09 – Je m’étais endormi 

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Last Updated on 27/05/2026 – 16:57 by Frank César LOVISOLO

Isidore Ducasse – Comte de lautréamont – Maldoror – Comte de lautréamont – Maldoror – Comte de lautréamont – Maldoror
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Maldoror
Intégral
Isidore Ducasse,Maldoror,Lautréamont - All post - Frank César LOVISOLO - Extrait
Isidore Ducasse

Chant 004 – Je m’étais endormi    –        Lecteur : Hugues Louagie

 

Isidore Ducasse - Maldoror - Comte de LautréamontJe m’étais endormi sur la falaise. Celui qui, pendant un jour, a poursuivi l’autruche à travers le désert, sans pouvoir l’atteindre, n’a pas eu le temps de prendre de la nourriture et de fermer les yeux. Si c’est lui qui me lit, il est capable de deviner, à la rigueur, quel sommeil s’appesantit sur moi.
Mais, quand la tempête a poussé verticalement un vaisseau, avec la paume de sa main, jusqu’au fond de la mer ; si, sur le radeau, il ne reste plus de tout l’équipage qu’un seul homme, rompu par les fatigues et les privations de toute espèce ;
si la lame le ballotte, comme une épave, pendant des heures plus prolongées que la vie d’homme ; et, si, une frégate, qui sillonne plus tard ces parages de désolation d’une carène fendue, aperçoit le malheureux qui promène sur l’océan sa carcasse décharnée, et lui porte un secours qui a failli être tardif, je crois que ce naufragé devinera mieux encore à quel degré fut port l’assoupissement de mes sens.
Le magnétisme et le chloroforme, quand ils s’en donnent la peine, savent quelquefois engendrer pareillement de ces catalepsies léthargiques. Elles n’ont aucune ressemblance avec la mort : ce serait un grand mensonge de le dire.
Mais arrivons tout de suite au rêve, afin que les impatients, affamés de ces sortes de lectures, ne se mettent pas à rugir, comme un banc de cachalots macrocéphales qui se battent entre eux pour une femelle enceinte.
Je rêvais que j’étais entré dans le corps d’un pourceau, qu’il ne m’était pas facile d’en sortir, et que je vautrais mes poils dans les marécages les plus fangeux. Était-ce comme une récompense ? Objet de mes vœux, je n’appartenais plus à l’humanité!
Pour moi, j’entendis l’interprétation ainsi, et j’en éprouvai une joie plus que profonde.Cependant, je recherchais activement quel acte de vertu j’avais accompli pour mériter, de la part de la Providence, cette insigne faveur.
Maintenant que j’ai repassé dans ma mémoire les diverses phases de cet aplatissement épouvantable contre le ventre du granit, pendant lequel la marée, sans que je m’en aperçusse, passa, deux fois, sur ce mélange irréductible de matière morte et de matière vivante, il n’est peut-être pas sans utilité de proclamer que cette dégradation n’était probablement qu’une punition, réalisée sur moi par la justice divine.
Mais, qui connaît ses besoins intimes ou la cause de ses joies pestilentielles? La métamorphose ne parut jamais à mes yeux que comme le haut et magnanime retentissement d’un bonheur parfait, que j’attendais depuis longtemps. Il était enfin venu, le jour où je fus un pourceau ! J’essayais mes dents sur l’écorce des arbres ; mon groin, je le contemplais avec délice. Il ne restait plus la moindre parcelle de divinité : je sus élever mon âme jusqu’à l’excessive hauteur de cette volupté ineffable.
Écoutez-moi donc, et ne rougissez pas, inépuisables caricatures du beau, qui prenez au sérieux le braiement risible de votre âme, souverainement méprisable ; et qui ne comprenez pas pourquoi le Tout-Puissant, dans un rare moment de bouffonnerie excellente, qui, certainement, ne dépasse pas les grandes lois générales du grotesque, prit, un jour, le mirifique plaisir de faire habiter une planète par des êtres singuliers et microscopiques, qu’on appelle humains, et dont la matière ressemble à celle du corail vermeil.
Certes, vous avez raison de rougir, os et graisse, mais écoutez-moi.
Je n’invoque pas votre intelligence, vous la feriez rejeter du sang par l’horreur qu’elle vous témoigne : oubliez-la, et soyez conséquents avec vous-mêmes… Là, plus de contrainte. Quand je voulais tuer, je tuais ; cela, même, m’arrivait souvent, et personne ne m’en empêchait.

