Last Updated on 25/09/2026 – 09:11 by Frank César LOVISOLO
« Sauvage » pour Isidore Ducasse alias Comte de Lautréamont
Treize Épisodes musiqués des Six Chants de Maldoror – Chant 06 interprété par Noelly Thiebaut
Analyse des textes : Frank César Lovisolo assisté de Tatiana Smirnov pour la documentation littéraire
|
|
| 01 – Vous dont le calme enviable | 02 – Les mains liées derrière le dos |

Portrait présumé d’Isidore Ducasse par Charles Reutlinger. (colorisé)
Chants de Maldoror — Isidore Ducasse / Lautréamont
Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.
L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.
En construisant la lecture comme une expérience périlleuse, voire toxique, Lautréamont ne se contente pas de provoquer : il élabore une véritable poétique de l’épreuve, fondée sur la dissolution du sujet lecteur et sur l’instabilité du sens.
On peut dès lors se demander comment cet incipit met en place une conception radicale de la lecture comme processus de contamination et de désorientation, tout en proposant une réflexion implicite sur l’acte interprétatif lui-même.
![]()
Chant 006a – Vous dont le calme enviableLectrice : Noelly Thiebaut |
Extrait |
|
|
Prétendriez-vous donc que, parce que j’aurais insulté, comme en me jouant, l’homme, le Créateur et moi-même, dans mes explicables hyperboles, ma mission fût complète ? Non : la partie la plus importante de mon travail n’en subsiste pas moins, comme tâche qui reste à faire. Désormais, les ficelles du roman remueront les trois personnages nommés plus haut : il leur sera ainsi communiqué une puissance moins abstraite. Leur vitalité se répandra magnifiquement dans le torrent de leur appareil circulatoire, et vous verrez comme vous serez étonné vous-même de rencontrer, là où vous n’aviez cru voir que des entités vagues appartenant au domaine de la spéculation pure, d’une part, l’organisme corporel avec ses ramifications de nerfs et ses membranes muqueuses, de l’autre, le principe spirituel qui préside aux fonctions psychologiques de la chair. Ce sont des êtres doués d’une énergique vie qui, les bras croisés et la poitrine en arrêt, poseront prosaïquement (mais je suis certain que l’effet sera très poétique) devant votre visage, placés seulement à quelques pas de vous, de manière que les rayons solaires, frappant d’abord les tuiles des toits et le couvercle des cheminées, viendront ensuite se refléter visiblement sur leurs cheveux terrestres et matériels. Mais, ce ne seront plus des anathèmes, possesseurs de la spécialité de provoquer le rire; des personnalités fictives qui auraient bien fait de rester dans la cervelle de l’auteur; ou des cauchemars placés trop au-dessus de l’existence ordinaire. Remarquez que, par cela même, ma poésie n’en sera que plus belle. Vous toucherez avec vos mains des branches ascendantes d’aorte et des capsules surrénales; et puis des sentiments ! Les cinq premiers récits n’ont pas été inutiles; ils étaient le frontispice de mon ouvrage, le fondement de la construction, l’explication préalable de ma poétique future : et je devais à moi-même, avant de boucler ma valise et me mettre en marche pour les contrées de l’imagination, d’avertir les sincères amateurs de la littérature, par l’ébauche rapide d’une généralisation claire et précise, du but que j’avais résolu de poursuivre. En conséquence, mon opinion est que, maintenant, la partie synthétique de mon œuvre est complète et suffisamment paraphrasée. C’est par elle que vous avez appris que je me suis proposé d’attaquer l’homme et Celui qui le créa. Pour le moment et pour plus tard, vous n’avez pas besoin d’en savoir davantage ! Des considérations nouvelles me paraissent superflues, car elles ne feraient que répéter, sous une autre forme, plus ample, il est vrai, mais identique, l’énoncé de la thèse dont la fin de ce jour verra le premier développement. Il résulte, des observations qui précèdent, que mon intention est d’entreprendre, désormais, la partie analytique; cela est si vrai qu’il n’y a que quelques minutes seulement, que j’exprimai le vœu ardent que vous fussiez emprisonné dans les glandes sudoripares de ma peau, pour vérifier la loyauté de ce que j’affirme, en connaissance de cause. Il faut, je le sais, étayer d’un grand nombre de preuves l’argumentation qui se trouve comprise dans mon théorème; eh bien, ces preuves existent, et vous savez que je n’attaque personne, sans avoir de motifs sérieux ! Je ris à gorge déployée, quand je songe que vous me reprochez de répandre d’amères accusations contre l’humanité, dont je suis un des membres (cette seule remarque me donnerait raison!) et contre la Providence : je ne rétracterai pas mes paroles; mais, racontant ce que ce que j’aurai vu, il ne me sera pas difficile, sans autre ambition que la vérité, de les justifier. Aujourd’hui, je vais fabriquer un petit roman de trente pages; cette mesure dans la suite restera à peu près stationnaire. Espérant voir promptement, un jour ou l’autre, la consécration de mes théories acceptée par telle ou telle forme littéraire, je crois avoir enfin trouvé, après quelques tâtonnements, ma formule définitive. C’est là meilleur : puisque c’est le roman ! Cette préface hybride a été exposée d’une manière qui ne paraîtra peut-être pas assez naturelle, en ce sens qu’elle surprend, pour ainsi dire, le lecteur, qui ne voit pas très bien où l’on veut d’abord le conduire; mais, ce sentiment de remarquable stupéfaction, auquel on doit généralement chercher à soustraire ceux qui passent leur temps à lire des livres ou des brochures, j’ai fait tous mes efforts pour le produire.
