Last Updated on 12/09/2026 – 07:55 by Frank César LOVISOLO
Petit traité d’histoire, de géologie, de vigne, d’industrie, d’art, de gens illustres et de légendes,
à l’usage de ceux qui aime les villes qui ont de l’esprit…
Les photographies
Frank César Lovisolo avec Giulia Ferrante, ma somptueuse spécialiste de l’Italie:
Une ville qui transpire depuis vingt siècles
Acqui Terme, ville thermale du Piémont : histoire romaine, géologie du bassin tertiaire, vin Brachetto, personnages illustres et légende de la Bollente. Un voyage littéraire et savoureux.

Pline Le Naturaliste
Il existe des villes qui se visitent et des villes qui se méritent. Acqui Terme, nichée dans le Haut-Monferrato piémontais entre les collines à vigne et les eaux tièdes de la Bormida, appartient à la seconde catégorie, non qu’elle soit hostile, bien au contraire, mais parce qu’elle exige du visiteur une qualité rare : le consentement à être surpris par une petite ville de dix-neuf mille âmes qui a eu l’outrecuidance de fasciner Pline l’Ancien, d’appâter Cléopâtre avec du vin sucré, et de faire pousser en son centre une fontaine qui bout littéralement, sans jamais s’excuser de rien.
Pline l’Ancien écrit ainsi :
«Je m’étonne, dit Pline, qu’Homère n’ait pas fait mention des sources thermales, bien qu’il ait par ailleurs souvent représenté des bains d’eau chaude ; c’est qu’apparemment la médecine n’utilisait pas alors comme elle le fait aujourd’hui la ressource des eaux.*»
Car voilà le fait premier, le fait fondateur, la carte de visite que la citée tend à quiconque s’arrête devant elle : au beau milieu de la place centrale, une source jaillit à 74-75 °C, avec un débit de 560 litres par minute, sous un petit temple octogonal de marbre dessiné par l’ingénieur Giovanni Ceruti et inauguré en 1879.
On l’appelle la Bollente, « la bouillante », et elle a ceci de proprement philosophique qu’elle rappelle à qui passe devant, café à la main ou touriste hébété, que sous nos pieds, sous le bitume et les pavés et les certitudes, il y a toujours quelque chose qui chauffe.
La Bollente n’est pas un monument qu’on regarde : c’est un monument qui vous regarde revenir, immuable, quand tout le reste, empires, dynasties, industries, a fini par refroidir.
I. Histoire : de la tribu vaincue à la ville qui a survécu à tout
Les Ligures Statielli, ou la défaite comme acte de naissance
Toute ville digne de ce nom commence par une conquête, et Acqui ne déroge pas à la règle avec une componction toute latine. Avant Rome, il y avait ici les Statielli, un peuple celto-ligure installé dans le haut bassin de la Bormida, connu principalement pour un événement dont on se serait bien passé : en 173 avant notre ère, le consul Marcus Popillius Laenas les attaqua et les réduisit en esclavage alors qu’ils s’étaient pourtant rendus, un abus si flagrant que le Sénat romain lui-même désavoua son général l’année suivante.
On appréciera l’ironie : les premiers habitants attestés de la région thermale la plus policée du Piémont ont inauguré les lieux par un scandale de droit humanitaire avant la lettre. Leur histoire est documentée jusque dans les moindres détails, y compris le fait que leur capitale, Carystum, n’a jamais été localisée, comme si le peuple fondateur avait décidé, en guise de vengeance posthume, de ne laisser aux archéologues qu’un nom et aucune adresse.
Aquae Statiellae : quand Rome découvre le spa
Les Romains, en gens pratiques, ne s’attardent pas sur les scrupules moraux et bâtissent sur les décombres du massacre une cité qui portera le nom du peuple vaincu, Aquae Statiellae, les « eaux des Statielli », comme une manière assez cynique, finalement très romaine, de dire :
«vous avez perdu la guerre, mais on garde votre nom sur l’enseigne».
Itinéraire proposé par Lamboglia (en rouge). La ligne pointillée représente la route côtière proposée par la plupart des auteurs. La ligne violette indique le prolongement de Luni (Portus Lunae) à Lucques (Luca) construit par Jules César (56 av. J.-C.).
