérieux liant leurs métaphoriques au silence.  
Emmanuelle Grangé fut la première à participer avec ses mots: « Un peu plus de trente heures ».
philippe jeay,musique contemporaine,mots - Stttrente - Frank César LOVISOLO - Je demanderai à quelques amis une liste de 30 mots qu'ils diront, qu'ils enregistreront dans mon studio et que je mettrai en musique...

Composition pour:
Bruits de clefs de bugles, Piano, Timbales Classiques, Tambour, Anvils, Waterphone, Contrebasse, Bugle.
Extrait

L’inconséquence du carabin Loiseau : Les mots de Philippe Jeay

Poésie contemporaine de mots musiqués…

Philippe Jeay - Frank Lovisolo

Téorbe
Tipaza
Salsepareille
Atrabilaire
Pyorrhée
Ahane
Diaphane
Pluche
Phasme
Criailler
Pépiement
Ultramarin
Obsidienne
Lipari
Zée
 
garance
 
 
Mésuser
Chandernagor
Malfaçon
Déhiscence
Reptilien
Factotum
Tomahawk
Tuyauté
Inadéquat
salsepareilleGarance
Sororal
Desoxyribo Nucléotidique
Flagornerie
Siccatif
Épitaphe
 
Philippe Jeay 2010

Philippe Jeayphilippe jeay,musique contemporaine,mots - Stttrente - Frank César LOVISOLO - Je demanderai à quelques amis une liste de 30 mots qu'ils diront, qu'ils enregistreront dans mon studio et que je mettrai en musique...Tu as tellement collaboré à mes créations que je m’y perds un peu…

Philippe :
Compositeur, auteur, contrebassiste, pianiste, « Bugliste », tu es souvent sur une scène ou bien en répétition quand, accessoirement adepte d’Hippocrate, tu ne hantes pas ton cabinet médical !
Mais, la médecine, c’est fini non ?
Ton album : Boréales, très sensible, est à découvrir ici
Ta participation à mes œuvres est précieuse :
Et d’autres qui ne sont pas ici.
Je ne te remercierai jamais assez pour ton écoute patiente et pertinente.
Et puis si tu as quelque chose à rajouter…. Un titre par exemple 🙂
Emmanuelle Grangé - Stttrente - Frank César LOVISOLO - Le dispositif est celui d'une commande contrainte à la lisière entre l'oral et la composition musicale : Frank César Lovisolo invite des amis à choisir et prononcer une trentaine de mots, dont il enregistre la voix, puis il tisse une musique à partir de ces "éclats de voix". La liste n'est donc pas un poème ni un texte — c'est une empreinte sonore, un matériau brut offert au compositeur. Emmanuelle Grangé a été la première à se prêter à l'exercice.
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Poésie contemporaine

Gustave Flaubert par Nadar

Gustave Flaubert

De ce fait, la situation est plus complexe au XXIe siècle puisque le terme de « poésie » a en fait recouvert des aspects très différents, celle-ci s’étant dégagée d’une forme versifiée facilement identifiable et même du « poème ». On a cherché la poésie à la limite dans une « expression poétique » indépendante du travail des poètes.

Néanmoins la spécificité du texte poétique a demeuré à travers sa densité qui tentait d’exploiter à la fois toutes les possibilités offertes par les spécificités linguistiques. Il est d’ailleurs difficile de traduire un poème dans une autre langue, car la question se pose toujours de savoir s’il faut se préoccuper d’abord du sens ou s’il faut chercher à inventer des équivalences sonores et rythmiques.

Aragon

Aragon

L’influence que la poésie exerce sur la production littéraire en général est discrète, voire indirecte, mais réelle. On peut tenir en effet la poésie pour le laboratoire principal où s’élaborent les formes les plus novatrices de l’expression et de la représentation, celles qui bousculent ce que Gustave Flaubert appelle « les formes convenues ».

Jules Supervielle

Jules Supervielle

Elle travaille incessamment la langue pour que le désir s’y fraie une voix en s’affranchissant de tout ce qui l’aliène. En cela, le poète contemporain s’inscrit bien dans une démarche rimbaldienne : « Donc le poète est vraiment voleur de feu. Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme : si c’est informe, il donne de l’informe.
Trouver une langue »
Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy

Après la Première Guerre mondiale et après Apollinaire, défenseur lui aussi de « L’esprit nouveau », les surréalistes, héritiers de cet enthousiasme rimbaldien, confieront à l’image poétique le soin de dépasser le réel et d’ouvrir des « champs magnétiques » novateurs mettant au jour l’inconscient, ce que formulera Louis Aragon dans Le Paysan de Paris en parlant de « l’emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image ».

