Last Updated on 05/08/2026 – 15:29 by Frank César LOVISOLO
L’étiquette bleue
La boîte à l’étiquette bleue
Avec le premier volet du triptyque commence la remontée dans le temps. Le film s’ouvre par un grincement de porte, mystérieux. Les négatifs en latence depuis près d’un siècle sur ces plaques de verre sont enfin révélés, les images apparaissent lentement… un paysage neigeux se fond dans un tuilage de bleu, gris et blanc. Le deuxième volet nous présente une inconnue. L’espace d’un instantané elle est là entre les volets de sa maison et la vigne vierge qui grimpe le long de la façade.
La musique quant à elle se transforme en matière sonore invisible mais palpable.
Le procédé photographique au gélatino-bromure d’argent a été mis au point en 1871, par le Britannique Richard Maddox (1816-1902). Il s’agit d’une petite révolution dans le monde de la photographie car il permet un temps de pose beaucoup plus bref. Faute d’avoir déposé un brevet, ce sont les « Lumière » père et fils qui vont commercialiser ce procédé et fondent en 1879 la Société des plaques et papiers photographiques A. Lumière & ses Fils. Les boîtes de plaques au gélatino-bromure d’argent baptisées «étiquette bleue» vont faire la fortune des Lumière et l’usine de Monplaisir va tourner à plein régime. Décembre 2013 |
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Note technique :
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Tamari «Tamo» Gogichaishvili & Frank César Lovisolo :
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A. Lumière & Fils : la lumière devenue matièreIl existe, dans l’histoire de la photographie, quelques maisons dont le nom dépasse largement celui d’une entreprise. Elles incarnent une époque où l’industrie ne séparait pas encore la recherche scientifique de la création artistique. A. Lumière & Fils, fondée à Lyon dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, appartient à cette catégorie rare. Plus qu’un fabricant de plaques photographiques, elle fut l’un des grands laboratoires européens où s’inventa une nouvelle manière de voir le monde. L’histoire a retenu le Cinématographe, présenté en décembre 1895. Pourtant, cette invention spectaculaire ne représente que la partie visible d’un héritage infiniment plus vaste. Durant près d’un demi-siècle, la maison Lumière contribua à transformer la photographie en une discipline scientifique rigoureuse, capable de fixer la lumière avec une précision jusque-là inimaginable. Lyon, capitale oubliée de la chimie photographiqueLorsque l’on évoque les origines de la photographie industrielle, les regards se tournent volontiers vers Paris, Londres ou Berlin. On oublie souvent que Lyon fut, entre 1880 et 1914, l’un des plus importants centres européens de recherche sur les procédés photographiques. Cette suprématie ne doit rien au hasard. La cité rhodanienne possédait déjà une longue tradition dans les industries de la soie, de la teinture et des colorants. Ces savoir-faire exigeaient une maîtrise exceptionnelle de la chimie des pigments, des bains et des réactions moléculaires. Les laboratoires photographiques bénéficièrent naturellement de cet environnement scientifique particulièrement fécond. Les émulsions sensibles, les gélatines, les bromures et les chlorures d’argent relevaient d’une chimie dont Lyon maîtrisait déjà les fondements. Ainsi, la photographie naquit ici au croisement de deux héritages : celui des arts industriels et celui des sciences expérimentales. La plaque photographique : un objet d’une prodigieuse complexitéÀ première vue, une plaque photographique semble d’une simplicité désarmante : une mince feuille de verre recouverte d’une émulsion. Cette apparente évidence masque pourtant l’un des objets les plus sophistiqués de son époque. Produire une plaque homogène exige une maîtrise presque absolue de nombreux paramètres : La pureté des sels d’argentLe moindre défaut dans la cristallisation modifie la sensibilité de l’émulsion. Chaque cristal de bromure d’argent devient une infime surface capable de retenir une quantité presque imperceptible de lumière. Toute l’image repose sur cette architecture invisible. La qualité de la gélatineLa gélatine photographique n’est pas un simple liant. Elle constitue un véritable milieu chimique dont la composition influence directement la finesse du grain, le contraste et la latitude d’exposition. Les chercheurs de la maison Lumière consacrèrent des années à perfectionner ces formulations. La régularité industrielleRecouvrir uniformément plusieurs milliers de plaques chaque jour représente un défi considérable. Une variation de quelques microns suffit à modifier le comportement photographique du support. Cette précision explique pourquoi les plaques Lumière étaient réputées pour leur remarquable constance. Une concurrence mondialeÀ la fin du XIXᵉ siècle, le marché photographique devient un terrain d’affrontement industriel. Les grandes maisons européennes rivalisent d’innovations. Parmi elles figurent :