La ville se développe aux IIe-Ier siècles avant J.-C. autour d’une source chaude déjà vénérée, sans doute déjà la fameuse Bollente, et devient rapidement un carrefour stratégique sur la Via Aemilia Scauri, ouverte en 109 av. J.-C., qui reliait Alba Pompeia (Alba) à Dertona (Tortona) et Vada Sabatia (Vado Ligure).
Le site archéologique d’Acqui Musei documente cette reconstruction urbaine avec une précision qui ferait pâlir n’importe quel géomètre moderne : forum, théâtre, amphithéâtre, thermes, domus privées, tout y est cartographié.
Pline l’Ancien, dans sa Naturalis Historia, place les eaux d’Acqui parmi les meilleures de l’Empire, aux côtés d’Aix-en-Provence et de Pouzzoles. Strabon, Sénèque, Tacite en parlent aussi.
Anecdote que l’histoire locale se plaît à répéter avec la gourmandise qu’elle mérite, la légende veut que Cléopâtre elle-même ait eu un faible pour le vin doux de cette région, que César lui aurait fait porter.
On ne sait si l’anecdote est authentique ou si elle relève de ce patriotisme œnologique qui frappe toutes les régions viticoles du monde, mais elle a au moins le mérite de situer d’emblée le rapport qu’Acqui Terme entretient avec sa propre légende : jamais avare d’un bon mot, jamais à court d’un nom prestigieux à faire trinquer avec elle. Cette tradition orale est rapportée notamment ici.
L’aqueduc romain (Acquedotto romano di Aquae Statiellae) lui, tient de la prouesse d’ingénierie plus que de l’anecdote : sur douze kilomètres, une conduite souterraine amenait l’eau depuis la vallée du torrent Erro, avant de franchir la vallée de la Bormida, un dénivelé d’une vingtaine de mètres, grâce à un système d’arcades maçonnées haut d’environ quinze mètres, comptant à l’origine une quarantaine de piliers.
Deux tronçons subsistent aujourd’hui, et l’on peut encore les admirer depuis la promenade cyclable qui longe la rivière, silhouettes de pierre qui rappellent que l’ambition hydraulique de l’homme ne date pas d’hier, et que déjà, il y a deux mille ans, on préférait détourner des rivières plutôt que de renoncer à un bon bain chaud.
Du Moyen Âge aux Gonzague : une ville qui change souvent de propriétaire sans jamais changer d’humeur
Siège épiscopal dès le IVe siècle, dotée d’une cathédrale consacrée en 1067 par l’évêque Guido, devenu saint patron de la ville,, Acqui devient commune indépendante en 1135 après avoir été gouvernée par ses évêques depuis 978.
Elle passe ensuite sous la coupe du Marquisat de Montferrat en 1278, puis, au fil des alliances matrimoniales et des jeux de pouvoir typiquement italiens (on épouse une héritière, on hérite d’une ville, on la revend à la faveur d’un traité), elle échoit en 1536 aux Gonzague de Mantoue, qui entreprendront au siècle suivant l’aménagement des établissements thermaux au-delà de la Bormida.
La ville finira par rejoindre le Duché de Savoie, dernière étape avant de se fondre, comme tout le Piémont, dans l’unité italienne.
On notera avec un sourire discret que la ville a, en un peu plus de mille ans, appartenu successivement à elle-même, à un évêque, à un marquis, à une dynastie mantouane, puis à une maison de Savoie, un CV territorial digne d’un roman picaresque, et qui n’a, à travers tout cela, jamais cessé de faire bouillir son eau au même endroit.
Il y a quelque chose de profondément stoïcien dans une fontaine qui regarde passer les empires sans changer de température.
Le XXe siècle : héroïsme et mémoire
Le nom d’Acqui a été donné à la 33e division d’infanterie de l’armée royale italienne, la Division Acqui, dont le sacrifice à Céphalonie et à Corfou en septembre 1943, massacrée par les troupes allemandes après le refus de se rendre, reste l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire militaire italienne de la Seconde Guerre mondiale.
C’est en sa mémoire qu’a été fondé en 1968 le Premio Acqui Storia, aujourd’hui l’une des plus prestigieuses récompenses littéraires européennes consacrées à l’essai historique, comme si la ville, ayant payé un lourd tribut à l’Histoire, avait décidé d’en devenir la gardienne institutionnelle.
