Paysages féeriques d’un portail en fer rouillé.

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Last Updated on 07/10/2026 – 07:58 by Frank César LOVISOLO

Paysages féeriques d’un portail en fer rouillé à la Mitre, Toulon : photographies de l’oxydation du fer, rouille, oxydes et ions, entre art et chimie.

Suggestion d’écoute :
Les Amants du Bunker
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À la Mitre, une portail en fer rouillé …

…qui ouvre sur la mer, un passage de métal peint en vert.

J’espère que le propriétaire de cette porte indubitablement centenaire appréciera mes paysages chimériques pacifiquement prélevés sur son auguste porte tant oxydée…

Le portail a été récemment remplacé …

Sur grand écran c’est beaucoup mieux! On big screen it’s much better! Su un grande schermo è molto meglio!
symbole de saut d espace separateur portail en fer rouillé
Le chemin de la Mitre vers 1920 : la porte en fer est déjà là

Sur le chemin de la Mitre vers 1920. La porte est déjà là !

La porte, depuis remplacée…

….Elle se désagrège de jour en jour et je l’entrevois quasiment irréparable et, même si on le pouvait, elle y perdrait son authentique charme de vieille dame de fer et de mer.

Le chemin de la Mitre aujourd’hui, avec l'ancienne porte en fer rouillé

Sur le chemin de la Mitre aujourd’hui

Pourtant, il faudra bien remédier à cette disparition. Il y a encore, par-delà d’elle, dans le jardin, les vestiges d’un temps révolu.

J’ai voulu immortaliser les paysages éphémères et fantastiques modelés par l’hydroxyde de fer, une étape du processus, mais aussi par la peinture malmenée de chimie corrosive.
Il y a là tout un Parnasse de transmutations des couleurs et des formes par l’érosion, à grand renfort d’ions !

Cette oxydation fabuleuse est issue d’une combinaison complexe de l’air, du soleil, de la pluie, des embruns salés et, hélas, indubitablement de la pollution atmosphérique souvent riche en acides.

Une porte, une échappatoire, une sortie ou un portail en fer.
Des amoureux ont certainement dû l’emprunter pour aller s’entremêler nus, un peu plus bas sur la plage, le soir généralement déserte.
La nature ferrique du matériau de leur passage secret leur a immanquablement échappé !
Pourtant au-dessus d’eux, Aldébaran veille.

Schéma de la vie du Soleil, de sa naissance à son stade de géante rougeLe fer3, l’élément le plus abondant au cœur des étoiles gigantesques comme Aldébaran « l’astre trompeur1 », a fait tout ce voyage dans l’espace et le temps, sûrement au sein d’une météorite qui jadis percuta notre planète dans ses turbulentes jeunes années…

Quelques milliards de milliards de molécules utiles à un portail.

Le temps fait son œuvre. Bien plus tard quand le soleil deviendra une géante rouge, tous ces atomes retourneront libres dans l’univers où, pourtant, ils sont déjà, car ils font partie des 1080 atomes que compte notre univers soit un «peu» moins qu’un Gogol2: 10100…

L’insaisissable poésie du cosmos chantée par l’astrophysique.

symbole de saut d espace separateur portail en fer rouillé

NOTES

1 – Gérard de Nerval dans Sylvie « Tour à tour bleue et rose comme l’astre trompeur d’Aldébaran » : les Filles du feu.
2 – En mathématiques, un gogol (parfois orthographié googol) est l’entier naturel dont la représentation décimale s’écrit avec le chiffre 1 suivi de 100 zéros soit 10100 .
3 – Le fer est l’élément chimique de numéro atomique 26, de symbole Fe.

