L’œil sur l’âme italienne :
Frank-Cesar Lovisolo et le Grand Mystère du Bello
Un photographe français, d’origine italienne, armé d’un appareil et d’une culture philosophique rare parcourt notre péninsule.
Ce qu’il y voit nous étonne, nous trouble et, parfois, nous oblige à nous regarder nous-mêmes.
Il existe une tradition ancienne, presque aristocratique, que les Italiens cultivent avec une fierté teintée d’ambiguïté : celle d’être regardés. Depuis les pèlerins médiévaux jusqu’aux Romantiques du Grand Tour, depuis Goethe découvrant Syracuse sous un soleil insupportablement vrai jusqu’à Stendhal tombant à la renverse devant les fresques florentines, l’Italie a toujours été ce théâtre où les étrangers viennent chercher quelque chose qu’ils ne savent pas nommer et qu’ils emportent, incomplet, dans leurs carnets et leurs pellicules.
Frank-Cesar Lovisolo, artiste multimédia, ingénieur du son et photographe basé dans le Var, appartient à cette lignée. Mais son regard, on le comprend en parcourant la riche catégorie « Italie » de son site, n’est pas celui du touriste émerveillé ni du voyageur blasé. C’est un regard qui pense.
Et c’est précisément cela qui mérite que nous, Italiens, y prêtions attention.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
I. La Sicile comme matrice de l’être ; Forza d’Agrò et Catane

Commençons par le commencement absolu, géographique et philosophique : la Sicile.
L’île que Tomasi di Lampedusa appelait « ce luogo senza speranza e senza dolore » ce lieu sans espoir et sans douleur, suspendu hors du temps — est pour Lovisolo un laboratoire de la pensée chaotique.
Son article consacré à Forza d’Agrò, petit village accroché à la falaise au-dessus du détroit de Messine, convoque de manière inattendue Blaise Pascal et Edward Lorenz pour interroger la relation entre les détails infimes de l’histoire locale et ses résonances universelles.
L’idée est celle du papillon : une fenêtre entrouverte à Forza d’Agrò, un geste oublié, un hasard de ruelle et c’est peut-être le destin entier de la Sicile qui bifurque. L’auteur y glisse une référence au Parrain, ce film américain qui a construit autant qu’il a détruit l’image de notre île à l’étranger. On lui saura gré de cette honnêteté.
La photographie sicilienne atteint son acmé chaotique et solaire avec La Pescheria di Catania, ce marché aux poissons qui est, pour quiconque y a posé les pieds un matin d’août, une expérience quasi hallucinatoire.
Lovisolo y entre par la Fontana dell’Amenano la source souterraine qui ressurgit là, incrédule, au pied des escaliers de lave noire et ce qu’il décrit ensuite, avec ses photographies, est l’une des meilleures intuitions du site : la Pescheria n’est pas un marché.
C’est une scène. C’est une tragédie grecque réécrite chaque matin avec du thon, des cris et de l’odeur de sel. Les images — et c’est là que le photographe révèle un sens aigu de la composition, ne cherchent pas la pittoresque folklorique. Elles cherchent le geste vrai, l’œil du poisson comme miroir du monde.
« Quand on laisse sur la gauche la Fontana dell’Elefante, portant l’animal sensé protéger la ville des éruptions de l’Etna, on arrive à la Fontana dell’Amenano… »
— Frank-Cesar Lovisolo, La Pescheria di Catania
Je dois ici émettre une réserve, non sur les photographies elles-mêmes, mais sur l’absence d’une contextualisation historique plus profonde : la Pescheria de Catane est aussi le lieu où la présence arabe a laissé ses traces les plus durables dans les noms des poissons, dans les épices, dans la manière de marchander. Ce sous-texte culturel eût enrichi une lecture déjà généreuse.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
II. L’archipel comme métaphore ; Les Îles Éoliennes
On ne peut parler de la photographie italienne de Lovisolo sans s’arrêter longuement sur les îles Éoliennes, ce chapelet volcanique au nord de la Sicile que les Grecs anciens croyaient peuplé par Éole, dieu des vents. Le photographe y consacre trois articles d’une densité remarquable : Stromboli, Vulcano et Lipari.
Stromboli est traité sous le signe de Bergman et Rossellini et c’est un choix qui honore la culture de l’auteur.
En 1949, lorsque la Bergman et Rossellini tournèrent leur film maudit sur cette île incandescente, ils ne filmaient pas seulement un volcan : ils filmaient l’impossibilité d’appartenir à un lieu. Lovisolo, lui aussi venu de l’extérieur, comprend cette tension.
