Last Updated on 23/10/2026 – 09:02 by Frank César LOVISOLO
Juillet 2015 : photographies de Paestum en noir et blanc des temples doriques, la tombe du plongeur.
Goethe et Ovide, aux confins de la Grande-Grèce.
Photographies du lieu en noir et blanc.
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Juillet 2015 : Sous le soleil de Campanie
Juillet 2015… Un peu au sud de Naples, Paestum git sous ce soleil de Campanie, depuis le VIIe siècle av. J.-C.
L’astre, inlassablement, siècle après siècle, écrase l’ombre des pierres et mordore la végétation.
Il y a quatre couleurs : le bleu, un vert presque noir, le jaune d’or de l’herbe sèche et cette pierre d’un pâle ocre gris.
Incertain des nuances photographiques, je décide le noir et blanc.
La rudesse du lieu tranche avec le gracile et antique plongeur à qui l’on attribue une tombe.
La Méditerranée est proche et je crois qu’à cette époque elle l’était encore plus. Pourtant, on l’imagine plutôt piquer vers un bassin.
Ici, il y a de la Grande-Grèce et de la Sicile… Les temples sans doute…
C’est calme, un grand contraste avec Naples où nous séjournons.
J’apprends que Johann Wolfgang von Goethe visita le lieu…
Il arrivait de Sicile.
C’est ainsi.
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La tombe du plongeur et le regard de Goethe

Paestum : fresque de la tombe du plongeur (vers 480 av. J.-C.).
« Dans la feuille ci-jointe, je dis quelque chose de ma course à Salerne et à Paestum.
C’est le dernier et, je pourrais dire, le plus admirable tableau que j’emporte entier dans le Nord. Le temple du milieu est, selon moi, préférable à tout ce que l’on voit encore en Sicile. »
Johann Wolfgang von Goethe, Voyage en Italie, Naples, 17 mai 1787 – le texte complet sur Wikisource.
le site archéologique de Campanie

C’est un site archéologique d’Italie du Sud, sur la commune de Capaccio-Paestum, en Campanie. L’ancienne Poseidonia, cité de la Grande-Grèce fondée par des colons grecs à la fin du VIIe siècle av. J.-C., devint Paestum à l’époque romaine.
C’est aujourd’hui un important centre archéologique, comptant trois temples grecs doriques et un musée. Le site est inscrit depuis 1998 sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, au sein du Parc national du Cilento et du Val de Diano.
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Quatre œuvres artistiques témoignent d’une civilisation passée…
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Ovide, Les Métamorphoses, livre XV : Paestum parfumée de roses
Ovide, Les Métamorphoses, XV – traduction (légèrement adaptée) de G. T. Villenave, Paris, 1806.
LIVRE QUINZE
… [697] Un vent léger enfle les voiles. Le dieu se redresse, repose sa tête sur la poupe, et regarde les ondes. Le vaisseau, sous la douce haleine des Zéphyrs, vogue sur la mer d’Ionie, et, au lever de la sixième Aurore, il fend les flots qui baignent l’Ausonie.
Il dépasse Lacinium, célèbre par le temple de Junon; et le golfe de Scylacium; s’éloigne de l’Iapygie, laisse à gauche, à force de rames, les rochers d’Amphrise; à droite les monts de Célennie; côtoie Rométhium, et Caulon, et Narycie; surmonte tous les dangers de ces mers difficiles; double le promontoire de Pélore; poursuit sa route devant le royaume d’Éole, devant Témèse, riche de ses métaux, devant Leucosie, et Paestum, au doux climat, que parfument les roses.
Il cingle vers Caprée, et le promontoire de Minerve, et les collines de Sorrente, si fertiles en vins généreux; et la ville d’Héraclée, et celle de Stabies, et celle de Parthénope, séjour des doux loisirs. Il laisse derrière lui le temple de la Sibylle de Cumes, Baïes et ses fontaines brûlantes; Literne, dont la campagne est couverte de lentisques; le Volturne, qui roule tant de sable avec ses flots; Sinuesse, où l’on voit tant de blanches colombes; Minturne et son air pesant; Caïète, où le pieux Énée ensevelit sa nourrice; Formium, où régna le cruel Antiphate; Thrachas, qu’un marais environne; et la terre de Circé, et le rivage resserré d’Antium.
