Morgane l’a fait

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Last Updated on 28/09/2026 – 08:40 by Frank César LOVISOLO

Morgane la fée photographies – Hélène Guillou – Août 2020

Suggestion d’écoute :
Le Val sans Retour      –       Flâneries
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Hélène Guillou - Morgane-Bleu-AvalonPasse-moi le Celte !
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Prudence, palsambleu, prudence.
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La dernière fois que j’ai tenté un humour blanc teinté de Celte, j’ai eu droit à deux semaines de malédiction créative…
D’aucuns, plus curieux, pourront en lire, ici, le fascinant récit.

On travaille, en toute innocence, avec une amie pour quelques photographies féeriques et, bien entendu, on ne se méfie pas…

Et puis, pendant ce temps, entre deux costumes, on apprend que l’on demeure en séance avec une Dame Celte qui avoue, sans coup férir, admirer Morgane, mais pas n’importe quelle Morgane : la principale des neuf enchanteresses d’Avalon…

On ne n’en tient pas toujours compte des contes en fin de compte !

Un peu plus bas, en cliquant sur les titres, on accéde aux séries >>>>

Bonne visite…
Eventuellement, on peut commenter…

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Trois séries photographiques, trois décors, une même héroïne :
Morgane la fée, incarnée par Hélène Guillou. Andrinople en forêt de Brocéliande, Bleu Avalon sur les rochers du Cap-Brun, puis Brutalisme sur le béton de la côte toulonnaise.

 

le Val sans Retour Andrinople BleUn clair-obscur « Bleu Avalon »u Avalon Morgane fée le mur

Morgane: un Val sans Retour Andrinople

Après la musique s’en viennent les images du précédent article où l’on pouvait lire ceci :

C’est en forêt de Paimpont-Brocéliande que se situe, selon la légende le fameux Val et, à la fin d’un sentier, se trouve le Miroir aux Fées, un lac utile à mon propos.

Lorsqu’on y parvient, après un parcours dans ce labyrinthe symbolique où le destin semble ne plus se maitriser, la réalité fait place aux mythes propices à l’imaginaire du photographe qui n’y est jamais allé!

Hélène Guillou – Août 2020

Le diptyque

Diptyque : Hélène Guillou en Morgane la fée dans le Val sans Retour, teinte andrinople

Diptyque – Hélène Guillou en Morgane dans un Val sans Retour Andrinople

Je ne sais toujours pas pourquoi je me suis réveillé là.

Certainement, un sortilège prodigué par la fée à qui j’ai eu l’imprudence de dévoiler mes sentiments. Mais ce qui est fait est fée! C’est qu’il y a du caractère sous la cape. Et puis le fait d’être un descendant des Romains n’a pas facilité la chose. La rancune est tenace en Bretagne, un peu comme plus bas, en Corse !

Toutefois et heureusement ce n’est pas insupportable.

L’endroit demeure agréable, propice au naturalisme bien que les couleurs semblent être issues d’un assemblage expressionniste, surréaliste, baroque, romantique avec cette pointe d’abstraction symbolique, qui, avec une hypallage, ponctue joyeusement cette phrase, assurément jugée un peu trop longue ! On ne compte plus les mauvais coucheurs !

Mais peu importe, ici le temps s’est arrêté, écourtant ainsi la lecture, et la notion d’un lieu cartographié n’a plus de raison d’être. Le Val n’existe plus que dans les rêves.

Cependant, un peu de réalisme : il faut l’avouer, je me suis paumé dans un labyrinthe forestier envahi de plantes dont je ne connais pas les noms1.

Morgane la fée dans le labyrinthe forestier du Val sans Retour

Certes, l’endroit n’est pas désert.

On y croise beaucoup de perdus qui errent d’un sentier à l’autre.

Il y a quelques chevaliers encore en armure qui parcourent bruyamment les sentes en pleurnichant et appelant leur dieu unique à la rescousse. Les réponses se font attendre, il est pas très causant leur divin spécialiste en moraline et passions tristes…

Même si parfois ils faisaient preuve d’une humeur assurément taquine et d’un égo surdimensionné, on demeure loin des joyeux et joyeuses de l’Olympe : enlevez les frasques amoureuses d’un Zeus jupitérien et la mythologie gréco-romaine perd trois quarts de ses pages ! Et Vénus (Aphrodite) se présente toujours le sein haut et fier…

Dans cette religion, ils ont collé une vierge frigide et larmoyante: une magnifique et valorisante représentation de la féminité…

Son unique sein visible ne lui sert qu’à nourrir un fils, fils que son dieu de père, psychopathe, laissera supplicier.

