Last Updated on 13/05/2026 – 16:19 by Frank César LOVISOLO
Un poème d’Odysséas Elytis interprété par Katerina Oikonomidi. |
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Nous nous sommes rencontrés dans le village du Revest-les-Eaux, commune sise au nord de Toulon, derrière le Mont-Faron. Plus exactement dans ce sympathique endroit que l’on nomme « LE CERCLE », un bar lounge, au centre du village qu’anime Aurélie Magnoni une artiste toulonnaise. J’ai passé un peu de temps en Grèce, principalement à Athènes, et j’ai gardé un souvenir extraordinaire de cette ville millénaire où s’enfoncent les racines de notre civilisation. Cela a grandement facilité les présentations. Nous avons pu converser à propos de la cité et des Iles. Katerina est née sur la célèbre ile de Rhodes et tout le monde connait sa statue colossale, érigée en -292, et qui fut détruite, soixante cinq ans après sa construction, par un tremblement de terre en 227 avant notre ère. Elle ne parle que très peu le français et je ne bavarde pas en grec, ainsi, nous avons dû employer l’anglais comme le latin aux temps anciens. De cette façon, j’ai appris que Katerina est actrice…
Je venais juste de finir Santorini, une composition en hommage au poète grec et son Ode accompagnée d’une série de photos en noir et blanc prises lors de mon voyage sur l’Ile fascinante. Ce texte dit en Grec sur cette musique conséquemment adaptée m’a paru être l’aboutissement d’un projet artistique convainquant.
Sans trop d’hésitation, je lui ai proposé de lire le texte « Ode à Santorin » d’Odysséas Elytis. Elle a accepté. Les enregistrements pouvaient alors commencer…
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J’espère que la sonorité du grec est en adéquation avec l’esthétique musicale choisie.
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| Κείμενο στα ελληνικά – Texte en Français – Text in English |
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Katerina Oikonomidi (Κατερίνα Οικονομίδη) au Cap Brun (Toulon) |
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– …est née en Grèce, à Rhodes dans l’archipel du Dodécanèse et vit à Athènes depuis l’âge de sept ans.
De 2003 à 2006, elle étudie à l’École supérieure d’art dramatique « Veaki ».
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Actrice, elle pratique sa profession dans les théâtres d’Athènes ainsi qu’en tournées dans son pays.
Katerina a joué le répertoire classique et moderne comprenant des œuvres internationalement connues :
—•–Euripide: Hélène, Iphigénie à Aulis, Les Troyennes.
—•–Aristophane: Irène.
—•–Cervantès: Don Quichotte.
—•–Molière: Le Misanthrope.
—•–Anton Tchekhov: La Cerisaie. —•–Arthur Miller: Ils étaient tous mes fils.
—•–Luis Sepúlveda: Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler, une pièce pour les enfants… Et bien d’autres encore.
– Parallèlement, ses grandes passions sont les danses classiques et contemporaines, le yoga et le Pilates.
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Elle séjourne actuellement à Toulon, en France.
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Ode à Santorin |
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Tu es sortie des entrailles du tonnerre
Frémissant dans les repentances des nuages
Pierre amère, éprouvée, hautaine
Tu as cherché le soleil saint martyr
Pour ensemble affronter la splendeur dangereuse
Et vous lancer avec l’écho-croisade en haute mer
Éveillée des eaux, tu as dressé, hautaine
Une poitrine de rochers, mouchetée
Par les inspirations du suroît,
Pour qu’y imprime ses viscères la douleur
Pour qu’y imprime ses viscères l’espoir
Par la lave le feu les fumées
Par des paroles bonnes à convertir l’infini
Tu as mis au monde la voix du jour
Et porté très haut
En pleine marche aérienne verte et rose
Les cloches que sonne l’esprit escaladeur
Sous la louange des oiseaux dans la lumière du milieu d’août
Près du bruissement des eaux, des chagrins de l’écume
Dans les actions de grâces du sommeil
Quand la nuit courait les déserts des étoiles
Cherchant le signe du baptême de l’aube,
Tu as ressenti la joie de la naissance
Tu as sauté au monde la première
Née dans la pourpre, jaillissante
Envoyant aux lointains horizons
Le vœu grandi dans les insomnies de la mer
Pour caresser les cheveux de la cinquième heure à l’aurore.