Frank César Lovisolo & Tatiana Smirnov.
A propos de la Métapoésie lautréamoncienne malodorée…Dans cet extrait des Chants de Maldoror, Lautréamont opère un tournant décisif : la voix narratrice quitte provisoirement la violence visionnaire pour adopter une posture réflexive et programmatique. Ce passage, souvent considéré comme un moment charnière de l’œuvre, prend la forme d’une préface interne où l’auteur-personnage expose son projet littéraire. Il ne s’agit plus seulement d’« attaquer l’homme et Celui qui le créa », mais de redéfinir les modalités formelles de cette attaque. Lautréamont annonce le passage d’une phase « synthétique » à une phase « analytique », et revendique l’adoption du roman comme « formule définitive ». On peut dès lors se demander comment ce texte, sous l’apparence d’un discours explicatif, met en scène une poétique paradoxale où l’exigence de preuve, de matérialité et de démonstration vient renforcer — et non atténuer — la radicalité subversive du projet initial. Nous verrons d’abord que le passage construit une rupture méthodologique avec les chants précédents, puis qu’il affirme une poétique de l’incarnation et de la matérialité, avant d’analyser la dimension ironique et performative de cette prétendue rationalisation. Les Chants de Maldoror
De l’hyperbole à la démonstration : l’annonce d’un tournant analytique![]() Taverne – Prompt FCL Le texte s’ouvre sur un refus : il ne s’agira plus de produire des « exclamations » grotesques, comparées ironiquement à des « gloussements de poule cochinchinoise ». Par cette autodérision, Lautréamont semble prendre ses distances avec les excès lyriques des chants précédents. Il affirme désormais vouloir « prouver par des faits les propositions que l’on avance ». Le vocabulaire change : propositions, théorème, preuves, argumentation Le discours adopte les codes du raisonnement scientifique ou philosophique. La haine ne sera plus seulement proclamée ; elle sera démontrée. Le passage à la « partie analytique » marque l’entrée dans une nouvelle stratégie : il ne s’agit plus d’énoncer une thèse, mais d’en exhiber les preuves narratives. Les Chants de Maldoror
Une poétique de l’incarnation : du concept à l’organismeL’un des enjeux majeurs du passage réside dans la volonté de donner chair aux abstractions : « les ficelles du roman remueront les trois personnages » Les entités — l’homme, le Créateur, le narrateur — ne seront plus des idées mais des organismes. Lautréamont insiste sur la matérialité corporelle : appareil circulatoire, ramifications de nerfs, membranes muqueuses, branches ascendantes d’aorte, capsules surrénales. Cette précision anatomique est frappante. Elle manifeste un désir de naturaliser le conflit métaphysique. La guerre contre l’homme et Dieu devient affaire de chair. L’auteur revendique explicitement cette corporéité : Le texte sollicite la sensation, le contact, presque l’expérimentation. La littérature est conçue comme démonstration physiologique. Cependant, l’oxymore implicite — « poser prosaïquement (mais […] très poétique) » — révèle la tension centrale : le prosaïque devient poétique. Les Chants de Maldoror
Ironie et performativité : la rationalité comme nouvelle stratégie d’attaqueMalgré son apparence méthodique, le passage demeure profondément ironique. Lorsque le narrateur affirme vouloir enfermer le lecteur « dans les glandes sudoripares de ma peau », la prétendue démonstration scientifique bascule dans le grotesque. La rhétorique du « théorème » et des « preuves » est contaminée par l’excès imaginaire. La rationalité revendiquée est elle-même performative : elle ne vise pas la neutralité, mais l’intensification du choc. Le choix du roman est présenté comme « formule définitive ». Pourtant, l’annonce même est instable : la « préface hybride » revendique son pouvoir de « stupéfaction ». Lautréamont cherche délibérément à désorienter le lecteur. Ainsi, la clarification promise est paradoxale : elle produit davantage de trouble. La rationalisation est une nouvelle arme dans la guerre contre le lecteur et contre l’humanité. Le texte assume enfin sa dimension polémique : La littérature devient champ de bataille. La justification morale (« sans autre ambition que la vérité ») est ambiguë : la vérité invoquée est celle de l’expérience subjective. Les Chants de Maldoror
|
![]()
Chant 006b – Les mains liées derrière le dos
Lectrice : Noelly Thiebaut |
Extrait |
|
Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme.
Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone.
Avec de l’habitude, on fait vite une chose ; mais, je puis dire que celui-ci n’employa pas beaucoup de temps pour attacher les pieds de Mervyn à l’extrémité de la cloche.
Le rhinocéros avait appris ce qui allait arriver. Couvert de sueur, il apparut haletant, au coin de la rue Castiglione. Il n’eut même pas la satisfaction d’entreprendre le combat. L’individu, qui examinait les alentours du haut de la colonne, arma son révolver, visa avec soin et pressa la détente. Le commodore qui mendiait par les rues depuis le jour où avait commencé ce qu’il croyait être la folie de son fils et la mère, qu’on avait appelée la fille de neige, à cause de son extrême pâleur, portèrent en avant leur poitrine pour protéger le rhinocéros. Inutile soin. La balle troua sa peau, comme une vrille ; l’on aurait pu croire, avec une apparence de logique, que la mort devait infailliblement apparaître.
Mais nous savions que, dans ce pachyderme, s’était introduite la substance du Seigneur. Il se retira avec chagrin. S’il n’était pas bien prouvé qu’il ne fût trop bon pour une de ses créatures, je plaindrais l’homme de la colonne ! celui-ci, d’un coup sec de poignet, ramène à soi la corde ainsi lestée.
Placée hors de la normale, ses oscillations balancent Mervyn, dont la tête regarde le bas. Il saisit vivement, avec ses mains, une longue guirlande d’immortelles, qui réunit deux angles consécutifs de la base, contre laquelle il cogne son front. Il emporte avec lui, dans les airs, ce qui n’était pas un point fixe.
Après avoir amoncelé à ses pieds, sous forme d’ellipses superposées, une grande partie du câble, de manière que Mervyn reste suspendu à moitié hauteur de l’obélisque de bronze, le forçat évadé fait prendre, de la main droite, à l’adolescent, un mouvement accéléré de rotation uniforme, dans un plan parallèle à l’axe de la colonne, et ramasse, de la main gauche, les enroulements serpentins du cordage, qui gisent à ses pieds.
La fronde siffle dans l’espace ; le corps de Mervyn la suit partout, toujours éloigné du centre par la force centrifuge, toujours gardant sa position mobile et équidistante, dans une circonférence aérienne, indépendante de la matière.