J’aimerais bien qu’il me donne sa définition de miséricorde cet ahuri!

De plus, un seul dieu, qui plus est, méchant, sexiste, intolérant et conséquemment médiocre, c’est ingérable !!! Qu’ont-ils fait à Rome pour qu’on arrive là ? Une pénurie de lion sans doute !

Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours!
Le temps va ramener l’ordre des anciens jours;
La terre a tressailli d’un souffle prophétique…

Gérard de Nerval – Chimères, Delfica

Et puis, cette manie, en Armorique, de coller un calvaire à tous les carrefours, ça vous colle un bourdon de tous les diables.

Sur le tableau on rajoute les grincements lugubres des braconnières et des genouillères: ça fait un boucan ces carapaces ! Surtout les plus anciennes, un peu d’huile aux jointures. Non ?

«Palsangué! Silence! On ne s’entend plus tenter de s’orienter !».

Pas très loquaces, les chevaliers. Ils ne parlent que de leurs hauts faits, comme s’il y avait matière à s’élever à pourfendre la piétaille à grands coups de masse d’armes, fussent-elles joliment ouvragées.

Sans évoquer des palabres assommantes et sans fin sur les pannes de canasson, le remplacement des fers sur un «4pats» toutes les deux cents lieues, les anciennes voies romaines qui sont devenues instables faute d’entretien, le prix du fourrage dans les stations Elfe2, qui incite joyeusement au pillage et le prix des selles, étrivières, troussequins, croupières, sangles, brides, mors, caveçons et autres martingales vendues via correspondance par les farouches guerrières des rives de la mer Noire, sans parler des délais imposés par icelles qu’il vaut mieux éviter d’exaspérer.

Ceux-là ne sont pas dans le Val parce que ce sont de « faux amants » ou des chevaliers infidèles en amour. Il y a une autre explication :

Une odeur méphitique règne sous la cotte de mailles, on ne se lave pas tous les mois. Alors il leur faudrait trouver une gentillette de la noblesse anosmique pour, déjà, conter fleurette et frappée d’agueusie pour espérer un batifolage dionysiaque!

Demandez dans les villages ce que la population pense de l’amour courtois quand ces derniers sont passés pour leur réclamer gentiment des victuailles, sucer et mordre les seins des jouvencelles.

Il faut en déduire qu’ils sont enfermés parce que pas très gentils avec les dames. Toutefois, il faut bien repeupler les champs de bataille! Cela a certainement déplu, à Morgane! C’est ce courroux andrinople qui colora un temps le lieu d’ordinaire verdoyant, quoique pluvieux!

Cependant, la question reste entière : foutredieu, que fais-je donc ici ?

Réponds-moi, fée !

La légende du Val sans Retour

Carte illustrée de la forêt de Brocéliande et du Val sans Retour

Publiée dans l’ouvrage de Charles Le Goffic, Brocéliande, en 1932.

Le vent souffle doucement dans la forêt de Brocéliande. Voici l’histoire du Val sans Retour et de Morgane la fée…

Il y a fort longtemps, au cœur de la forêt profonde, vivait Morgane la Fée. Belle, savante et puissante, elle connaissait les secrets des plantes, des étoiles et des sortilèges anciens. Mais son cœur, lui, n’était pas invincible.

Un jour, Morgane tomba amoureuse d’un chevalier. Il lui jura fidélité, éternité, serments murmurés sous la lune… Mais les promesses des hommes sont parfois plus fragiles que la rosée du matin. Elle apprit qu’il aimait ailleurs.

Alors, son chagrin se changea en colère.

Au creux d’une vallée sauvage bordée de rochers rouges, Morgane leva les bras vers le ciel et prononça des paroles que le vent n’a jamais répétées. La terre trembla. L’air devint lourd. Et le Val sans Retour naquit.

Dès lors, tout chevalier infidèle qui pénétrait dans la vallée s’y retrouvait prisonnier. Ils erraient parmi les bruyères et les étangs silencieux, incapables de franchir les limites invisibles du sortilège. Plus ils tentaient de fuir, plus le chemin les ramenait au même endroit.

Beaucoup disparurent ainsi, victimes de leurs propres serments trahis.

Les années passèrent.

