Le Christ aux Oliviers

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Le Christ aux Oliviers de Gérard de Nerval, cinq sonnets des Chimères musiqués par Frank Lovisolo et dits par Didier Bourguignon.

2 Le Christ aux Oliviers – 8mn32

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Le Christ aux Oliviers, l'intégrale sur Bandcamp
Extrait
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Portrait de Gérard de Nerval par Nadar

Les Chimères…

…forment un ensemble de douze sonnets :

El Desdichado, Myrtho, Horus, Antéros, Delfica, Artémis, Le Christ aux Oliviers, Vers dorés (Le Christ aux Oliviers comporte à lui seul cinq sonnets).

Le nombre 12 semble avoir été choisi à dessein par Nerval.

La symbolique biblique des douze tribus d’Israël ou de celle du Nouveau testament est repérable dans Le Christ aux Oliviers et retrouvable dans les douze apôtres entourant Jésus…

Athée souhait ! (Ref : Les Chimères)

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Gérard de Nerval

Les Chimères – Les Filles du feu, Michel Lévy frères, 1856 (1ère éd. 1854).

Le Christ aux Oliviers

Musiqué dit par Didier Bourguignon

Cinq sonnets sur Jésus sur le mont des Oliviers à Jérusalem. Un portrait, qui met l’accent sur le retour de l’esprit dans le monde après la mort de Dieu, s’inspire de la lecture des évangiles par Jean Paul dans le roman Siebenkäs (1796–97) et de la lecture de Jean Paul par Germaine de Staël dans De l’Allemagne (1813).

Les autres poèmes : Sept Chimères Désordonnées

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Textes & Illustrations

Le Christ aux Oliviers – I

Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras,
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes
Ce fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats,

Il se tourna vers ceux qui l’attendaient en bas
Rêvant d’être des rois, des sages, des prophètes…
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier : «Non, Dieu n’existe pas !»

Ils dormaient. «Mes amis, savez vous la nouvelle ?
J’ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !

«Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme !
Le dieu manque à l’autel où je suis la victime…
Dieu n’est pas ! Dieu n’est plus!» Mais ils dormaient toujours !…

Illustration du sonnet I du Christ aux Oliviers de Gérard de Nerval - 001

Le Christ aux Oliviers – II

Il reprit : «Tout est mort ! J’ai parcouru les mondes;
Et j’ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes,
Répand des sables d’or et des flots argentés :

Partout le sol désert côtoyé par des ondes,
Des tourbillons confus d’océans agités…
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n’existe en ces immensités.

En cherchant l’œil de Dieu, je n’ai vu qu’une orbite
Vaste, noir. Et sans fond, d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;

Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours!»

Illustration du sonnet II du Christ aux Oliviers de Gérard de Nerval - 002

Le Christ aux Oliviers – III

«Immobile Destin, muette sentinelle,
Froide Nécessité ! … Hasard qui, t’avançant
Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,
Refroidis, par degrés, l’univers pâlissant,

Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,
De tes soleils éteints, l’un l’autre se froissant…
Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,
Entre un monde qui meurt et l’autre renaissant ?…

O mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?
As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?
Aurais-tu succombé sous un dernier effort

De cet ange des nuits que frappa l’anathème ?…
Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir;
Hélas! et, si je meurs, c’est que tout va mourir !»

Illustration du sonnet III du Christ aux Oliviers de Gérard de Nerval - 003

Le Christ aux Oliviers – IV

Nul n’entendait gémir l’éternelle victime,
Livrant au monde en vain tout son cœur épanché ;
Mais prêt à défaillir et sans force penché,
Il appela le seul — éveillé dans Solyme:

«Judas ! lui cria-t-il, tu sais ce qu’on m’estime,
Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
Je suis souffrant, ami ! sur la terre couché…
Viens ! ô toi qui, du moins, as la force du crime !»

Mais Judas s’en allait, mécontent et pensif,
Se trouvant mal payé, plein d’un remords si vif
Qu’il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrits…

Enfin Pilate seul, qui veillait pour César,
Sentant quelque pitié, se tourna par hasard :
“Allez chercher ce fou !” dit-il aux satellites.

Illustration du sonnet IV du Christ aux Oliviers de Gérard de Nerval - 004

Le Christ aux Oliviers – V

C’était bien lui, ce fou, cet insensé sublime…
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !

L’augure interrogeait le flanc de la victime,
La terre s’enivrait de ce sang précieux…
L’univers étourdi penchait sur ses essieux,
Et l’Olympe un instant chancela vers l’abîme.