Reine des élans et des ailes de l’Égée
Tu as trouvé, par des paroles bonnes à convertir l’infini
Par la lave le feu les fumées
Les larges lignes de ton destin
Et voilà que devant toi s’ouvre la justice
Les monts noirs voguent dans l’éclat
Les désirs préparent leur cratère
Dans la région tourmentée du cœur,
Et naissant des efforts de l’espoir une terre nouvelle s’apprête
Où marchera sous les aigles et les bannières
Par un matin tout chatoyant,
La tribu qui donne vie aux rêves
La tribu qui chante aux bras du soleil.
O fille du plus haut de la colère
Nue jaillissante
Ouvre les portes de l’homme éclatantes
Que tout embaume la santé
Qu’en mille couleurs le sentiment refleurisse
Battant des ailes et s’ouvrant
Et de partout que la liberté souffle
Que resplendisse dans le sermon du vent
La beauté neuve et éternelle
Quand le soleil tout bleu de trois heures s’élève
Jouant l’harmonium de la Création.
Odysseas Elytis, « Orientations », 1940.
Traduction du grec: Michel Volkovitch. (Source)
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Santorini – Oia |
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Katerina Oikonomidi…

Auteur du grand poème Axion esti, hymne à la Création qui exalte la lutte héroïque des Grecs en faveur de la liberté, il fut aussi critique d’art, et s’attacha à créer des collages dans lesquels s’exprime sa conception de l’unité de l’héritage grec, par la synthèse de la Grèce antique, de l’Empire byzantin et de la Grèce néo-hellénique. Ses poèmes ont été mis en musique par deux des compositeurs grecs les plus célèbres du 











De la pierre volcanique à la voix humaine : une résonance entre deux arts
Ce que M. Lovisolo a accompli ici dépasse la simple mise en musique d’un texte poétique, c’est une tentative, audacieuse et dans l’ensemble réussie, de réconcilier deux temporalités distinctes : celle de la Grèce archaïque et tellurique qu’Elytis convoque dans son Ode à Santorin (tirée des Orientations de 1940), et celle d’une modernité sonore expérimentale, occidentale dans ses codes, qui cherche à s’y greffer.
La voix de Katerina Oikonomidi mérite d’emblée une attention particulière. Issue de Rhodes, île dont l’histoire porte en elle toute la démesure de l’ambition humaine, depuis le Colosse jusqu’aux Chevaliers de Saint-Jean, cette actrice apporte à la diction grecque une sobriété presque rituelle. Elle ne déclame pas : elle restitue. La langue d’Elytis, avec ses accents oxytones et paroxytons, ses élisions lumineuses, retrouve ici quelque chose de sa dignité originelle. On peut néanmoins s’interroger sur certains choix interprétatifs : la retenue, vertu indéniable, confine parfois à une neutralité qui atténue la charge prophétique du poème. Elytis était un éruptif, un héritier d’Héraclite autant que de Rimbaud ; il y a dans l’Ode une violence solaire que la douceur de l’enregistrement ne restitue pas toujours pleinement.
Sur le plan photographique, le choix du noir et blanc pour illustrer Santorin constitue une prise de position esthétique cohérente : l’île, trop souvent réduite à une carte postale chromatique, le blanc des cubes, le bleu des dômes,, retrouve dans cette désaturation une vérité géologique, presque métaphysique. Les roches calcinées de la caldeira, la verticalité abrupte des falaises de la caldera, reprennent leur rang de protagonistes d’une catastrophe cosmologique. C’est honnête et juste.
Quelques réserves, enfin, sur la dimension musicale. La composition de M. Lovisolo, que j’ai pu écouter attentivement, témoigne d’une culture sonore réelle et d’un goût pour les textures atmosphériques. Cependant, l’articulation entre le flux musical et la voix récitante demeure parfois incertaine : la musique accompagne davantage qu’elle ne dialogue. On rêverait d’une tension plus dramatique, d’un silence plus habité, d’une dissonance qui ferait écho aux « feux, laves et fumées » dont parle le poème. Il y a dans l’Ode à Santorin une théologie du surgissement, l’île jaillie du ventre du tonnerre, qui appelle peut-être une réponse musicale plus convulsive.