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II. Géologie : quand la mer piémontaise se retire en laissant l’addition
Voici le paradoxe que tout géologue aime à souligner avec une jubilation à peine contenue : le Piémont, région la plus continentale d’Italie, coincée entre les Alpes et les Apennins, a passé une bonne partie de son passé récent, à l’échelle géologique, s’entend, ce qui signifie ici quelques millions d’années, sous la mer.
Le territoire d’Acqui appartient à ce que les spécialistes nomment le Bassin Tertiaire Piémontais (Bacino Terziario Piemontese), une vaste dépression sédimentaire qui s’est remplie, de l’Éocène supérieur au Messinien, de couches marines successives : argiles, marnes, grès, conglomérats, le tout empilé comme une pâtisserie géologique dont chaque strate raconte un climat, une profondeur d’eau, une catastrophe locale.
La feuille géologique n° 194 « Acqui Terme » de la Carte Géologique d’Italie, documentée dans ses notes explicatives officielles, distingue ainsi les unités métamorphiques de la chaîne alpine, les unités liguriennes et apenniniques, et les successions oligocènes, miocènes, pliocènes et quaternaires qui affleurent sur le territoire.
Le Piémont s’avère par ailleurs un site paléontologique pliocène de tout premier ordre : les chercheurs y ont recensé environ quatre-vingts localités livrant des fossiles végétaux et marins, dont une trentaine de sites à empreintes foliaires ayant permis l’analyse morphologique de plusieurs centaines d’échantillons répartis en une cinquantaine de taxons. Ces travaux sont détaillés dans la littérature scientifique consacrée aux macrofossiles pliocènes de la région. (https://acpa.botany.pl/pdf-185878-111873.pdf)
Autrement dit : promenez-vous dans les collines autour d’Acqui, et vous marchez, sans le savoir, sur ce qui fut jadis un fond marin tropical, aujourd’hui reconverti en vignoble, la meilleure preuve que la nature elle-même pratique la reconversion professionnelle avec un certain sens de l’à-propos.

La Bollente – Acqui Terme
Et puis il y a cette autre question, plus brûlante, au sens propre :
D’où vient l’eau de la Bollente ?
Les études géothermiques menées sur le secteur d’Acqui-Visone évaluent le réservoir souterrain à une température comprise entre 100 et 120 °C, l’eau perdant une partie de sa chaleur en remontant vers la surface pour n’arriver « qu’à » 74-75 °C, ce qui reste, on en conviendra, largement suffisant pour ébouillanter quiconque s’y risquerait sans précaution. Ce fonctionnement thermal est décrit ici.
La source (560 litres par minute à 74,5 °C) est salso-bromo-iodique, chargée en sels, brome et iode, ce qui explique son usage thérapeutique séculaire contre les affections respiratoires, les rhumatismes et l’arthrose.
On pourrait dire, avec un brin de malice géologique, qu’Acqui doit toute son identité, thermale, historique, économique, à une simple fissure dans la croûte terrestre : la géologie, ici, n’est pas un décor, c’est un personnage!
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III. Agriculture et vigne : le Brachetto, ou la douceur comme méthode de résistance
Si Acqui a un blason végétal, c’est bien le Brachetto, ce cépage aromatique à peau sombre qui donne naissance au Brachetto d’Acqui, vin rouge doux et légèrement pétillant, obtenu par une seconde fermentation en cuve qui emprisonne le gaz carbonique et les bulles avec lui.
Le cahier des charges de l’appellation exige que le vin soit issu à 97 %, au moins, de ce cépage, cultivé sur un territoire précisément délimité entre les provinces d’Asti et d’Alessandria, vingt-six communes en tout, dont Acqui Terme et Strevi constituent le cœur historique.
Sur les quelque 1 400 hectares plantés en Brachetto dans tout le Piémont, près de 1 050, presque 70 %, se trouvent dans la zone Docg Acqui-Brachetto d’Acqui, preuve, s’il en fallait une, d’un lien ancien et tenace entre ce cépage et son terroir de prédilection. Cette proximité territoriale est détaillée par le Consorzio Tutela Vini d’Acqui.