«Réponds ! criait César à Jupiter Ammon,
Quel est ce nouveau dieu qu’on impose à la terre ?
Et si ce n’est un dieu, c’est au moins un démon…»

Mais l’oracle invoqué pour jamais dut se taire;
Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère :
— Celui qui donna l’âme aux enfants du limon.

Illustration du sonnet V du Christ aux Oliviers de Gérard de Nerval - 005

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Notes

… aux Oliviers

  • Il s’agit certainement d’un lieu nommé Gethsémani, une oliveraie située au pied du mont des Oliviers à Jérusalem, où, selon les évangiles, Jésus prie la veille de son arrestation.
  • Solyme : nom poétique de Jérusalem (de Hierosolyma), employé par Nerval au sonnet IV.

Personnages et références

  • Jean Paul et Siebenkäs : dans ce roman (1796-97), l’écrivain allemand Jean Paul place le « Discours du Christ mort » : du haut de l’édifice du monde, le Christ annonce qu’il n’y a pas de Dieu. Germaine de Staël en a fait connaître le texte en France dans De l’Allemagne (1813). C’est la source du premier sonnet.
  • Judas : Judas Iscariote, l’apôtre qui, selon les évangiles, livre Jésus contre trente pièces d’argent. Nerval le montre « mal payé » et rongé de remords.
  • Pilate : Ponce Pilate, préfet romain de Judée, qui prononce la condamnation de Jésus. Dans le sonnet IV, il « veillait pour César » et ordonne d’aller chercher « ce fou ».
  • Icare, Phaéton, Atys : trois figures mythologiques de la chute et de la mort suivie d’un retour. Icare tombe pour avoir volé trop près du soleil, Phaéton est foudroyé par Zeus pour avoir conduit le char du Soleil, Atys est l’amant de Cybèle, dont le culte célèbre mort et renaissance. Nerval les rapproche du Christ (sonnet V).
  • Jupiter Ammon : fusion de Zeus-Jupiter et du dieu égyptien Amon, dont l’oracle de l’oasis de Siwa était consulté dans l’Antiquité. Ici, c’est César qui l’interroge sur ce « nouveau dieu » (sonnet V). Voir Zeus Ammon.
  • Les enfants du limon : le limon est la terre argileuse dont, dans la Genèse, l’homme est façonné. Seul le créateur pourrait donc expliquer le mystère.

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A propos de l’auteur

Gérard de Nerval, auteur des Chimères, portrait par Nadar
Illustration Album des Chimères de Gérard de Nerval

Né à Paris le 22 mai 1808, décédé en 1855 à 46 ans, Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard Labrunie, ne connut jamais sa mère, morte en Allemagne deux ans après sa naissance. Il passe ses premières années dans le Valois à Mortefontaine auprès de son oncle Antoine Boucher.

En parcourant les forêts et en écoutant les récits légendaires de sa province, il prend l’habitude de la rêverie. Les paysages du Valois servent de cadre réaliste, folklorique et idéalisé à la plupart de ses récits de fiction. Il voue un culte à la mémoire de sa mère qu’il n’a pas connue.

À Paris, où il fait ses études au collège Charlemagne, il se lie d’amitié avec Théophile Gautier. Il se montre un élève studieux. Ses premiers textes littéraires sont des élégies inspirées par l’épopée napoléonienne (Napoléon et la France guerrière, élégies nationales, 1827).

En 1828, imprégné de culture germanique, il révèle à ses contemporains les maîtres qu’il aime et qu’il imite Goethe dont il traduit le Faust. À la même époque, il se fait journaliste, se lie avec les principaux écrivains romantiques du Cénacle (Hugo, Nodier, Petrus Borel, etc.) et se mêle à la bohème littéraire de l’époque qui donne bals, soupers, fêtes costumées…

Source et suite : romantis.free.fr

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Poèmes dits par :

Portrait de Didier Bourguignon, comédien

Didier Bourguignon

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…a appris son métier de comédien, en 1973, avec César Gattegno, au Théâtre du Rocher à La Garde (83). Il a poursuivi sa carrière dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en tentant de découvrir toutes les facettes de cet art : théâtre classique, contemporain, burlesque, de rue, etc. Également auteur-compositeur-interprète (« Trompette-Bourguignon chantent »), il a été récitant dans des oratorios et autres œuvres musicales. Il est enfin acteur de cinéma et de télévision. Depuis quelques années, il se spécialise dans des solos, et des duos.

Contact : didierbourg83@free.fr

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2 Commentaires

  1. Jenny Quadri Guillard

    Gérard de Nerval éternel tourmenté. On le ressent dans ses écrits qui sont des merveilles de langue française. De magnifiques images les accompagnent. Très agréable. J’aime beaucoup.

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