Last Updated on 20/10/2026 – 08:52 by Frank César LOVISOLO
Photographies – Pérégrination
Accumulations photographiques « En Vrac » :
plus de 60 séries de photos inclassables et enchevêtrées, et l’accumulation dans l’art, d’Arman à Boltanski.
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| Suggestion d’écoute : Autoportrait d’une Locomotive à Vapeur : extrait |
Les photographies inclassables et enchevêtrées |
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Cet article comporte plusieurs pages – This post contains several pages Dernière mise à jour : 20 octobre 2026 enVRAc 61Cliquez sur une photo pour l’agrandir – Click on a photo to enlarge it |

Pérégrinations Photographiques
Où l’accumulation n’est jamais ouvertement une énumération répétitive.
Lorsque l’énumération semble excessive ou interminable, on parle d’accumulation : pour B. Dupriez,
« l’accumulation garde quelque chose de moins logique : elle saute d’un point de vue à l’autre, semble pouvoir se poursuivre indéfiniment, tandis que l’énumération a une fin […]. »
Reste à savoir si on peut appliquer cela aux images !

L’accumulation est une technique artistique popularisée par Arman, artiste français qui l’a beaucoup travaillée et théorisée. Tel qu’Arman la définit et la produit, l’accumulation est un rassemblement d’objets identiques dans une très grande quantité, généralement fondue dans du plexiglas.
De manière organisée ou désorganisée – volontairement ou involontairement. Cette technique sera évidemment souvent réinterprétée par la suite, donnant lieu à autant de types d’accumulation différents. Chacun ayant ses propriétés tout en gardant l’aspiration première du matériau réutilisé en masse.
Ce qui laisse entendre toute l’importance qu’elle prendra dans le cadre du pop-art. Dans sa pratique de l’accumulation, Arman distinguait les accumulations pures, les fragmentations, les coupes, les poubelles, les colères et les monuments de la façon suivante, enrichissant dès lors la conception première et simple donnée plus haut.
À propos d’Arman par Grégoire von Muckensturm
L’accumulation dans l’art

