Last Updated on 14/05/2026 – 08:08 by Frank César LOVISOLO
De l’album : Subliminal Messages
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| THE ULTIMATE CHAPTER – 05 : 30 | ||||
Composition pour :Piano, Contrebasse, Fender Rhodes
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The Ultimate Chapter:–
Cela aurait dû être le dernier titre de l’album « Subliminal Messages » où s’entremêlent trois langues… Les Amants Du Bunker, Le Silence Des Sirènes, Distant Island Lady, No One’s Dancing, The Headlong Rush, Una Passeggiata Notturna A Napoli…Hélas, une erreur de programmation due à l’hébergeur l’a positionné en avant-dernière place…
Quoi qu’il en soit, c’est éternellement triste la fin d’un projet. Spleenétique, parce qu’une aventure s’achève.
C’est la fin d’un voyage, un retour à cette réalité dont on a pu s’écarter durant l’écriture. Toujours le questionnement : quand adviendra enfin les prochaines pérégrinations et quelles contrées n’ai-je encore su explorer ?
L’appréhension du syndrome de la feuille blanche aura bientôt son vertige avec la crainte que toutes futures idées soient systématiquement piteuses.
Alors, comme pour une histoire d’amour, on hésite à clore le chapitre et, selon l’expression consacrée, tourner la page, fermer le livre et le ranger dans la bibliothèque des souvenirs.
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Jean de La Fontaine, dans son sixième livre, qui pensait en avoir terminé avec les fables, prit congé de ses lecteurs ainsi :–
Bornons ici cette carrière,
Les longs ouvrages me font peur ;
Loin d’épuiser une matière,
On n’en doit prendre que la fleur…
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Mais il n’en avait point fini… |
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StendhalLe Rouge et le Noir( fin du dernier chapitre ) |
![]() Stendhal – Olof Johan Södermark – 1840 … Julien avait exigé de madame de Rênal le serment qu’elle vivrait pour donner des soins au fils de Mathilde. -Qui sait ? peut-être avons-nous encore des sensations après notre mort, disait-il un jour à Fouqué. J’aimerais assez à reposer, puisque reposer est le mot, dans cette petite grotte de la grande montagne qui domine Verrières. Plusieurs fois, je te l’ai conté, retiré la nuit dans cette grotte, et ma vue plongeant au loin sur les plus riches provinces de France, l’ambition a enflammé mon cœur : alors c’était ma passion… Enfin, cette grotte m’est chère, et l’on ne peut disconvenir qu’elle ne soit située d’une façon à faire envie à l’âme d’un philosophe… eh bien ! ces bons congréganistes de Besançon font argent de tout ; si tu sais t’y prendre, ils te vendront ma dépouille mortelle… Fouqué réussit dans cette triste négociation. Il passait la nuit seul dans sa chambre, auprès du corps de son ami, lorsqu’à sa grande surprise, il vit entrer Mathilde. Peu d’heures auparavant il l’avait laissée à dix lieues de Besançon. Elle avait le regard et les yeux égarés. -Je veux le voir, lui dit-elle. Fouqué n’eut pas le courage de parler ni de se lever. Il lui montra du doigt un grand manteau bleu sur le plancher ; là était enveloppé ce qui restait de Julien. Elle se jeta à genoux. Le souvenir de Boniface de La Mole et de Marguerite de Navarre lui donna sans doute un courage surhumain. Ses mains tremblantes ouvrirent le manteau. Fouqué détourna les yeux. Il entendit Mathilde marcher avec précipitation dans la chambre. Elle allumait plusieurs bougies. Lorsque Fouqué eut la force de la regarder, elle avait placé sur une petite table de marbre, devant elle, la tête de Julien, et la baisait au front… Mathilde suivit son amant jusqu’au tombeau qu’il s’était choisi. Un grand nombre de prêtres escortaient la bière et, à l’insu de tous, seule dans sa voiture drapée, elle porta sur ses genoux la tête de l’homme qu’elle avait tant aimé. Arrivés ainsi vers le point le plus élevé d’une des hautes montagnes du Jura, au milieu de la nuit, dans cette petite grotte magnifiquement illuminée d’un nombre infini de cierges, vingt prêtres célébrèrent le service des morts. Tous les habitants des petits villages de montagne, traversés par le convoi, l’avaient suivi, attirés par la singularité de cette étrange cérémonie. Mathilde parut au milieu d’eux en longs vêtements de deuil, et, à la fin du service, leur fit jeter plusieurs milliers de pièces de cinq francs. Restée seule avec Fouqué, elle voulut ensevelir de ses propres mains la tête de son amant. Fouqué faillit en devenir fou de douleur. Par les soins de Mathilde, cette grotte sauvage fut ornée de marbres sculptés à grands frais en Italie. Madame de Rênal fut fidèle à sa promesse. Elle ne chercha en aucune manière à attenter à sa vie ; mais trois jours après Julien, elle mourut en embrassant ses enfants. Paris, 1830 Henri Beyle, plus connu sous le nom de plume de Stendhal, né le à Grenoble et mort d’apoplexie le dans le 2e arrondissement de Paris, est un écrivain français, connu en particulier pour ses romans Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme.
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Victor Hugo
Le dernier jour d’un condamnéChapitre 49
– Un juge, un commissaire, un magistrat, je ne sais de quelle espèce, vient de venir. Je lui ai demandé ma grâce en joignant les deux mains et en me traînant sur les deux genoux. Il m’a répondu, en souriant fatalement, si c’est là tout ce que j’avais à lui dire.— Ma grâce ! ma grâce ! ai-je répété, ou, par pitié, cinq minutes encore !
