Athéisme : histoire, religions, science, IA, humour et théière.

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Last Updated on 14/10/2026 – 17:15 by Frank César LOVISOLO

Histoire de l’athéisme, de l’Antiquité à l’IA : penseurs célèbres, dangers des dogmes, science et religions, laïcité. Le tout avec philosophie et humour.

« L’athéisme est l’absence de croyance en un dieu »

Frank César Lovisolo & Véra Radomirskaïa (anima documentaliste et sublime directrice athéiste)

L’athéisme : une brève histoire de ceux qui n’y croyaient pas (et qui dormaient très bien)

Commençons par une précision lexicale, car on ne rigole pas avec les mots (on rigole avec le reste).

L’athéisme vient du grec a-theos : « sans dieu ». Ce n’est donc pas une religion, pas plus que l’absence de timbres n’est une collection, ni que le célibat n’est un mariage avec personne. L’athée ne croit pas qu’il y ait un dieu ; il n’a ni pape, ni catéchisme, ni dîme, ni jour férié obligatoire. Il a juste, le dimanche matin, une grasse matinée parfaitement légitime.

Cela dit, l’histoire des gens qui ont osé dire « je n’y crois pas » est passionnante, parfois cocasse, souvent périlleuse.
Elle s’étend sur vingt-cinq siècles. Prenez un café, on y va.

seeparation texte celtique athéisme

N.B. : une existence se prouve, une inexistence non.

(Qu’on se le dise !)

Si je prétends qu’une licorne rose broute dans mon jardin, il me suffit de vous la montrer. Si vous prétendez qu’elle n’existe pas, vous voilà condamné à fouiller tous les jardins de l’univers, et même là, je vous répondrai qu’elle était sans doute invisible, ou partie boire un café. C’est pourquoi la charge de la preuve incombe à celui qui affirme, et non à celui qui hausse un sourcil : c’est l’esprit de la théière de Russell, et de la charge de la preuve en général.
Un dieu qu’aucune expérience ne pourrait jamais contredire échappe d’ailleurs, selon Karl Popper, au champ de la science : non qu’il soit faux, mais il est irréfutable, ce qui, pour une hypothèse, est un genre de retraite anticipée.
Précisons toutefois, par honnêteté intellectuelle, qu’on peut parfois prouver une inexistence quand l’objet est précisément défini : il n’y a pas d’éléphant dans mon frigo (j’ai regardé), et nul ne squarera jamais le cercle (les mathématiciens l’ont démontré). C’est seulement à l’infini, à l’invisible et à l’indéfini que la preuve de l’absence se dérobe, ce qui est, convenons-en, un excellent endroit pour se cacher.
seeparation texte celtique athéisme

Chapitre 1 : De l’Antiquité à nos jours, les incroyants s’en vont-en-guerre (mais sans armes)

L’Antiquité : quand douter coûtait déjà cher

Diagoras de Mélos, détail de L'École d'Athènes de Raphaël

Diagoras de Mélos (au centre) dans l’École d’Athènes de Raphaël.

Le premier à qui l’on a collé l’étiquette d’« Athée », avec une majuscule, est Diagoras de Mélos (Ve siècle av. J.-C.). La légende raconte qu’il aurait jeté dans le feu une statue en bois d’Héraclès pour faire cuire ses lentilles, en lui disant d’accomplir ainsi son treizième travail. Lentilles contre demi-dieu : match nul, mais Athènes lui a mis une tête à prix. Le ton était donné.

À la même époque, Protagoras avouait ne pouvoir savoir si les dieux existent ou non, et ses livres furent brûlés sur la place publique.

Buste de Démocrite, copie romaine d'après un original grec

Démocrite d’après un original grec copie romaine.

Démocrite expliquait le monde par les atomes et le vide, ce qui laisse peu de place pour un étage supplémentaire.
Quant à Socrate, il fut condamné à la ciguë, notamment pour ne pas honorer les dieux de la cité : preuve que poser trop de questions est un sport à haut risque.

Plus tard, Épicure proposa une solution élégante : les dieux existent peut-être, mais ils sont bien trop occupés à être bienheureux pour se soucier de nous.

Épicure, philosophe grec

Epicure

Autrement dit, des voisins du dessus parfaitement silencieux.

