Biarritz – Eugenia Errazuriz, Blaise Cendrars, Pablo Picasso, Igor Stravinski…

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Eugenia Errazuriz – Eugenia Errazuriz – Eugenia Errazuriz – Eugenia Errazuriz

à l’écoute :
ComGris
Après cette contestable avalanche photographique,
il me semble heureux de parler de ce que l’on ne peut plus prendre en photo :
la villa « la Mimosaraie » 10 rue Constantine Biarritz, d’Eugenia Errázuriz (15 septembre 1860 – 1951).
 
 « J’ai trois amours : mon peintre, Picasso, mon musicien, Stravinsky et mon poète, Cendrars ».
Disait-elle…
COMPLET BLANC

 
Je me promène sur le pont dans mon complet blanc acheté à Dakar .
Aux pieds j’ai mes espadrilles achetées à Villa Garcia .
Je tiens à la main mon bonnet basque rapporté de Biarritz .
Mes poches sont pleines de Caporal Ordinaire.
De temps en temps je flaire mon étui en bois de Russie .
Je fais sonner des sous dans ma poche et une livre sterling en or
J’ai mon gros mouchoir calabrais et des allumettes de cire de ces grosses que l’on ne trouve qu’à Londres .
Je suis propre lavé frotté plus que le pont 
Heureux comme un roi 
Riche comme un milliardaire 
Libre comme un homme

 
Vestige-de-La-Mimoseraie-à-Biarritz - Eugenia Errazuriz

Vestiges de La Mimoseraie à Biarritz, 10 rue Constantine

De cette villa, il ne reste qu’un poteau, où le nom est gravé, et un muret.
À sa place, il y a une construction moderne, luxueuse certes, mais insipide, comme tant d’autres ici et ailleurs…
 
Pionnière de l’esthétique minimaliste moderne, qui inspirera beaucoup de créateurs.
Certainement avec humour, elle aimait dire de sa demeure : « J’aime ma maison, car elle a l’air très propre et très pauvre ».
La Mimoseraie était son laboratoire de design dans lequel elle élevait la simplicité au rang de l’art. 
 
Sir John Patrick Richardson disait d’elle :
 
« she already stood out for the unconventional sparseness of her rooms, for her disdain of poufs and potted palms and too much passementerie…
She appreciated things that were very fine and simple, above all, things made of linen, cotton, deal, or stone, whose quality improved with laundering or fading, scrubbing or polishing. She attended to the smallest detail in her house » .[1]
Portrait Eugenia Errazuriz . Jacques-Emile Blanche

Portrait: Jacques-Emile Blanche 1890

« L’élégance signifie l’élimination », cite Jody Shields, dans le New York Times, à propos d’Eugenia  et rajoute :
« Bien qu’elle n’ait conçu aucun meuble, qu’elle n’ait pas eu de client et que peu de son travail ait été photographié, elle est considérée comme l’une des premières à avoir créé une esthétique minimaliste moderne, Errázuriz a pratiqué un tour de passe-passe remarquable en réussissant à rendre extraordinairement extraordinaires les objets les plus ordinaires : un panier en osier a été placé sur une table de valeur, une paire de cisailles de jardin et un arrosoir exposés comme s’ils étaient égaux à ses Picasso » Errázuriz détestait les ensembles assortis de meubles, de bibelots et de souvenirs».
Impitoyable au sujet du désordre , même dans les tiroirs du bureau, elle ordonna:
«Jette dehors et continue à jeter.»
C’était un prolongement de sa conviction de la nécessité d’un changement constant:
«une maison qui ne change pas», disait-elle avec plaisir, «est une maison morte».
Article de Jody Shields le 11 octobre 1992 dans le New-York Times.
 
Cecil Beaton a remarqué que les sols en tuiles rouges étaient sans tapis mais parfaitement propres. Il a également écrit à son sujet dans «The Glass of Fashion» : «Son effet sur l’esthétique des cinquante dernières années a été si énorme que toute l’esthétique de la décoration d’intérieur moderne, ainsi que de nombreux concepts de simplicité, généralement reconnus aujourd’hui, nous sont parvenus».
Jean Michel Frank, Maison de couture Lucien Lelong

Jean Michel Frank, Maison de couture Lucien Lelong

Sa table à thé proposait des plats simples (pas de gâteaux « vulgaires »).
Beaton relate que son pain grillé « était une œuvre d’art ».
Sa nièce a raporté: «Tout dans la maison de tante Eugenia sentait si bon». On disait que les serviettes sentaient la lavande et qu’Eugenia s’était lavé les cheveux à l’eau de pluie…
Coco Chanel.Eugenia a projeté sa conception puriste dans tous les activités de sa vie:
«Si la cuisine n’est pas aussi bien entretenue que le salon. . . vous ne pouvez pas avoir une belle maison», a-t- elle déclaré.
 
Le designer Jean-Michel Frank est devenu son disciple le plus doué.
 
Curieusement, tard dans la vie, Eugenia Errázuriz devint une franciscaine tertiaire ( une religieuse laïque ), vêtue d’un habit noir uni conçu par une autre minimaliste, Coco Chanel. Cette information reste quand même à vérifier, n’ayant trouvé que très peu d’éléments l’attestant.
Eugenia Errazuriz

Raymone (la compagne du poète), Blaise Cendrars et Igor Stravinski au béret basque, entourant Eugenia et son portrait exécuté par Pablo Picasso.

