Sappho Fragments Musicaux – Compositions contemporaines

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Last Updated on 22/09/2026 – 17:33 by Frank César LOVISOLO

SAPPHO EST UNE POÈTESSE GRECQUE QUI VÉCUT AU VIIe SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE À MYTILÈNE, SUR L’ILE DE LESBOS.
D’ELLE, IL NE NOUS RESTE QUE DES FRAGMENTS DE POÈMES, ODES ET CITATIONS ÉPARSES…
AVEC CLAIRE FRANÇOISE DUTHEIL, NOUS AVONS VOULU EN ILLUSTRER, MUSICALEMENT, QUELQUES-UNS…

 

Frank-César-Lovisolo

 

Je me demande si, de nos jours, il est de bon ton d’évoquer l’antique poétesse tribade,
sans provoquer le courroux d’une bande d’indéfriché
s atrabilaires !

 

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Pourquoi mettre en musique les fragments de Sappho ?

Sappho Fragments Musicaux - Illustration

Parce qu’un fragment n’est pas nécessairement un texte mort.

De Sappho, il ne nous reste presque rien au regard de l’œuvre immense qu’elle avait composée. Des vers interrompus, quelques mots, parfois une phrase, sauvés par des papyrus, des citations d’auteurs anciens ou les hasards de l’Histoire. Et pourtant, dans ces morceaux dispersés, quelque chose demeure : une voix.

Sappho était poétesse, mais elle était aussi musicienne. Sa poésie n’était pas destinée à être simplement lue sur une page : elle appartenait à la voix, au rythme, au souffle, à la musique. Faire entendre aujourd’hui ces fragments, c’est donc tenter de retrouver, non pas la musique originale, que nous avons perdu, mais la nécessité musicale qui était au cœur de cette poésie.

C’est dans cet espace entre ce qui a disparu et ce qui subsiste que cette création est née.

La musique ne cherche pas à compléter les lacunes de Sappho, ni à inventer ce que nous ne savons plus. Elle accepte au contraire le fragment, le silence, l’interruption. Les mots apparaissent, se répondent, parfois se heurtent au silence ; les instruments viennent prolonger ce que le texte ne dit plus. La musique devient ainsi une sorte de mémoire imaginaire : elle ne prétend pas restituer l’Antiquité, mais faire sentir ce que ces quelques mots peuvent encore provoquer aujourd’hui.

Et puis il y a la voix.

Confier les fragments à une artiste, Françoise Claire Dutheil, ce n’est pas simplement les faire lire. C’est leur rendre un corps. Une respiration. Une présence humaine.

La diseuse devient le lieu de passage entre une femme qui écrivait il y a près de vingt-six siècles et celui qui l’écoute aujourd’hui.

Sa voix ne cherche pas à imiter une voix antique, ce serait impossible. Elle fait autre chose : elle accueille ces mots et leur permet de redevenir vivants.

Ainsi, la musique et la voix se rencontrent autour d’une absence. Ce qui manque dans le texte devient espace pour l’imaginaire ; ce que le temps a effacé devient silence ; et ce silence, à son tour, devient musique.

Mettre Sappho en musique aujourd’hui, c’est donc moins ressusciter le passé que lui offrir une nouvelle écoute.

C’est faire un saut de plus de deux mille cinq cents ans et constater qu’au-delà des langues, des civilisations et des siècles, quelques mots peuvent encore atteindre quelque chose de très contemporain : le désir, l’amour, la jalousie, la beauté, l’absence, la solitude, le temps qui passe.

Il ne reste de Sappho que des fragments.
Mais parfois, il suffit de quelques fragments pour qu’une voix recommence à chanter.

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 Lire : Sappho de Lesbos
par Frank César Lovisolo & Eirénè Kallistô Mytilênaïa documentaliste Vénusienne.

 

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Les Extraits


Sappho à Pompéi

Sappho de Lesbos

par Frank César Lovisolo & Eirénè Kallistô Mytilênaïa (Εἰρήνη Καλλιστώ Μυτιληναία) documentaliste Vénusienne.

Née vers 630 avant notre ère et morte aux environs de 570 avant J.-C., est l’une des figures les plus marquantes de la poésie grecque archaïque.