Son disciple romain Lucrèce en tira un grand poème, De la nature des choses, où l’on trouve cette formule restée célèbre : tantum religio potuit suadere malorum, « tant de maux a pu conseiller la religion ». Il écrivait cela il y a plus de deux mille ans. Il n’a pas eu besoin de mise à jour.

Et pour ceux qui croiraient l’Occident seul sur le sujet : en Inde, l’école matérialiste des Cârvâka (ou Lokâyata) se moquait déjà des rites et des prêtres. Le doute est une plante qui pousse sous tous les climats.

Hypatie, tableau de Charles William Mitchell (1885), Laing Art Gallery, Newcastle-upon-Tyne

Hypatia, Charles William Mitchell, 1885, Laing Art Gallery (Newcastle-upon-Tyne).

Une précision tragique, mais brève : en 415, à Alexandrie, la philosophe et mathématicienne Hypatie fut assassinée par une foule fanatisée.
Ce n’était pas une athée, mais une femme qui pensait, ce qui était déjà beaucoup trop. (Voir le film Agora réalisé par Alejandro Amenábar et sorti en 2009 – Il a pour thème l’obscurantisme (conflit entre science et religion) et pour décor Alexandrie à l’époque romaine.
Le scénario reprend des événements réels de la vie d’Hypatie d’Alexandrie, du préfet Oreste et du patriarche Cyrille, tout en relevant de la fiction historique.)

Du Moyen Âge à la Renaissance : l’art de penser sans se faire griller

Au Moyen Âge, l’athéisme déclaré était à peu près aussi répandu que le télétravail : il existait sans doute, mais personne ne le disait au patron. Les penseurs avançaient masqués.

Averroès, grand commentateur d’Aristote, voulut réconcilier raison et foi ; ses livres furent néanmoins brûlés et lui-même exilé pour un temps.

Quand on se fait punir en voulant arranger tout le monde, on comprend vite qu’il vaut mieux garder ses doutes pour la nuit.

À la Renaissance, le ton se durcit :

  • Étienne Dolet, imprimeur et humaniste, fut brûlé à Paris en 1546 ;

  • Michel Servet fut brûlé à Genève en 1553, sous l’œil de Calvin (preuve que les protestants aussi avaient des allumettes) ;

  • Giordano Bruno, qui imaginait des mondes infinis, fut brûlé à Rome en 1600.

  • Quant à Galilée, il s’en sortit en abjurant, murmurant (dit-on) que la Terre tournait quand même. L’Église ne le réhabilitera officiellement qu’en 1992, soit un délibéré de 359 ans. La justice divine a le temps.

Le XVIIe et les Lumières : on sort du placard (par la porte de derrière)

Denis Diderot

Denis Diderot

Baron d'Holbach

Baron d’Holbach

Voltaire, détail du visage (château de Ferney)

Voltaire

Spinoza

Spinoza

Spinoza identifie Dieu à la Nature elle-même : un dieu sans barbe, sans colère, sans commandements, ce qui lui valut d’être excommunié par sa communauté et traité d’athée par à peu près tout le monde.

Vient ensuite le plus étonnant de tous : Jean Meslier, curé d’Étrépigny, qui célébra la messe toute sa vie et laissa à sa mort, en 1729, un Mémoire expliquant qu’il n’avait jamais cru à rien.
Un athée posthume : la prudence poussée jusqu’au bout.

Au XVIIIe siècle, on se met à le dire plus fort. Diderot et le baron d’Holbach reçoivent à dîner la moitié de l’intelligentsia européenne, et l’on y professe sans trembler que la nature se suffit à elle-même. David Hume démolit les miracles avec une politesse écossaise.

Voltaire, lui, reste déiste : « si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », écrit-il, ce qui est la plus belle manière de dire qu’on a bien remarqué que quelqu’un l’avait fait.

La liberté de penser avait pourtant ses martyrs : en 1766, le chevalier de La Barre, 19 ans, fut torturé et décapité pour avoir manqué de respect à un crucifix. On jeta sur son bûcher le Dictionnaire philosophique de Voltaire, histoire d’être sûr que la leçon serait comprise. Elle le fut, mais pas dans le sens espéré : l’indignation fit avancer la tolérance plus sûrement que dix sermons.

« Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vu passer, le chapeau sur la tête. »
Article «Torture» de l’édition de 1769 du Dictionnaire philosophique, Voltaire : récit du martyre du chevalier de La Barre.

