08 – C’est un homme ou une pierre

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Last Updated on 27/05/2026 – 16:57 by Frank César LOVISOLO

Isidore Ducasse – Comte de lautréamont – Maldoror – Comte de lautréamont – Maldoror – Comte de lautréamont – Maldoror
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Maldoror
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Chant 004 – C’est un homme ou une pierre…        –        Lecteur : Hugues Louagie

Isidore Ducasse - MaldororC’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le quatrième chant.

 Quand le pied glisse sur une grenouille, l’on sent une sensation de dégoût ; mais, quand on effleure, à peine, le corps humain avec la main, la peau des doigts se fend, comme les écailles d’un bloc de mica qu’on brise à coup de marteau.

 Et, de même que le cœur d’un requin, mort depuis une heure, palpite encore, sur le pont, avec une vitalité tenace, ainsi nos entrailles se remuent de fond en comble, longtemps après l’attouchement.Tant l’homme inspire de l’horreur à son propre semblable !
 Peut-être que, lorsque j’avance cela, je me trompe ; mais, peut-être qu’aussi je dis vrai.
 Je connais, je conçois une maladie plus terrible que les yeux gonflés par les longues méditations sur le caractère étrange de l’homme.
 Mais, je la cherche encore… et je n’ai pas pu la trouver !
 Je ne me crois pas moins intelligent qu’un autre, et, cependant, qui oserait affirmer que j’ai réussi dans mes investigations ?
 Quel mensonge sortirait de sa bouche !
 Le temple antique de Denderah est situé à une heure et demie de la rive gauche du Nil.
 Aujourd’hui, des phalanges innombrables de guêpes se sont emparées des rigoles et des corniches.
 Elles voltigent autour des colonnes, comme les ondes épaisses d’une chevelure noire.
 Seuls habitants du froid portique, ils gardent l’entrée des vestibules, comme un droit héréditaire.
 Je compare le bourdonnement de leurs ailes métalliques, au choc incessant des glaçons, précipités les uns contre les autres, pendant la débâcle des mers polaires.
 Mais, si je considère la conduite de celui auquel la providence donna le trône sur cette terre, les trois ailerons de ma douleur font entendre un plus grand murmure !

 Quand une comète, pendant la nuit, apparaît subitement dans une région du ciel, après quatre-vingts ans d’absence, elle montre aux habitants terrestres et aux grillons sa queue brillante et vaporeuse.
 Sans doute, elle n’a pas conscience de ce long voyage ; il n’en est pas ainsi de moi : accoudé sur le chevet de mon lit, pendant que les dentelures d’un horizon aride et morne s’élèvent en vigueur sur le fond de mon âme, je m’absorbe dans les rêves de la compassion et je rougis pour l’homme !
 Coupé en deux par la bise, le matelot, après avoir fait son quart de nuit, s’empresse de regagner son hamac : pourquoi cette consolation ne m’est-elle pas offerte ?
 L’idée que je suis tombé, volontairement, aussi bas que mes semblables, et que j’ai le droit moins qu’un autre de prononcer des plaintes, sur notre sort, qui reste enchaîné à la croûte durcie d’une planète, et sur l’essence de notre âme perverse, me pénètre comme un clou de forge.
 On a vu des explosions de feu grisou anéantir des familles entières ; mais, elles connurent l’agonie peu de temps, parce que la mort est presque subite, au milieu des décombres et des gaz délétères.
 Moi… j’existe toujours comme le basalte !
 Au milieu, comme au commencement de la vie, les anges se ressemblent à eux-mêmes : n’y a-t-il pas longtemps que je ne me ressemble plus !
 L’homme et moi, claquemurés dans les limites de notre intelligence, comme souvent un lac dans une ceinture d’îles de corail, au lieu d’unir nos forces respectives pour nous défendre contre le hasard et l’infortune, nous nous écartons, avec le tremblement de la haine, en prenant deux routes opposées, comme si nous nous étions réciproquement blessés avec la pointe d’une dague !
On dirait que l’un comprend le mépris qu’il inspire à l’autre ; poussés par le mobile d’une dignité relative, nous nous empressons de ne pas induire en erreur notre adversaire ; chacun reste de son côté et n’ignore pas que la paix proclamée serait impossible à conserver.