Frank César Lovisolo avec Giulia Ferrante & Giuseppina Pavese, mes affolantes assistantes virtuelles :
Paestum, mémoire de la Grande-Grèce : une histoire gravée dans la pierre [Retour]
Une terre habitée depuis la préhistoire
Bien avant que les colonnes des temples ne se dressent dans la plaine, le territoire de Paestum, en Campanie, était déjà fréquenté par l’être humain. Les traces les plus anciennes remontent au Paléolithique moyen, il y a plus de 35 000 ans. Des outils en silex retrouvés dans la région témoignent de cette présence très ancienne.
Au cours de l’âge du cuivre, entre environ 3800 et 2300 av. J.-C., la région fut occupée par des communautés dont les pratiques funéraires sont aujourd’hui connues grâce aux découvertes archéologiques. La nécropole du Gaudo, située à proximité du futur site antique, a notamment livré des tombes creusées dans la roche, des ossements humains et des objets en céramique.
Ces sépultures nous renseignent sur les croyances, les rites et les gestes quotidiens de populations dont nous ignorons encore une grande partie de l’histoire. Avant les dieux grecs, avant les légions romaines, cette terre possédait donc déjà sa propre mémoire.
Vers 600 av. J.-C. : la fondation de Poseidonia
L’histoire monumentale de Paestum commence vers 600 av. J.-C., lorsque des colons grecs venus de Sybaris, importante cité de Grande-Grèce située sur le littoral de l’actuelle Calabre, fondent une nouvelle ville dans la plaine du Sele.
Ils lui donnent le nom de Poseidonia, en hommage à Poséidon, dieu grec de la mer. Le choix n’a rien d’étonnant : dans ce monde méditerranéen où les échanges maritimes jouent un rôle essentiel, le dieu qui commande aux flots mérite assurément quelques égards. Il ne faudrait pas contrarier celui qui peut transformer une traversée commerciale en tragédie homérique.
La situation géographique est favorable. La plaine est fertile, les terres permettent l’agriculture et les voies de communication facilitent les échanges avec les populations voisines. La proximité du littoral ouvre également la cité sur les routes commerciales de la Méditerranée.
Les Grecs organisent progressivement leur établissement selon les principes de la cité antique. Les quartiers d’habitation, les espaces publics et les sanctuaires prennent place dans un ensemble structuré, protégé par des fortifications.
Poseidonia devient ainsi l’un des centres importants de la Grande-Grèce, cette constellation de cités grecques établies dans le sud de la péninsule italienne et en Sicile.
Les grands temples : l’affirmation d’une cité grecque
Entre le VIe et le Ve siècle av. J.-C., Poseidonia connaît une période de développement remarquable. Sa prospérité se manifeste dans la construction de sanctuaires et de monuments dont certains sont aujourd’hui parmi les mieux conservés du monde grec antique.
Le site possède trois grands temples d’ordre dorique, dont les colonnes massives et les proportions témoignent de la maîtrise des architectes antiques. Leur présence donne encore aujourd’hui au paysage une puissance presque irréelle.
Le premier est traditionnellement appelé temple d’Héra, ou « basilique ». Édifié vers le milieu du VIe siècle av. J.-C., il présente une architecture archaïque caractéristique, avec une colonnade imposante et une organisation intérieure particulière.
Le deuxième, généralement désigné comme le temple d’Athéna, se trouve dans la partie septentrionale de la cité. Construit vers la fin du VIe siècle av. J.-C., il est consacré, selon l’interprétation traditionnellement retenue, à la déesse de la sagesse et de la guerre.
Le troisième monument, souvent appelé temple de Neptune, est le plus spectaculaire. Édifié au Ve siècle av. J.-C., probablement vers le milieu de ce siècle, il constitue un exemple exceptionnel de l’architecture dorique classique. Son attribution exacte reste discutée : l’identification à Héra est aujourd’hui fréquemment privilégiée par les chercheurs.
La précision historique impose donc de se méfier des appellations touristiques. Les noms populaires ont leur charme, mais ils ne constituent pas toujours des certificats de naissance divins.
Ces temples ne sont pas de simples constructions monumentales. Ils témoignent de la puissance économique de la cité, de son organisation religieuse et de sa capacité à mobiliser des artisans, des matériaux et des savoir-faire considérables.
Leur conservation exceptionnelle s’explique notamment par la solidité de leur architecture, mais aussi par les transformations historiques qui ont affecté la ville sans entraîner leur destruction complète.