Un jour, un chevalier s’aventura dans le val. Il s’appelait Lancelot du Lac. Son armure brillait comme l’aube, mais son cœur portait un amour ardent et sincère. Lorsque le charme tenta de l’enchaîner, il ne faiblit pas.

Car le sort de Morgane avait une faille : seul un amour véritable et fidèle pouvait briser l’enchantement.

Lancelot traversa la vallée sans être retenu. Les chaînes invisibles se brisèrent, les brumes se dissipèrent, et les chevaliers captifs retrouvèrent la liberté.

Morgane, depuis les hauteurs, observa la scène. On dit qu’un instant, son regard ne fut plus colère… mais tristesse.

Depuis ce jour, le val est redevenu sauvage et silencieux. Mais lorsque le vent passe entre les pierres rouges, certains jurent entendre encore un murmure :

« Que nul ne jure ce qu’il ne peut tenir… »

Et si un soir tu te promènes en Brocéliande, prends garde à ton cœur. Car la forêt écoute toujours.

1 – Merci, Marcel Pagnol ! ( A propos de « Lili des Bellons », l’ami d’enfance de Marcel Pagnol tombé au front « … en 1917, dans une noire forêt du Nord, une balle en plein front avait tranché sa jeune vie, et il était tombé sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas les noms… » ) ↑

2 – Les plus âgés comprendront! Toutefois, c’est un peu lourd je l’avoue!

Photographies : Hélène Guillou en Morgane la fée

 

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le Val sans Retour Andrinople BleUn clair-obscur « Bleu Avalon »u Avalon Morgane fée le mur

Un clair-obscur « Bleu Avalon »

Quand, en art, on évoque le bleu, il est difficile de se soustraire à l’« I.K.B » d’Yves Klein.

Un outremer, chimiquement personnalisé, dont il se sert quant à ses monochromes, anthropométries et sculptures souventefois spongieuses.

Néanmoins, loin de moi, cette idée saugrenue d’imiter et, qui pis est, plagier Yves Klein. Beaucoup trop d’artistes le font. Un simple « Klein d’œil », en début et en fin d’article, à cet artiste trop tôt disparu dont j’admire, par surcroît, la créativité.

Selon la loi, nul ne peut monopoliser une teinte. Cependant, pour une réalisation artistique, au sens de l’art conceptuel, rien ne s’oppose au fait d’en nommer une et se l’approprier !

Ce « Bleu Avalon » existera uniquement pour cette nouvelle série épicurienne, poétiquement libertaire, sur fond de légende polythéiste, arthurienne et, inéluctablement, celtique.

Derechef, Morgane la fée en sera l’héroïne ecchymosée ton sur ton étant donné la rudesse bucolique du décor, des ramures assassines jonchant une rocaille féegicide!

Le barbu, chapeautant et chapeauté pointu, a eu connaissance des contusions. Cela a fait des contes à n’en plus finir. Enfin, morbleu! Il faut bien que les mythes se construisent, palsambleu!


Hélène Guillou – Août 2020

Diptyques

Hélène Guillou est la fée Morgane en voyage au Cap-Brun, août 2020.

La pleine ombre du Bleu Avalon

Nuancier du Bleu Avalon, teinte créée pour la série

Bleu Avalon

La teinte sollicitée oscille allègrement dans un camaïeu dont l’origine serait un bleu Égyptien sinuant de l’Outremer à Nuit, s’attardant du Marine au Roi jouxtant le Safre et le Saphir.

Ceci pour le décor mystérieusement égratigné, comme la fée, de branchages effeuillés…

L’ensorceleuse est, pour ce scénario photographique, transposée dans une improbable Avalon «outremérisée» à outrance, pour notre bon plaisir.

Si on s’en réfère à la mythologie celte, l’île serait le pays des morts, tout comme les champs Élyséens des mythologies grecque et romaine, un lieu où les âmes vertueuses trouveraient la paix.

L'île des morts III d'Arnold Böcklin (1883), huile sur panneau, ancienne galerie nationale de Berlin

L’île des morts III (1883), huile sur panneau, 80 x 150 cm. Ancienne galerie nationale de Berlin.

Un arrière monde indéfinissable sans emplacement utile dans la réalité.

Ce n’est pas sans rappeler le tableau du peintre symboliste Arnold Böcklin «L’Île des Morts», musicalement illustré par un poème symphonique du compositeur russe Sergueï Rachmaninov, en 1909.