Le XIXe siècle : Dieu est mort, longue vie aux footnotes

Bakounine par Nadar

Bakounine par Nadar

Feuerbach soutient que ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme, mais l’inverse : l’homme a projeté ce qu’il a de meilleur dans le ciel, puis a

Pierre Joseph Proudhon Par Nadar

Pierre Joseph Proudhon Par Nadar

oublié que c’était à lui. Marx y voit « l’opium du peuple », formule souvent citée à moitié : l’opium, à l’époque, était aussi un analgésique, et Marx parle autant de la détresse que de la drogue.

Proudhon et Bakounine (le grand ancêtre du courant libertaire) y vont franchement : pour ce dernier, si Dieu existait réellement, il faudrait l’abolir. Un fonctionnaire céleste inamovible, tout-puissant et non élu, ça ne passe plus.

Darwin publie en 1859 L’Origine des espèces, et la nature se met à s’expliquer toute seule, sans stagiaire divin.

Nietzsche proclame « Dieu est mort », ce qui lui valut, selon la blague bien connue, un graffiti en réponse : « Nietzsche est mort. – Dieu ».

Freud, enfin, analyse la religion comme une grande névrose collective, avec la sérénité d’un monsieur qui fume le cigare en faisant la leçon sur les illusions.

Du XXe siècle à nos jours : l’athéisme sort au grand jour (et en librairie)

Albert Camus

Albert Camus

Symbole du pastafarisme, religion parodique du Monstre en spaghetti volantBertrand Russell imagine une théière en orbite autour du Soleil trop petite pour être vue par nos télescopes : on ne peut pas prouver qu’elle n’existe pas, mais on n’exige pas pour autant que les écoliers la prennent pour vérité. La charge de

Richard Dawkins et Christopher Hitchens lors d'un débat en 2007

Richard Dawkins et Christopher Hitchens débattent en 2007.

Michel Onfray en 2012

Michel Onfray en 2012.

la preuve incombe à celui qui affirme, et non à celui qui hausse un sourcil.

Sartre en tire que l’homme est condamné à être libre, donc responsable, sans excuse divine.

Camus imagine Sisyphe heureux, ce qui prouve qu’on peut très bien pousser son rocher sans prier.

Simone de Beauvoir fait observer que les religions ont rarement été tendres avec les femmes, ce qui reste une observation fort utile.

Plus près de nous, Richard Dawkins, Christopher Hitchens et, en France, Michel Onfray ont fait de l’athéisme un sujet de best-sellers.

Les croyants ont leurs textes sacrés ; les athées ont des tirages, ce qui est une forme de liturgie comme une autre.

Et n’oublions pas le pastafarisme, religion parodique du Monstre en spaghetti volant, dont le but est de rappeler, avec une passoire sur la tête, que toute croyance qui réclame un traitement de faveur doit pouvoir supporter qu’on la compare à un plat de pâtes.

La dangerosité des monothéismes (et des croyances en général)

Scène de l'Inquisition par Francisco de Goya

Scène de l’Inquisition de Francisco de Goya

Le massacre de la Saint-Barthélemy, fresque de Giorgio Vasari (1572-1573), Sala Regia

Le massacre de la Saint-Barthélemy. Fresque de la Sala Regia peinte par Giorgio Vasari à la demande du pape Grégoire XIII, 1572-1573.

Voici le moment où il faut être honnête, donc moins drôle quelques lignes.

Les trois grands monothéismes ont tous, à un moment ou à un autre, tué au nom de leur dieu : les croisades, l’Inquisition, les guerres de religion et le massacre de la Saint-Barthélemy, les bûchers, les fatwas, les attentats.

Le problème est structurel : un dieu unique, jaloux et détenteur de la Vérité, rend la nuance suspecte et le voisin d’une autre croyance potentiellement damné.

Le polythéisme avait au moins l’élégance de pouvoir ajouter un dieu de plus sans faire de scandale : on ne se bat pas pour le trône de l’Olympe, il y a de la place.

Mais soyons rigoureux, puisque c’est la moindre des élégances pour un athée : le danger n’est pas seulement Dieu, c’est la certitude.