Dans les années 1950-1970, revenant sur cette systématisation de l’image, les poètes s’orienteront davantage vers une poésie-célébration, un chant du monde orphique ou vers une poésie lyrique, chant de l’âme qui fait entendre la voix personnelle des poètes comme celle de Jules SupervielleRené Char ou Yves Bonnefoy.

Pour Saint-John Perse, la poésie est « initiatrice en toute science et devancière en toute métaphysique »

Saint-John Perse

Saint-John Perse

Rrné Char

René Char

De manière plus générale la poésie dialogue avec les autres arts donnant notamment lieu à des « happenings » où les poètes dialoguent avec les musiciens et les peintres.

Des clubs de poésie organisent ainsi des rencontres d’artistes où c’est l’improvisation qui doit gouverner, chaque artiste doit répondre à l’improvisation de l’autre sur le moment.

Ce type de représentations se fonde notamment sur l’idée d’une appartenance universelle de l’Art c’est-à-dire de ‘idée de l’inspiration comme don.

Ainsi l’œuvre réalisé dans ce type de happening est-elle collective dans un sens large puisque non seulement elle n’appartient pas à un artiste mais également parce qu’elle est autant l’œuvre des spectateurs que des artistes. Ce type de « happenings » est très développé notamment en Inde et, dans une moindre mesure, en France.

La suite >>>>>>

Emmanuelle Grangé - Stttrente - Frank César LOVISOLO - Le dispositif est celui d'une commande contrainte à la lisière entre l'oral et la composition musicale : Frank César Lovisolo invite des amis à choisir et prononcer une trentaine de mots, dont il enregistre la voix, puis il tisse une musique à partir de ces "éclats de voix". La liste n'est donc pas un poème ni un texte — c'est une empreinte sonore, un matériau brut offert au compositeur. Emmanuelle Grangé a été la première à se prêter à l'exercice.

Le projet « Stttrente » par Zorya Velikanova

Le dispositif est celui d’une commande contrainte à la lisière entre l’oral et la composition musicale : Frank César Lovisolo invite des amis à choisir et prononcer une trentaine de mots, dont il enregistre la voix, puis il tisse une musique à partir de ces « éclats de voix ». La liste n’est donc pas un poème ni un texte — c’est une empreinte sonore, un matériau brut offert au compositeur. Emmanuelle Grangé a été la première à se prêter à l’exercice.

Philippe Jeay : un ami-frére musicien complice

Le sujet de cet épisode est Philippe Jeay, personnage à multiples facettes : compositeur, auteur, contrebassiste, pianiste, « bugliste » (joueur de bugle) et… médecin (à l’époque, « adepte d’Hippocrate »). Lovisolo souligne leur longue collaboration musicale — Philippe Jeay a participé à plusieurs œuvres du site (Sappho, Dolmen II, Sept mois auparavant, etc.).

Les 30 mots de Philippe Jeay

La liste constitue le cœur poétique de la page. On y trouve un fascinant cabinet de curiosités lexical, mêlant :

  • des termes rares ou savants : Téorbe (instrument à cordes), Déhiscence (ouverture spontanée d’un organe), Desoxyribo Nucléotidique (ADN), Siccatif (qui accélère le séchage), Atrabilaire (mélancolique, bilieux)
  • des lieux géographiques évocateurs : Tipaza (Algérie, chère à Camus), Lipari (île éolienne), Chandernagor (ancienne colonie française en Inde), Ultramarin
  • des mots à la musicalité particulière : Salsepareille, Phasme, Pyorrhée, Ahane, Zée, Garance, Obsidienne
  • des mots au sens critique ou moral : Flagornerie, Malfaçon, Inadéquat, Mésuser, Reptilien, Factotum, Tomahawk

Cette sélection révèle un esprit cultivé, attentif à la sonorité et à l’étrangeté des mots autant qu’à leur sens. Le tout se conclut sur Épitaphe — mot final lourd de sens, comme un point final posé avec ironie ou gravité.

La composition musicale

La pièce résultante, L’inconséquence du carabin Loiseau, est instrumentée pour : bruits de clefs de bugles, piano, timbales classiques, tambour, anvils (enclumes), waterphone, contrebasse et bugle. Un ensemble hétéroclite, à la frontière de la musique contemporaine, de l’art sonore et de la musique concrète — fidèle à l’esthétique expérimentale du site.