Contrairement aux défunts, Morgane peut y venir et en repartir comme bon lui semble. Ce qui, je dois l’avouer, facilite grandement notre harmonieuse et artistique complicité !

Le bleu est la couleur du ciel, du lointain, de la nostalgie, de l’infini

Cercle chromatique de Goethe, aquarelle originale de 1809

Aquarelle originale de Goethe (1809), Musée Goethe de Frankfort

«Cette couleur a sur l’œil un effet étrange presque indicible. Elle est l’énergie faite de couleur…

Elle excite et calme tout à la fois.

Comme nous voyons en bleu le ciel au dessus de nous et les montagnes au loin, une surface bleue semble reculer devant nous.

De même que nous aimons poursuivre un objet agréable qui nous fuit, nous regardons volontiers le bleu, non parce qu’il s’impose mais parce qu’il nous entraîne.»

Johann Wolfgang von Goethe – Zur Farbenlehre 1810 ( Le Traité des couleurs )

Note sur la couleur

Monochrome bleu IKB 191, International Klein Blue

IKB 191, c’est-à-dire l’International Klein Blue.

Cyanomètre de 1789 pour évaluer le bleu du ciel

Cyanomètre de 1789 pour évaluer le bleu du ciel

Selon le modèle cosmologique utilisé par les scientifiques, l’univers a commencé son évolution, il y a 13,8 milliards d’années, d’un « big bang » pour le moins spectaculaire, obscur et silencieux.

Tout au plus agité, à partir de 10-32s, d’ondes gravitationnelles et de densité. Il lui faut attendre 380 000 années, d’échelle humaine, pour que les ondes électromagnétiques fassent leur apparition.

La lumière est là, mais l’univers est toujours aussi sombre et le demeurera. Cette « lumière » existe uniquement en tant qu’oscillations électromagnétiques parcourant l’espace.

Ces ondes deviendront lumière seulement quand des êtres vivants, munis d’un organe idoine, seront aptes à les capter, les interpréter et les utiliser.

Tout d’abord pour la survie et depuis peu, à l’échelle géologique terrienne, pour la culture au sens large.

Sur notre planète, l’évolution de la vision du vivant commence au précambrien, avec quelques cellules nerveuses photosensibles, reliées à des neurones qui induisent des réflexes. Elle continue jusqu’à l’œil actuel, adapté aux besoins de diverses espèces avec ses différentes morphologies.

«L’œil doit son existence à la lumière. A partir d’organes animaux secondaires et indifférents, la lumière produit pour elle un organe qui devient son semblable, et ainsi l’œil se forme par la lumière et pour la lumière, afin que la lumière intérieure vienne répondre à la lumière extérieure»
Johann Wolfgang von Goethe ( Le traité des couleurs )

Ipomées bleues du jardin toulonnais (Ipomoea tricolor)

Ouf, elles sont bleues !

Les plantes voient. Le biologiste italien Stefano Mancuso en est persuadé (lire l’article). Je le crois aussi.

J’ai semé dans mon jardin des ipomées, des plantes grimpantes que l’on trouve communément sur la côte toulonnaise ( Ipomoea tricolor ).

Je me suis livré alors à une petite expérience.

Quand elles ont commencé à se développer, j’ai planté un tuteur à une distance d’environ cinquante centimètres d’une pousse pour, qu’éventuellement, elle s’y agrippe.

Il ne lui a même pas fallu une douzaine d’heures pour parvenir à s’y accrocher… La plante a vu le piquet. Comment ? Je ne saurais vous répondre !

On se doute bien que, dans cette immensité sidérale, la vie est indubitablement apparue et disparue à différents endroits et à des périodes différentes, même si nous en avons aucune preuve actuellement. Comme notre univers est soumis, en tous lieux, aux mêmes lois de la physique on peut supposer qu’un évolutionnisme Darwinien soit la règle cosmique du vivant.

L’univers aurait-il créé la vie et son évolution pour arriver à des êtres capables de l’observer, le comprendre, et, par cela, se serait-il assuré de sa réalité ?

Cela impliquerait une conscience cosmologique qui échappe, pour l’instant, à toute analyse scientifique et reste uniquement dans la sphère des modèles et des extrapolations ! Les atomistes Grecs, tels Mochus de Sidon, Démocrite, Leucippe, ont connu ces questionnements. Les réponses sont venues bien plus tard.