    • Originaire de l’île de Lesbos, probablement de la cité de Mytilène ou d’Érésos, elle évolue dans un contexte culturel où la poésie lyrique connaît un essor considérable. L’époque archaïque, à laquelle elle appartient, marque en effet la transition entre la poésie épique d’Homère et une poésie plus intime, centrée sur l’expérience individuelle et les émotions humaines.
    • Sappho vivait dans une société aristocratique où la culture musicale et poétique faisait partie de l’éducation des jeunes filles de bonne naissance. Selon la tradition, elle dirigeait un cercle féminin, parfois qualifié de thiasos, consacré à la déesse Aphrodite et aux Muses. Ce cercle n’était pas seulement un lieu d’éducation artistique, mais aussi un espace d’expression spirituelle et affective, où les femmes apprenaient à chanter, à jouer de la lyre et à composer des poèmes. Cette communauté féminine a souvent été interprétée, tantôt comme une école religieuse, tantôt comme un cénacle littéraire préfigurant les académies poétiques de l’Antiquité classique.

Miquel Carbonell i Selva Sappho - 1881

    • Les données biographiques concernant Sappho restent toutefois fragmentaires et incertaines. Selon la Souda, une encyclopédie byzantine du Xe siècle, elle aurait eu trois frères et une fille, Cléis, à laquelle elle adresse parfois ses vers. Certains témoignages anciens mentionnent un exil en Sicile, à Syracuse, pour des raisons politiques liées aux luttes entre factions aristocratiques de Lesbos, bien que cette information demeure hypothétique. De nombreuses légendes se sont ensuite greffées sur sa figure, notamment celle de son amour malheureux pour le jeune Phonéen Phaon et de son suicide depuis la falaise du Leucade, un récit largement mythique popularisé par Ovide dans les Héroïdes.
    • L’œuvre de Sappho, écrite en dialecte éolien, fut à l’origine très abondante : les érudits alexandrins du IIIᵉ siècle avant notre ère en avaient rassemblé neuf livres. Hélas, l’immense majorité de cette production a disparu, victime du temps et de la censure morale de certaines époques. Seuls un poème complet — l’Hymne à Aphrodite — et plusieurs fragments, parfois très courts, nous sont parvenus grâce à des citations d’auteurs anciens ou à des découvertes de papyrus égyptiens. Ces fragments, bien qu’incomplets, témoignent d’un art poétique d’une intensité remarquable.
    • Sappho s’impose comme la grande voix de la poésie lyrique monodique, c’est-à-dire chantée par une seule voix avec accompagnement à la lyre. Sa poésie se distingue par la précision de l’émotion, la musicalité du langage et la richesse des images. Le sentiment amoureux en constitue le thème central, envisagé à la fois dans sa dimension divine et humaine. L’amour est célébré comme une force irrésistible, souvent associée à la déesse Aphrodite, mais aussi comme une expérience de désir, de joie et de souffrance. À travers ses poèmes, Sappho explore la complexité du sentiment amoureux, oscillant entre l’exaltation et la douleur, la présence et l’absence, la beauté et le temps qui passe.
    • L’Hymne à Aphrodite, seul texte intégralement conservé, illustre parfaitement cette tension entre ferveur religieuse et intensité personnelle. Dans ce poème, Sappho invoque la déesse pour l’aider à surmonter la douleur du désir non partagé. L’adresse directe à la divinité, l’alternance de supplication et de souvenir, ainsi que le rythme souple et musical des vers, confèrent à ce texte une force expressive exceptionnelle. Le Sappho poétesse grecquemètre sapphique, que la poétesse aurait contribué à codifier, deviendra par la suite un modèle de référence dans la poésie latine et européenne.
    • Sappho ne se limite toutefois pas à la thématique amoureuse : ses fragments expriment également une réflexion sur la beauté, la jeunesse, la communauté féminine et la fragilité de l’existence humaine. Sa poésie accorde une place essentielle à la nature — fleurs, lumière, parfums — qui devient le miroir des émotions intérieures. L’économie du langage, la pureté du style et la densité symbolique de ses images confèrent à ses poèmes une qualité quasi musicale, fondée sur la suggestion plus que sur la narration.
    • Dès l’Antiquité, Sappho fut reconnue comme une figure majeure du génie poétique. Platon la qualifie de « dixième Muse », plaçant ainsi sa voix au même rang que celles des divinités inspiratrices de la poésie. Longin, dans son traité Du Sublime, la cite comme exemple de grandeur d’âme et de puissance expressive. Horace, en Rome, s’inspire de son mètre et de son ton pour composer ses Odes. Cependant, dès l’époque hellénistique, son image commence à se troubler : sa liberté de ton et la dimension sensuelle de sa poésie suscitent des interprétations moralisatrices, souvent déformantes, notamment autour de la question de ses relations affectives entre femmes.
    • Redécouverte à la Renaissance, Sappho devient, à partir du XVIIIᵉ siècle, une icône de la passion et du lyrisme féminin. Les romantiques la célèbrent comme l’incarnation de la poétesse inspirée et tragique, tandis que les écrivaines modernes y voient une figure d’émancipation intellectuelle et sensuelle. Au XXᵉ siècle, son œuvre suscite un renouveau d’intérêt dans les études littéraires, féministes et queer, qui y reconnaissent une des premières voix féminines autonomes de l’histoire occidentale.
    • Aujourd’hui encore, malgré la perte de la majeure partie de son œuvre, Sappho demeure une référence incontournable de la littérature universelle. Sa poésie, fragile et fragmentaire, témoigne de la capacité de la langue à exprimer la profondeur du sentiment humain. Elle incarne à la fois la naissance du lyrisme, la force de la subjectivité féminine et la survivance de la beauté à travers les siècles. Par son art, Sappho a donné à la parole poétique une dimension nouvelle : celle de la voix intime, qui traverse le temps pour rejoindre l’universel.