 Eh bien soit !
 Que ma guerre contre l’homme s’éternise, puisque chacun reconnaît dans l’autre sa propre dégradation… puisque les deux sont ennemis mortels.
 Que je doive remporter une victoire désastreuse ou succomber, le combat sera beau : moi, seul, contre l’humanité.
 Je ne me servirai pas d’armes construites avec le bois ou le fer ; je repousserai du pied les couches de minéraux extraites de la terre.
 La sonorité puissante et séraphique de la harpe deviendra, sous mes doigts, un talisman redoutable.
 Dans plus d’une embuscade, l’homme, ce singe sublime, a déjà percé ma poitrine de sa lance de porphyre : un soldat ne montre pas ses blessures, pour si glorieuses qu’elles soient.
 Cette guerre terrible jettera la douleur dans les deux partis : deux amis qui cherchent obstinément à se détruire, quel drame !

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Hugues Louagie
Comédien-Acteur-Voix

Formé au conservatoire régional de Chambéry et à l’Ecole Internationale J. Lecoq, Hugues Louagie a joué sur les planches, dans la rue, au cinéma et à la télévision et sous chapiteau,
Il a collaboré avec des comédiens; des musiciens, des acrobates, des chevaux et autres quadrupèdes.
Il a enregistré des voix pour divers projets: pub, e-learning, livre audio, spectacles, feux d’artifices…
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Portrait-présume-d'Isidore-Ducasse-par-Charles-Reutlinger - Maldoror - Comte de Lautréamont - Maldoror

Portrait présumé d’Isidore Ducasse par Charles Reutlinger. (colorisé)

Publié anonymement en 1869,

Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.

L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.

En construisant la lecture comme une expérience périlleuse, voire toxique, Lautréamont ne se contente pas de provoquer : il élabore une véritable poétique de l’épreuve, fondée sur la dissolution du sujet lecteur et sur l’instabilité du sens.

On peut dès lors se demander comment cet incipit met en place une conception radicale de la lecture comme processus de contamination et de désorientation, tout en proposant une réflexion implicite sur l’acte interprétatif lui-même.

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Commentaire D’Apolline Goldschmidt

Dans le Chant IV des Chants de Maldoror (1869), Lautréamont poursuit l’exploration d’une voix lyrique profondément conflictuelle, engagée dans une lutte métaphysique contre l’humanité et contre elle-même. L’extrait proposé s’ouvre sur une formule énigmatique — « C’est un homme ou une pierre ou un arbre » — qui annonce une instabilité ontologique du sujet.

Très vite, le texte développe une méditation sur la répulsion qu’inspire l’homme à son semblable, avant de se transformer en déclaration de guerre contre l’humanité tout entière.

Nous pouvons alors nous demander comment ce passage élabore une poétique de la haine qui, loin d’être purement nihiliste, révèle une conscience tragique et profondément moderne du déchirement humain.

Nous verrons d’abord que le texte construit une anthropologie de l’horreur fondée sur une analogie organique et minérale, puis que la voix poétique se déploie dans une méditation cosmique marquée par l’échec de la connaissance, avant d’analyser la guerre proclamée contre l’homme comme une forme paradoxale de fraternité inversée.

Une anthropologie de la répulsion : l’homme comme matière répugnante

L’incipit pose une question d’identité :
« C’est un homme ou une pierre ou un arbre… »
La coordination disjonctive (« ou ») efface la hiérarchie des règnes. L’homme n’est plus supérieur : il est mis sur le même plan que l’inerte et le végétal. Cette dégradation ontologique annonce la logique du passage.