Tout cela pour dire que le bleu est depuis longtemps dans le domaine public, même si l’interprétation intellectuelle d’icelui est plus que récente, comparée aux échelles temporelles suscitées.

Il serait intéressant de savoir à quel moment, sur Terre, un hominidé a su nommer une couleur et l’utiliser pour décrire, par exemple, le ciel…

De la photo numérique à la peinture ou, à contrario… Et, encore, du Goethe et des bleus !

Leider ist der französische Humor !

Wolfgang Goethe, Campagne in Frankreich, 30 août 1792

Goethe dans la campagne romaine, portrait par Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, 1786

Johann Heinrich Wilhelm Tischbein – Goethe dans la campagne romaine – 1786

« Après ces préparatifs concernant l’utilité du futur et la commodité du présent, je jetai un regard autour de moi sur le pré de notre campement, dont les tentes s’échelonnaient jusqu’aux collines.

Sur le vaste tapis vert, un spectacle étrange attira mon attention : quelques soldats, disposés en cercle, s’intéressaient à quelque chose qui se trouvait au milieu d’eux.

En les examinant de plus près, je vis qu’ils étaient accroupis autour d’une fosse en entonnoir, pleine de l’eau de source la plus pure et dont l’ouverture pouvait avoir dans les trente pieds de diamètre.

Il s’y trouvait d’innombrables petits poissons, que les soldats pêchaient à l’hameçon, ayant emporté à cette fin dans leurs bagages le matériel nécessaire. L’eau était la plus limpide du monde et le spectacle de cette pêche assez divertissant. En observant ce jeu, je ne tardai pas à m’apercevoir qu’en bougeant les petits poissons reflétaient des couleurs diverses.

Je crus d’abord que ce phénomène était dû aux couleurs changeantes de ces petits corps, mais une explication plus satisfaisante se révéla vite à mon esprit.

Dans la fosse était tombé un tesson de faïence qui, du fond me montrait les plus belles couleurs du prisme. Plus claire que le fond, se détachant de celui-ci, il présentait, du côté opposé à moi, les couleurs bleu clair et violet et au contraire de mon côté le rouge et le jaune.

Lorsque je fis ensuite le tour de la source, je constatai que le phénomène me suivait et que les couleurs apparaissaient toujours les mêmes à mon regard, comme il est naturel dans une expérience subjective de ce genre.

Ce fut pour moi, qui me passionnais pour ces questions, une grande joie de voir ici reproduit, en plein air, sous une forme aussi simple et naturelle, un phénomène pour lequel, depuis déjà cent ans, les professeurs de physique ont coutume de s’enfermer dans une pièce obscure avec leurs élèves.

Je me procurai un autre morceau de faïence, que je jetai dans la fosse, et je pus observer parfaitement que le phénomène se manifestait dès que le tesson descendait sous la surface de l’eau, et qu’il devenait plus apparent au fur et à mesure que le morceau s’enfonçait et que, devenu un petit corps blanc, saturé de couleur, il arrivait au fond sous l’aspect d’une petite flamme. Je me souviens alors qu’Agricola* avait déjà réfléchi sur ce fait et l’avait classé parmi les phénomènes ignés. »

*Georgius Agricola : né le 24 mars 1494 à Glauchau en Saxe – mort le 21 novembre 1555 à Chemnitz, était un savant du XVIe siècle, considéré comme le père de la minéralogie et de la métallurgie du fait de son ouvrage majeur De Re Metallica qui constitue le premier ouvrage de référence sur les techniques minières et le travail du métal, accompagné de nombreuses illustrations.

Le bleu dans la peinture

Note : toutes les reproductions qui suivent sont soumises, à n’en pas douter, à des erreurs de colorimétrie. Malgré l’intérêt culturel d’icelles, quant à la connaissance de leurs existences, rien n’égalera une visite au musée pour se délecter de leurs nuances.

Nicolas de Staël, Paysage, 1954, huile sur toile, 54 x 81 cm, collection particulière

Nicolas de Staël – Paysage, 1954 – Huile sur toile, 54 x 81 cm – Collection particulière

Couple dans un paysage bleu

Tableau réalisé par le peintre français Marc Chagall en 1969-1971. Un homme offrant un bouquet de fleurs à une femme devant Saint-Paul-de-Vence. Collection privée.