En France, Eugenia a commencé à fréquenter Biarritz, où elle a d’abord loué, puis a acheté une vaste maison qu’elle a nommée «La Mimoseraie» pour les nombreux mimosas qui fleurissaient dans le jardin.

Olga et Pablo 1920

Pablo Picasso faisait de fréquents séjours à la villa, il y a même passé sa lune de miel avec la ballerine russe Olga Jojlova et réalisé sept peintures à l’encre bleue sur les murs d’une chambre.
Pablo Picasso l’adorait…  
John Patrick Richardson historien de l’art britannique et biographe de Picasso, écrit un essai intitulé « l’Autre Mère de Picasso »  qu’il a inclus dans son livre Sacred Monsters, Sacred Masters ( Maîtres sacrés, Monstres sacrés ). [1] 
Les autres protégés d’Eugénia étaient le poète suisse Blaise Cendrars qui lui fut présenté par Jean Cocteau et le compositeur Igor Stravinsky qui y resta résida toute une année.
Blaise Cendrars qui s’est révélé protecteur et même parfois un peu possessif. Vers 1918, il visita la villa et fut saisi par la simplicité de la décoration. C’est ici que lui vint l’inspiration pour écrire la séquence de poèmes D’Oultremer à Indigo.
Extrait :
« J’ai remonté l’Orénoque durant quatre-vingt-seize jours, quatre-vingt-seize jours en pirogue, et quand je suis revenu sur la côte, j’étais maigre, tanné, tout couvert de piqûres de moustiques, malade, mais j’étais fier de moi car je rapportais dans mon herbier une fleur de la forêt vierge, une fleur de la solitude, une fleur inédite, une fleur qui ne se laisse pas transplanter. C’est une variété de lis qu’on ne trouve qu’au plus profond de la jungle de l’Orénoque. Les Indiens l’appellent la fleur qui change de couleur. En effet, tôt, le matin, cette fleur est d’un blanc éclatant. Vers dix heures de l’avant-midi, elle est légèrement rosée. À midi, elle est d’un rouge vif. Au commencement de l’après-midi, elle se pare d’une teinte orangée qui passe, peu après, au violet intense. Dans la soirée, le violet tourne au bleu clair, bleu lumineux, couleur phosphorescente que ce merveilleux lis conserve toute la nuit pour redevenir blanc, à l’aube. C’est une énigme que j’ai passé toute ma vie à étudier sans en trouver le fin mot. »
Il loge avec Eugenia dans sa maison de Biarritz, dans une pièce ornée de peintures murales de Pablo Picasso.
 
Eugenia Errazuriz fut la dédicataire de plusieurs œuvres de Stravinsky.
À Biarritz, le compositeur russe retrouvait donc un milieu familier et la meilleure société d’Europe, avide d’oublier le massacre de 14-18.
Il était déjà immensément célèbre, et considéré par la jeune génération française comme le chef de file de la musique contemporaine.
Stravinsky connaissait déjà le Pays basque où il y avait fait escale avec les Ballets Russes dans l’immédiat après-guerre.
Maurice Ravel avait dû lui vanter cette région, car ils avaient cohabité en Suisse en 1913.
Stravinsky revint au moins une fois sur la Côte basque, pour diriger lors d’un concert consacré à ses oeuvres l’orchestre du Casino municipal, le 25 août 1932.
Le séjour de Stravinsky à Biarritz a longtemps été ignoré et reste méconnu. Il présente pourtant un intérêt exceptionnel.
C’est le moment où le compositeur s’approprie la culture française, dans le contexte étrange et brillant des années folles, mais aussi dans des conditions morales et familiales difficiles.

Pablo Picasso : les baigneuses -1918 (Musée national Picasso – Paris) – Le phare de Biarritz en fond.

Biarritz et Eugenia Errazuriz

Certainement trop sophistiquée à son gout !

Notes :
 
Eugenia Errazuriz

Eugenia Errazuriz par Charles Conder

1 « Elle se distinguait déjà par la rareté non conventionnelle de ses chambres, par son dédain des poufs et des palmiers en pot et le trop de passementerie…
Elle appréciait les choses très fines et simples, surtout les choses faites de lin, de coton, du coton ou de pierre, dont la qualité s’améliorait avec le blanchiment ou la décoloration, le frottement ou le polissage. Elle s’occupait du plus petit détail de sa maison. ».
[Richardson, John : Sacred Monsters, Sacred Masters: Beaton, Capote, Dalí, Picasso, Freud, Warhol, and More Random House, 2001. ISBN0-679-42490-3. See pages 3 – 16]

Eugenia Huici Argüedas // Eugenia Errazuriz

Date de naissance:
15 Septembre 1860

Lieu de naissance:

15 septembre 1860 
Région de Valparaíso , Chili

Décès:

1951 (90 ans)  Santiago de Chile

Famille proche :

Occupation:

Visionnaire de l’art contemporain

Sources :

Biarritz

Biarritz

 

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