L’insoutenable bruyance de l’océan des non-dits

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ComGris
« II y a bien des façons de passer à l’acte. Se taire en est une. »
Composition de musique concrète en Non-Dits pour :
Des bruits de freins usés, un volet roulant peu lubrifié, un service de tasses en porcelaine de l’époque Ming ( ramené de Chine à grands frais ), quelques papiers de l’administration joyeusement déchirés, des chants de crapauds lassés du célibat, quelques sons d’échappements de Gascogne, les percussions d’un piano mâtiné, un bout de rail piqué sur une voie ferrée, des voix et chœurs modifiés au Covid19, trois drones enfin sérieux, un tambour grave mais pas groove et, pour en finir avec cette fastidieuse énumération, deux pistes d’enregistrements sonores incohérentes à souhait.
L’ensemble joyeusement mixé comme il se doit, avec comme ambition que vous reconnaitrez difficilement les sons savamment listés, hormis le lancinant tambour qui, à un volume sonore confortable, fera vibrer le mobilier, apportera une contribution notable à la dératisation et minera de façon appréciable le moral d’un éventuel voisin acariâtre et mauvais coucheur. Un individu qui, en cette circonstance, risque que passer du non-dit au dit au bout de quelques minutes. Cela présentera l’avantage de l’extraire, un instant, de ces revendications politico-pantouflardes vociférées avec haine face à l’étroiture de son écran.  
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de l’Album : Reminiscences 2021

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Titre Sacem : L’INSOUTENABLE BRUYANCE DE L’OCÉAN DES NON-DITS – ISWC : T-302.182.889.3 – ISRC : FR9W12040456
Le non-verbal constitue un bruit de fond incontournable.Non-Dits
Quand je dis « bruit de fond », je peux dire aussi « bruit venant du fond », car il vient du plus profond de nous, essentiellement à notre insu. Évidemment, c’est un «bruit» en partie silencieux (gestes et expressions, mais aussi sons) qui mérite l’appellation de « bruit» car nous le trouvons souvent indésirable, nous révélant malgré nous à nos interlocuteurs.

Assourdissantes les vagues de silence qui se brisent régulièrement sur la grève des relations humaines. L’insonorité de ces baïnes perturbantes ont pour origine l’impossibilité de s’exprimer librement : une volonté faible, l’emprise des tabous, l’autocensure sociale ou familiale ou encore dissimulation pour la convenance. Ainsi le non-dit peut être identifié à un dérivatif relationnel.

Mais ce silence, que l’on assimile à la communication, peut-être dans certains cas une intention de manipulation. Dans une société où la communication est Reine, le silence est Roi. 
Il fait un de ces boucans le non-dit quand il devient anxiogène, quand on attend des réponses qui finissent par de perdre dans un mutisme anéchoïque !!! 
-mutisme
«Le silence, c’est la mort. Et toi si tu parles, tu meurs, si tu te tais tu meurs.  Alors parle et meurs. » :
Tahar Dajaout, un des premiers intellectuels victime de la  décennie du terrorisme en Algérie.  Assassiné en 1993 pour s’être exprimé librement sans non-dit.
 
 
John Cage

John Cage en 1988

Quant aux silences et bruits de fond en musique,
je me dois de référer à John Cage.
Pour rompre avec l’harmonie musicale, le compositeur étudie les sons, les bruits et le silence qui les entoure. En 1951 il écoute le silence dans une chambre anéchoïque… 
Il l’écrivit plus tard : 
«J’entendis deux bruits, un aigu et un grave.
Quand j’en ai discuté avec l’ingénieur responsable, il m’informa que le son aigu était celui de l’activité de mon système nerveux et que le grave était le sang qui circulait dans mon corps.»   
Plus tard, il ajouta : 
« Jusqu’à ma mort, il y aura constamment du bruit et il continuera à me suivre même après ». 
En 1952, il compose 4’33” décrit comme « quatre minutes trente-trois secondes de silence »
Je n’ai jamais fait cette expérience et je le regrette…
 
Toutefois il m’est arrivé d’écouter, la nuit, au calme, le silence. J’ai pu discerner les bruits de mon corps. 
Mais le plus singulier c’est que c’est toujours à ce moment-là que l’on perçoit le plus distinctement le vacarme des Non-Dits.
Peut-être sont-ils responsables de nos insomnies…
Mais trêve de bavardage ! il y a assez de cacophonies ici-bas!
Je vous laisse à l’écoute de mon silence!
Chut !
John Cage 4'33" ( partition - extrait ) - Non-Dits

John Cage 4’33” ( partition – extrait )

« Le titre de cette œuvre figure la durée totale de son exécution en minutes et secondes. À Woodstock, New York, le 29 août 1952, le titre était 4′33″ et les trois parties 33″, 2′40″ et 1′20″. Elle fut exécutée par David Tudor, pianiste, qui signala les débuts des parties en fermant le couvercle du clavier, et leurs fins en ouvrant le couvercle. L’œuvre peut cependant être exécutée par n’importe quel instrumentiste ou combinaison d’instrumentistes et sur n’importe quelle durée. »

 

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