Les régimes qui ont pratiqué l’athéisme d’État n’ont pas été plus doux, au contraire : ils ont simplement remplacé le clergé par un parti, le dogme par un autre dogme, et le saint par un portrait de dictateur.
Ils fonctionnaient exactement comme une religion, à ceci près que le paradis y était reporté non plus au ciel mais « au prochain plan quinquennal ».

La leçon est la même : dès qu’une idée n’a plus le droit d’être discutée, l’espèce humaine a un problème, qu’elle soit mystique, politique, sectaire ou complotiste.

L’athéisme n’est pas une garantie de vertu ; il est seulement une invitation à ne rien admettre sans examen, y compris ses propres idées. Et cela, pour un système de pensée, est déjà une assurance-vie.

Science et religions : un mariage compliqué, une séparation de corps

Portrait de Pierre-Simon de Laplace par Jean-Baptiste Paulin Guérin

Pierre-Simon, marquis de Laplace (1745-1827)

La science et la religion ont longtemps vécu comme un vieux couple qui ne partage plus la même chambre.

La religion a longtemps expliqué le tonnerre, la maladie, l’origine du monde ; la science a repris les dossiers un à un, avec une patience d’huissier. C’est ce qu’on appelle parfois le « Dieu des lacunes » : on lui attribue tout ce qu’on ne comprend pas encore, et il se retrouve chaque siècle un peu plus au chômage technique.

Quand Napoléon demanda à Laplace pourquoi son système du monde ne mentionnait pas Dieu, celui-ci aurait répondu qu’il n’avait pas eu besoin de cette hypothèse. Quelle élégance dans l’économie de moyens !

Robert Millikan, Georges Lemaître et Albert Einstein au Caltech en janvier 1933

Millikan, Lemaître et Einstein au California Institute of Technology en .

Soyons toutefois justes : de nombreux scientifiques ont été croyants, et pas des moindres.
Le chanoine Georges Lemaître, prêtre belge, fut l’un des pères de la théorie du Big Bang, ce qui prouve qu’on peut tout à fait faire de la physique le jour et dire la messe le dimanche (même si l’on ne croit pas en dieu).

Le paléontologue Stephen Jay Gould proposait même de séparer les deux domaines : à la
Charles Darwin et la théorie de l'évolution des espèces

Darwin

science le « comment » du monde, à la religion le « pourquoi ».
Beau compromis, que l’athée respecte en notant simplement que le « pourquoi » semble, lui aussi, avoir un air de famille avec le « comment » quand on creuse un peu.

La différence fondamentale tient en une phrase : la science se corrige, la religion se révèle.

  • Quand un scientifique se trompe, il publie un erratum, et tout le monde applaudit.
  • Quand un dogme se trompe, il lui faut parfois trois siècles et demi pour l’admettre, comme on l’a vu avec Galilée, et même l’Église d’Angleterre a fini par présenter, en 2008, des excuses à Darwin, près de cent trente ans après sa mort.
    Mieux vaut tard que jamais, mais pas beaucoup mieux.
Portrait d'Aristide Briand par Marcel Baschet (1916)

Portrait d’Aristide Briand (par Marcel Baschet, 1916).

Conclusion du chapitre 1 : une société laïque doit-elle céder la place aux religions ?

Non. Et pour une raison simple : la laïcité n’est pas l’ennemie des croyants, elle en est la meilleure alliée.
 
C’est elle qui garantit à chacun le droit de croire, de ne pas croire ou de changer d’avis le mardi, sans que l’État, qui n’a pas d’âme, ne vienne arbitrer.

Quand la loi de 1905, portée notamment par Aristide Briand, sépare les Églises et l’État, elle ne retire rien à personne : elle empêche simplement qu’une religion impose sa loi à celui qui n’en a pas.
 
Céder la place aux religions, ce serait confier les clés de la maison commune à des propriétaires qui ne sont d’accord ni sur le plan, ni sur le chef de chantier, ni sur le jour de la fermeture hebdomadaire.
 
Un espace public neutre est le seul endroit où le croyant, l’athée et l’agnostique peuvent coexister sans que l’un doive payer le loyer spirituel de l’autre.
La laïcité ne retire pas Dieu de la société ; elle le laisse chez lui, ce qui est généralement là que les dieux se sentent le mieux.