La cité lucanienne : une nouvelle culture, une autre identité
À la fin du Ve siècle av. J.-C., Poseidonia passe sous le contrôle des Lucaniens, peuple italique établi dans une vaste partie de l’Italie méridionale. La cité change alors progressivement de visage, sans perdre pour autant l’ensemble de son héritage grec.
Cette période est particulièrement intéressante parce qu’elle révèle que l’histoire des civilisations ne se résume pas à une succession de peuples qui effaceraient systématiquement leurs prédécesseurs. Les cultures se rencontrent, se transforment et se mélangent, parfois paisiblement, parfois sous la contrainte.
Les Lucaniens conservent une grande partie de l’organisation urbaine et des monuments hérités de Poseidonia. En revanche, les pratiques funéraires, les inscriptions, les objets et certaines représentations artistiques témoignent de nouvelles influences.
Les nécropoles de la région ont livré des tombes peintes d’un grand intérêt. Leurs décors représentent notamment des scènes de banquet, des personnages, des chevaux et des épisodes liés à l’univers social et symbolique des défunts.
Ces peintures constituent des documents précieux sur les élites lucaniennes, leurs valeurs et leur conception de la mort. Elles montrent également que la cité reste un centre culturel vivant.
La période lucanienne ne représente donc pas une simple parenthèse entre la Grèce et Rome. Elle constitue un chapitre essentiel de l’identité historique de Paestum.
273 av. J.-C. : l’arrivée des Romains
En 273 av. J.-C., Rome établit une colonie de droit latin sur le territoire de l’ancienne Poseidonia. La cité prend alors le nom de Paestum, sous lequel elle passera à la postérité.
Cette implantation s’inscrit dans l’expansion romaine en Italie méridionale. Rome consolide son contrôle territorial, sécurise les voies de circulation et intègre progressivement les communautés locales à son système politique.
Paestum conserve néanmoins une certaine autonomie institutionnelle dans le cadre de ses relations avec Rome. Son intégration ne signifie pas la disparition immédiate de ses traditions grecques et lucaniennes.
Au fil des siècles, la ville se transforme. Les espaces politiques et religieux sont réorganisés selon les usages romains. Le forum devient le centre de la vie publique, tandis que de nouveaux édifices civiques et religieux apparaissent.
Les vestiges visibles aujourd’hui témoignent de cette superposition des époques : aux sanctuaires grecs répondent des constructions romaines qui traduisent une autre manière d’organiser la cité.
La romanisation s’accompagne également d’une évolution des pratiques linguistiques, des institutions et des échanges économiques. En 90 av. J.-C., Paestum devient un municipe, ce qui permet à ses citoyens d’accéder aux droits de citoyenneté romaine selon le statut correspondant.
Sous l’Empire, la ville poursuit son existence. Elle demeure liée à l’agriculture et aux réseaux régionaux, tandis que ses espaces publics sont adaptés aux besoins d’une société désormais profondément intégrée au monde romain.
Paestum illustre ainsi un phénomène fréquent dans l’Antiquité : une ville peut changer de langue officielle, de régime politique et de références religieuses sans perdre entièrement la mémoire de ses origines.
La vie quotidienne dans l’ancienne Paestum
Les temples attirent naturellement le regard, mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire. Une cité antique ne se compose pas uniquement de lieux sacrés : elle est aussi faite de maisons, de commerces, d’ateliers, de rues, de marchés et de discussions dont les murs n’ont pas toujours conservé l’écho.
L’organisation urbaine de Paestum révèle une ville structurée, avec des espaces consacrés aux activités politiques, religieuses et privées. Les fortifications délimitent un territoire protégé, tandis que les voies de circulation relient les différents quartiers.
Les habitants vivent notamment de l’agriculture, de l’artisanat et des échanges. La fertilité de la plaine environnante favorise les cultures, tandis que les réseaux commerciaux permettent la circulation des marchandises et des influences culturelles.
Les vestiges des habitations et des édifices publics montrent que Paestum n’était pas seulement un décor monumental destiné aux dieux. C’était un espace vécu, où l’on travaillait, commerçait, gouvernait, célébrait les rites et organisait les affaires de la communauté.
Les découvertes archéologiques permettent de reconstituer progressivement cet univers, même si une grande partie de la vie quotidienne demeure nécessairement inaccessible. L’archéologue retrouve des objets, des murs et des inscriptions ; il lui reste ensuite à faire parler ces témoins silencieux sans leur prêter des confidences qu’ils n’ont jamais faites.