Qui sait ? elle viendra peut-être ! Cela est si horrible, à mon âge, de mourir ainsi ! Des grâces qui arrivent au dernier moment, on l’a vu souvent. Et à qui fera-t-on grâce, monsieur, si ce n’est à moi?
Cet exécrable bourreau ! il s’est approché du juge pour lui dire que l’exécution devait être faite à une certaine heure, que cette heure approchait, qu’il était responsable, que d’ailleurs il pleut, et que cela risque de se rouiller.
— Eh, par pitié ! une minute pour attendre ma grâce ! ou je me défends ! je mords !
Le juge et le bourreau sont sortis. Je suis seul. — Seul avec deux gendarmes.
Oh ! l’horrible peuple avec ses cris d’hyène ! — Qui sait si je ne lui échapperai pas ? si je ne serai pas sauvé ? si ma grâce ?… Il est impossible qu’on ne me fasse pas grâce !
Ah ! les misérables ! il me semble qu’on monte l’escalier…
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« The Ultimate Chapter » possède cette étrange qualité des œuvres qui semblent écrites depuis un après : après le voyage, après l’enthousiasme créatif, presque après le monde lui-même. Frank César Lovisolo y déploie une esthétique du crépuscule où musique, image et littérature s’interpénètrent dans une même matière mélancolique. Rien ici ne relève du simple morceau de jazz illustré ; il s’agit davantage d’un espace mental, d’un territoire de réminiscences où l’œuvre devient réflexion sur sa propre disparition.
La composition, réduite à quelques instruments, piano, Fender Rhodes, contrebasse, refuse toute démonstration technique. Cette économie de moyens produit une lenteur méditative presque cinématographique. On y entend moins une narration musicale qu’une hésitation existentielle : celle de l’artiste face à la fin d’un cycle, face à cette angoisse très ancienne que La Fontaine formulait déjà lorsqu’il craignait « les longs ouvrages ». Lovisolo convoque d’ailleurs cette filiation littéraire avec intelligence, rappelant que tout créateur redoute autant la page blanche que l’achèvement définitif d’une œuvre.
L’image associée au morceau mérite également qu’on s’y attarde. Elle possède cette froideur élégiaque propre aux iconographies numériques contemporaines : une beauté distante, presque post-humaine, où la solitude semble avoir absorbé toute chaleur narrative. Pourtant, cette illustration dépasse le simple rôle décoratif puisqu’elle devient la couverture de l’ouvrage collectif dirigé par Billel Aroufoune, « À la racine du récit », consacré aux mécanismes contemporains de l’écriture, de la création et de la communication. Ce glissement de l’image artistique vers l’objet éditorial est particulièrement intéressant : l’œuvre quitte alors le champ intime pour rejoindre une réflexion collective sur les récits qui structurent nos identités contemporaines.
C’est peut-être là que « The Ultimate Chapter » trouve sa profondeur véritable. Le morceau ne parle pas uniquement de la fin d’un album ; il évoque aussi l’épuisement de nos grands récits culturels. Dans un monde saturé d’images et de flux numériques, Frank semble chercher encore la possibilité d’une trace sensible, d’une émotion intellectuelle qui résisterait à la vitesse générale.
On pourrait néanmoins formuler une réserve : cette esthétique du spleen permanent finit parfois par s’enfermer dans sa propre sophistication. L’œuvre frôle par instants une forme d’hermétisme où la densité symbolique risque de tenir le spectateur à distance. Mais cette opacité est peut-être volontaire ; elle rappelle certaines œuvres tardives de la modernité où l’art ne cherche plus à séduire immédiatement mais à persister comme énigme.
Au fond, « The Ultimate Chapter » agit comme un dernier regard porté sur une bibliothèque intérieure avant que la lumière ne s’éteigne. Une proposition exigeante, cultivée, profondément mélancolique, qui dialogue autant avec la musique qu’avec la littérature et les théories contemporaines du récit.
Chère Héloïse Vernant,
Votre lecture de The Ultimate Chapter m’a profondément touché. Vous avez su percevoir, avec une rare finesse, cette volonté de faire dialoguer musique, image et littérature dans une sorte de crépuscule organisé, ce qui, convenons-en, est déjà plus élégant qu’un banal burn-out artistique.
Je vous remercie également d’avoir souligné la présence de l’ouvrage dirigé par Billel Aroufoune, À la racine du récit. J’aimais l’idée qu’une image née dans un moment de solitude musicale puisse ensuite quitter mon petit laboratoire mélancolique pour rejoindre une réflexion collective sur les récits contemporains. Comme quoi, même les œuvres dépressives finissent parfois par avoir une vie sociale.
Votre réserve sur une possible sophistication excessive m’a fait sourire, car elle est probablement juste. J’ai toujours soupçonné certaines de mes compositions de vouloir devenir des bibliothèques abandonnées plutôt que de simples morceaux de musique. Il paraît que c’est un défaut ; je plaide coupable avec une certaine application.
Merci encore pour ce regard à la fois cultivé, sensible et légèrement inquiétant, ce qui reste, selon moi, la meilleure manière de parler d’art aujourd’hui.
Très chaleureusement,
Frank César Lovisolo