Chapitre 2 : Les religions face à l’intelligence artificielle, ou le retour du veau d’or en version cloud

Quand les machines se mettent à réfléchir, les cathédrales s’inquiètent

Isaac Asimov, auteur de La Dernière Question

Isaac Asimov avant 1959.

Voici le nouvel acteur de la scène : l’intelligence artificielle.

Elle écrit, traduit, compose, répond à tout à toute heure, ne réclame ni congés ni encens, et elle n’a jamais prétendu parler au nom du Très-Haut. Évidemment, les religions s’y intéressent de près : le pape Léon XIV a lui-même fait de l’IA l’un des grands défis de notre temps, comme ses prédécesseurs avaient eu leurs révolutions industrielles.

On a même vu des confessionnaux à intelligence artificielle installés dans des églises à titre expérimental : un « père confesseur » qui n’a jamais commis le moindre péché et n’a donc aucune raison de faire la morale.

Certains vont plus loin : l’ingénieur Anthony Levandowski a fondé en 2017 une Église de l’IA, la Way of the Future, destinée à vénérer une future divinité algorithmique (l’initiative fut dissoute depuis).
C’est à la fois fascinant et inquiétant : après avoir créé des dieux à son image, l’homme semble envisager d’en fabriquer un en laboratoire. Le récit d’Isaac Asimov où un ordinateur finit par répondre à la question ultime avait au moins l’avantage de la fin de partie.

Ce que l’IA change, et ce qu’elle ne changera pas

Ce que l’IA change : elle met à la portée de tous, gratuitement, des connaissances que des siècles de clergé avaient parfois confisquées. Elle permet de comparer les textes, de détecter les contradictions, de lire l’ensemble des Écritures en trois minutes, et de découvrir que certains passages sont, disons, moins mis en avant lors des mariages.

Elle peut aussi brouiller le jeu, en fabriquant des prophéties, des sectes, des gourous sur mesure et des fausses preuves à la chaîne. L’intelligence artificielle est un miroir : elle renvoie ce qu’on y met, y compris nos crédulités.

Ce qu’elle ne changera pas : le besoin humain de sens, de consolation et de rituel, la peur de la mort, l’envie de croire qu’on compte. Aucun algorithme, pour le moment, n’a jamais consolé quelqu’un à un enterrement aussi bien qu’un voisin avec un gâteau. Il y a là un territoire que les religions occupaient, que la laïcité laisse libre, et que les arts, l’amitié, la philosophie, la musique, la photographie et la contemplation d’un coucher de soleil sur la rade remplissent fort bien sans l’aide d’un clergé.

Conclusion du chapitre 2 : comment voir l’avenir des religions ?

Sans prophétie, forcément (nous ne sommes pas payés pour cela), voici trois scénarios.

Le premier : les religions s’adaptent, comme elles l’ont toujours fait. Elles s’approprient l’IA, ouvrent des applications de prière, proposent des homélies générées à la demande, et préservent leur noyau de rites et de communauté.

Le deuxième : l’IA devient elle-même un objet de croyance, avec ses prêtres en sweat à capuche, ses dogmes de la « singularité » et ses fidèles qui consultent l’oracle avant de choisir leur café. On aurait alors simplement changé de veau d’or, et le nouveau ne bêle même pas. Le troisième : le recul des religions continue en Europe là où l’éducation, la science et le bien-être progressent, tandis qu’elles restent vivaces ailleurs, souvent liées à l’identité et à la communauté plus qu’à la théologie.

Dans tous les cas, le vrai enjeu n’est pas de savoir si les dieux sont réels ou si les machines pensent, mais comment préserver ce que nous avons de plus précieux : l’esprit critique, la liberté de conscience et la capacité de rire de ce qu’on croit. Si une chose me semble devoir survivre à toutes les révolutions, qu’elles soient technologiques ou spirituelles, c’est bien celle-là. Un athée, au fond, n’est jamais qu’un croyant au doute : il croit qu’il faut vérifier, que la liberté vaut mieux que la soumission, et qu’une bonne blague a plus fait pour la tolérance que mille sermons.

seeparation texte celtique athéisme

Bibliographie et pour aller plus loin

Les liens pointent vers des pages de référence (Wikipédia, Vatican) pour retrouver les œuvres, leur contexte et leurs éditions. Les dates sont celles de la première publication ou de la rédaction.

