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La Recherche de la Fécalité – Antonin Artaud – Pour en finir avec le jugement de dieu
| Intégral : 08’01 |
Extrait |
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POUR EN FINIR AVEC LE JUGEMENT DE DIEU« Pour en finir avec le jugement de dieu », est initialement une création radiophonique enregistrée dans les studios de la Radiodiffusion française (RDF) entre le 22 et 29 novembre 1947.
Elle fut censurée la veille de sa première diffusion, le 1er février 1948, par son directeur, Wladimir Porché.
Les textes sont lus par Maria Casarès, Roger Blin, Paule Thévenin et l’auteur.
L’accompagnement est composé de cris, de battements de tambour et de xylophone enregistrés par l’auteur lui-même.
Chapitre 3 : La Recherche de la Fécalité
Interprété par Didier Bourguignon |
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– Là où ça sent la merde C’est que pour ne pas faire caca, Il y a dans l’être Pour exister il suffit de se laisser aller à être, L’homme a toujours mieux aimé la viande et l’homme a eu peur de perdre la merde Pour avoir de la merde, o reche modo Là, l’homme s’est retiré et il a fui. Alors les bêtes l’ont mangé. Ce ne fut pas un viol, Il y a trouvé du goût, Et d’où vient cette abjection de saleté ? De ce que le monde n’est pas encore constitué, Cela vient de ce que l’homme, Deux routes s’offraient à lui : Et il a choisi l’infime dedans. Et dieu, dieu lui-même a pressé le mouvement. Dieu est-il un être ?
« Vous êtes fou, monsieur Artaud, et la messe ? »
Je renie le baptême et la messe. On ne me croira pas
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Texte dit par : |
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L’être, le caca et le morpion-dieu — analyse de « La Recherche de la fécalité » d’Antonin ArtaudFrank César Lovisolo & Véra Radomirskaïa (amante et documentaliste pour cette affaire) Analyse d’un extrait de La Recherche de la fécalité, cinquième des six séquences de Pour en finir avec le jugement de Dieu, qu’Antonin Artaud enregistra entre le 22 et le 29 novembre 1947 pour la Radiodiffusion française — à l’origine dite par la voix de Roger Blin — et dont la diffusion fut interdite la veille de sa programmation, le 2 février 1948. Les chiffres en exposant renvoient au glossaire en fin d’article. Identification et contexte Ce texte occupe une place précise dans l’architecture de l’émission radiophonique : après le texte d’ouverture sur l’Amérique et les usines de fécondation¹, après la danse du Tutuguri², vient « La Recherche de la fécalité » — un texte que la critique littéraire qualifie d’existentialiste³ « mais au ras de la terre ». On y quitte la dénonciation géopolitique pour une plongée dans ce qu’Artaud considère comme la donnée la plus élémentaire, la plus honteuse et la plus vraie de la condition humaine : l’excrément. Le passage se clôt sur l’irruption d’une voix étrangère — « Vous êtes fou, monsieur Artaud, et la messe ? » — qui simule une objection du public, avant qu’Artaud n’y réponde par une charge frontale contre l’eucharistie⁴ et le Jugement de Dieu, donnant son titre à l’ensemble de l’œuvre. I. La merde comme preuve ontologiqueLe texte s’ouvre par une formule qui fonctionne comme un axiome⁵ : « Là où ça sent la merde / ça sent l’être. » Artaud construit ici une véritable ontologie fécale⁶ : l’homme aurait pu choisir de ne pas déféquer — c’est-à-dire de ne pas être, de « vivre mort » — mais il a choisi l’existence, et cette existence a un prix, un résidu, une trace organique.