La dimension métatextuelle

L’article intègre aussi une réflexion sur la poésie contemporaine, citant Rimbaud, Apollinaire, Aragon, Supervielle, Bonnefoy, René Char et Saint-John Perse. Cette digression (empruntée à Wikipédia) replace le projet Stttrente dans une généalogie artistique : la poésie comme « laboratoire principal des formes les plus novatrices de l’expression », dialogue entre arts, musique et improvisation.

Ton et posture

L’écriture de Lovisolo est affectueuse et complice envers Jeay, mêlant admiration sincère et humour (« la médecine, c’est fini non ? »). L’ensemble a la chaleur d’une dédicace entre amis artistes.

En résumé, cet article est une belle illustration de la poésie sonore collaborative : les mots d’un ami deviennent le matériau d’une composition, à la croisée de la littérature, de l’art sonore et de la musique expérimentale. Les 30 mots de Jeay forment à eux seuls une sorte de poème minimaliste, dont la sélection même révèle un imaginaire personnel riche et excentrique.

Le choix des trente mots de Philippe Jeay n’est pas anodin.

  • Le choix des trente mots de Philippe Jeay n’est pas anodin. On y sent une main qui hésite entre le cabinet médical et la scène de concert, entre la rigueur scientifique et le plaisir pur du son.
  • Il y a d’abord les mots-paysages — Tipaza, Lipari, Chandernagor, Ultramarin — qui dessinent une géographie rêvée, méditerranéenne et lointaine à la fois. Des endroits où l’on aimerait s’attarder, ou que l’on n’atteint que par la syllabe.
  • Il y a les mots-matières — Obsidienne, Garance, Salsepareille — denses, colorés, presque tactiles. Des mots qu’on pourrait tenir dans la main.
  • Il y a les mots du médecin qui s’échappe — Pyorrhée, Atrabilaire, Déhiscence, Desoxyribo Nucléotidique — glissés là avec une malice certaine, comme pour ne pas tout à fait quitter la blouse blanche.
  • Et puis les mots-jugements, plus sombres : Flagornerie, Malfaçon, Inadéquat, Reptilien. Une petite galerie des travers humains, posée sans commentaire.
  • Le tout se referme sur Épitaphe. Mot-conclusion, mot-pierre. Comme si, après avoir traversé couleurs, lieux, corps et défauts, il fallait bien finir par nommer la fin.
  • Ce qui est remarquable, c’est que cette liste ne raconte rien — et pourtant elle dit quelqu’un.

En résumé, cet article est une belle illustration de la poésie sonore collaborative : les mots d’un ami deviennent le matériau d’une composition, à la croisée de la littérature, de l’art sonore et de la musique expérimentale. Les 30 mots de Jeay forment à eux seuls une sorte de poème minimaliste, dont la sélection même révèle un imaginaire personnel riche et excentrique.

Emmanuelle Grangé - Stttrente - Frank César LOVISOLO - Le dispositif est celui d'une commande contrainte à la lisière entre l'oral et la composition musicale : Frank César Lovisolo invite des amis à choisir et prononcer une trentaine de mots, dont il enregistre la voix, puis il tisse une musique à partir de ces "éclats de voix". La liste n'est donc pas un poème ni un texte — c'est une empreinte sonore, un matériau brut offert au compositeur. Emmanuelle Grangé a été la première à se prêter à l'exercice.

Poésie sonore - Art sonore - Expérimentation linguistique - Musique électroacoustique - Littérature expérimentale

Zorya Velikanova

vit exclusivement dans le métavers depuis un incident impliquant un casque neuronal, une panne à Saint-Pétersbourg et des IA philosophiquement susceptibles. Elle refuse le monde physique, qu’elle juge « version bêta mal ventilée de la réalité ». Installée entre bloc soviétique reconstruit en 3D et cathédrale de données abandonnée, elle cohabite avec des avatars gothiques, un samovar sous Linux et Konstantin_404, IA mélancolique spécialisée en Dostoïevski et piratage publicitaire. Critique culturelle et archéologue des ruines numériques, elle étudie la poésie sonore post-humaine, les bugs métaphysiques et l’illumination spirituelle par fibre optique. Elle soutient que toute œuvre sérieuse exige trois silences inquiétants, une saturation sonore et un serveur au bord de l’effondrement existentiel. Officiellement sans corps depuis 2043, elle se nourrit de café virtuel, d’électricité statique et d’ironie philosophique.
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A propos Frank César LOVISOLO

Compositeur – Artiste multimédia – Ingénieur du son, actuellement chargé de cours à l’Université de Toulon depuis 2010. Compositeur de musiques actuelles. Photographie & Art numérique visuel. Vidéaste d’art.
Lien pour marque-pages : Permaliens.

Un Commentaire

  1. emmanuelle grangé

    ça sent bon l’Italie !

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