Umberto Eco – La chanson de consommation

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Umberto Eco – La chanson de consommation

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Umberto Eco nous a quitté le 19 février 2016…

La chanson de consommationLa chanson de consommationDeuxième volet de l’hommage à Umberto Eco… 

 
Pour lui rendre hommage j’aimerai vous faire partager un second  texte véritablement digne d’intérêt et toujours d’actualité datant de la même époque (1964/65).
 
 
«La chanson de consommation»
 
 
C’est le préface à un ouvrage collectif de Michèle L. Straniero, Sergio Liberovici, Emilio Jona et Giorgio De Maria, Le Canzoni délia cultiva coscienza, (Les chansons de la mauvaise conscience, Bompiani, Milano, 1964).
 

Et cela débute ainsi :

 
 
vinyl microsillon microscopeFB«La musique « gastronomique » est un produit industriel qui ne poursuit nullement un but artistique, mais bien au contraire, tend à satisfaire les exigences du marché.
Mais le problème est de savoir si la production industrielle des sons s’adapte aux libres fluctuations de ce marché, ou si elle n’intervient pas plutôt selon un plan pédagogique bien précis pour l’orienter et déterminer la demande. Si l’homme de la civilisation industrielle de masse est tel que les sociologues nous l’ont décrit, un individu, extro-déterminé (à la place duquel pensent et désirent les grands appareils de la persuasion clandestine et les centres de contrôle du goût, des sentiments et des idées, et qui pense et désire conformément aux décisions de centres de direction psychologique), alors, la chanson de consommation apparaît comme un des instrument de coercition idéologique les plus efficaces qui pèsent sur le citoyen d’une société de masse.
 
Les principes méthodologiques que suivent les auteurs pourraient se résumer comme suit : la chanson de consommation doit être analysée comme une superstructure, et c’est dans la structure économique du système qu’il faut rechercher pourquoi elle est ce qu’elle est et ne pourrait être autre qu’elle est. Il était évident dès le départ qu’un tel choix méthodologique rendrait la recherche unilatérale et plus aride.
 
Mais de cette façon au moins, les auteurs échappent à cette maladie qui contamine les meilleurs critiques de la société de masse : haïr la masse et faire de son incurable bêtise la source de tous les maux. Les auteurs de ce livre se demandent pour quelles raisons historico-sociales et dans le cadre de quelles déterminations concrètes, la masse (à laquelle chacun d’entre nous, sans exception, appartient à divers moments de la journée) s’est identifiée avec un certain produit musical.
 
Le rapport est entre un ensemble de conditions
historiques et un ensemble de modèles musicaux qui les reflètent et qui contribuent à les perpétuer. Fort heureusement, ils n’ont pas mêlé « les gens » à cette critique d’un aspect de notre culture d’aujourd’hui. Ainsi l’objet véritable de la polémique et de l’accusation n’est pas l’auteur particulier, ni l’interprète particulier (pas plus, nous l’avons vu que le consommateur particulier). Sans quoi, le fait que E. Jona s’attarde longuement sur la recherche des références sexuelles, même dans les couplets les plus banaux, devrait nous donner à penser que les paroliers sont une coterie d’obsédés, cherchant sans cesse à commercialiser sciemment une pornographie à bon marché. 
Alors qu’en fait le mal est beaucoup plus grave. S’il est un point qui ressort des analyses de cet ouvrage, c’est bien celui-ci : désormais le monde des formes et des contenus de la chanson de consommation, enfermé dans la dialectique inexorable de la demande et de l’offre, suit une logique des formules qui lui est propre, et dans laquelle on ne trouve pas trace des décisions du parolier en tant qu’individu. »
 

 

 

Lien vers le PDF
La chanson de consommation. In: Communications, 6, 1965.  – Chansons et disques. pp. 20-33. doi : 10.3406/comm.1965.1066  – http://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1965_num_6_1_1066
Umberto Eco, né le 5 janvier 1932 à Alexandrie dans le Piémont et mort le 19 février 2016 à Milan, est un universitaire, érudit et écrivain italien. Reconnu pour ses nombreux essais universitaires sur la sémiotique, l’esthétique médiévale, la communication de masse, la linguistique et la philosophie, il est surtout connu du grand public pour ses œuvres romanesques.

Umberto Eco – La chanson de consommation 

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