Mais ces remarques ne sauraient diminuer l’intérêt d’un projet qui honore l’un de nos plus grands poètes nationaux, et qui témoigne, de la part d’un artiste français, d’une sensibilité véritable à l’égard de la culture hellénique. Ici, depuis la Crète, cette île qui fut le berceau de tout ce que la Grèce a ensuite offert au monde, je salue ce geste de fraternité artistique.
Nikolaos Papadakis, Réthymnon, Crète
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Από τη βουλκανική πέτρα στην ανθρώπινη φωνή: μια αντήχηση ανάμεσα σε δύο τέχνες
Αυτό που πέτυχε ο κ. Lovisolo εδώ υπερβαίνει την απλή μελοποίηση ενός ποιητικού κειμένου — πρόκειται για μια τολμηρή και κατά βάθος επιτυχημένη απόπειρα να συμφιλιωθούν δύο διαφορετικοί χρόνοι: εκείνος της αρχαϊκής και τελλουρικής Ελλάδας που ανακαλεί ο Ελύτης στην Ωδή στη Σαντορίνη (από τους Προσανατολισμούς του 1940), και εκείνος μιας πειραματικής ηχητικής νεωτερικότητας, δυτικής στους κώδικές της, που αναζητά εκεί τη ρίζα της.
Η φωνή της Κατερίνας Οικονομίδη αξίζει από την αρχή ιδιαίτερη προσοχή. Καταγόμενη από τη Ρόδο — ένα νησί που στην ιστορία του φέρει ολόκληρη την ύβρη της ανθρώπινης φιλοδοξίας, από τον Κολοσσό ως τους Ιππότες του Αγίου Ιωάννη — η ηθοποιός αυτή φέρνει στην ελληνική απαγγελία μια σχεδόν τελετουργική λιτότητα. Δεν απαγγέλλει: αποδίδει. Η γλώσσα του Ελύτη, με τους οξύτονους και παροξύτονους τόνους της, τις φωτεινές αποκοπές της, ανακτά εδώ κάτι από την αρχική της αξιοπρέπεια. Ωστόσο, μπορεί κανείς να αναρωτηθεί για ορισμένες ερμηνευτικές επιλογές: η συγκράτηση, αναμφισβήτητη αρετή, κινδυνεύει μερικές φορές να εκφυλιστεί σε μια ουδετερότητα που αμβλύνει το προφητικό φορτίο του ποιήματος. Ο Ελύτης ήταν εκρηκτικός, κληρονόμος του Ηράκλειτου εξίσου με τον Ρεμπώ· υπάρχει στην Ωδή μια ηλιακή βία που η ομαλότητα της ηχογράφησης δεν αποδίδει πάντοτε πλήρως.
Από φωτογραφική άποψη, η επιλογή του ασπρόμαυρου για την εικονογράφηση της Σαντορίνης αποτελεί συνεκτική αισθητική τοποθέτηση: το νησί, πολύ συχνά αναχθέν σε χρωματιστή καρτ-ποστάλ — το λευκό των κύβων, το μπλε των τρούλων —, ανακτά μέσα σε αυτή την αποχρωμάτιση μια γεωλογική, σχεδόν μεταφυσική αλήθεια. Τα καμένα βράχια της καλδέρας, η απότομη κατακορυφότητα των βράχων, ξαναπαίρνουν τη θέση τους ως πρωταγωνιστές μιας κοσμολογικής καταστροφής. Είναι τίμιο και σωστό.
Ορισμένες επιφυλάξεις, τέλος, για τη μουσική διάσταση. Η σύνθεση του κ. Lovisolo, που άκουσα προσεκτικά, μαρτυρεί αληθινή ηχητική κουλτούρα και γούστο για ατμοσφαιρικές υφές. Ωστόσο, η άρθρωση ανάμεσα στη μουσική ροή και στην αφηγηματική φωνή παραμένει μερικές φορές αβέβαιη: η μουσική συνοδεύει περισσότερο παρά διαλέγεται. Θα ονειρευόμασταν μια δραματικότερη ένταση, μια πιο κατοικημένη σιωπή, μια δυσαρμονία που θα αντηχούσε στις «φωτιές, λάβες και καπνούς» για τους οποίους μιλά το ποίημα. Υπάρχει στην Ωδή στη Σαντορίνη μια θεολογία του ξεπηδήματος — το νησί που ανέβλυσε από τα σπλάχνα της βροντής — που ίσως απαιτεί μια πιο σπασμωδική μουσική απόκριση.