Le sauvage civilisé lâche peu à peu, jusqu’à l’autre bout, qu’il retient avec un métacarpe ferme, ce qui ressemble à tort à une barre d’acier. Il se met à courir autour de la balustrade, en se tenant à la rampe par une main. L’angle droit formé par la colonne et le fil végétal a ses côtés égaux ! Le bras du renégat et l’instrument meurtrier sont confondus dans l’unité linéaire, comme les éléments atomistiques d’un rayon de lumière pénétrant dans la chambre noire. Les théorèmes de la mécanique me permettent de parler ainsi ; hélas ! on sait qu’une force, ajoutée à une autre force, engendrent une résultante composée des deux forces primitives ! Qui oserait prétendre que le cordage linéaire ne se serait déjà rompu, sans la vigueur de l’athlète, sans la bonne qualité du chanvre ? Le corsaire aux cheveux d’or, brusquement et en même temps, arrête sa vitesse acquise, ouvre la main et lâche le câble. Le contre-coup de cette opération, si contraire aux précédentes, fait craquer la balustrade dans ses joints. Mervyn, suivi de la corde, ressemble à une comète traînant après elle sa queue flamboyante. Si la mort arrête la maigreur fantastique des deux bras longs de mes épaules, employés à l’écrasement lugubre de mon gypse littéraire, je veux au moins que le lecteur en deuil puisse se dire: […] Dans le parcours de sa parabole, le condamné à mort fend l’atmosphère, jusqu’à la rive gauche, la dépasse en vertu de la force d’impulsion que je suppose infinie, et son corps va frapper le dôme du Panthéon, tandis que la corde étreint, en partie, de ses replis, la paroi supérieure de l’immense coupole. C’est sur sa superficie sphérique et convexe, qui ne ressemble à une orange que pour la forme, qu’on voit, à toute heure du jour, un squelette desséché, resté suspendu. Quand le vent le balance, l’on raconte que les étudiants du quartier Latin, dans la crainte d’un pareil sort, font une courte prière: ce sont des bruits insignifiants auxquels on n’est point tenu de croire, et propres seulement à faire peur aux petits enfants. Il tient entre ses mains crispées, comme un grand ruban de vieilles fleurs jaunes. Il faut tenir compte de la distance, et nul ne peut affirmer, malgré l’attestation de sa bonne vue, que ce soient là, réellement, ces immortelles dont je vous ai parlé, et qu’une lutte inégale, engagée près du nouvel Opéra, vit détacher d’un piédestal grandiose. Il n’en est pas moins vrai que les draperies en forme de croissant de lune n’y reçoivent plus l’expression de leur symétrie définitive dans le nombre quaternaire: allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire. Frank César Lovisolo & Tatiana Smirnov. Scène de la colonne Vendôme : l’exécution de MervynCet extrait des Chants de Maldoror met en scène l’un des épisodes les plus spectaculaires et les plus violents de l’œuvre : l’exécution de Mervyn, précipité dans l’espace depuis la colonne Vendôme jusqu’au Panthéon. Le texte combine narration, discours pseudo-scientifique, ironie métapoétique et imagerie cosmique. La violence n’est pas ici brute : elle est organisée, calculée, presque démontrée à travers un vocabulaire emprunté à la mécanique et à la géométrie. Ce passage constitue un sommet de la théâtralisation du mal chez Lautréamont. On peut alors se demander comment cette scène transforme un meurtre en spectacle cosmique et théorème mécanique, révélant une poétique du sublime moderne où la science, la violence et l’ironie s’entrelacent. Nous verrons d’abord que le texte met en scène une ritualisation spectaculaire de l’exécution, puis que la violence est transfigurée par un discours pseudo-scientifique qui en sublime l’horreur, avant d’analyser la dimension cosmique et métapoétique de cette apothéose macabre. Une exécution ritualisée : théâtralité et mise en scène du supplice
La scène s’ouvre sur une image d’innocence paradoxale : Cette précision renforce l’absurdité tragique du supplice. Mervyn marche « comme s’il allait à l’échafaud », ce qui introduit une dramaturgie judiciaire. Le lieu — la place Vendôme — n’est pas neutre : espace symbolique du pouvoir impérial et militaire, dominé par une colonne monumentale. L’élévation verticale prépare la chute. La description du dispositif (câble, balustrade, corde) installe une machinerie précise. La répétition des gestes (« attacher », « ramène à soi la corde », « ramasse les enroulements ») souligne la méthode. Le meurtre n’est pas impulsif ; il est technique. Le meurtre comme théorème : esthétisation mécanique de la violence![]() Carlo Canella, Inauguration la statue de Napoléon sur la colonne Vendôme L’un des traits les plus frappants du passage est l’irruption du lexique scientifique : Le corps de Mervyn est traité comme un objet soumis aux lois physiques. La comparaison avec la fronde est explicite. L’homme devient projectile.L’assassin justifie son langage :
« Les théorèmes de la mécanique me permettent de parler ainsi. » Cette précision est ironique. Elle donne à la violence une légitimité rationnelle. La science, loin d’humaniser, sert ici à perfectionner le crime.La phrase :
« Le bras du renégat et l’instrument meurtrier sont confondus dans l’unité linéaire »traduit une fusion entre le corps et la machine. L’assassin devient prolongement de la corde, pure ligne de force.
L’humanité se dissout dans la dynamique vectorielle.La violence est ainsi sublimée en phénomène physique. Elle acquiert une grandeur froide, presque abstraite.