Autoportrait Robot – Arman – 1992
L’accumulation est un procédé artistique consistant à rassembler, répéter ou superposer une grande quantité d’objets, d’images ou de formes similaires au sein d’une même œuvre.
Elle occupe une place importante dans l’art moderne et contemporain, car elle interroge à la fois la société de consommation, la mémoire collective, le rapport au temps et la valeur de l’objet artistique.
Dès le début du XXe siècle, l’accumulation apparaît comme une remise en cause de l’œuvre unique et précieuse. Les artistes dadaïstes, tels que Kurt Schwitters, intègrent des fragments et des déchets dans leurs collages, ouvrant la voie à une esthétique du multiple et du rebut. Cette logique se renforce après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte marqué par l’industrialisation, la production de masse et l’essor de la consommation.
L’artiste français Arman est l’une des figures majeures de l’accumulation. À travers ses Accumulations (années 1960), il assemble des objets identiques ou similaires — montres, violons, voitures, déchets — enfermés dans des vitrines ou des résines. En multipliant ces objets, Arman déplace leur fonction utilitaire pour en faire des témoins critiques de la société industrielle et de l’obsolescence programmée. L’accumulation devient alors un outil de dénonciation du gaspillage et de la surconsommation.
D’autres artistes utilisent l’accumulation comme un moyen de questionner la mémoire et l’histoire. Christian Boltanski, par exemple, accumule vêtements usagés, photographies anonymes ou boîtes métalliques afin d’évoquer l’absence, la disparition et la fragilité de l’existence humaine. Chez lui, la répétition et la quantité renforcent l’émotion et donnent à l’œuvre une dimension quasi mémorielle ou funéraire.
L’accumulation peut également produire un effet visuel puissant, proche de la saturation. Dans l’art contemporain, elle participe à une esthétique de l’excès, où le trop-plein devient signifiant. Ce phénomène fait écho à l’analyse de Walter Benjamin, pour qui la reproduction et la multiplication des images modifient profondément notre rapport à l’art et à l’expérience esthétique.
Ainsi, l’accumulation dans l’art n’est pas un simple empilement d’éléments : elle constitue un langage plastique à part entière. Elle permet aux artistes de transformer le banal en œuvre, de donner une valeur symbolique au multiple et de proposer une réflexion critique sur le monde moderne, ses excès, sa mémoire et ses contradictions.
Bibliographie
Accumulation, Arman et Nouveau Réalisme
- Arman, Arman, exposition rétrospective et catalogue, Paris, Centre Pompidou, 22 septembre 2010 – 10 janvier 2011 : présentation de l’exposition.
- Arman, Home, Sweet Home (1960), masques à gaz, boîte en bois et Plexiglas, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne : notice de l’œuvre (elle évoque la première « Accumulation » de 1959 et le texte-manifeste Réalisme des accumulations, 1960).
- Arman (1928-2005) : notice Wikipédia et notice de l’Encyclopædia Universalis.
- Restany, Pierre, Les Nouveaux Réalistes, Paris, Planète, 1968 ; à lire aussi dans l’Encyclopædia Universalis : « Nouveau Réalisme » et « Pierre Restany ».
- Schwitters, Kurt, Merz (collages et assemblages de débris, dès 1919) : dossier ressources du Centre Pompidou.
- Dupriez, Bernard, Gradus, les procédés littéraires, article « Accumulation » : présentation de l’auteur sur Wikipédia.
Mémoire, trace et répétition
- Boltanski, Christian, Christian Boltanski. Faire son temps, catalogue de l’exposition du Centre Pompidou (13 novembre 2019 – 16 mars 2020), Paris, Éditions du Centre Pompidou, 2019 : fiche du catalogue.
Image, reproduction et art contemporain
- Benjamin, Walter, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, versions successives de 1935 à 1939 (Œuvres III, Gallimard, « Folio essais ») : fiche de lecture de l’Encyclopædia Universalis.
- Bourriaud, Nicolas, Esthétique relationnelle, Dijon, Les presses du réel, 1998 : fiche de l’éditeur.
- Danto, Arthur, La transfiguration du banal. Une philosophie de l’art, trad. Claude Hary-Schaeffer, préface de Jean-Marie Schaeffer, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 1989 : sa pensée présentée dans La Vie des idées.
S’il n’y a pas d’émotion, s’il n’y a pas un choc, si on ne réagit pas à la sensibilité, on ne doit pas prendre de photo. C’est la photo qui nous prend.
Henri Cartier-Bresson
Toutes les galeries «ENVRAC»
Il y a environ une centaine de photographies par série.
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EnVrAc60
EnVRAc59
EnVrAc58
envraC57
ENvRac56


Quelle page remarquable, à la fois galerie et manifeste artistique.
J’ai beaucoup apprécié la façon dont vous ancrez votre démarche photographique dans une réflexion théorique solide. Le choix de partir de Dupriez — l’accumulation comme forme ouverte, sans fin logique, sautant d’un point de vue à l’autre — pour l’appliquer ensuite à l’image est une idée vraiment stimulante. On ne pense pas spontanément à rapprocher rhétorique et photographie, et pourtant ça fonctionne parfaitement.
La référence à Arman s’imposait, bien sûr, mais vous prenez soin de ne pas en rester là : Boltanski pour la mémoire et l’absence, Schwitters pour l’esthétique du rebut, Benjamin pour la question de la reproduction… La bibliographie en fin de page est soignée et donne envie d’aller creuser.
La citation de Cartier-Bresson en clôture est bien choisie. Elle rappelle que ces centaines de photographies « en vrac » ne sont pas un simple archivage, mais une sensibilité à l’œuvre — c’est la photo qui prend, pas seulement l’inverse.
Hâte de parcourir les séries EnVrAc59 et EnVrAc60 en détail.
Merci !!!