Ses photographies de Stromboli ne montrent pas le volcan comme spectacle géologique. Elles le montrent comme présence, comme personnage, comme entité pensante qui contemple ses propres ruines. C’est une vision profondément italienne, celle que Leopardi nommait la « fisica bellezza » : la beauté physique du désastre.

À propos des images de Vulcano : L’île de Vulcano, avec ses cristaux de soufre aux reflets jaunes et verts, ses fumerolles et ses boues thérapeutiques, constitue l’un des sujets les plus visuellement complexes de la série italienne de Lovisolo.
Il y associe le port, les fleurs sauvages et les formations volcaniques dans une succession qui rappelle, dans sa logique de contraste, la tradition picturale napolitaine du Seicento.
L’article sur Lipari, dédié à un voyage réalisé avec un certain Daniele, introduit dans le corpus une dimension intime qui contrebalance heureusement la tendance parfois trop conceptuelle du photographe.
Le voyage à deux, la complicité silencieuse entre deux hommes devant la mer — voilà quelque chose que la photographie italienne, depuis Ghirri, sait capter mieux que quiconque : la présence de l’absent, le regard qui n’est pas dans le cadre.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
III. Naples et la Campanie ; La lumière des contradictions
Napoli. Le nom suffit. Aucune ville au monde n’est autant sa propre légende, autant prisonnière de ce qu’elle représente pour les autres. Lovisolo lui consacre plusieurs articles d’une ambition exceptionnelle, à commencer par Napoli : La luce dei contrasti, titre qui dit tout d’un programme photographique et philosophique. La lumière napolitaine, cette lumière que Caravage a peinte et que Totò a vécue, est une lumière morale : elle révèle en même temps la splendeur et la misère, le baroque et le délabrement, l’amour et la violence.
Les photographies nocturnes de Naples « Napoli di notte, en noir et blanc » constituent peut-être le point le plus élevé de la série italienne.
En choisissant le noir et blanc pour la nuit napolitaine, Lovisolo évite le piège du cliché coloré (ces orange et rouge dont on abuse pour signifier la chaleur méridionale) et accède à quelque chose de plus profond : la nuit napolitaine est une nuit morale, philosophique, pascalienne presque.
Dans l’obscurité des caruggi, dans les halos des réverbères sur les pavés de lave, il y a toute la tragédie de ce Sud qui a tant donné à la civilisation — Lucrèce, Virgile, les Pythagoriciens de Crotone — et qui doit encore, aujourd’hui, lutter contre des représentations qui le réduisent.
Une musique concrète intitulée Raggi Cosmici a Napoli figure dans les albums de l’artiste, et le titre seul dit quelque chose d’essentiel : Naples comme point de convergence entre le cosmos et la rue, entre l’infiniment grand et l’infiniment humain.
— Valentina Scarpa-Moretti, à propos de l’œuvre sonore de Lovisolo
L’article sur Pline, Herculanum et Pompéi mérite une attention particulière. Lovisolo y entre par Pline l’Ancien et sa mort dans l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C. — un choix littéraire d’une grande intelligence, car Pline n’est pas seulement le témoin de la catastrophe : il en est la victime volontaire, lui qui s’est approché du volcan par curiosité scientifique et amour du savoir.
C’est le philosophe tué par sa propre philosophie. Les photographies d’Herculanum et de Pompéi qui accompagnent le texte ont cette qualité rare de ne pas traiter les ruines comme des décors, mais comme des présences encore habitées.
On y sent les fantômes, non pas au sens romantique et touristique du terme, mais au sens philosophique : ces êtres dont la vie fut interrompue dans un geste quotidien, pétrifiés dans leur humanité la plus ordinaire.
L’article sur La Solfatare (soufre, arsenic et dentelles, selon le sous-titre poétique de Lovisolo) est visuellement saisissant mais souffre d’une légèreté occasionnelle dans le traitement des données géologiques. Les risques liés au site volcanique de Pouzzoles, aujourd’hui classifié en alerte orange, méritaient une mention plus sérieuse. La beauté photographique ne saurait entièrement effacer la responsabilité informative.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
IV. Venise et la tentation du cliché vaincu
Comment photographier Venise ?
La question est presque obscène dans sa difficulté.
Tout a été fait, tout a été vu, tout a été vendu sur des tasses à café et des torchons de cuisine. Lovisolo répond à ce défi par deux approches complémentaires: d’abord une série de portraits à Venise « Ritratti a Venezia » qui redonne aux habitants leur subjectivité face à une ville qui tend à les transformer en figurants de son propre mythe ; ensuite une série minimaliste sur l’arrivée qui, par la réduction formelle, retrouve quelque chose de l’émerveillement originel.