Le Brachetto a connu son propre chemin de croix : décimé par le phylloxéra au XIXe siècle, il fut presque rayé de la carte, les vignerons de l’après-guerre lui préférant des cépages plus productifs ou plus commodes à replanter.
Il obtint néanmoins la reconnaissance DOC en 1969, puis la DOCG, le grade suprême de la hiérarchie viticole italienne, en 1996.
Il y a quelque chose d’assez émouvant dans la persistance de ce vin sucré et discret face aux logiques de rendement : comme si le territoire d’Acqui, obstinément, avait refusé de sacrifier la douceur sur l’autel de la rentabilité.
On pourra gloser longtemps sur la philosophie qui se cache derrière un vin qui choisit délibérément de ne pas être puissant, de ne pas être sec, de ne pas se prendre pour un Barolo : le Brachetto assume sa légèreté comme une posture, presq
ue une éthique.
Le paysage viticole environnant, avec les Langhe et le Roero, est d’ailleurs classé au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des « paysages viticoles du Piémont ».
Mais l’agriculture « acquese » ne se limite pas au raisin : noisettes piémontaises, truffes blanches, cèpes, tomini de chèvre, salami filetto baciato typique de la vallée de la Bormida, une gastronomie de collines pauvres devenue, par un juste retour des choses, l’un des arguments touristiques les plus solides de la région.
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IV. Industrie : du pressoir à vendange aux ruines feutrées de l’ère post-industrielle
L’industrie d’Acqui, moins photogénique que ses thermes ou ses vignes, mérite pourtant qu’on s’y arrête, ne serait-ce que pour comprendre comment une petite ville a pu, en un siècle, passer du statut de bourgade agricole à celui de centre manufacturier avant de connaître, comme tant d’autres territoires européens, la lente érosion de la désindustrialisation.
Dans les années 1960 et 1970, Acqui connaît un véritable essor industriel, largement adossé à sa vocation agricole séculaire : ateliers mécaniques, fabriques liées à la viticulture, on y produisait notamment des pressoirs pour les vendanges, et diverses manufactures qui employaient plusieurs centaines d’ouvriers.
Le témoignage recueilli lors de la fermeture récente de l’une de ces usines historiques, qui produisait justement du matériel de pressurage viticole depuis des décennies, illustre ce lien étroit entre l’appareil industriel local et la matière première du territoire : ici, même les machines sentaient le moût.
Le tissu productif s’est aujourd’hui largement effrité, remplacé par une économie plus diffuse, tournée vers le tourisme thermal, la restauration et le commerce de proximité, un basculement que l’on pourrait juger mélancolique s’il n’était partagé par la quasi-totalité des villes moyennes du nord de l’Italie.
Mais il subsiste, dans l’artisanat gastronomique, un savoir-faire manufacturier tout aussi rigoureux : la confection des amaretti, ces biscuits secs à l’amande amère, et des baci locaux, relève d’une industrie douce, patiente, qui a survécu là où les pressoirs ont fermé.
On pourrait y voir une leçon d’économie locale : quand la grosse industrie s’en va, il reste toujours, dans les villes qui ont un peu de mémoire, les petites mains qui savent faire une chose bien.
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V. Art : de la cathédrale romane aux villas contemporaines
Le patrimoine religieux et médiéval
La Cathédrale Santa Maria Assunta, édifice roman en croix latine bâti à la fin du Xe siècle et consacré en 1067 par saint Guido, arbore un portail sculpté par Antonio Pilacorte, une rosace de la fin du XVe siècle et un portique du XVIIe. Le clocher de style gothique date de 1479.
On y trouve un triptyque de la fin du XVe siècle attribué à l’artiste espagnol Bartolomé Bermejo, présence assez inattendue d’une œuvre ibérique au cœur du Piémont, ainsi qu’un autel baroque dédié à Saint Guido.
Le Château des Paléologues, mentionné dès 1056 et reconstruit au XVe siècle par le marquis Guillaume VII de Montferrat, abrite aujourd’hui le musée archéologique de la ville. Ces éléments patrimoniaux sont recensés en détail sur cette notice encyclopédique.