La comparaison initiale entre la grenouille et le corps humain est significative. Le dégoût naturel (« sensation de dégoût ») est surpassé par une répulsion plus profonde encore lorsqu’il s’agit de l’homme. L’image des doigts qui se fendent « comme les écailles d’un bloc de mica » matérialise physiquement l’horreur. La métaphore minérale substitue à la chair une matière cassante, hostile.

Plus frappante encore est la comparaison avec le cœur du requin :
« nos entrailles se remuent de fond en comble ».
Le mouvement organique persiste après le contact, comme une contamination. L’horreur n’est pas seulement morale ; elle est viscérale. L’homme inspire une répulsion biologique à son semblable. Lautréamont construit ainsi une anthropologie négative : la sociabilité humaine est remplacée par une réaction organique de rejet.

Cependant, l’énonciation demeure hésitante :
« Peut-être que […] je me trompe ; mais, peut-être qu’aussi je dis vrai. »
Ce balancement introduit un doute épistémologique. La haine n’est pas certitude dogmatique ; elle est interrogation inquiète.

L’échec de la connaissance et l’errance cosmique

Isidore Ducasse - Maldoror - Lautréamont

Fiction : Faux Temple de Dendérah

Le texte se déplace ensuite vers une série d’images hétérogènes : temple de Dendérah (Temple d’Hathor), guêpes, comète, horizon intérieur. Cette accumulation produit un effet de dérive mentale.
Le temple antique, envahi par les guêpes, symbolise peut-être la ruine des systèmes anciens de sens. Les insectes, comparés à une « chevelure noire », deviennent les gardiens d’un savoir déserté. Le bourdonnement assimilé au fracas des glaces polaires introduit une dimension cosmique et apocalyptique.

La comparaison avec la comète est essentielle. Contrairement à elle, le narrateur possède la conscience de son errance :
« il n’en est pas ainsi de moi ».
La conscience est ici malédiction. Elle implique la compassion :
« je m’absorbe dans les rêves de la compassion et je rougis pour l’homme ».

Ce versant compassionnel nuance la haine proclamée. Maldoror ne hait pas par indifférence : il souffre de l’homme, et pour l’homme. La honte devient une réaction morale.
La métaphore du lac enfermé dans une « ceinture d’îles de corail » traduit l’enfermement de l’intelligence humaine. L’image insiste sur la clôture. L’homme et le narrateur sont « claquemurés » dans leurs limites cognitives. L’ennemi est peut-être moins l’homme que la finitude.

La guerre contre l’humanité : haine et fraternité tragique

La déclaration finale prend la forme d’un manifeste :
« Que ma guerre contre l’homme s’éternise. »
La structure concessive (« Que je doive remporter… ou succomber ») montre que l’issue importe peu : seul compte le combat. Le sujet se pose en adversaire solitaire :
« moi, seul, contre l’humanité. »

Cependant, cette posture héroïque est immédiatement contaminée par une ambiguïté :
« deux amis qui cherchent obstinément à se détruire ».
L’expression est capitale. L’homme et Maldoror sont ennemis, mais aussi semblables. La haine devient reconnaissance. Chacun voit dans l’autre « sa propre dégradation ». L’altérité est miroir.

Les armes annoncées — harpe séraphique, talisman — indiquent que le combat est poétique. Ce n’est pas une guerre matérielle, mais symbolique. La musique elle-même devient instrument de destruction. Lautréamont suggère ainsi que l’écriture est l’arme véritable.
La guerre apparaît dès lors comme une métaphore du conflit intérieur : Maldoror lutte contre ce qu’il est. L’homme est son double.

