02 – J’ai vu pendant toute ma vie

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Maldoror –
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Maldoror
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Maldoror - Sauvage pour Lautréamont - Frank César LOVISOLO - Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire. L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.
-Maldoror

Chant 001 – J’ai vu pendant toute ma vie         –     Lecteur : Didier Bourguignon

MaldororJ’ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul, les hommes, aux épaules étroites, faire des actes stupides et nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les âmes par tous les moyens.  Ils appellent les motifs de leurs actions: la gloire.  En voyant ces spectacles, j’ai voulu rire comme les autres;  mais cela, étrange imitation, était impossible.
J’ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres.  Un instant je crus mon but atteint. Je regardai dans un miroir cette bouche meurtrie par ma propre volonté!  C’était une erreur!  

Le sang qui coulait avec abondance des deux blessures empêchait d’ailleurs de distinguer si c’était là vraiment le rire des autres.  Mais, après quelques instants de comparaison, je vis bien que mon rire ne ressemblait pas à celui des humains, c’est-à-dire que je ne riais pas.  

 J’ai vu des hommes, à la tête laide et aux yeux terribles enfoncés dans l’orbite obscur, surpasser la dureté du roc, la rigidité de l’acier fondu, la cruauté du requin, l’insolence de la jeunesse, la fureur insensée des criminels, les trahisons de l’hypocrite, les comédiens les plus extraordinaires, la puissance de caractère des prêtres, et les êtres les plus cachés au-dehors, les plus froids des mondes et du ciel; lasser les moralistes à découvrir leur cœur, et faire retomber sur eux la colère implacable d’en haut.  

Maldoror – Maldoror – Maldoror – Maldoror –
 Je les ai vus tous à la fois, tantôt, le poing le plus robuste dirigé vers le ciel, comme celui d’un enfant déjà pervers contre sa mère, probablement excités par quelque esprit de l’enfer, les yeux chargés d’un remords cuisant en même temps que haineux, dans un silence glacial, n’oser émettre les méditations vastes et ingrates que recelait leur sein, tant elles étaient pleines d’injustice et d’horreur, et attrister de compassion le Dieu de miséricorde; tantôt, à chaque moment du jour, depuis le commencement de l’enfance jusqu’à la fin de la vieillesse, en répandant des anathèmes incroyables, qui n’avaient pas le sens commun, contre tout ce qui respire, contre eux-mêmes et contre la providence, prostituer les femmes et les enfants, et déshonorer ainsi les parties du corps consacrées à la pudeur.  

Alors, les mers soulèvent leurs eaux, engloutissent dans leurs abîmes les planches; les ouragans, les tremblements de terre renversent les maisons, la perte, les maladies diverses déciment les familles priantes.  Mais, les hommes ne s’en aperçoivent pas. 

Je les ai vus aussi rougissant, pâlissant de honte pour leur conduite sur cette terre; rarement.  Tempêtes, sœurs des ouragans; firmament bleuâtre, dont je n’admets pas la beauté; mer hypocrite, image de mon cœur;  
terre, au sein mystérieux; habitants des sphères; univers entier; Dieu, qui l’as créé avec magnificence, c’est toi que j’invoque:  
montre-moi un homme qui soit bon!

Mais, que ta grâce décuple mes forces naturelles; car, au spectacle de ce monstre, je puis mourir d’étonnement; on meurt à moins.

Maldoror - Sauvage pour Lautréamont - Frank César LOVISOLO - Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire. L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.

Maldoror - Sauvage pour Lautréamont - Frank César LOVISOLO - Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire. L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.Didier Bourguignon…
…a appris son métier de comédien, en 1973, avec César Gattegno, au Théâtre du Rocher à La Garde (83).
Il a poursuivi sa carrière dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en tentant de découvrir toutes les facettes de cet art: théâtre classique, contemporain, burlesque, de rue, etc.
Également auteur-compositeur-interprète (« Trompette-Bourguignon chantent »), il a été récitant dans des oratorios et autres œuvres musicales.
Il est enfin acteur de cinéma et de télévision. Depuis quelques années, il se spécialise dans des solos, et des duos.
Contact : didierbourg83@free.fr
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