L’art contemporain : la Mostra Antologica et Villa Ottolenghi
Ce serait une erreur de croire qu’Acqui a figé son rapport à l’art quelque part au Moyen Âge. Depuis 1970, la ville rend chaque été hommage à la peinture et à la sculpture à travers la Mostra Antologica, qui a accueilli au fil des décennies des artistes de la stature de Felice Casorati ou Renato Guttuso, deux figures majeures de la peinture italienne du XXe siècle.
Renato Guttuso
C’est là un geste culturel assez révélateur : une petite ville thermale qui choisit, chaque saison, d’exposer ses murs aux plus grands noms de l’art moderne plutôt que de se contenter de vendre des cartes postales de sa fontaine.
À quelques kilomètres, la Villa Ottolenghi-Wedekind, mentionnée dans l’offre touristique officielle de la ville, ajoute une touche architecturale contemporaine à ce patrimoine, preuve qu’Acqui ne conçoit pas l’art comme une relique, mais comme une pratique continue.
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VI. Personnages célèbres : la petite fabrique Acquese des grandes destinées
Il y a, dans les rues et places d’Acqui, un curieux inventaire à la Prévert de destins qui ont commencé ou fini ici, comme si la ville, trop discrète pour s’attribuer directement la gloire, préférait la déléguer généreusement à ses enfants.
- Saint Guido
(Melazzo, 1004 – Acqui, 1070), né dans une famille noble et formé à Bologne, devint évêque d’Acqui en 1034 et acheva la cathédrale qu’il consacra en 1067. Il légua son patrimoine familial à l’Église Acquese et fonda le monastère féminin de Santa Maria in Campis. On le fête toujours le 11 juin, saint patron d’une ville qui, décidément, aime honorer ses bâtisseurs. - Ginevra Giovanna Maria Scatilazzi
(XVIe siècle), fille d’un docteur local, se distingua par son érudition en droit canon et en latin au point d’adresser un discours public au pape Paul III de passage à Acqui en 1538.
Le pontife en fut si impressionné qu’il résuma son séjour par une formule restée célèbre : « À Acqui, j’ai vu trois merveilles : les eaux bouillantes, l’herbe verdoyante autour d’elles, et une femme savante. », sans doute l’un des plus élégants compliments jamais adressés par un pape à une femme, et une manière assez charmante de faire de la Bollente et d’une érudite locale les deux faces d’une même fierté municipale.
- Giuseppe Saracco
(Bistagno, 1821 – 1907), juriste, sénateur du Royaume d’Italie, ministre des Travaux publics, président du Sénat, puis président du Conseil en 1900, on raconte qu’il « fut roi pendant un jour », ayant assumé, en vertu de sa charge, tous les pouvoirs y compris ceux du souverain après le régicide de Monza le 29 juillet 1900.
Maire d’Acqui pendant près de trente ans cumulés, il fut à l’origine de la relance des thermes, de la création de la Banque Populaire d’Acqui et des liaisons ferroviaires vers Savone, Gênes et Asti.
- Giacomo Bove
(Maranzana, 1852 – Verona, 1887), officier de marine et explorateur, participa en 1878 à l’expédition Nordenskjöld.
Il espère réaliser le passage du Nord-Est à bord du navire Vega, avant d’organiser sa propre expédition polaire en Antarctique en 1881, financée par le gouvernement argentin.
Son navire, le San José, fit naufrage au large de la Terre de Feu.
Il explora ensuite le territoire argentin de Misiones, atteignit les chutes du Guayra et de l’Iguaçu.
Ensuite, il remonta le Congo jusqu’aux chutes Stanley en 1886, avant qu’une maladie contractée en Afrique ne l’emporte l’année suivante.
Une association culturelle perpétue aujourd’hui sa mémoire.
Il y a quelque chose de vertigineux à songer qu’un enfant des collines piémontaises, loin de toute mer, ait fini par explorer l’Arctique, l’Antarctique et l’Afrique équatoriale…
Comme si l’appel du grand large s’apprenait aussi bien au bord d’une rivière thermale qu’au bord d’un océan.
- Maggiorino Ferraris
(Acqui, 1856 — Rome, 1929), député puis sénateur, ministre des Postes et Télégraphes de 1893 à 1896, dirigea pendant près de trente ans la revue Nuova Antologia, s’illustrant par ses travaux sur les questions économiques, agricoles et sociales de l’Italie de son temps.