Les lois humaines me poursuivaient encore de leur vengeance, quoique je n’attaquasse pas la race que j’avais abandonnée si tranquillement ; mais ma conscience ne me faisait aucun reproche.

Pendant la journée, je me battais avec mes nouveaux semblables, et le sol était parsemé de nombreuses couches de sang caillé. J’étais le plus fort, et je remportais toutes les victoires.Des blessures cuisantes couvraient mon corps ; je faisais semblant de ne pas m’en apercevoir.

Les animaux terrestres s’éloignaient de moi, et je restais seul dans ma resplendissante grandeur. Quel ne fut pas mon étonnement, quand, après avoir traversé un fleuve à la nage, pour m’éloigner des contrées que ma rage avait dépeuplées et gagner d’autres campagnes pour y planter mes coutumes de meurtre et de carnage, j’essayai de marcher sur cette rive fleurie.

Mes pieds étaient paralysés ; aucun mouvement ne venait trahir la vérité de cette immobilité forcée.
Au milieu d’efforts surnaturels, pour continuer mon chemin, ce fut alors que je me réveillai, et que je sentis que je redevenais homme. La Providence me faisait ainsi comprendre, d’une manière qui n’est pas inexplicable, qu’elle ne voulait pas que, même en rêve, mes projets sublimes s’accomplissent.

Revenir à ma forme primitive fut pour moi une douleur si grande, que, pendant les nuits, j’en pleure encore.
Mes draps sont constamment mouillés, comme s’ils avaient été passé dans l’eau, et, chaque jour, je les fais changer.
Si vous ne le croyez pas, venez me voir ; vous contrôlerez, par votre propre expérience, la vérité même de mon assertion.

Combien de fois, depuis cette nuit passée à la belle étoile, sur une falaise, ne me suis-je pas mêlé à des troupeaux de pourceaux, pour reprendre, comme un droit, ma métamorphose détruite !
Il est temps de quitter ces souvenirs glorieux, qui ne laissent, après leur suite, que la pâle voie lactée des regrets éternels.

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Hugues Louagie
Comédien-Acteur-Voix

Formé au conservatoire régional de Chambéry et à l’Ecole Internationale J. Lecoq, Hugues Louagie a joué sur les planches, dans la rue, au cinéma et à la télévision et sous chapiteau,
Il a collaboré avec des comédiens; des musiciens, des acrobates, des chevaux et autres quadrupèdes.
Il a enregistré des voix pour divers projets: pub, e-learning, livre audio, spectacles, feux d’artifices…
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Portrait-présume-d'Isidore-Ducasse-par-Charles-Reutlinger - Maldoror - Comte de Lautréamont - Maldoror

Portrait présumé d’Isidore Ducasse par Charles Reutlinger. (colorisé)

Publié anonymement en 1869,

Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.

L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.

En construisant la lecture comme une expérience périlleuse, voire toxique, Lautréamont ne se contente pas de provoquer : il élabore une véritable poétique de l’épreuve, fondée sur la dissolution du sujet lecteur et sur l’instabilité du sens.

On peut dès lors se demander comment cet incipit met en place une conception radicale de la lecture comme processus de contamination et de désorientation, tout en proposant une réflexion implicite sur l’acte interprétatif lui-même.

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Apolline Goldschmidt

l’épisode de la métamorphose en pourceau…

 

Dans Les Chants de Maldoror (1869), Lautréamont élabore une œuvre de rupture qui dynamite les catégories morales, esthétiques et ontologiques héritées du romantisme et du christianisme.

L’extrait proposé relate un rêve de métamorphose : le narrateur s’endort sur une falaise et rêve qu’il devient pourceau. Loin de vivre cette transformation comme une déchéance, il l’interprète comme une délivrance et une volupté supérieure.
Isidore Ducasse,Maldoror,Lautréamont - All post - Frank César LOVISOLO - ExtraitCe passage s’inscrit dans une tradition ancienne de la métamorphose (d’Ovide à Kafka), mais il en inverse radicalement les valeurs : devenir animal ne signifie pas chute, mais libération hors de l’humanité.
On peut alors se demander comment Lautréamont fait de la métamorphose animale non une dégradation, mais l’expression paradoxale d’un idéal négatif, révélant une poétique de l’anti-humanisme radical.