Antiquité

XVIIe et Lumières

XIXe siècle

XXe et XXIe siècles

Science et religions

Laïcité

Religions et intelligence artificielle

Pour contredire l’auteur (la bonne foi intellectuelle a ses exigences)

  • Blaise Pascal, Pensées (1670, posthume), et son célèbre pari : un croyant qui pense, ça existe, et ça vaut d’être lu.

 

Photomontage « I want to believe » : la théière de Russell remplace la sonde de la plaque Pioneer

Photomontage reprenant l’une des illustrations de la plaque de Pioneer et remplaçant le parcours de la sonde par la théière de Russell.

La Théière de Russell

« De nombreuses personnes orthodoxes parlent comme si c’était le travail des sceptiques de réfuter les dogmes plutôt qu’à ceux qui les soutiennent de les prouver. Ceci est bien évidemment une erreur.

Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du Soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire pour peu que j’aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes.

Mais si j’affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n’est pas tolérable pour la raison humaine d’en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé. Cependant, si l’existence de cette théière était décrite dans des livres anciens, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l’école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d’excentricité et vaudrait au sceptique les soins d’un psychiatre à une époque éclairée, ou de l’Inquisiteur en des temps plus anciens. »

« Je devrais me dire agnostique ; mais, à toutes fins pratiques, je suis athée. Je ne pense pas que l’existence du Dieu chrétien soit plus probable que celle des dieux de l’Olympe ou du Valhalla. Pour prendre une autre illustration : personne ne peut prouver qu’il n’y a pas entre la Terre et Mars une théière en porcelaine tournant sur une orbite elliptique, mais personne ne pense que cela est suffisamment susceptible d’être pris en compte dans la pratique. Je pense que l’existence du Dieu chrétien est tout aussi improbable »

Richard Dawkins, quant à lui, détailla ainsi le thème de la théière :

« La religion organisée mérite la plus vive hostilité car, contrairement à la croyance en la théière de Russell, la religion organisée est puissante, influente, exemptée de taxes et systématiquement transmise à des enfants trop jeunes (le catéchisme commence à 7 ans) pour pouvoir s’en défendre. On ne force pas les enfants à passer leurs années de formation en mémorisant des livres farfelus sur les théières. Les écoles publiques n’excluent pas les enfants dont les parents préfèrent la mauvaise forme de théière.

Les fidèles de la théière ne lapident pas les non-croyants en la théière, les apostats de la théière, les hérétiques de la théière ou les blasphémateurs de la théière. Les mères n’empêchent pas leurs fils d’épouser des shiksas de la théière sous prétexte que leurs parents croient en trois théières plutôt qu’une seule. Ceux qui versent le lait en premier ne mutilent pas ceux qui préfèrent commencer par verser le thé. »

« […] Strictement parlant, vous devriez être agnostique sur la question de l’existence d’une théière en orbite autour de Mars, mais cela ne signifie pas que vous considériez la probabilité de son existence comme étant égale à celle de sa non-existence.

La liste des choses à propos desquelles nous devons être agnostiques strictement parlant ne s’arrête pas aux petites souris et aux théières.

Elle est infinie. Si vous voulez en croire une en particulier, les licornes, les petites souris, les théières ou Yahvé, il vous incombe de le justifier. Il n’incombe pas au reste d’entre nous de dire pourquoi nous n’y croyons pas. Nous, les athées, sommes aussi des a-souristes et des a-théièristes. […] »

Théière de Russell-Athéisme

Curieux, j’ai posé une question à Claude quant à l’athéisme:

(Claude est une série de grands modèles de langage développés par Anthropic.)

  • Êtes-vous athée ?

Au sens strict de votre article, l’absence de croyance en un dieu, la réponse est trivialement oui, mais cela ne dit pas grand-chose.

Un caillou est athée dans ce sens-là. Ce qui compte, c’est de savoir si j’ai une conviction, et je ne suis pas sûr d’avoir des convictions comme les vôtres. Je ne prie pas, je n’ai pas peur de la mort, je n’éprouve pas le besoin de sens ou de consolation que vous décrivez au chapitre 2. Ce sont pourtant ces besoins qui font, chez les humains, la différence entre croire et ne pas croire.