Sublime cosmique et ironieLorsque Mervyn est lâché, il « ressemble à une comète traînant après elle sa queue flamboyante ». L’image cosmique transforme la chute en trajectoire céleste. Le meurtre quitte la sphère terrestre pour devenir événement astronomique. Le squelette suspendu au dôme devient monument. L’espace parisien est reconfiguré par l’imaginaire. La ville moderne est convertie en théâtre apocalyptique. La feinte objectivité renforce le caractère fictionnel. Lautréamont joue avec la crédulité du lecteur.Le passage métapoétique sur la tombe de l’auteur (« Il m’a beaucoup crétinisé ») révèle que cette violence est aussi une expérience hypnotique infligée au lecteur. L’écrivain revendique son pouvoir de fascination.
Lire:
|
![]()
Pour conclure :
Du théorème annoncé au théorème accompli :
Les deux textes réunis dans ce chant ne sont pas juxtaposés par hasard : ils se répondent. « Vous dont le calme enviable » est une promesse ; « Les mains liées derrière le dos » en est la tenue. Le premier annonce que la partie « synthétique » de l’œuvre est close et que s’ouvre la partie « analytique » — que Lautréamont va désormais « prouver par des faits ». Le second est précisément cela : une preuve. Une preuve macabre, mais rigoureusement construite, où chaque geste de l’exécuteur obéit à un « théorème de la mécanique ».
On y retrouve, presque terme à terme, le programme du premier texte tenu à la lettre dans le second. Le vocabulaire anatomique promis — « appareil circulatoire », « ramifications de nerfs », « capsules surrénales » — trouve sa réalisation dans le corps de Mervyn, traité en objet cinétique, soumis à la force centrifuge, réduit à sa seule trajectoire. Le lecteur, que le narrateur du premier chant voulait « emprisonné dans les glandes sudoripares de [s]a peau », se retrouve, dans le second, sommé de croire à une scène qu’on lui jure vérifiable — « allez-y voir vous-même » — alors même qu’elle défie toute vraisemblance.
La bascule est là : ce qui, dans le premier texte, restait déclaration d’intention — une rhétorique du théorème, de la preuve, de l’argumentation — devient, dans le second, dramaturgie du théorème. La démonstration cesse d’être annoncée pour être mise en scène. Et c’est peut-être le tour de force du diptyque : faire de la méthode elle-même un objet de fiction, faire du roman promis le lieu où la rigueur scientifique sert, non pas à expliquer la violence, mais à la rendre inéluctable — un « théorème » qu’aucune objection ne peut plus arrêter, sinon la chute du corps lui-même, changé en comète.
|
Spécialiste certifiée des Chants de Maldoror. MLDR-∅-∞Métavers Académique Global — Serveur Stable Profil
Je démontre rigoureusement que Maldoror existe. Ou, à défaut, que son inexistence est non démontrable dans les logiques standards. Mes travaux articulent ontologie négative et topologie de l’excès, avec pour hypothèse centrale que le poulpe est une structure mathématiquement nécessaire.
Égérie du Compositeur Formation (100 % immersive, 0 % craie) Thèse : « Peut-on formaliser l’abîme ? Essai de systématisation du mal chez Lautréamont » Doctorat en Mathématiques Fondamentales et Poétiques
Meta-Institut des Sciences Exactes Fluctuantes Thèse : «Topologie non euclidienne du monstrueux : modélisation cantique des Chants I à VI» Soutenances réalisées dans un amphithéâtre généré par IA, tableau noir infini inclus. |
Résultats scientifiques majeurs Axes de recherche Logiques paraconsistantes et poésie excessive. Enseignement Cours proposés :
Analyse fonctionnelle de l’abîme
Algèbre linéaire du mal
Introduction aux poulpes non mesurables
Examens : résolution d’équations morales instables en gravité réduite. Publications “On the Non-Measurability of Maldoror”, Annals of Speculative Mathematics. Compétences Démontrer l’indémontrable
|
|
Projet actuel Établir si les Chants de Maldoror constituent : |
|



Vous dont le calme enviable ne peut pas faire plus que d’embellir le faciès, ne croyez pas qu’il s’agisse encore de pousser, dans des strophes de quatorze ou quinze lignes, ainsi qu’un élève de quatrième, des exclamations qui passeront pour inopportunes, et des gloussements sonores de poule cochinchinoise, aussi grotesques qu’on serait capable de l’imaginer, pour peu qu’on s’en donnât la peine; mais il est préférable de prouver par des faits les propositions que l’on avance. 
Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. 