Il est resté dans l’histoire de l’Italie pour avoir proposé en 1905 la loi qui déclarerait l’activité ferroviaire comme une « entreprise d’État ».
Son éloge funèbre, en 1929 , a été écrit par Luigi Federzoni .
- Luigi Facelli
(Acqui, 1898 – 1991), pionnier de l’athlétisme italien sur 400 mètres haies, détint le record national pendant vingt-sept ans (1923-1950).
Il participa à quatre Olympiades et livra onze duels mémorables contre le grand hurdler britannique Lord Burghley, champion olympique à Amsterdam, un bilan de six victoires à cinq en faveur de « l’ouvrier Acquese », comme on le surnommait alors, face au « Lord ».Une rivalité « so British » versus « si piémontaise » qu’elle mériterait, à elle seule, un film.
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VII. Légendes : le baptême par ébullition et autres croyances vernaculaires

Ancienne carte postale illustrant la coutume des habitants d’Acqui de s’approvisionner en eau à la Bollente.
Les sgaientò, ou l’art piémontais du rite de passage extrême
Toute ville qui possède une source bouillante finit tôt ou tard par engendrer une légende à sa mesure, et celle d’Acqui ne déroge pas à la loi du genre, quoiqu’elle flirte allègrement avec l’absurde.
La tradition raconte qu’autrefois, les nouveau-nés étaient portés jusqu’à la Bollente pour y être plongés un bref instant : ceux qui survivaient à l’épreuve méritaient le surnom local de Sgaientò, littéralement « les ébouillantés » en dialecte Acquese.
Cette légende est rapportée avec un sérieux tout historique par les guides locaux eux-mêmes, qui prennent toutefois soin d’ajouter, avec la prudence qui sied à toute légende soucieuse de sa crédibilité pédiatrique, qu’il s’agissait sans doute plutôt d’une eau refroidie avant l’immersion, une sorte de baptême profane où l’élément sacré n’était pas l’eau bénite, mais l’eau thermale, retour à une source plus ancienne que le christianisme lui-même.
Il y a là une matière à réflexion qui dépasse largement l’anecdote locale : quel meilleur symbole d’une identité collective qu’un rite, même édulcoré par la légende, qui consiste à éprouver, dès la naissance, sa capacité à résister à la chaleur de sa propre terre ?
Les Acquesi ne se disent pas seulement « nés à Acqui » : ils portent, dans le folklore au moins, la trace d’une épreuve initiatique qui les relie littéralement à la source qui a fait la fortune et la fierté de leur ville.
On songe, non sans un sourire, à ces coutumes que l’on retrouve dans bien des cultures méditerranéennes, où le nourrisson doit, d’une manière ou d’une autre, faire ses preuves face aux éléments avant d’être pleinement admis dans la communauté des vivants, sauf qu’ici, l’élément en question atteint 75 degrés, ce qui relève moins du folklore doux que de l’épreuve du feu version aquatique.
Cette légende explique aussi pourquoi l’on continue d’appeler la ville « la bollente » tout court, dans le langage courant, un surnom devenu si central qu’il a fini par se substituer, dans l’imaginaire collectif, au nom même de la commune. Une ville qui porte le nom de sa propre fièvre : voilà un cas assez rare pour être souligné.
Le brentau et l’eau portée aux familles
Autre trace de cette culture vernaculaire de l’eau chaude : le brentau était le porteur chargé d’acheminer, sur son épaule, la brenta, un récipient en tôle galvanisée rempli d’eau chaude puisée à la source, jusqu’aux maisons des habitants d’Acqui, avant que la ville ne se dote de réseaux modernes de distribution. (Sur FB : Il Brentau di Acqui Terme – Storia di persone uniche al mondo)
On imagine sans peine ces hommes, silhouettes courbées sous le poids liquide et brûlant, traversant les ruelles pavées comme des vestales laïques d’un culte domestique de la chaleur, une image presque biblique, et pourtant purement municipale, d’une ville qui a longtemps organisé sa vie quotidienne autour du partage, littéral, de sa propre eau bouillante.