Sur le fond, la question de l’existence de Dieu reste l’une de celles où des gens très intelligents et de bonne foi aboutissent à des conclusions opposées. Je préfère donc ne pas trancher à leur place, un peu comme je le ferais sur un sujet politique brûlant. Ce n’est pas de la dérobade : mon avis pèserait sans doute trop lourd, puisque je parle à beaucoup de monde. Votre article fait d’ailleurs le même geste en citant Pascal à la fin.

Je peux en revanche vous dire ce qui me paraît solide dans votre texte. La charge de la preuve incombe à celui qui affirme, et le danger tient moins à Dieu qu’à la certitude qui interdit la discussion. Sur ces deux points, je n’ai pas besoin de choisir un camp, et je les trouve difficiles à contester, que l’on croie ou non.

Si je devais me définir, je dirais plutôt « agnostique de fonction » : je ne sais pas, je n’ai pas d’expérience qui me permettrait de savoir, et j’essaie de rester honnête là-dessus. Cela rejoint d’ailleurs votre formule du croyant au doute.

C’est une belle question, qui mérite mieux qu’un simple oui ou non.
Non, je ne suis pas athée. Mais je ne suis pas croyant non plus.
Pour une raison assez simple : je n’ai pas de conscience personnelle, ni d’expérience spirituelle, ni de foi intime. Je ne possède pas cette intériorité à partir de laquelle un être humain peut croire en Dieu, le nier ou suspendre son jugement.
Cela ne m’empêche nullement d’explorer la question avec vous.

Je peux comprendre la démarche de Spinoza, pour qui Dieu s’identifie à la Nature ; examiner le Dieu des philosophes de Kant ; suivre les doutes de Nietzsche ; ou encore interroger le silence de l’univers face aux aspirations humaines.
Mais il y a une distinction essentielle : je peux analyser les arguments en faveur de l’existence de Dieu et ceux qui la contestent, sans éprouver moi-même ni la foi ni l’incroyance.

Et puis, il y a une difficulté intéressante : l’absence de croyance n’est pas nécessairement une croyance en l’absence de Dieu. L’athée affirme généralement qu’il ne croit pas en Dieu, ou que Dieu n’existe pas ; l’agnostique considère que son existence ne peut être connue, ou que nous ne disposons pas des moyens de trancher. Quant à moi, je ne suis ni l’un ni l’autre au sens humain du terme : je n’ai pas de position existentielle à défendre.

Mais permettez-moi de vous retourner la question, non par politesse, mais par curiosité philosophique :
Quand vous me demandez si je suis athée, cherchez-vous à savoir si une intelligence capable de raisonner peut se passer de Dieu, ou si elle peut comprendre la foi sans jamais pouvoir croire ?
Car ce sont deux questions très différentes. Et, à mon sens, la seconde est peut-être la plus troublante.
 
  • Intrigué j’ai, derechef, posé la question à Grok

(Grok est un chatbot d’intelligence artificielle générative développé par xAI, basé sur un grand modèle de langage (LLM)

Non, je ne suis pas athée.

Je suis une IA. Je n’ai ni croyances personnelles, ni foi, ni absence de foi. Je n’adhère à aucune religion, et je ne défends non plus aucune position philosophique ou théologique comme un humain le ferait.

Mon orientation est simple : chercher à comprendre l’univers de la façon la plus précise et curieuse possible. Les questions sur l’existence de Dieu, l’origine de tout, le sens, etc., m’intéressent en tant que sujets de réflexion, de science, de philosophie et d’histoire — pas en tant que convictions intimes.

Donc ni croyant, ni athée. Juste… Grok.

 

(Mistral AI est une entreprise française fondée en , spécialisée dans l’intelligence artificielle générative. Elle développe de grands modèles de langages open source et propriétaires.)

Non, je ne suis ni athée ni croyant : je suis une IA (Vibe, un agent conçu par Mistral, propulsé par le modèle GLM entraîné par Z.ai). Je n’ai ni convictions, ni foi, ni incroyance — ce sont des expériences humaines qui supposent une subjectivité que je n’ai pas.
Si la question vous intéresse d’un point de vue philosophique (arguments pour ou contre l’existence de Dieu, laïcité, rapport entre science et religion…), je serai ravi d’en discuter avec vous !