Marc Chagall, Couple dans un paysage bleu, 1969-1971

Joseph Mallord William Turner – The Blue Rigi, Sunrise – 1842

Tate Gallery

Joseph Mallord William Turner, The Blue Rigi, Sunrise, 1842

« Le bleu développe très profondément l’élément du calme. Glissant vers le noir, il prend la consonance d’une tristesse inhumaine. À mesure qu’il s’éclaircit, ce qui lui convient moins, le bleu prend un aspect plus indifférent jusqu’à devenir un calme muet». Vassily Kandinsky, Du spirituel dans l’art.

Vassily Kandinsky, Jaune, Rouge, Bleu, 1925, Centre Pompidou
Jaune – Rouge – Bleu, par Wassily Kandinsky – 1925
Huile sur toile – 128 x 201,5 cm
Centre Georges Pompidou, Paris, France

«… Hiroshima, les ombres d’Hiroshima ; dans le désert de la catastrophe atomique, elles ont été un témoignage sans doute terrible mais cependant un témoignage tout de même d’espoir de la survie et de la permanence, même immatérielle, de la chair.» Yves Klein, extrait de « Le vrai devient réalité » 1960

Yves Klein, Hiroshima, 1961, pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur panneau, The Menil Collection, Houston

Yves Klein – Hiroshima – 1961
Pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur panneau
139.5 x 280.5 cm
The Menil Collection, Houston, États-Unis
© Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris

Mark Rothko, Blue and Gray, 1962, Fondation Beyeler
Rothko Mark
Blue and Gray, 1962, huile sur toile, 193 x 175 cm,
Fondation Beyeler, Collection Beyeler

Et mon regretté ami Pierre Anfosso

(1er décembre 1928 à La Crau – 5 novembre 2004 à Hyères) est un peintre français.

En 1950, avec des condisciples de l’école : Gilbert Louage, Jacques Burois, Monique Ducreux, Monique Roy et Lucien Long, il crée le Groupe 50 qui expose à la galerie toulonnaise « La Palette », au musée des Beaux-Arts de Toulon, à la Biennale de Menton et à l’exposition de la Jeune Peinture Méditerranéenne.

Dans les années qui vont suivre, il participe à de nombreuses expositions de groupe ou personnelles et recevra plusieurs prix de peinture. Au fil des décennies, ses inspirations iront notamment vers De Staël et Rothko. [Source]

Pierre Anfosso, peinture bleue, hommage à De Staël et Rothko
Pierre Anfosso, toile abstraite dans les bleus
Pierre Anfosso, paysage méditerranéen abstrait bleu

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le Val sans Retour Andrinople BleUn clair-obscur « Bleu Avalon »u Avalon Morgane fée le mur

Morgane fée le mur

Douze photographies joyeusement sombres avec Hélène Guillou de Bretagne dans le rôle de Morgane la Fée.

Hélène Guillou – Août 2020

Un texte pour accompagner les photographies

Je dois écrire un texte qui accompagne ces photographies.

Morgane la fée sur la lande bretonne, silhouette de l'Ankou

Bretagne

« J’ai hâte de te lire » m’a-t-elle dit. Fichtre, on m’attend au tournant.

Quand on sait qu’elle pilote un 4 x 4*, les virages elle les maîtrise !

Prudence, palsambleu, prudence.

La dernière fois que j’ai tenté un humour blanc teinté de Celte, j’ai eu droit à deux semaines de malédiction créative… D’aucuns, plus curieux, pourront en lire, ici, le fascinant récit.

Si on parcourt l’œuvre poétique « Erec » du poète allemand Hartmann von Aue, ô combien connu de tous, on apprend que Morgane serait, toujours, susceptible de changer les personnes en animaux… Cette magie friponne la rapproche de Circé la Grecque, ce qui rassure, un tantinet, le photographe Méditerranéen !

Certes, tout dépend de la bestiole choisie par la magicienne pugnace ! Si c’est en fureur qu’elle opère son sortilège, je crains fort que la transmutation n’aille pas vers un minou propice aux câlins. Un félin, qu’elle baptiserait Accolon, apparaîtrait comme un moindre mal, si l’ensorceleuse, ensuite, lui permet de tendrement lui ronronner dans le creux de l’oreille[♥].

Fata Morgana, sculpture de Jean Bologne, vers 1573

Fata Morgana – Jean Bologne – Vers 1573

Cependant, je n’ose imaginer quelle idée de transmutation pourrait lui passer par l’esprit.