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  • Dans cet extrait du Chant IV, Lautréamont construit une anthropologie paradoxale où l’homme inspire à la fois horreur et compassion.
  • La haine proclamée ne relève pas d’un simple nihilisme provocateur : elle s’inscrit dans une conscience tragique de la finitude humaine et de la séparation irrémédiable des êtres.
  • La guerre contre l’humanité apparaît comme une lutte contre soi-même, et la violence verbale comme la manifestation d’une fraternité impossible. L’écriture devient alors l’espace d’un combat sublime, où la poésie transforme la répulsion en énergie créatrice.
  • Ainsi, Maldoror n’est pas seulement le chantre de la haine : il est la figure extrême d’une modernité lucide, consciente de l’irrémédiable fracture qui traverse le sujet humain.

L’auteur:

Isidore Ducasse,Maldoror,Lautréamont - All post - Frank César LOVISOLO - -Isidore Ducasse - Comte de lautréamont - Maldoror - Comte de lautréamont - MaldororDr Apolline Goldschmidt

Docteure Lautréamonicienne Conforme (Niveau 6B)
Matricule académique : PHI-MLD-77821-X69
Statut : Active / Sous surveillance légère
Réside à Lesbos.
Affectation : Métavers Académique Centralisé (MAC)

Présence corporelle : non requise (mais souhaitée)
Eminence grise du compositeur.

 

Déclaration de conformité

Je certifie enseigner Lautréamont dans le respect des Protocoles d’Atténuation du Tragique (PAT-4), réduire l’intensité du mal à un seuil pédagogiquement acceptable et contextualiser toute métaphore dangereuse par une morale explicite approuvée.
(Signature biométrique validée)

Formation homologuée

Doctorat en Philosophie Régulée
Université Virtuelle Européenne — Département de Stabilisation Ontologique
Thèse : « Maldoror : gestion responsable d’une entité textuelle à risque »
Mention : Très honorable (contenu partiellement expurgé pour le bien commun)
Master en physique quantique, cantique et antique.

Master en Humanités Sécurisées
Sorbonne MetaCampus – Second Life.
Mémoire : « Encadrement narratif des pulsions excessives chez Isidore D. »
Licence obtenue après réussite au Test National d’Équilibre Symbolique (TNES).

Domaines d’expertise autorisés

Lautréamont et Baudelaire (version annotée, édulcorée, supervisée)
Esthétique du négatif (niveau modéré en public et trash en privé)
Métaphysique avec pare-feu.
Gestion des débordements poétique gothique.
Fonctions actuelles

Chargée de cours holographique — Département de Littérature à Risque
Responsabilités :

Désamorcer les images trop vivantes.
Remplacer le mot “abîme” par “inconfort passager”.
Surveiller les étudiants présentant des signes de pensée autonome.

Taux d’incident subversif : 0,8 % (objectif ministériel : < 1 %).

Publications validées

« Peut-on aimer Maldoror raisonnablement ? » (édition revue et rassurante)
« L’excès comme malentendu pédagogique » : Un article retiré pour « enthousiasme non régulé»

Évaluations institutionnelles

Loyauté interprétative : étrange et perverse
Intensité critique : à surveiller
Usage métaphorique : sous contrôle (Hahaha! dit-elle…)
Ironie : détectée moyennement tolérable à franchement intolérable

Avertissement interne (non public)

Le sujet Delorme présente une tendance persistante à qualifier le mal de « question ouverte ».
Recommandation : maintenir la surveillance algorithmique douce.

Projet en cours (version déclarée)

Une édition Suisse, édulcorée et sécurisée, des Chants de Maldoror avec notes explicatives rassurantes et des alertes émotionnelles préventives.
Une psychanalyse désopilante d’Ozzy Osbourne, à l’intention des mauvais coucheurs et autres imbéciles.
Gérard de Nerval pour les incultes.

Projet en cours (version non déclarée)

{Contenu masqué par le Ministère de la Clarté Textuelle}

Cache certainement une double-vie à l’encontre du gouvernement. Sujet à haut risque. Prends les dirigeants pour des billes.

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