Le déclin de Paestum dans l’Antiquité tardive
À partir du IVe siècle apr. J.-C., l’Empire romain connaît des transformations politiques, économiques et sociales profondes. Paestum est touchée par ces évolutions, auxquelles s’ajoutent les difficultés propres à son environnement.
La plaine du Sele est basse et humide. Au fil du temps, l’extension des zones marécageuses favorise notamment la propagation du paludisme, maladie qui pèse lourdement sur les populations de nombreuses régions méditerranéennes avant les moyens modernes de prévention et de traitement.
Les conditions économiques changent également, tandis que les grands réseaux urbains de l’Empire se transforment. Une partie de la population se déplace progressivement vers des secteurs plus élevés et jugés plus favorables à l’habitat.
Le déclin n’est cependant ni instantané ni uniforme. La ville continue d’être fréquentée et habitée durant l’Antiquité tardive. Les monuments subsistent, mais leur fonction évolue. Certains édifices perdent leur rôle religieux initial, tandis que d’autres espaces sont réutilisés à des fins plus modestes.
Les grands temples, eux, restent visibles dans la plaine. Leur présence ne suffit pourtant pas à maintenir une cité en activité. L’architecture peut défier les siècles ; elle ne peut, à elle seule, faire revenir les habitants, restaurer les échanges ou assécher les marais.
Le Moyen Âge : l’abandon progressif de la cité
Entre l’Antiquité tardive et le Moyen Âge, Paestum connaît une contraction progressive de son espace habité. Les raisons de cet abandon sont multiples : évolution des conditions économiques, insécurité régionale, transformation des voies de circulation et difficultés environnementales.
Il serait donc excessif d’imaginer une ville brusquement désertée en une seule journée. Comme souvent dans l’histoire des établissements humains, le départ des habitants s’effectue par étapes, au rythme des circonstances.
Des communautés continuent d’occuper la région, mais la ville antique perd progressivement son rôle central. Les populations se déplacent vers des secteurs voisins, notamment des positions plus élevées, où elles peuvent trouver des conditions de vie plus favorables.
Les bâtiments anciens sont délaissés ou réutilisés. Les terres et la végétation gagnent du terrain. Les rues, les maisons et les espaces publics disparaissent peu à peu sous les dépôts naturels et les transformations du paysage.
Les temples, en revanche, restent debout. Leurs dimensions et leur solidité leur permettent de traverser une période pendant laquelle leur signification originelle s’efface progressivement.
Paestum n’est donc pas entièrement effacée de la géographie. Elle devient plutôt une présence monumentale isolée, un fragment d’Antiquité dont la mémoire subsiste sans que son histoire soit toujours comprise.
Le XVIIIe siècle : Paestum redécouverte par les voyageurs européens
À partir du XVIIIe siècle, Paestum retrouve une place importante dans la culture européenne. Le développement du Grand Tour, ce voyage en Italie entrepris par des artistes, des écrivains, des architectes et de jeunes aristocrates, favorise la redécouverte des vestiges antiques.
Les voyageurs sont frappés par l’état de conservation des temples. Dans une Europe où l’architecture classique inspire de nombreux artistes, les monuments de Paestum offrent une occasion exceptionnelle d’observer directement les formes de l’architecture grecque.
Leurs proportions massives, leurs colonnes doriques et leur présence dans un paysage ouvert fascinent les visiteurs. Dessinateurs et architectes les étudient, les reproduisent et les diffusent dans leurs publications.
Cette redécouverte contribue au développement du néoclassicisme, mouvement artistique qui recherche dans l’Antiquité des modèles de rigueur, d’équilibre et de simplicité monumentale.
Paestum devient alors un lieu de référence pour comprendre l’architecture grecque, parfois davantage que certains monuments plus célèbres dont l’état de conservation est moins favorable.
Le regard porté sur les ruines évolue également. Elles ne sont plus seulement les restes d’une ville oubliée : elles deviennent des objets d’étude, des sources d’inspiration artistique et des témoins de la profondeur historique de l’Europe.
Il faut reconnaître aux voyageurs du Grand Tour un mérite certain : ils ont contribué à faire connaître Paestum. Ils avaient toutefois une manière bien particulière de voyager, qui consistait parfois à parcourir des milliers de kilomètres pour contempler les ruines, puis à les représenter avant de poursuivre leur itinéraire avec une malle, un carnet et quelques certitudes esthétiques.