La surface d’un clou rouillé vue au microscope électronique

La surface d’un clou rouillé au microscope électronique

La surface d’un clou rouillé vue au microscope électronique

La surface d’un clou rouillé au microscope électronique

Oxydation du métal

Devant cette porte, j’ai voulu savoir ce que mon objectif capturait vraiment. La réponse tient en une rencontre : celle du fer et de l’oxygène. Le fer ne reste pas fer très longtemps, il s’allie volontiers à l’oxygène et, selon les circonstances, donne naissance à trois oxydes aux noms presque alchimiques :
l’oxyde ferreux, FeO, le plus discret ;
l’oxyde ferrique, Fe2O3, celui des ocres et des rouges ;
l’oxyde magnétique, Fe3O4, sombre et attiré par les aimants.
Mais la rouille, la vraie, celle qui ronge ma porte, est plus gourmande encore. À l’air libre, dès qu’un peu d’humidité s’en mêle, le fer se couvre d’oxydes et d’oxyhydroxydes ferriques hydratés, de l’eau prisonnière de sa propre corrosion. Les chimistes l’écrivent Fe2O3·nH2O et FeO(OH)·nH2O. Je préfère y lire une signature : celle du sel, du vent et des siècles.
Et c’est là son drame : la rouille est poreuse. Elle laisse passer l’air et l’eau, et le mal avance en profondeur jusqu’au cœur du métal. L’aluminium, lui, se protège d’une fine pellicule d’oxyde étanche qui l’arrête net. Le fer n’a pas cette chance, il se laisse dévorer jusqu’au bout, avec une lenteur que ma porte portait comme une dignité.
Les physiciens disposent même d’un outil étonnant, la spectroscopie Mössbauer, qui reconnaît les différents états d’oxydation du fer et en mesure les proportions dans un mélange. Elle sait lire, dans un éclat de rouille, ce que mes yeux ne perçoivent que comme de la couleur.

Les ions du fer en solution aqueuse

Quand la pluie et les embruns dissolvent le fer, il se libère sous forme d’ions, avec deux visages principaux.
Le premier, Fe2+ (l’ion fer(II), autrefois dit ferreux), prend des teintes variables selon son entourage. Dissous sous forme de sel de Mohr, il donne un vert pâle très doux, et cette solution reste stable tant que le pH demeure inférieur à 6. Au-delà, l’hydroxyde de fer(II), Fe(OH)2, se met à précipiter.
Le second, Fe3+ (l’ion fer(III), autrefois dit ferrique), est plus capricieux : orange dans le chlorure de fer(III), incolore dans le nitrate de fer(III). Il exige un pH inférieur à 2, sans quoi l’hydroxyde de fer(III), Fe(OH)3, très peu soluble, se dépose, et c’est lui, finalement, qui nous fabrique de la rouille.
Voilà donc le secret de mes paysages : du vert pâle, de l’orange, de l’ocre et du brun, tout un nuancier tracé par de simples ions, sans pinceau ni palette.
symbole de saut d espace separateur portail en fer rouillé

Les paysages jouxtant notre ferrugineuse ouverture !

L'ancienne porte en fer rouillé de la Mitre, depuis peu remplacée

La Porte et son fer rouillé depuis peu remplacée

La nouvelle porte de la Mitre, entourée de lierre

La nouvelle Porte

Le porche de l'ancienne porte de la Mitre, rouillée

Sur le porche de la porte.

La porte de la Mitre et son atmosphère orientaliste

La porte et un peu d’orientalisme !

Le paysage vu de l'entrée de la porte de la Mitre

Le paysage vu de l’entrée

Vue globale de la Mitre depuis le chemin, Toulon

Vue globale de la Mitre

Plage de la Mitre, Toulon

Plage de la Mitre

Le chemin de la Mitre colorisé, Le Mourillon, Toulon

Chemin de la mitre colorisé

BibliographieOuvrages scientifiques

    • Cornell, R. M. et Schwertmann, U., The Iron Oxides: Structure, Properties, Reactions, Occurrences and Uses, 2e éd., Weinheim, Wiley-VCH, 2003.
    • Gütlich, P., Bill, E. et Trautwein, A. X., Mössbauer Spectroscopy and Transition Metal Chemistry: Fundamentals and Applications, Berlin, Springer, 2011.
    • Pourbaix, M., Atlas of Electrochemical Equilibria in Aqueous Solutions, Oxford, Pergamon Press, 1966.

Références littéraires

Ressources en ligne

    • « Fer », Wikipédia en français.
    • « Rouille », Wikipédia en français.

Plus :

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https://frank-lovisolo.fr/WordPress/danse-orientale/
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A propos Frank César LOVISOLO

Artiste pluridisciplinaire (musique, art numérique, photographie, vidéo, son). Chargé de cours à l’Université de Toulon depuis 2010. Compositeur de musiques actuelles. Photographie & Art numérique visuel. Vidéaste d’art.
Lien pour marque-pages : Permaliens.

2 Commentaires

  1. Jenny Quadri Guillard

    Moi j’enverrais aux propriétaires de ce lieu une photo de leur porte accompagnée des images de rouille. Ils seraient aussi stupéfaits que moi en voyant ce que l’on peut réaliser avec l’usure. Bravo pour la musique

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