Last Updated on 27/05/2026 – 16:48 by Frank César LOVISOLO
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Chant 003 – Rappelons les noms – Lectrice : Christine Pasquier Maldoror-Lautréamont–
Rappelons les noms de ces êtres imaginaires, à la nature d’ange, que ma plume, pendant le deuxième chant, a tirés d’un cerveau, brillant d’une lueur émanée d’eux-mêmes. Ils meurent, dès leur naissance, comme ces étincelles dont l’œil a de la peine à suivre l’effacement rapide, sur du papier brûlé. Léman !… Lohengrin !… Lombano !… Holzer !…–
Un instant, vous apparûtes, recouverts des insignes de la jeunesse, à mon horizon charmé ; mais, je vous ai laissés retomber dans le chaos, comme des cloches de plongeur. Vous n’en sortirez plus. Il me suffit que j’aie gardé votre souvenir ; vous devez céder la place à d’autres substances, peut-être moins belles, qu’enfantera le débordement orageux d’un amour qui a résolu de ne pas apaiser sa soif auprès de la race humaine.
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Amour affamé, qui se dévorerait lui-même, s’il ne cherchait sa nourriture dans des fictions célestes : créant, à la longue, une pyramide de séraphins, plus nombreux que les insectes qui fourmillent dans une goutte d’eau, il les entrelacera dans une ellipse qu’il fera tourbillonner autour de lui.
Pendant ce temps, le voyageur, arrêté contre l’aspect d’une cataracte, s’il relève le visage, verra, dans le lointain, un être humain, emporté vers la cave de l’enfer par une guirlande de camélias vivants !
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Mais… silence ! l’image flottante du cinquième idéal se dessine lentement, comme les replis indécis d’une aurore boréale, sur le plan vaporeux de mon intelligence, et prend de plus en plus une consistance déterminée…
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Mario et moi nous longions la grève. Nos chevaux, le cou tendu, fendaient les membranes de l’espace, et arrachaient des étincelles aux galets de la plage.
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La bise, qui nous frappait en plein visage, s’engouffrait dans nos manteaux, et faisait voltiger en arrière les cheveux de nos têtes jumelles. La mouette, par ses cris et ses mouvements d’aile, s’efforçait en vain de nous avertir de la proximité possible de la tempête, et s’écriait : « Où s’en vont-ils, de ce galop insensé ? » Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – –
Nous ne disions rien ; plongés dans la rêverie, nous nous laissions emporter sur les ailes de cette course furieuse ; le pêcheur, nous voyant passer, rapides comme l’albatros, et croyant apercevoir, fuyant devant lui, les deux frères mystérieux, comme on les avait ainsi appelés, parce qu’ils étaient toujours ensemble, s’empressait de faire le signe de la croix, et se cachait, avec son chien paralysé, sous quelque roche profonde.
Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – –
Les habitants de la côte avaient entendu raconter des choses étranges sur ces deux personnages, qui apparaissaient sur la terre, au milieu des nuages, aux grandes époques de calamité, quand une guerre affreuse menaçait de planter son harpon sur la poitrine de deux pays ennemis, ou que le choléra s’apprêtait à lancer, avec sa fronde, la pourriture et la mort dans des cités entières.
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Les plus vieux pilleurs d’épaves fronçaient le sourcil, d’un air grave, affirmant que les deux fantômes, dont chacun avait remarqué la vaste envergure des ailes noires, pendant les ouragans, au-dessus des bancs de sable et des écueils, étaient le génie de la terre et le génie de la mer, qui promenaient leur majesté, au milieu des airs, pendant les grandes révolutions de la nature, unis ensemble par une amitié éternelle, dont la rareté et la gloire ont enfanté l’étonnement du câble indéfini des générations.
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On disait que, volant côte à côte comme deux condors des Andes, ils aimaient à planer, en cercles concentriques, parmi les couches d’atmosphères qui avoisinent le soleil ; qu’ils se nourrissaient, dans ces parages, des plus pures essences de la lumière ; mais, qu’ils ne se décidaient qu’avec peine à rabattre l’inclinaison de leur vol vertical, vers l’orbite épouvanté où tourne le globe humain en délire, habité par des esprits cruels qui se massacrent entre eux dans les champs où rugit la bataille (quand ils ne se tuent pas perfidement, en secret, dans le centre des villes, avec le poignard de la haine ou de l’ambition), et qui se nourrissent d’êtres pleins de vie comme eux et placés quelques degrés plus bas dans l’échelle des existences.
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Ou bien, quand ils prenaient la ferme résolution, afin d’exciter les hommes au repentir par les strophes de leurs prophéties, de nager, en se dirigeant à grandes brassées, vers les régions sidérales où une planète se mouvait au milieu des exhalaisons épaisses d’avarice, d’orgueil, d’imprécation et de ricanement qui se dégageaient, comme des vapeurs pestilentielles, de sa surface hideuse et paraissait petite comme une boule, étant presque invisible, à cause de la distance, ils ne manquaient pas de trouver des occasions où ils se repentaient amèrement de leur bienveillance, méconnue et conspuée, et allaient se cacher au fond des volcans, pour converser avec le feu vivace qui bouillonne dans les cuves des souterrains centraux, ou au fond de la mer, pour reposer agréablement leur vue désillusionnée sur les monstres les plus féroces de l’abîme, qui leur paraissaient des modèles de douceur, en comparaison des bâtards de l’humanité…
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Entre scène et passion : un parcours théâtral.