Le XXe siècle : les fouilles archéologiques et les grandes découvertes
Au début du XXe siècle, les recherches archéologiques prennent une dimension plus systématique. Les fouilles permettent de mieux comprendre l’organisation de la ville, ses sanctuaires, ses espaces publics et ses quartiers d’habitation.
Les découvertes ne concernent pas uniquement le centre monumental. Les environs de Paestum abritent de nombreuses nécropoles qui apportent des informations essentielles sur les populations ayant vécu dans la région avant, pendant et après la domination romaine.
En 1934, les archéologues Paola Zancani Montuoro et Umberto Zanotti Bianco mettent notamment en évidence le sanctuaire d’Héra situé près de l’embouchure du Sele. Les recherches révèlent des éléments architecturaux et des métopes sculptées qui enrichissent considérablement les connaissances sur les pratiques religieuses de l’ancienne Poseidonia.
Le musée archéologique de Paestum, inauguré en 1952, permet de réunir et de présenter une partie de ces découvertes dans un contexte historique et scientifique.
Simposio, Tomba dei Leopardi, 473 a.C., Necropoli dei Monterozzi, Museo archeologico nazionale di Tarquinia
Un autre événement majeur intervient en 1968 avec la découverte de la Tombe du Plongeur, célèbre sépulture peinte datée d’environ 480 av. J.-C. Son décor comprend notamment une scène représentant un homme plongeant dans l’eau, image dont la signification continue d’alimenter les interprétations.
Cette tombe est exceptionnelle par sa peinture figurative et par la rareté de ce type de décor funéraire dans le monde grec d’Italie méridionale. Elle offre une fenêtre sur les représentations de la mort, du passage et de l’au-delà dans une société dont les croyances ne nous sont connues que partiellement.
Les fouilles du XXe siècle ont ainsi profondément renouvelé la compréhension de Paestum. La ville apparaît désormais comme un ensemble historique complexe, dans lequel les périodes grecque, lucanienne et romaine se répondent.
Paestum aujourd’hui : un patrimoine mondial
En 1998, Paestum est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au sein du bien intitulé « Parc national du Cilento et du Val de Diano, avec les sites archéologiques de Paestum et de Velia et la chartreuse de Padula ».
Cette reconnaissance souligne l’importance exceptionnelle de cet ensemble culturel et naturel. Paestum constitue en particulier un témoignage remarquable de la présence grecque en Italie méridionale, mais aussi des transformations politiques et culturelles qui ont marqué la péninsule antique.
Le parc archéologique permet aujourd’hui de parcourir une partie des espaces de la ville ancienne : sanctuaires, monuments publics, vestiges de quartiers et portions des fortifications. Le musée complète cette visite en présentant les objets et les œuvres découverts dans la cité et ses environs.
La conservation du site demeure un enjeu important. Elle exige des travaux de restauration, des recherches scientifiques, une gestion attentive des visiteurs et une surveillance des effets du climat et de l’environnement.
Visiter Paestum, ce n’est donc pas seulement admirer trois temples remarquablement conservés. C’est observer, dans un même paysage, les traces de plusieurs civilisations qui ont occupé, transformé et réinterprété un territoire.
Conclusion : la pierre se souvient, mais elle ne raconte jamais tout
Paestum est l’un de ces lieux où l’histoire semble avoir choisi la pierre pour résister au temps. Les colonnes des temples ont traversé les changements de pouvoir, le déclin de la ville, les siècles d’abandon et la redécouverte par les voyageurs européens.
Mais leur permanence ne doit pas masquer la diversité des vies qui se sont succédé dans la plaine du Sele. Derrière l’image majestueuse des temples se trouvent des agriculteurs, des artisans, des marchands, des familles, des prêtres, des soldats et des générations d’habitants dont les noms ont souvent disparu.
Poseidonia fut grecque ; elle devint lucanienne, puis romaine. Elle connut ensuite le recul de la vie urbaine avant de retrouver une place majeure dans l’histoire de l’archéologie.
Chaque époque a laissé des traces, parfois visibles, parfois enfouies. Le travail des archéologues consiste à les identifier, à les confronter et à reconstruire, avec prudence, une histoire qui ne se livre jamais entièrement.
Les temples de Paestum ne sont pas simplement les vestiges d’un monde disparu. Ils sont les témoins d’une Méditerranée faite de circulations, de rencontres et de transformations. Ils nous rappellent que les civilisations ne naissent jamais tout à fait seules et ne disparaissent presque jamais sans laisser quelque chose derrière elles.