Face à ces géants, A. Lumière & Fils développe une stratégie originale. Plutôt que de rechercher uniquement les volumes de production, l’entreprise lyonnaise privilégie la qualité scientifique de ses procédés. Les photographes professionnels savent qu’une plaque Lumière offre une remarquable stabilité chimique, une finesse de grain exceptionnelle et une excellente conservation dans le temps. Cette réputation contribue largement à son succès international. Gabriel Lippmann : la couleur comme phénomène physiqueÀ la même époque, un autre savant français poursuit un rêve différent. Le physicien Gabriel Lippmann, futur prix Nobel de physique en 1908, tente de reproduire les couleurs sans pigments, uniquement grâce aux interférences lumineuses. Son procédé demeure d’une élégance théorique incomparable. Mais il exige des temps de pose très longs et reste pratiquement inexploitable industriellement. Les chercheurs de la maison Lumière choisissent une voie plus pragmatique. Ils cherchent non pas la perfection physique absolue, mais une solution suffisamment fiable pour être utilisée quotidiennement par les photographes. Ce choix illustre parfaitement l’esprit de l’entreprise : transformer une découverte scientifique en innovation accessible. L’Autochrome : la poésie de la couleurEn 1907 apparaît l’Autochrome Lumière. Le procédé repose sur une idée aussi simple que géniale. Des millions de grains de fécule de pomme de terre sont triés, calibrés, puis teintés en orange, vert et violet. Disposés en une mosaïque microscopique, ils forment un filtre coloré placé devant l’émulsion photographique. Chaque grain devient un minuscule vitrail. L’ensemble compose une image où les couleurs semblent surgir non d’une couche de pigments, mais de la lumière elle-même. Les premiers Autochromes possèdent une douceur incomparable. Leur grain visible diffuse une lumière légèrement voilée qui rappelle parfois les tableaux impressionnistes. Il ne s’agit pas seulement d’une innovation technique. C’est une nouvelle esthétique. La photographie cesse d’être uniquement descriptive ; elle devient atmosphère. Une industrie où dialoguent l’art et la scienceL’une des grandes singularités d’A. Lumière & Fils réside dans la porosité constante entre recherche fondamentale et production industrielle. Les laboratoires accueillent chimistes, physiciens, ingénieurs et photographes. Les découvertes passent directement des paillasses de laboratoire aux chaînes de fabrication. Cette circulation permanente des savoirs évoque les grands ateliers de la Renaissance où artistes, architectes et savants travaillaient côte à côte. La photographie n’est plus un simple procédé mécanique. Elle devient une science du visible. Une philosophie de l’imageLa maison Lumière ne vend pas uniquement des plaques photographiques. Elle propose une manière de concevoir le regard. À une époque fascinée par le progrès, chaque photographie apparaît comme une victoire sur l’éphémère. Le temps peut désormais être arrêté. La lumière devient mémoire. L’instant acquiert une durée. Cette ambition rejoint les réflexions contemporaines d’Henri Bergson sur la perception, celles de Marcel Proust sur la mémoire involontaire ou encore les analyses de Walter Benjamin, qui verra plus tard dans la photographie l’un des bouleversements majeurs de la sensibilité moderne. Fixer une image n’est plus seulement enregistrer le réel. C’est transformer notre rapport au temps. L’héritageAujourd’hui encore, les plaques de verre estampillées A. Lumière & Fils demeurent des objets recherchés par les collectionneurs, les historiens de la photographie et les conservateurs de musées. Elles témoignent d’une époque où l’industrie française occupait une place majeure dans l’innovation photographique mondiale. À Lyon, dans les ateliers de Monplaisir, la lumière ne servait plus seulement à éclairer les objets. Elle devenait une matière première. Les ingénieurs apprenaient à la mesurer. Les chimistes à la retenir. Les photographes à lui donner une mémoire. Peu d’entreprises auront autant contribué à faire de la photographie non seulement une technique, mais l’une des plus profondes aventures intellectuelles de la modernité.