La série minimaliste est, à mon sens, la plus réussie. Arriver à Venise, par le train, par le vaporetto, par cette langue d’eau qui s’ouvre soudainement sur le Grand Canal, est une expérience que les mots ont du mal à saisir.
Le minimalisme photographique de Lovisolo, sa façon de ne garder que l’essentiel d’un reflet, d’un horizon, d’une ligne de crête entre l’eau et le ciel, retrouve quelque chose que Montaigne disait des grandes villes : elles ne se montrent qu’à ceux qui savent attendre. Venise n’existe que pour qui accepte de la voir surgir lentement, comme une idée.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
V. Les escaliers d’Amalfi et la vertige philosophique
L’article intitulé 1400 marches, l’escalier de Scala à Amalfi : l’ai-je bien descendu ? mérite d’être cité pour son seul titre, qui allie l’humour à l’introspection. Descendre 1400 marches est un acte physique qui devient, sous la plume de Lovisolo, une méditation sur l’effort, le déplacement et la façon dont le corps pense à travers ses propres limites.
C’est une très vieille tradition philosophique, depuis Socrate qui arpentait les rues d’Athènes jusqu’aux péripatéticiens d’Aristote, que de faire de la marche une forme de connaissance. Sur les marches de Scala, entre les jardins de citronniers et la mer tyrrhénienne en contrebas, quelque chose d’essentiel se dit sur le rapport entre l’homme et le paysage méditerranéen.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
VI. Les « Alla rinfusa » ; ou la photographie comme déambulation

Les trois séries intitulées Alla rinfusa , expression italienne qui signifie « en vrac », « en désordre » — sont peut-être les plus honnêtes intellectuellement de toute la production italienne de Lovisolo.
En assumant le désordre, en refusant la thèse organisatrice, l’auteur se donne la liberté du flâneur baudelairien : voir, noter, photographier sans autre projet que l’attention. La première série passe par Gragnano, ville de la pasta sèche, dont les rues furent jadis utilisées comme séchoirs et c’est une belle idée que de commencer par là, par ce lieu où la nourriture est aussi une architecture.
La deuxième série, Alla rinfusa 002, sous-titrée Corinne ou l’Italie, est un hommage à Germaine de Staël et à son roman de voyage et c’est là un geste culturel d’une grande finesse.
Corinne, pour ceux qui l’ont lu, est à la fois un roman d’amour et un essai sur l’italianité, sur ce que signifie être né dans un pays qui est lui-même une œuvre d’art. Que Lovisolo invoque ce texte fondamental du romantisme nordique en regard de l’Italie contemporaine dit beaucoup sur sa façon de travailler : l’image photographique ne suffit pas.
Elle doit résonner avec la littérature, avec la philosophie, avec la musique.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
VII. Matera — La Pierre comme Mémoire
L’article sur La Città di Matera la notte, la mattina poi i Sassi touche à l’une des réalités les plus extraordinaires de l’Italie méridionale.
Matera et ses Sassi, ces habitations rupestres habitées de manière continue depuis le Paléolithique jusqu’au milieu du XXe siècle, quand Carlo Levi les dénonça comme une honte nationale dans Cristo si è fermato a Eboli, ont connu un destin paradoxal : transformées en taudis puis en patrimoine mondial de l’UNESCO, elles sont aujourd’hui le symbole d’une résilience culturelle qui mêle indissolublement la dignité et la blessure.
Lovisolo photographie Matera la nuit d’abord, puis au matin. C’est une démarche phénoménologique : voir la même réalité sous deux lumières différentes pour comprendre qu’il ne s’agit pas de la même réalité.
La nuit, les Sassi sont un rêve de pierre, une préhistoire qui ne s’est pas résolue. Le matin, ils deviennent un problème, un questionnement. Entre ces deux temporalités, le photographe inscrit sa propre subjectivité, non comme centre du monde, mais comme point de passage entre deux vérités.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
VIII. Italian Colors — Quand le son devient image
Il faut enfin saluer l’existence de l’album Italian Colors dans l’œuvre musicale de Lovisolo, qui fait écho à son travail photographique sur l’Italie.
Les compositions qui le constituent, Balade à Herculanum, Il Volcano Solfatara, Surfarara, aux mineurs du soufre siciliens, De Rerum Natura, pour Lucrèce, forment une constellation sonore autour des mêmes lieux que la photographie explore.