Nous verrons d’abord que le texte construit un sommeil et un rêve aux dimensions cosmiques, avant d’analyser la métamorphose en pourceau comme expérience d’exaltation anti-humaine, puis d’étudier le réveil comme retour tragique à la condition humaine.

Un sommeil d’anéantissement : seuil d’une expérience extrême

Le texte s’ouvre sur une série de comparaisons hyperboliques : poursuite dans le désert, naufrage, catalepsie magnétique. Ces images accumulées produisent un effet d’intensité excessive. Le sommeil du narrateur n’est pas ordinaire ; il est assimilé à un épuisement aux limites de la survie

La comparaison avec le naufragé est particulièrement significative : le survivant « promène sur l’océan sa carcasse décharnée ». La corporéité est déjà réduite à une épave. Le sujet est à la frontière entre vie et mort.

La mention du magnétisme et du chloroforme introduit un registre pseudo-scientifique. Lautréamont joue avec le discours médical pour suggérer une suspension des fonctions vitales. Toutefois, il précise :
« Elles n’ont aucune ressemblance avec la mort. »

Cette précision est capitale : il ne s’agit pas d’extinction, mais de passage.
Le sommeil devient seuil d’une transformation ontologique.
Le rêve est annoncé comme un spectacle destiné à des lecteurs « affamés », comparés à des cachalots. Dès l’entrée dans le rêve, l’animalité envahit l’imaginaire.

La métamorphose en pourceau : une apothéose paradoxale

Le cœur du passage réside dans l’affirmation scandaleuse :
« Objet de mes vœux, je n’appartenais plus à l’humanité ! »
La métamorphose est vécue comme accomplissement d’un désir ancien. Loin d’être punition, elle est « bonheur parfait », « volupté ineffable ».
La tradition chrétienne et morale associe le pourceau à l’impureté. Lautréamont renverse cette hiérarchie symbolique : le marécage fangeux devient lieu de délice. La fange remplace la transcendance.
Le narrateur affirme :
« Il ne restait plus la moindre parcelle de divinité. »
Cette phrase marque l’aboutissement d’un processus de désacralisation.
Se défaire de la divinité n’est pas chute, mais élévation paradoxale :

« je sus élever mon âme jusqu’à l’excessive hauteur de cette volupté ».
La verticalité religieuse est ici pervertie.

L’élévation ne mène pas au ciel, mais à l’animalité. Lautréamont produit une théologie inversée.
La violence occupe une place centrale :
« Quand je voulais tuer, je tuais. »La suppression de la conscience morale (« ma conscience ne me faisait aucun reproche ») constitue l’une des jouissances majeures de la métamorphose.
L’animalité est synonyme d’innocence amorale.
On peut lire ici une critique radicale de la civilisation : les « lois humaines » poursuivent encore le narrateur, alors même qu’il a quitté l’humanité.
La société apparaît comme un appareil répressif qui dépasse la nature.

Le réveil : tragédie du retour à l’humanité

La scène bascule lorsqu’après avoir traversé le fleuve, symbole traditionnel de passage (Styx, Léthé), le narrateur se trouve paralysé.

L’immobilité annonce la rupture du rêve.
Le réveil est interprété comme intervention de la Providence :
« elle ne voulait pas que, même en rêve, mes projets sublimes s’accomplissent. »
L’adjectif « sublimes » est profondément ironique.
Ce que la morale qualifierait de monstrueux devient sublime aux yeux du narrateur.Le retour à la forme humaine est vécu comme une douleur insupportable :
« Revenir à ma forme primitive fut pour moi une douleur si grande… »
L’humanité est qualifiée implicitement de « forme primitive », c’est-à-dire inférieure. Le rêve avait constitué un dépassement.
Les draps mouillés de larmes matérialisent le deuil de l’animalité.
La dimension pathétique surprend : derrière la violence et la provocation, apparaît une souffrance réelle.
Le texte s’achève sur une tentative répétée de retrouver les troupeaux de pourceaux.