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Eirénè Kallistô de Mytilène - Autoportrait  Εἰρήνη Καλλιστώ Μυτιληναία – Eirênê Kallistô Mytilênaïa

« Eirénè Kallistô de Mytilène »

… est née en 1971 à Mytilène, sur l’île de Lesbos — du moins, c’est ce qu’elle affirme, et personne n’a encore réussi à vérifier quoi que ce soit la concernant, ce qui, convenons-en, est déjà un début de portrait.

Son père, professeur de Grec antique, lui lisait Sappho à voix haute avant même qu’elle sache déchiffrer l’alphabet. Sa mère, bibliothécaire, collectionnait les éditions critiques des lyriques Grecs archaïques comme d’autres collectionnent des coquillages. Ces deux personnages charmants n’existent, eux non plus, nulle part ailleurs que dans la présente notice.

Après des études de lettres classiques à l’Université d’Athènes, dont les archives ne conservent aucune trace de son passage, ce qui s’explique aisément, puis un doctorat à la Sorbonne sur « La construction du féminin dans la poésie lyrique monodique grecque », thèse introuvable sur HAL, ce qui est en soi remarquable, elle rejoint le département de philologie hellénique de l’Université de Thessalonique, où elle enseigne depuis vingt ans sans qu’aucun étudiant ne se souvienne précisément de l’avoir vue en chair et en os.

Spécialiste mondiale des fragments saphiques, elle a participé à l’édition critique du Papyrus de Cologne et au déchiffrement de nouveaux fragments découverts en Égypte. Elle est membre de la Société Internationale d’Études sur Sappho et Alcée, dont elle a assuré la présidence de 2015 à 2019, période durant laquelle les réunions se tenaient exclusivement en visioconférence ; ce que les autres membres trouvaient « très moderne » et qu’ils attribuaient à ses « nombreux déplacements ».

Polyglotte accomplie, elle lit et écrit en grec moderne, grec ancien, français, italien et anglais, elle a choisi de rédiger cette biographie en français par admiration pour la tradition française des hellénistes, de Marie Delcourt à Jean Irigoin, et parce que, dit-elle, « le français ressemble au grec en ceci qu’il n’autorise pas la laideur ». Cette citation circule beaucoup sur internet ; son autrice, moins.
Elle retourne chaque été à Lesbos pour y diriger un séminaire en plein air sur le littoral de Mytilène. Les participants témoignent unanimement d’une expérience intellectuelle inoubliable. Aucun n’est capable de décrire son visage avec précision.

Les trois chat de Eirénè Kallistô de MytilèneElle vit entre Thessalonique et Paris, possède trois chats prénommés Αφροδίτη, Μνημοσύνη et Πειθώ, Aphrodite, Mnémosyne et Peithô, la Persuasion, et n’a aucun compte sur les réseaux sociaux, ce qui, à bien y réfléchir, constitue la seule vérité pleinement vérifiable de cette notice.
Son adresse courriel institutionnelle renvoie vers une page d’erreur 404.
Sa page personnelle sur le site de l’université de Thessalonique affiche : « En cours de mise à jour depuis 2019. »

Elle existe, en revanche, pleinement et sans aucun doute, dans le métavers — où elle donne des conférences à des avatars en toge, dans un amphithéâtre virtuel surplombant une mer Égée en pixels, par temps toujours clément.

