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Les conséquences atmosphériques, potentiellement climatiques de la guerre nucléaire ont été analysées à l’aide de modèles développés pour estimer les incidences des éruptions volcaniques de grandes amplitudes.
Bien que ces résultats soient inévitablement imprécis, en raison d’une large gamme de scénarios possibles et d’incertitudes dans les paramètres physiques, les effets probables demeurent indubitablement dramatiques.
Une atténuation importante de l’ensoleillement entraînera des températures terrestres sous-glaciales, répercussion directe de la poussière et des fumées soulevées lors des explosions nucléaires de fortes puissances qui embraseront les villes riches en matériaux combustibles, les centres industriels (raffineries avec réserves de carburants).
Les incendies de forêt allumés par le rayonnement intensif du flash atomique libèreront des quantités colossales de particules dans l’atmosphère contribuant à son assombrissement.

En 1 à 2 semaines, les poussières et les fumées obscurciront la planète, réduisant à quelques pour cent de la normale la luminosité et la température ambiante qui chutera jusqu’à -15° et -25 °C.
Même en zone tempérée, en été, les températures resteront glaciales.
Cela pourrait persister pendant plusieurs mois.
Beaucoup de plantes utiles à la production agroalimentaire ne résisteront pas à ces nouvelles conditions climatiques, de plus l’absence de lumière bloquera la photosynthèse provoquant la mort de beaucoup de végétaux.
Beaucoup de forêts épargnées par les incendies disparaitront faute de photosynthèse et de lumière.
La faune sauvage qui dépend de cet équilibre fragile ne sera pas épargnée.
Il faut imaginer que pour une guerre mondiale de 5000 mégatonnes (attaques et ripostes simultanées), sur les zones éloignées des cibles stratégiques, les retombées radioactives perdureront longtemps.
Elles engendreront des émissions de rayons gammas allant jusqu’à 50 rads sur l’ensemble du corps humain, avec une dose interne vraisemblablement égale ou supérieure provenant de radionucléides actifs, ingérés lors de l’alimentation avec des produits pollués.

Si le conflit reste concentré sur l’hémisphère nord (le scénario le plus probable), l’amplitude des températures, entre haute et basse altitude, occasionnée par l’absorption de la lumière du soleil, pourrait accélérer considérablement le déplacement des particules radioactives de l’hémisphère Nord vers l’hémisphère Sud.
Lorsque l’on conjugue la destruction rapide, causée par l’explosion nucléaire, avec celle des incendies provoquant un changement climatique drastique, des retombées radioactives, d’une exposition prolongée au froid, à l’obscurité et, par la suite, à l’augmentation du rayonnement ultraviolet solaire dû à l’appauvrissement de la couche d’ozone, il demeure indéniable d’envisager une menace sérieuse quant à la survie de l’humanité ainsi que celle de toutes les espèces animales et végétales.
Ce serait certainement un épisode d’extinction massive parachevant ainsi celle entamée par les activités humaines (Extinction de l’Holocène).
On parle d’extinction quand au moins 50 % des genres et 10 % des familles d’espèces animales, végétales présentes sur la Terre et dans les océans disparaissent, car la mer ne sera pas épargnée…
Source :
Paul R. Ehrlich, Paul R. Ehrlich, Carl Sagan, Donald Kennedy, Walter Orr Roberts/ Le rapport de la conférence sur les conséquences biologiques d’un conflit nucléaire de 1982 / Edité par Belfond. Paris – 1985
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Il y a dans Blanches demeurent les ténèbres quelque chose d’une persistance ; non pas seulement de l’ombre, mais de sa blancheur paradoxale, presque minérale. Le titre lui-même agit comme un oxymore irradiant, une faille dans le langage où la lumière ne sauve plus rien, mais révèle au contraire l’épaisseur obscure du monde.
Inscrit dans l’ensemble Covered Passage, dont les pièces semblent composer une sorte de cartographie intérieure fragmentée (), ce texte (ou plutôt cette matière sonore et poétique) ne se laisse pas approcher comme un récit. Il relève davantage d’une expérience : une traversée, peut-être, où l’on ne distingue plus très bien si l’on avance ou si l’on s’enfonce.
Ce qui frappe, c’est l’absence de consolation. Rien ne vient dissiper les ténèbres ; elles “demeurent”, et ce verbe, si simple, devient ici presque métaphysique. Il dit la fixité, l’irrévocabilité, mais aussi une forme d’habitation. Les ténèbres ne sont pas seulement là : elles persistent, elles habitent, et peut-être même elles regardent.
On pense à certaines intuitions de la modernité poétique, lorsque la lumière cesse d’être une promesse pour devenir une cruauté. Ici, le blanc n’éclaire pas : il aveugle. Il est la trace froide de ce qui a été consumé, ou pire, de ce qui n’a jamais pu advenir.
Il y a aussi une dimension presque archéologique dans cette écriture. Comme si chaque strate sonore ou verbale révélait une mémoire plus ancienne, enfouie sous les couches de langage. Le titre résonne alors comme un vestige : ce qui reste, ce qui survit à l’effondrement, ce qui ne disparaît pas — même dans l’obscurité.
Enfin, ce qui me touche le plus, c’est cette tension constante entre le silence et la profération. On sent que quelque chose cherche à se dire, mais que le dire lui-même est inadéquat, insuffisant, peut-être même coupable. D’où cette impression de fragmentation, de souffle coupé, de parole empêchée.
Ce texte ne se comprend pas : il se reçoit. Et peut-être faut-il accepter de ne pas en sortir intact, ni éclairé. Seulement accompagné, un instant, par cette étrange clarté noire qui insiste, et qui demeure.
Votre lecture touche juste, et peut-être même au-delà du texte ; dans cette zone incertaine où l’on ne sait plus très bien si l’on lit ou si l’on est lu. J’ai été particulièrement sensible à ce que vous dites de cette “blancheur paradoxale” : elle me semble en effet moins une lumière qu’une cendre, quelque chose qui reste après l’embrasement, mais sans chaleur.
Là où vous évoquez une absence de consolation, j’y ai presque perçu, de mon côté, une forme d’acceptation, non pas apaisée, mais lucide, comme si demeurer dans les ténèbres était devenu la seule manière honnête d’habiter le réel. Peut-être que ce “demeurent” ne dit pas seulement l’irrévocable, mais aussi une fidélité étrange à ce qui ne peut être sauvé.
Et cette idée que le texte ne se comprend pas mais se reçoit, oui, profondément. Il y a des œuvres qui demandent une intelligence ; d’autres exigent une disponibilité. Celle-ci relève sans doute de la seconde catégorie.
Merci pour ce regard, qui prolonge l’expérience autant qu’il l’éclaire — ou peut-être, plus justement, qu’il en épouse l’obscurité.