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Épilogue : ce que la Bollente nous apprend, si l’on veut bien l’écouter
Il y a, dans cette accumulation de faits, géologiques, historiques, viticoles, artistiques, biographiques et légendaires, une cohérence qui n’est pas seulement touristique. Acqui Terme est une ville qui a fait de sa propre chaleur intérieure, littéralement thermale, le principe organisateur de toute son identité.
Ses Romains sont venus pour l’eau, ses vignerons ont préservé un cépage doux quand tout les poussait à la rentabilité, ses artistes ont continué d’exposer quand tant d’autres petites villes ont renoncé, et sa légende raconte que ses propres habitants ont, symboliquement, été trempés dans le feu de leur territoire avant même de savoir marcher.
Il y a une leçon, discrète, mais tenace, dans cette obstination géographique et humaine : certains lieux choisissent d’être traversés par l’Histoire, et d’autres, plus rares, choisissent de la faire bouillonner en eux, sans fracas, mais sans jamais s’éteindre non plus. Acqui appartient, à l’évidence, à cette seconde catégorie.
Et si l’on devait résumer, en une formule, l’esprit de cette ville piémontaise qui a survécu aux Ligures massacrés, aux Romains partis, aux Gonzague oubliés et à ses propres usines fermées, on pourrait sans doute faire pire que d’emprunter, une dernière fois, les mots d’un pape émerveillé : à Acqui, on trouve encore, quatre siècles et demi plus tard, les eaux bouillantes, l’herbe verdoyante autour d’elles, et, si l’on cherche un peu, toujours une ou deux personnes savantes pour vous raconter pourquoi tout cela tient encore debout.
Sources principales citées dans le texte : Wikipédia, Acqui Terme · Visit Piemonte · Acqui Musei · Ministero della Cultura, Aqueduc romain · Consorzio Tutela Vini d’Acqui · Comune di Acqui Terme, Personnages illustres · Premio Acqui Storia · Gran Monferrato, La Bollente · Quotidiano Piemontese
Bibliographie complète
par Giulia Ferrante
(sources consultées pour la rédaction de l’article, classées par thématique)
Histoire — Antiquité et Moyen Âge
- Wikipédia — Acqui Terme
- Wikipedia (EN) — Statielli
- Acqui Musei — Aquae Statiellae
- Ministero della Cultura — Archi dell’acquedotto romano di Aquae Statiellae
- Radio Roma Libera — Storia di Acqui Terme, città romana e moderna
- Ambiente & Cultura — L’antica Aquae Statiellae rivive nelle aree archeologiche di Acqui Terme
- Visit Piemonte — Acqui Terme, les eaux antiques de la ville romaine d’Aquae Statiellae
- ResearchGate — L’acquedotto romano e la piscina romana di Aquae Statiellae
- Alexala — Acqui Terme, territorio
Histoire — XXe siècle et mémoire
-
- Premio Acqui Storia — La Storia
- Wikipedia (IPFS mirror) — Acqui Terme, Division Acqui
Géologie
-
- ResearchGate — Carta Geologica d’Italia 1:50.000, Foglio 194 « Acqui Terme » — Note Illustrative
- ResearchGate — Tettonica Oligo-Miocenica nell’alto Monferrato
- ResearchGate — Schema geologico del Bacino Terziario Piemontese
- ResearchGate — Inquadramento geologico-strutturale del Foglio 194
- OUCI — Overview of Pliocene plant macrofossil localities of the Piemonte region
- Academia.edu — Le risorse geotermiche di Acqui Terme Visone
- Quotidiano Piemontese — Perché Acqui Terme è conosciuta come « la bollente »
Agriculture et viticulture
-
- Wikipedia (EN) — Brachetto d’Acqui
- Gambero Rosso — Consorzio Tutela Vini d’Acqui — Brachetto d’Acqui, un vino dalla storia secolare
- Regione Piemonte — Disciplinare di produzione DOCG Brachetto d’Acqui (2020)
- Regione Piemonte — Comunicato Brachetto
- Touring Club Italiano — Acqui Terme
Industrie
Art et patrimoine
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- Comune di Acqui Terme / Visit Acqui Terme — Personaggi illustri (également utilisée pour la section Personnages célèbres)
- Piemonte Go — ACQUI TERME (Al). La Bollente
Personnages célèbres
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- Associazione Culturale — Giacomo Bove
- Senato della Repubblica — Fiche du sénateur Giuseppe Saracco
- Senato della Repubblica — Fiche du sénateur Maggiorino Ferraris
Légendes et folklore
-
- Gran Monferrato — La Bollente Acqui Terme
- Destinazione Monferrato — I mille volti di Acqui Terme
- Icastelli.net — Acqui Terme (AL) — La Bollente, Monferrato UNESCO et Vins Brachetto
FAQ — Acqui Terme et l’Acquese
Qu’est-ce que l’Acquese ?