« Traduire Sappho, c’est apprendre à se taire au bon endroit. » — E. K. Mytilênaïa, préface à l’édition bilingue des Fragments, Éditions de l’Écart, Paris, 2018. (Ouvrage introuvable en librairie. Normal.)

Notice rédigée par l’autrice elle-même, ce qui explique tout.

Étymologie du nom

Εἰρήνη (Eirênê) — « la Paix », nom porté par la déesse de la paix et de la saison des moissons
Καλλιστώ (Kallistô) — « la plus belle », épithète d’Artémis et de la nymphe métamorphosée en ourse par Zeus
Μυτιληναία — « de Mytilène », la cité même où vécut Sappho

FAQ – Sappho Fragments Musicaux

Qu’est-ce que les « Sappho Fragments Musicaux » ?
Il s’agit d’une série de compositions contemporaines créées par Frank César Lovisolo en collaboration avec Claire Françoise Dutheil (diseuse de texte). Elles illustrent musicalement plusieurs fragments de la poétesse grecque Sappho (VIIe siècle av. J.-C.), originaire de Mytilène sur l’île de Lesbos.

Pourquoi une approche contemporaine plutôt qu’une reconstitution antique ?
Parce que Sappho n’a pas besoin d’être muséifiée. Plutôt que de tenter une reconstitution pseudo-antique à la cithare, ces compositions utilisent un langage sonore actuel (percussions, qanun, saxophone soprano, clarinette, karamuza, synthétiseurs et ambiances marines) pour faire entendre les fragments d’une manière vivante et contemporaine.

Quels instruments et éléments sonores sont utilisés ?
Selon les pièces : percussions (grosse caisse et cymbales), basse, qanun, saxophone soprano, clarinette, karamuza, deux synthétiseurs (dont un pour une séquence itérative) et des ambiances sonores dominées par la mer de Mytilène.

Où peut-on écouter les compositions complètes ?
Des extraits sont disponibles directement sur cette page. Les versions complètes se trouvent sur Bandcamp :
Écouter sur Bandcamp

Qui est Claire Françoise Dutheil ?
Elle est la diseuse de texte qui a enregistré les fragments de Sappho. Sa voix constitue l’élément central des compositions, autour duquel s’organisent les textures instrumentales et les ambiances.

Y a-t-il un ordre préférentiel pour écouter les fragments ?
Les trois pièces (Fragments 1, 2 et 3) peuvent s’écouter indépendamment. Elles forment cependant une suite cohérente composée entre 2009 et 2011 (enregistrée en partie en 2010).

La notice biographique d’Eirénè Kallistô Mytilênaïa est-elle réelle ?
C’est une notice volontairement fictionnelle et humoristique. Elle joue avec les limites de la vérifiabilité des sources, un peu comme les fragments de Sappho eux-mêmes, dont il ne reste que des traces lacunaires.

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2 Commentaires

  1. Mélisande Ortolani

    Quel article ou plutôt : quelle architecture d’article. On entre par la musique, on traverse la philologie, et l’on ressort par une notice biographique dont l’humour sec vaut à lui seul le déplacement.
    J’enseigne la littérature comparée et je dois avouer que la notice d’Eirénè Kallistô Mytilênaïa m’a d’abord déconcertée, avant de me convaincre qu’elle est peut-être la forme la plus honnête de présenter une autorité sur Sappho : une savante dont l’existence n’est pas davantage vérifiable que les fragments qu’elle commente. Il y a là une cohérence poétique assez jouissive.
    Sur le fond, la présentation de Sappho est rigoureuse et nuancée. On apprécie notamment que vous distinguiez clairement la réalité lacunaire des sources (la Souda, les papyrus égyptiens, le seul poème complet conservé) des légendes qui se sont greffées sur sa figure : Phaon, le Leucade, tout ce que la tradition masculine a cru bon d’inventer pour la rendre plus comestible. C’est un écueil dans lequel beaucoup tombent encore.
    J’ai écouté les trois extraits. Le traitement sonore est inhabituel pour ce type de matériau : on est loin de toute reconstitution pseudo-antique à cithare obligatoire. C’est beaucoup mieux ainsi. Sappho n’a pas besoin d’être muséifiée, elle a besoin d’être entendue, et vous l’entendez manifestement.
    Merci à vous et à Claire Françoise Dutheil pour ce travail qui tient à la fois de la musicologie, de la traduction et de quelque chose qui n’a pas encore de nom.

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