1 – L’illusion temporelle d’une perspective en échos – Toulon

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Last Updated on 22/09/2026 – 08:29 by Frank César LOVISOLO

L’illusion temporelle d’une perspective en échos – Toulon

Suggestion d’écoute : Sortilège
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Premier épisode : Toulon

 

La conception en perspective décalée crée un nouveau lieu métaphorique résultant d’une évanescente temporalité véhiculée au moyen de l’énergie des couleurs surréelles exprimées.

Toutefois, cette phrase prononcée par Dali aurait nettement plus d’impact !

 


Quant à …

La perspective

Perspective - Il rio dei Mendicati - Canaletto

Il rio dei Mendicati – Canaletto

De cette structure propre à l’espace psychophysiologique, la construction qui vise à la perspective exacte fait radicalement abstraction. En effet, tout se passe comme si elle avait pour fin, et non seulement pour effet, de réaliser dans la représentation de l’espace cette infinité et cette inhomogénéité dont l’expérience immédiatement vécue de ce même espace ne sait rien, de transformer en quelque sorte l’espace psychophysiologique en espace mathématique.
Erwin Panofsky, La perspective comme forme symboliqueElle nie par conséquent la différence entre devant et derrière, gauche et droite, corps et étendue intermédiaire («espace libre») afin de fondre l’ensemble des parties de l’espace et de ses contenus en un seul et unique quantum continuum ; elle ignore que notre vision est le fait non pas d’un œil unique et immobile, mais de deux yeux constamment en mouvement et que, par conséquent, le « champ visuel » prend la forme d’une sphéroïde; elle ne se soucie pas davantage de l’énorme différence existant entre l’ «image visuelle», psychologiquement conditionnée, qui transmet le monde visible à notre conscience, et l’«image rétinienne», mécaniquement conditionnée, qui se peint sur l’œil, organe anatomique. »

Erwin Panofsky, La perspective comme forme symbolique, 1927, II, Les Éditions de Minuit, 1975, p. 77-82.

La couleur 

The Fighting Temeraire tugged to her last berth to be broken up -  William Turner - 1838

The Fighting Temeraire tugged to her last berth to be broken up –  William Turner – 1838

≪ Si on regarde au travers d’un prisme un objet blanc environne de noir ou d’obscurité, les couleurs qui paraissent sur les bords viennent a peu près du même principe (il s’agit du principe de décomposition spectrale); comme le reconnaitront ceux qui prendront la peine d’examiner avec soin ce phénomène.
Issac Newton Optique ( "Opticks " -  livre premier, seconde partie, huitième proposition)Au contraire, si un objet noir est environne de blanc, les couleurs qui paraissent sur les bords doivent être attribuées a la lumière du fond qui se répand sur les parties voisines du noir: aussi ces couleurs paraissent elles dans un ordre oppose.
Il en est de même lorsqu’on regarde un objet dont quelques parties sont plus ou moins lumineuses ; car aux confins de ces parties, les couleurs doivent toujours provenir de l’excès de la lumière des plus lumineuses ; avec cette différence qu’elles seront plus faibles que si les parties obscures étaient noires≫.

Issac Newton Optique ( « Opticks  » –  livre premier, seconde partie, huitième proposition)

Photographie : Fusion, superposition…

«La photographie est une découverte merveilleuse, une science qui occupe les intelligences les plus élevées, un art qui aiguise les esprits les plus sagaces et dont l’application est à la portée du dernier des imbéciles. Cet art prodigieux qui de rien fait quelque chose, cette invention miraculeuse après laquelle on peut tout croire, ce problème impossible dont les savants qui le résolvent depuis quelques vingt années en sont encore à chercher le mot, cette photographie qui avec l’électricité appliquée et le chloroforme, fait de notre XIX ème siècle.
Cette surnaturelle photographie est exercée chaque jour, dans chaque maison, par le premier venu et le dernier aussi, car elle a ouvert un rendez-vous général à tous les fruits secs de toutes les carrières.
Vous voyez à chaque pas opérer photographiquement un peintre qui n’avait jamais peint, un ténor sans engagements, et de votre cocher comme de votre concierge je me charge, c’est sérieusement que je parle, de faire en une leçon deux opérateurs photographes de plus. 
Nadar - AutoportraitLa théorie photographique s’apprend en une heure; les premières notions de pratiques en une journée.“…Ce qui ne s’apprend pas…, c’est le sentiment de la lumière, c’est l’appréciation artistiques des effets produits par les jours divers et combinés, c’est l’application de tels ou tels de ces effets selon la nature des physionomies qu’artiste vous avez à reproduire.
Ce qui s’apprend encore beaucoup moins, c’est l’intelligence moral de votre sujet, c’est ce tact rapide qui vous met en communion avec le modèle, vous le fait juger et diriger vers ses habitudes, dans ses idées, selon son caractère, et vous permet de donner, non pas banalement et au hasard, une indifférente reproduction plastique à la portée du dernier servant de laboratoire, mais la ressemblance la plus familière et la plus favorable, la ressemblance intime…»

Nadar : Profession de foi


L’utilisation de la couleur: enjeux esthétiques, symboliques et perceptifs

La couleur constitue l’un des paramètres essentiels du langage plastique et un champ d’analyse privilégié de l’histoire et de la théorie de l’art. Loin de se réduire à une fonction ornementale, elle participe à la structuration formelle de l’œuvre, à la production de sens et à l’expérience perceptive du spectateur. Son usage reflète des choix esthétiques, idéologiques et culturels, tout en étant étroitement lié aux avancées techniques et aux théories scientifiques de la perception. À un niveau d’analyse universitaire avancé, l’étude de la couleur permet d’interroger les rapports entre forme et signification, entre matérialité et subjectivité, ainsi que les transformations du regard à travers les époques.