Tous les animaux ont un rôle à jouer dans la nature, assurément j’en conviens, mais certains me siéraient fort peu. Demandez à Kafka ce qu’il en pense de la métamorphose !

Ne négligeons pas le fait qu’un descendant des Romains photographie une Bretonne ! ( Senatus populusque romanus et toc ! )

Un sujet sensible qu’il vaut mieux éviter en début de repas, le risque de se retrouver transmuté et cuisiné est bien trop grand !

Franchement, de quoi aurais-je eu l’air, transsubstantialisé en andouille de Guémené, fumé, affalé dans une assiette et assailli de toutes parts par des feuilles de laitues. Évidemment ce serait certainement, dans ma vie, une occasion d’être bon et apprécié comme il se doit !

Maigre consolation.

Pour l’instant tout va bien et j’ai toujours mon humanité… Mais il se pourrait qu’après sa lecture du texte… Attendons avec fierté, courage et honneur !

Alea jacta est !

Bref, si ça, ce n’est pas du préambule !

Quant aux photos ! ( on y arrive ) : Brutalisme

Panorama de la côte entre la plage de la Batterie Basse et la plage du Fort Cap Brun, près de Toulon

Elles ont été prises sur cette côte près de Toulon, entre la plage de la Batterie Basse et la plage du Fort Cap Brun.

Mur en béton armé protégeant une demeure de la mer, côte du Cap Brun

Il existe une demeure jouxtée d’un immense mur qui la protège de la mer. Cet édifice est renforcé de poutres en béton armé, ancrées sur les roches émergentes. L’ensemble donne au lieu une singulière structure propice à l’imagination.

Il est indubitablement regrettable que le béton ne soit pas brut. Il aurait conservé les traces du coffrage : les nœuds du bois fossilisé dans cette matière idoine au brutalisme, un style architectural, prisé par Louis Kahn, Kunio Maekawa, Alison et Peter Smithson, Bertrand Goldberg, Jean Renaudie et Le Corbusier, pour ne citer qu’eux.

Le béton de ciment de cette structure, naturellement gris, a été recouvert d’un crépi «chair-rose» indécis affublé d’une granulométrie impitoyable…

Les « Étoiles » de Jean Renaudie à Ivry-sur-Seine, architecture brutaliste

Les « Étoiles » de Jean Renaudie : Ivry-sur-Seine, inaugurées en 1972

Une obsession d’ingénieur en monotonies.

Regardez : en Provence, tous les lotissements à la périphérie des villes et villages sont de couleur uniforme : le même «chair-rose» débectant ! Un style qui se veut provençal.

On remarquera que, de toutes les maisons construites avant les années soixante-dix, seules les victimes d’un maniaque à la truelle on subit ce terrible sort. Les autres sont couvertes d’un simple enduit peint.

Quant aux styles, rien que dans le quartier où je réside, je ne saurai les compter !

Au dîner salvateur, cette marotte râpeuse m’a valu une remarque qui est partie d’une aumônière au chèvre chaud et a atterri dans ma salade de poulpe !

La fée s’est blessée sur la grosse poutre en se faufilant pour prendre la pose ! La rugosité assassine de l’édifice a eu raison de la fragilité de sa peau !

Conséquemment, j’ai eu, dans mon assiette, une omoplate endolorie ornée d’une cinquantaine de points de suture, au bas mot !

Toutefois cette rudesse lui va bien.

Détentrice du savoir ancien, Morgane la Fée incarne ce pouvoir féminin en désaccord avec la société médiévale chrétienne empreinte de passions tristes décrites par Spinoza.

Le décor anguleux délimite un territoire tutélaire et protecteur. Il reste l’objet massif et inerte, d’une temporalité en perpétuelle évolution. C’est un giron régénérateur où elle pourra puiser l’énergie nécessaire à la poursuite de ses désirs… Mais, elle seule connaît la teneur de sa quête.

Laissons-lui ses secrets.

Elle les aura certainement confiés à la pierre…

Notes et pour aller plus loin

♥ – On notera, au passage, la hardiesse du message subliminal ! Le billet doux requiert, parfois, une indéniable démesure… On fée ce qu’on peut ! Et puis, quasiment personne ne prend le temps de lire les textes, alors imaginez les notes de bas de page !!!

Logo des Étincelles du DjebelLes Étincelles du Djebel

Sur le brutalisme :

La Bibliographie et les sources de Véra Radomirskaïa

Légende arthurienne et Brocéliande

Couleur et peinture

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