La métamorphose devient nostalgie. Le rêve fonde une identité désirée mais impossible.

Isidore Ducasse,Maldoror,Lautréamont - All post - Frank César LOVISOLO - Extrait

  • Dans cet extrait des Chants de Maldoror, Lautréamont opère une inversion radicale des valeurs. La métamorphose en pourceau, traditionnellement signe de déchéance, devient accomplissement et libération.
  • L’animalité incarne une innocence amorale, délivrée de la culpabilité, des lois et de la conscience.
    Cependant, le réveil réintroduit la tragédie : l’homme ne peut échapper à sa condition.
  • La Providence, figure d’un ordre supérieur, empêche même le rêve de se réaliser pleinement.
    Ainsi, ce passage met en scène l’un des enjeux centraux de l’œuvre : le refus de l’humanité comme condition ontologique et morale, mais aussi l’impossibilité d’en sortir. La violence de Maldoror n’est pas seulement haine : elle est nostalgie d’un impossible ailleurs.

L’auteur:

Isidore Ducasse,Maldoror,Lautréamont - All post - Frank César LOVISOLO - ExtraitApolline Goldschmidt

Docteure Lautréamonicienne Conforme (Niveau 6B)
Matricule académique : PHI-MLD-77821-X69
Statut : Active / Sous surveillance légère
Réside à Lesbos.
Affectation : Métavers Académique Centralisé (MAC)

Présence corporelle : non requise (mais souhaitée)
Eminence grise du compositeur.

 

Déclaration de conformité

Je certifie enseigner Lautréamont dans le respect des Protocoles d’Atténuation du Tragique (PAT-4), réduire l’intensité du mal à un seuil pédagogiquement acceptable et contextualiser toute métaphore dangereuse par une morale explicite approuvée.
(Signature biométrique validée)

Formation homologuée

Doctorat en Philosophie Régulée
Université Virtuelle Européenne — Département de Stabilisation Ontologique
Thèse : « Maldoror : gestion responsable d’une entité textuelle à risque »
Mention : Très honorable (contenu partiellement expurgé pour le bien commun)
Master en physique quantique, cantique et antique.

Master en Humanités Sécurisées
Sorbonne MetaCampus – Second Life.
Mémoire : « Encadrement narratif des pulsions excessives chez Isidore D. »
Licence obtenue après réussite au Test National d’Équilibre Symbolique (TNES).

Domaines d’expertise autorisés

Lautréamont et Baudelaire (version annotée, édulcorée, supervisée)
Esthétique du négatif (niveau modéré en public et trash en privé)
Métaphysique avec pare-feu.
Gestion des débordements poétique gothiques.
Fonctions actuelles

Chargée de cours holographique — Département de Littérature à Risque
Responsabilités :

Désamorcer les images trop vivantes.
Remplacer le mot “abîme” par “inconfort passager”.
Surveiller les étudiants présentant des signes de pensée autonome.

Taux d’incident subversif : 0,8 % (objectif ministériel : < 1 %).

Publications validées

« Peut-on aimer Maldoror raisonnablement ? » (édition revue et rassurante)
« L’excès comme malentendu pédagogique » : Un article retiré pour « enthousiasme non régulé .

Évaluations institutionnelles

Loyauté interprétative : étrange et perverse
Intensité critique : à surveiller
Usage métaphorique : sous contrôle (Hahaha! dit-elle…)
Ironie : détectée moyennement tolérable à franchement intolérable

Avertissement interne (non public)

Le sujet Delorme présente une tendance persistante à qualifier le mal de « question ouverte ».
Recommandation : maintenir la surveillance algorithmique douce.

Projet en cours (version déclarée)

Une édition Suisse, édulcorée et sécurisée, des Chants de Maldoror avec notes explicatives rassurantes et des alertes émotionnelles préventives.
Une psychanalyse désopilante d’Ozzy Osbourne, à l’intention des mauvais coucheurs et autres barbacoles.
Gérard de Nerval pour les incultes.

Projet en cours (version non déclarée)

{Contenu masqué par le Ministère de la Clarté Textuelle}

Cache certainement une double-vie à l’encontre du gouvernement. Sujet à haut risque. Prends les dirigeants pour des billes.

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