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Encadré historique — Les grandes innovations d’A. Lumière & FilsBien avant de devenir les pionniers du cinéma, les établissements A. Lumière & Fils furent l’un des plus importants fabricants européens de matériel photographique. Leurs laboratoires lyonnais mirent au point de nombreux procédés qui accompagnèrent l’évolution de la photographie durant près d’un demi-siècle. 1881 — Les premières plaques sèches LumièreLa maison abandonne progressivement les contraignantes plaques au collodion humide pour produire des plaques au gélatino-bromure d’argent. Plus sensibles, plus stables et prêtes à l’emploi, elles révolutionnent la pratique photographique. Le photographe n’est plus obligé de préparer sa plaque juste avant la prise de vue ; il peut désormais voyager avec des plaques déjà sensibilisées. Années 1880-1890 — Les plaques « Étiquette Bleue »Véritable référence auprès des photographes professionnels, les plaques Étiquette Bleue sont réputées pour leur remarquable finesse de grain et leur excellente restitution des détails. Elles deviennent l’un des produits emblématiques de la maison Lumière et sont exportées dans une grande partie de l’Europe. Les plaques « Étiquette Violette »Conçues pour répondre aux besoins d’une photographie toujours plus rapide, elles offrent une sensibilité accrue tout en conservant une excellente qualité d’image. Leur succès accompagne l’essor de la photographie amateur à la veille du XXᵉ siècle. 1895 — Le CinématographeL’invention du Cinématographe par Auguste et Louis Lumière ne constitue pas une rupture avec la photographie, mais son prolongement naturel. Les décennies de recherches consacrées aux émulsions sensibles, à la mécanique de précision et aux supports photographiques rendent possible l’enregistrement du mouvement. 1903 — Le « Film Bleu »Les laboratoires Lumière développent des pellicules d’une sensibilité améliorée, rapidement adoptées par de nombreux professionnels. Ce progrès témoigne de la volonté constante de l’entreprise d’augmenter la qualité des supports tout en facilitant leur utilisation. 1907 — L’Autochrome LumièreLancé commercialement en 1907, l’Autochrome est considéré comme le premier procédé photographique couleur diffusé à grande échelle. Son principe repose sur une mosaïque microscopique de grains de fécule de pomme de terre teints en orange, vert et violet, formant un filtre coloré devant l’émulsion photographique. La lumière traverse cette trame avant d’impressionner la plaque, restituant des couleurs d’une douceur et d’une subtilité inédites. Pendant près de trente ans, l’Autochrome demeure le procédé couleur de référence. Il immortalise paysages, portraits, monuments et scènes de la vie quotidienne dans une palette délicatement nuancée qui continue aujourd’hui de fasciner historiens et photographes. Une influence durableLes innovations de A. Lumière & Fils dépassent largement le cadre de la photographie française. Elles contribuent à faire de Lyon l’un des grands centres mondiaux de la chimie photographique et inspirent durablement les fabricants européens et américains. À travers leurs plaques, leurs pellicules et leurs recherches sur la couleur, les Lumière ont démontré que la photographie ne relevait pas seulement de la mécanique ou de la chimie : elle était une science de la lumière mise au service de la mémoire des hommes. |
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A propos de l’autrice Tamari «Tamo» Gogichaishvili ⇑⇑⇑
– Bio fictiveTamari «Tamo» Gogichaishvili est une photographe géorgienne dématérialisée, spécialiste en «capture de l’invisible» et théoricienne de l’image qui n’existe pas.
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Née à Tbilissi (ou peut-être dans un rêve de Tbilissi, personne ne sait vraiment), elle a troqué les vignobles de Kakheti contre les serveurs de Silicon Valley, après avoir réalisé que le vin géorgien et les filtres Instagram avaient le même effet : rendre la réalité plus supportable. –
Docteure en Lumière Virtuelle et Absurdité Chromatique (diplôme décerné par elle-même après avoir photographié son ombre numérique pendant 72 heures), elle a publié un essai culte :
« Pourquoi les photographes géorgiens prennent-ils toujours des photos en noir et blanc ? Parce que la vie en couleurs, c’est trop compliqué. »
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Son travail explore les paradoxes de la photographie moderne :
Elle anime des ateliers virtuels (payables en Lari ou en memes) :
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(ou, pour les algorithmes: «TtG-404: Image Not Found», son pseudo officiel dans le métavers, car elle préfère les erreurs aux certitudes)
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Une pointe de nostalgie pour les paysages et cette dame; furtive apparition à la fenêtre…
Belle réalisation… Bravo
Merci !
Le clair-obscur des images est très réussi. La musique, un brin nostalgique, nous parle du temps qui passe. J’aime.