Dès le baccalauréat littéraire, l’option théâtre dessine les contours d’une vocation pour les planches. Les Cours Florent viennent ensuite structurer cette passion, offrant un cadre exigeant où se mêlent interprétation, analyse textuelle et premières confrontations au public. Les expériences se multiplient : figuration dans une tournée dirigée par Yvan Morane, immersion dans les coulisses en tant qu’assistante à la mise en scène, participation à des fresques théâtrales où collectif et improvisation se répondent. Des incursions devant la caméra, à travers des spots publicitaires, complètent ce parcours éclectique. Aujourd’hui, c’est auprès de Valérie Feasson et de sa compagnie « À contre temps » que se poursuit cette aventure artistique. Un retour aux sources, une quête d’exigence, et l’envie de porter de nouveaux projets, entre tradition et innovation. Chaque étape reflète une recherche constante d’authenticité et de renouveau, sur scène comme dans l’approche du jeu.
contact :christine.pasquier.b@gmail.com |
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Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – –
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![]() Portrait présumé d’Isidore Ducasse par Charles Reutlinger. (colorisé) Publié anonymement en 1869,Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire. L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception. En construisant la lecture comme une expérience périlleuse, voire toxique, Lautréamont ne se contente pas de provoquer : il élabore une véritable poétique de l’épreuve, fondée sur la dissolution du sujet lecteur et sur l’instabilité du sens. On peut dès lors se demander comment cet incipit met en place une conception radicale de la lecture comme processus de contamination et de désorientation, tout en proposant une réflexion implicite sur l’acte interprétatif lui-même.
_________________________________________________Soliyana TesfayeDans ce texte, Lautréamont met en scène un moment de création poétique……où surgissent et s’abolissent des figures imaginaires, aussitôt remplacées par une vision plus vaste : celle des « deux frères mystérieux », génies ailés associés aux catastrophes cosmiques et humaines. Le texte articule ainsi poétique de l’invention, mythologie personnelle et méditation apocalyptique sur l’humanité. On peut se demander comment ce fragment met en abyme le pouvoir créateur du poète tout en élaborant une mythologie de la fraternité sublime, opposée à la déchéance du monde humain. Nous verrons d’abord comment le texte dramatise l’acte créateur comme surgissement et destruction d’êtres imaginaires, puis comment il élabore une épopée visionnaire des « deux frères », avant d’analyser la portée métaphysique et morale de cette mythologie. mALDOROR-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – –
L’ouverture du passage rappelle des figures antérieures — « Léman, Lohengrin, Lombano, Holzer » — qui apparaissent comme des créations éphémères. La comparaison avec des « étincelles » sur du papier brûlé souligne leur brièveté : la création est fulgurance et disparition. La plume est ici puissance démiurgique : elle « tire » ces êtres « d’un cerveau brillant d’une lueur émanée d’eux-mêmes ». L’expression inverse la causalité habituelle : les créatures semblent produire leur propre lumière. Le poète n’est pas simple auteur, mais médium d’énergies autonomes. Cependant, ces figures retombent « dans le chaos, comme des cloches de plongeur ». L’image est remarquable : la création n’est pas seulement fragile, elle est engloutie. Le chaos constitue le réservoir matriciel d’où surgissent les formes et où elles retournent. Le mouvement créateur est donc cyclique et excessif : « amour affamé » qui « se dévorerait lui-même » s’il ne produisait sans cesse de nouvelles fictions. La métaphore alimentaire traduit une nécessité organique : créer, c’est survivre. Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – –
Les deux personnages deviennent bientôt des figures légendaires : les habitants les perçoivent comme des « fantômes », des « génies », dotés d’ailes noires. Ils apparaissent aux « grandes époques de calamité » — guerre, choléra — et incarnent les forces cosmiques de la terre et de la mer. L’imaginaire se déploie à une échelle cosmique : ils planent « parmi les couches d’atmosphères qui avoisinent le soleil », se nourrissent « des plus pures essences de la lumière ». L’hyperbole sublime contraste violemment avec la description du globe humain, réduit à une « orbite épouvantée » où règnent massacre et perfidie. La fraternité des deux génies est qualifiée d’« éternelle » et célébrée pour sa « rareté ». Elle apparaît comme contre-modèle à l’humanité divisée. Ainsi, l’amitié mythique devient symbole d’un idéal supérieur. Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – Maldoror-Lautréamont – –
Le regard des génies sur la terre est profondément désabusé. La planète est décrite comme un lieu d’« exhalaisons épaisses d’avarice, d’orgueil, d’imprécation et de ricanement ». Le lexique pathologique (« vapeurs pestilentielles ») suggère une corruption morale universelle. L’humanité est accusée de se massacrer et de se nourrir d’êtres vivants « placés quelques degrés plus bas dans l’échelle des existences ». Cette remarque introduit une critique implicite de la violence et de la prédation humaines. Le contraste final est saisissant : les monstres de l’abîme paraissent « des modèles de douceur » en comparaison des hommes. La hiérarchie morale est inversée : le bestial devient plus noble que l’humain. Cette vision participe de l’esthétique lautréamontienne de l’excès et de la provocation. Le sublime cosmique sert à révéler l’abjection terrestre. La mythologie personnelle du poète devient instrument d’une satire métaphysique.
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Rappelons les noms de ces êtres imaginaires, à la nature d’ange, que ma plume, pendant le deuxième chant, a tirés d’un cerveau, brillant d’une lueur émanée d’eux-mêmes. Ils meurent, dès leur naissance, comme ces étincelles dont l’œil a de la peine à suivre l’effacement rapide, sur du papier brûlé. Léman !… Lohengrin !… Lombano !… Holzer !…