Et si les pierres ont survécu à ceux qui les ont élevées, elles nous enseignent aussi une leçon d’humilité : les hommes bâtissent pour l’éternité, puis l’éternité prend son temps.
Bibliographie archéologique
- Parc archéologique de Paestum et Velia – Histoire de Paestum : chronologie officielle du site, de la préhistoire à l’époque contemporaine.
- Parc archéologique de Paestum et Velia – Site archéologique de Paestum : présentation des temples, des monuments et de l’organisation urbaine.
- UNESCO – Parc national du Cilento et du Val de Diano, avec les sites archéologiques de Paestum et de Velia et la chartreuse de Padula : informations sur l’inscription au patrimoine mondial et la valeur universelle du site.
- Paestum Sites – Histoire de Paestum : synthèse historique de la cité grecque, lucanienne et romaine.
Quelques repères pour prolonger la visite de Paestum, de la fondation grecque de Poseidonia à la cité romaine, et pour approfondir l’énigme de la tombe du plongeur, découverte en 1968 par Mario Napoli.
Sources antiques
- Cicéron, De oratore, II, 36 – traduction Nisard sur Wikisource.
- Goethe, Voyage en Italie, Naples, 17 mai 1787 – texte sur Wikisource.
- Ovide, Métamorphoses, XV, v. 697 et suivants – texte et traduction (UCLouvain).
- Strabon, Géographie, V, 4, 13 et VI, 1, 1 (Poseidonia) – livre VI, chapitre 1, traduction anglaise (Loeb).
- Virgile, Géorgiques, IV, v. 116-124, les « roses de Paestum » au vers 119 – texte latin et commentaire (Dickinson College).
Études archéologiques
- Greco, Emanuele, Archeologia della Magna Grecia, Rome-Bari, Laterza, 1992 – rechercher.
- Greco, Emanuele, Theodorescu, Dinu, Poseidonia-Paestum, I-V, Rome, École française de Rome (Collection de l’École française de Rome, 42), 1980-2008 – notice BnF du vol. IV ; vol. IV en accès libre ; vol. III sur Isidore/Persée.
- Mertens, Dieter, Der alte Heratempel in Paestum und die archaische Baukunst in Unteritalien, Mayence, Philipp von Zabern, 1993 – rechercher.
- Mertens, Dieter, Städte und Bauten der Westgriechen, Munich, Hirmer, 2006 – rechercher.
- Napoli, Mario, La tomba del tuffatore, Bari, De Donato, 1970 – rechercher.
- Pedley, John Griffiths, Paestum: Greeks and Romans in Southern Italy, Londres, Thames & Hudson, 1990 – rechercher.
- Pontrandolfo, Angela, Rouveret, Agnès, Le tombe dipinte di Paestum, Modène, Franco Cosimo Panini, 1992 – notice de bibliothèque.
- Pontrandolfo, Angela, Rouveret, Agnès, Cipriani, Marina, Die Tomba del Tuffatore und weitere Gräber mit Wandmalereien in Paestum, Paestum, Pandemos, 2015 (édition augmentée de Le tombe dipinte di Paestum) – notice de bibliothèque.
- Pontrandolfo Greco, Angela, I Lucani, Milan, Longanesi, 1982 – rechercher.
- Pugliese Carratelli, Giovanni (dir.), I Greci in Occidente, Milan, Bompiani, 1996 – rechercher.
- Rouveret, Agnès, Histoire et imaginaire de la peinture ancienne (Ve siècle av. J.-C. – Ier siècle ap. J.-C.), Rome, École française de Rome (BEFAR, 274), 1989 – notice de bibliothèque.






















J’ai visité Paestum. Les magnifiques œuvres d’art laissées par les Lucaniens m’avaient impressionnée. « Il tuffatore » est la symbolique du passage de la vie vers l’au-delà. Les lucaniens qui avaient fait obstacle aux étrusques en ce qui concerne leur région étaient eux aussi des bons vivants. Nombre de fresques représentant de joyeux banquets nous le prouvent. J’ai aimé cette partie de l’Italie . Merci de me l’avoir rappelée accompagnée d’une musique originale.
Merci !!!
Bonjour…….Mr FRANK très belles photos encore bravo……
Grosso.j.paul
Merci !