    • La couleur dans une perspective historique et culturelle

Dans les sociétés anciennes et médiévales, la couleur est largement déterminée par des systèmes symboliques collectifs. Dans l’art médiéval occidental, elle obéit à une hiérarchie spirituelle : l’or renvoie à la transcendance et à la lumière divine, tandis que le bleu, rare et coûteux, est associé au sacré. La couleur fonctionne alors comme un signe codifié, subordonné à un programme iconographique et théologique.

La Renaissance marque une inflexion majeure avec le développement d’une pensée humaniste et d’une observation accrue du monde visible. Les artistes, en particulier dans la tradition vénitienne, accordent à la couleur (colorito) un rôle structurant, parfois opposé à la primauté du dessin (disegno) défendue à Florence. La couleur devient un moyen de rendre les effets atmosphériques, la texture des corps et la profondeur spatiale, participant ainsi à une illusion naturaliste du réel.

Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, l’émancipation progressive de la couleur par rapport à la représentation mimétique s’accentue. Les impressionnistes rompent avec les conventions académiques en privilégiant les sensations visuelles immédiates et les variations chromatiques induites par la lumière. Les avant-gardes du XXᵉ siècle, notamment le fauvisme et l’expressionnisme, radicalisent cette autonomie en utilisant la couleur comme vecteur d’expression subjective, voire de rupture avec toute référence naturaliste.

    • Apports théoriques et scientifiques sur la couleur

Les théories de la couleur ont profondément influencé les pratiques artistiques modernes et contemporaines. Les découvertes de Newton sur la décomposition spectrale de la lumière ont contribué à une compréhension physique de la couleur, tandis que Goethe a mis en avant une approche phénoménologique centrée sur la perception et l’expérience sensible du sujet.

Au XXᵉ siècle, les enseignements du Bauhaus, notamment ceux de Johannes Itten et de Josef Albers, ont joué un rôle déterminant dans la formalisation des interactions chromatiques. Albers démontre que la couleur est relative et contextuelle : sa perception varie en fonction des couleurs qui l’entourent. Cette conception remet en question l’idée d’une couleur stable et objective, et ouvre la voie à des pratiques artistiques fondées sur l’expérimentation perceptive.

    • La couleur comme vecteur de sens et d’affect

Sur le plan sémiologique, la couleur agit comme un signe polysémique dont la signification dépend du contexte culturel, historique et formel. Le rouge, par exemple, peut symboliser aussi bien la passion que la violence ou le pouvoir, tandis que le noir oscille entre élégance, deuil et abstraction. Les artistes mobilisent ces valeurs symboliques de manière stratégique afin d’orienter l’interprétation de l’œuvre.

Par ailleurs, la couleur possède une dimension affective et sensorielle directe. Les contrastes chromatiques, les saturations intenses ou les gammes réduites produisent des effets psychophysiologiques qui influencent la réception de l’œuvre. Dans l’art abstrait, chez Kandinsky notamment, la couleur est pensée comme un équivalent visuel de la musique, capable de provoquer des résonances émotionnelles indépendamment de toute figuration.

    • Enjeux contemporains de la couleur

Dans l’art contemporain, la couleur dépasse le cadre strictement pictural pour investir l’espace, l’architecture et l’expérience corporelle du spectateur. Les installations immersives et les dispositifs lumineux interrogent la perception, le rapport au corps et la temporalité de l’œuvre. La couleur devient alors un médium à part entière, impliquant le spectateur dans un processus actif de perception et d’interprétation.

Ces pratiques contemporaines invitent également à repenser la couleur à l’aune des technologies numériques et des nouveaux matériaux, qui modifient profondément les conditions de production et de réception des œuvres.

    • Pour finir

À un niveau d’analyse de master, l’étude de l’utilisation de la couleur dans l’art révèle un champ théorique complexe, à la croisée de l’histoire de l’art, de l’esthétique, de la sémiologie et des sciences de la perception. La couleur apparaît comme un élément dynamique, historiquement situé et conceptuellement riche, capable de structurer l’œuvre, de produire du sens et de façonner l’expérience du spectateur. Son analyse approfondie demeure ainsi indispensable à la compréhension des enjeux artistiques modernes et contemporains.


Voir aussi :

https://frank-lovisolo.fr/WordPress/perspective-echos-nice/

 

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A propos Frank César LOVISOLO

Artiste pluridisciplinaire (musique, art numérique, photographie, vidéo, son). Chargé de cours à l’Université de Toulon depuis 2010. Compositeur de musiques actuelles. Photographie & Art numérique visuel. Vidéaste d’art.
Lien pour marque-pages : Permaliens.

2 Commentaires

  1. Jenny Quadri Guillard

    Quand le photographe défie le peintre. Magnifiques images que certains peintres auraient appréciées.

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