Αλλά αυτές οι παρατηρήσεις δεν μπορούν να μειώσουν το ενδιαφέρον ενός εγχειρήματος που τιμά έναν από τους μεγαλύτερους εθνικούς μας ποιητές, και που μαρτυρεί, εκ μέρους ενός Γάλλου καλλιτέχνη, αληθινή ευαισθησία απέναντι στον ελληνικό πολιτισμό. Από εδώ, από την Κρήτη — το νησί που υπήρξε η κοιτίδα όλων όσα η Ελλάδα χάρισε έπειτα στον κόσμο —, χαιρετώ αυτή την πράξη καλλιτεχνικής αδελφοσύνης.
Νικόλαος Παπαδάκης, Ρέθυμνο, Κρήτη
Cher Nikolaos Papadakis,
Votre commentaire m’a traversé comme un mistral chargé de sel et de philosophie, ce qui, venant d’un Crétois installé à Réthymnon, n’a rien d’étonnant. On ne grandit pas à l’ombre du Palais de Minos sans avoir développé un sens aigu de la profondeur des choses.
Vos éloges me touchent, et vos réserves m’intéressent davantage encore, car c’est dans la friction que naît la lumière, comme dirait l’île elle-même lorsqu’elle se souvient d’avoir surgi du feu.
Sur la voix de Katerina : vous notez que sa retenue atténue parfois la charge prophétique du poème. C’est juste. Mais je vous confierai que c’est précisément ce que je lui ai demandé. Non par timidité artistique, mais parce que la musique que j’avais composée portait déjà en elle une violence souterraine, une lave froide, si vous me permettez l’oxymore. Superposer deux éruptions simultanées eût produit de la boue, non de la lumière. La sobriété de Katerina était donc concertée, non subie.
Sur l’articulation musique-voix, votre reproche d’une musique qui « accompagne davantage qu’elle ne dialogue », je l’entends, et je ne le récuse pas entièrement. Il y a là une question de doctrine : suis-je un compositeur qui illustre un texte, ou un créateur qui installe un texte dans un espace sonore autonome ? Je penche pour la seconde option, ce qui implique effectivement que les deux entités coexistent parfois en tension non résolue. Certains appellent cela un défaut. Je préfère nommer cela une honnêteté formelle.
Quant aux photographies en noir et blanc, merci de les avoir comprises ainsi. La Santorin des agences de voyages m’indiffère. Celle qui m’intéresse est celle d’avant les touristes, d’avant les couchers de soleil en filtre Instagram, celle de la roche, de la cendre, du vide.
Je reste, avec respect et curiosité pour vos prochaines réflexions,
Frank César Lovisolo
Toulon, Provence, où la mer aussi a parfois des airs grecs.
Je regrette de ne pas comprendre le grec. Merci pour la musique et la traduction.
Moi non plus !!!!!
Merci !
superbe !
Merci !
ευχαριστώ !
Envoutée direct par cette langue – que je ne parle pas – et ta musique.
J’ai donc ensuite lu la traduction (de qui ?), ai relu et relu les « Pour qu’y imprime » sans plus ou mieux entendre…, mais la poésie, hein ! J’aurais aimé en savoir un peu à propos de la lectrice de ce poème. Bref. Que des critiques curieuses et positives, bravo, Frank !
Bientôt, tu en sauras plus sur mon amie grecque. L’article n’est que partiellement fini, d’où le mot de passe. Je n’ai jamais trouvé qui a traduit le poème, je suis arrivé sur cette transcription française tout à fait par hasard.
Je suis très content que tu aies aimé notre travail. Je t’embrasse.
Traduction du grec: Michel Volkovitch !!!!