La pièce dédiée à Lucrèce mérite une mention particulière : le poète épicurien, auteur du De Rerum Natura, ce monument de la pensée matérialiste antique, est né dans la région de Campanie, Naples, Pompéi, cette même zone volcanique qui hante le travail de Lovisolo. Mettre en musique Lucrèce à Naples, c’est refermer une boucle de vingt et un siècles.
C’est constater que la pensée ne meurt pas, qu’elle change simplement de support, de l’hexamètre latin au son électronique, de la tablette de cire à la carte mémoire.
Quant à Surfarara, hommage aux mineurs du soufre siciliens, ces carusi dont l’exploitation enfantine au XIXe siècle est l’une des pages les plus sombres de l’histoire de notre île, c’est une œuvre qui assume une responsabilité mémorielle que la photographie seule n’aurait pas pu porter.
Le son devient ici un acte de justice différé.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
IX. Gênes, Milan, Florence, Bologne et Rome : Les villes comme questions
La série italienne de Lovisolo ne s’arrête pas au Sud. Elle remonte vers le Nord avec la même rigueur philosophique. Gênes est abordée comme un port sans Gênes, jeu de mot intraduisible qui dit quelque chose sur la difficulté d’être soi dans une ville qui vous dépasse.
Milan est photographiée à travers ses gens, en juin, choix de la canicule et de la vitesse, de l’impatience et de l’élégance précipitée de cette métropole européenne qui n’a jamais tout à fait décidé si elle voulait être italienne ou internationale.
Florence est traitée avec une ironie mordante — « Ô Florence, Ô fléaux » — qui s’attaque à la surcharge touristique, à cette ville devenue musée de elle-même, étouffée sous le poids de sa propre perfection.
C’est un article courageux, qui risque de mécontenter les opérateurs du tourisme, mais qui dit une vérité que peu de visiteurs étrangers osent formuler : Florence est une ville qui souffre d’être trop aimée, trop reproduite, trop consommée. La beauté de la Renaissance y est devenue une prison dorée.
Bologne et sa Torre degli Asinelli offrent un contrepoint : ville universitaire, grasse, rouge et vivante, Bologne résiste à la muséification parce qu’elle est encore habitée par le débat, par la politique, par la table. La tour des Asinelli — cette vertigineuse nécessité de s’élever au-dessus de la cité médiévale — est photographiée comme un geste d’orgueil et d’inquiétude mêlés. Ce qui est, finalement, une définition assez juste de la culture italienne en général.
Rome, enfin — Roma — est abordée avec la retenue que la ville impose. Ce que Lovisolo en dit ou en montre, on le découvrira en cliquant sur le lien. Je me bornerai à constater que tout photographe qui s’attaque à Rome sait qu’il entre en compétition avec vingt siècles d’images. La seule stratégie valide est celle de l’humilité ou de la transgression radicale. L’artiste a choisi la sienne.
Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages – Photographies d’Italie : Chroniques de voyages –
X. Réserves finales — Et ce que les images ne disent pas encore
Tout regard étranger sur l’Italie est, qu’il le veuille ou non, un regard partiel.
Non pas faux, Lovisolo a trop de rigueur intellectuelle pour tomber dans l’erreur grossière, mais nécessairement sélectif.
Ce qui manque, parfois, dans cette Italie photographiée avec amour et culture, c’est l’Italie contemporaine ordinaire : les banlieues de Palerme, les zones industrielles de Tarente, les périphéries de Turin où les fils d’immigrés construisent une nouvelle italianité que ni la Renaissance ni le Baroque ne sauraient épuiser.
Cette Italie-là aussi mérite l’œil comme boussole.
Il manque aussi, peut-être, la voix des femmes italiennes dans cette série, non pas comme sujets photographiés, mais comme sujets pensants.
L’Italie des philosophes et des poètes que convoque Lovisolo, Lucrèce, Pline, Virgile, est une Italie presque entièrement masculine. Notre histoire intellectuelle compte pourtant Elsa Morante, Natalia Ginzburg, Anna Maria Ortese, Elena Ferrante. Ces voix auraient enrichi le dialogue.
Ces réserves formulées avec l’affection que mérite un travail sincère et cultivé, il reste à dire ceci : Frank-Cesar Lovisolo fait partie de ces rares voyageurs qui comprennent que l’Italie n’est pas une destination.
C’est une méthode de pensée. Une façon d’habiter le monde où la beauté n’est jamais séparable de la tragédie, où le passé n’est jamais entièrement révolu, où même une pizza à Naples, l’Antica Pizzeria da Michele que l’auteur mentionne dès la page d’accueil de sa catégorie, est une affirmation philosophique sur le temps, la matière et la permanence du désir.
Visitez son site.
Et ensuite, venez en Italie…
|