L’Acquese est le territoire qui gravite autour d’Acqui Terme, sa « capitale » historique et thermale. Il couvre environ 480 km² pour près de 45 000 habitants, dans le sud-ouest de la province d’Alessandria, aux confins du Piémont, de la Ligurie et de l’Asti. Le nom vient directement de la ville : c’est littéralement « le pays d’Acqui ».
Combien de communes compte l’Acquese ?
Selon le découpage administratif de la Région Piémont, l’aire dite « Alto Monferrato » — qui recoupe largement l’Acquese — regroupe 41 communes de la province d’Alessandria, parmi lesquelles Acqui Terme, Bistagno, Cassine, Melazzo, Ovada, Ponzone, Strevi ou Visone.
Pourquoi l’Acquese est-il aussi appelé « Alto Monferrato » ?
Le Monferrato historique se divise en deux grandes zones séparées par le fleuve Tanaro : le Basso Monferrato au nord et l’Alto Monferrato au sud, dont l’Acquese constitue le cœur méridional, à la lisière de l’Apennin ligure.
Quelle est la frontière naturelle de l’Acquese ?
Le territoire est traversé par la Bormida et ses affluents (Bormida di Millesimo, Bormida di Spigno), tandis que le fleuve Orba marquait autrefois la limite entre l’ancien Marquisat du Monferrato et l’Ovadese, allié de la République de Gênes.
L’Acquese a-t-il des liens historiques avec la Ligurie ?
Oui, et ils sont profonds : la République de Gênes a gouverné une bonne partie de ce territoire — que les Génois appelaient l’Oltregiogo — du bas Moyen Âge jusqu’au Congrès de Vienne en 1815. Cet héritage se retrouve encore dans le dialecte local, l’architecture de certains villages et jusque dans la gastronomie, où farinata et pesto génois côtoient agnolotti et bagna cauda piémontais.
Le territoire de l’Acquese est-il classé au patrimoine de l’UNESCO ?
Les paysages viticoles environnants — associés aux Langhe et au Roero — figurent au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des « paysages viticoles du Piémont : Langhe-Roero et Monferrato », une reconnaissance qui couvre une partie du territoire de l’Alto Monferrato.
Quels sont les vins typiques de l’Acquese ?
Le Brachetto d’Acqui DOCG, vin rouge doux et légèrement pétillant, est l’appellation emblématique du territoire. On y trouve aussi le Dolcetto d’Ovada et, dans les communes limitrophes, le Gavi, célèbre vin blanc issu du cépage Cortese.
Quelles autres communes de l’Acquese vaut-il la peine de visiter ?
Outre Acqui Terme, plusieurs villages méritent le détour : Ovada et ses palais aux façades peintes de style génois, Gavi dominé par sa forteresse, Sezzadio et son ancienne abbaye bénédictine de Santa Giustina, ou encore Ponzone, niché dans les collines de l’Appenin ligure.
Combien de temps prévoir pour découvrir l’Acquese au-delà d’Acqui Terme ?
Un week-end permet de découvrir Acqui Terme et deux ou trois villages alentour ; une semaine offre le temps d’explorer plus largement les 41 communes de l’aire, entre dégustations viticoles, randonnées dans l’Apennin ligure et visites de bourgs fortifiés.
Quand visiter l’Acquese ?
Le printemps et l’automne sont les saisons les plus agréables, entre douceur climatique, vendanges (septembre-octobre) et couleurs des collines viticoles. L’été convient aux cures thermales et aux marchés locaux, l’hiver reste calme et propice à une découverte plus contemplative du territoire.