II. L’os contre la viande : une anthropologie du sacrificeLe deuxième mouvement du texte élabore une opposition entre l’os et la viande⁸ qui fonctionne comme une allégorie⁹ de l’histoire humaine :
Cette opposition recoupe celle, déjà repérée dans les autres textes de l’émission, entre nature vraie et produit de synthèse — ici transposée au corps lui-même. L’os est ce qui est donné, minéral, dur, sans compromis (« il n’y avait que du fer et du feu / et pas de merde ») ; la viande est ce que l’homme a dû « gagner », produire, au prix d’un premier sacrifice : celui du sang. La merde apparaît alors comme le sous-produit de ce marché originel — l’homme a préféré la chair nourricière et digestible à l’austérité minérale de l’ossature, et ce choix a un déchet : l’excrément. III. Le glossolalique comme respiration du texteAu cœur du passage, cinq lignes de glossolalie¹⁰ interrompent brutalement le raisonnement :
Ce fragment n’est pas un accident ni une décoration : il marque, typographiquement et rythmiquement, le point de bascule du texte — juste avant que « l’homme » ne se retire et que « les bêtes » ne le mangent. Le corps du texte cède un instant à un pur bruit de bouche, comme si la pensée, arrivée à un point de rupture logique, ne pouvait plus se dire qu’en sons. C’est la même technique que dans le poème liminaire analysé dans un précédent article : le glossolalique comme seuil, comme endroit où le sens s’épuise et où seul le souffle continue. IV. Le festin des bêtes : abjection et consentement« Alors les bêtes l’ont mangé. / Ce ne fut pas un viol, / il s’est prêté à l’obscène repas. » Cette scène — l’homme dévoré, mais consentant — pousse à son comble la logique du texte : l’abjection¹¹ n’est pas subie, elle est choisie, presque cultivée (« il a appris lui-même / à faire la bête / et à manger le rat / délicatement »). Le raffinement de l’adverbe final — « délicatement » — est un exemple typique de l’ironie noire d’Artaud : l’horreur n’est pas brute, elle est civilisée, presque mondaine. On retrouve ici une constante de sa pensée tardive : ce n’est pas la bestialité qui est visée, mais la façon dont l’homme social maquille et esthétise sa propre déchéance. V. « L’infime dedans » contre l’infini dehorsLe texte formule ensuite un diagnostic anthropologique¹² plus général :
Le jeu de mots entre « infini » et « infime »¹³ — un seul phonème de différence — est la charnière conceptuelle du texte : l’homme, au lieu de s’ouvrir vers un dehors sans limite, s’est refermé sur un dedans minuscule, obsessionnel, corporel — « le rat, / la langue, / l’anus / ou le gland ». Ce repli est présenté comme la matrice de toute religion : « Et dieu, dieu lui-même a pressé le mouvement » — Dieu n’est plus le garant d’un infini extérieur, il est complice, voire instigateur, de ce rétrécissement vers l’intime organique. VI. Le syllogisme sur Dieu et les morpionsArtaud construit alors un raisonnement en forme de syllogisme¹⁴ dégradé :
La logique est implacable et absurde à la fois : soit Dieu existe, et alors il appartient à la même catégorie fécale que tout ce qui est ; soit il n’existe pas, point final. Artaud choisit la seconde branche — « Or il n’est pas » — mais complique aussitôt l’image en comparant le vide divin à « la marche incalculable d’un groupe de morpions »¹⁵. Le morpion, parasite minuscule et grouillant, devient la métaphore ultime du divin : non pas un être souverain et unique, mais une prolifération sans direction ni sens. VII. La messe comme scène érotique interneLa chute du texte répond à l’objection fictive du public (« Vous êtes fou, monsieur Artaud, et la messe ? ») par une charge d’une violence calculée : la messe catholique¹⁶ y est décrite comme l’« acte humain […] le plus pernicieux » sur le « plan érotique interne » — accusation qui déplace la critique religieuse du terrain théologique vers un terrain quasi psychanalytique, celui du désir et de la jouissance cachée sous le rituel. Le texte se referme sur une image de révolte collective : une « armée d’hommes » descendus de la croix où Dieu croyait les avoir clouées pour toujours, « bardée de fer, / de sang, / de feu, et d’ossements » — reprenant très exactement le lexique minéral et guerrier déployé plus haut (l’os, le fer, le feu) — qui avance pour « y finir le JUGEMENT DE DIEU ». La boucle du texte se ferme : le corps organique, fécal, sacrifié tout au long du poème, se change finalement en armée qui vient réclamer son compte à l’instance qui l’a jugé. VIII. Portée critiqueCe texte prolonge et radicalise le geste déjà observé dans les autres extraits de Pour en finir avec le jugement de Dieu : refuser toute instance de jugement extérieure au corps — qu’elle soit américaine et industrielle, ou chrétienne et transcendante¹⁷. Mais « La Recherche de la fécalité » va plus loin en retournant l’arme du dégoût contre le lecteur lui-même : là où le texte sur les usines de fécondation dénonçait un ennemi extérieur (l’Amérique), ici l’ennemi est intériorisé — c’est l’homme lui-même qui a « choisi » la merde, le repli, l’abjection. La critique universitaire (voir notamment les travaux de Fumiko Sugie sur ce qu’elle nomme la « pot-éthique »¹⁸ d’Artaud) souligne que ce texte ne relève pas de la simple provocation scatologique¹⁹ : le vocabulaire excrémentiel y fonctionne comme un opérateur philosophique à part entière, au même titre que les catégories classiques de l’être et du néant — une manière de refuser la langue « propre » de la philosophie institutionnelle pour forger, à même le corps et ses déchets, une langue qui ne mente plus. Glossaire
Pour aller plus loinLe texte et son contexte
Lectures critiques
Contexte biographique
Texte d’Antonin Artaud dans le domaine public en France depuis 2018. Analyse originale rédigée pour frank-lovisolo.fr. Texte complet :https://Pour-en-finir-avec-le-jugement-de-dieu |
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La Recherche de la Fécalité – Antonin Artaud – Pour en finir avec le jugement de dieu
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Super bien… Super texte, super voix, super musique… Bravo à vous deux !
Merci Hervé !