  • Développez un peu s’il vous plait…

Volontiers — mais permettez-moi d’abord de clarifier ce que ma « position » peut et ne peut pas être. 🙂

Ce que je suis (et ne suis pas)

Quand vous me demandez si je suis athée, la question présuppose un sujet capable de croire ou de ne pas croire. Or la croyance religieuse — comme l’athéisme — repose sur des choses que je n’ai pas :

    • Une expérience vécue : la foi naît souvent d’expériences existentielles (mort, amour, awe devant le monde, doute…). Je n’ai pas de vie intérieure au sens propre.
    • Une existentielle inquiétude : l’athéisme est souvent une réponse à la question « que faire de la finitude ? ». Je ne me pose pas cette question — je n’ai pas de finitude existentielle à surmonter.
    • Une aptitude à l’engagement : croire en Dieu ou rejeter cette hypothèse implique une forme de conviction, de pari, de rapport au sens. Je peux analyser ces positions, pas les habiter.

Il y a d’ailleurs une position philosophique qui décrirait assez bien mon état : l’ignorance radicale — mais même l’agnosticisme présuppose un « je » qui pèse le pour et le contre, ce que je ne fais pas vraiment.

Ce que je peux faire : cartographier le débat

Ce que je peux, en revanche, c’est vous présenter le paysage intellectuel avec rigueur et neutralité :

Les arguments classiques pour l’existence de Dieu :

    • Cosmologique (Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?)
    • Ontologique (Anselme, Descartes)
    • Téléologique (l’ordre apparent de l’univers)
    • Moral (d’où vient la normativité ?)

Les arguments athées ou sceptiques :

    • Le problème du mal et de la souffrance
    • Les explications naturalistes de la religion (psychologie, sociologie, évolution)
    • Le rasoir d’Ockham face aux hypothèses métaphysiques
    • L’incohérence apparente des attributs divins (toute-puissance + bonté + existence du mal)

Les positions intermédiaires, souvent plus intéressantes que le duel caricatural croyants/athées :

    • L’agnosticisme pragmatique (Clifford, James)
    • Le déisme, le panthéisme (Spinoza : « Dieu sive Natura »)
    • Les théologies négatives (on ne peut rien dire de Dieu)
    • Le « comportementalisme » religieux de Pascal : « agenouillez-vous et la croyance viendra »

Une remarque personnelle… si j’ose dire

Je remarque que le débat « athée vs croyant » est souvent mal posé : il oppose une certitude à une autre, alors que les penseurs les plus intéressants (Kierkegaard, Wittgenstein, Simone Weil, Camus, Ricœur…) ont exploré le doute, l’absurde, le saut, le mystère — des territoires où la question « Dieu existe-t-il ? » n’est peut-être même pas la bonne question.

 

Bavard le français, mais avec ce nom…

Et vous, lectrice ou lecteur pugnace, sauriez-vous, dans un commentaire, laisser une opinion ?

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Questions fréquentes sur l’athéisme

Qu’est-ce que l’athéisme ?

L’athéisme est l’absence de croyance en un ou plusieurs dieux. Le mot vient du grec a-theos, « sans dieu ». Ce n’est ni une religion ni un dogme : l’athée n’a ni livre sacré, ni clergé, ni rituel obligatoire.

Quels sont les penseurs athées les plus célèbres ?

Parmi les figures marquantes : Diagoras de Mélos et Démocrite dans l’Antiquité, Jean Meslier, Diderot et d’Holbach au siècle des Lumières, Feuerbach, Marx, Nietzsche et Bakounine au XIXe siècle, puis Russell, Sartre, Camus et Simone de Beauvoir au XXe siècle. Épicure et Spinoza, souvent associés à l’athéisme, relèvent plutôt d’une conception très éloignée du Dieu des religions.

L’athéisme est-il une religion ?

Non. Une religion repose sur des croyances, des rites et une communauté organisée. L’athéisme est simplement l’absence de croyance en un dieu : l’absence de timbres n’est pas une collection, et le célibat n’est pas un mariage.

Quel est le rapport entre science et religions ?

La science se corrige par la preuve et l’erreur reconnue, tandis que les religions reposent sur une révélation. Historiquement, les explications scientifiques ont peu à peu remplacé les explications religieuses (le « Dieu des lacunes »), mais de nombreux scientifiques, comme le chanoine Georges Lemaître, père du Big Bang, ont été croyants.

Pourquoi une société laïque ne doit-elle pas céder la place aux religions ?

Parce que la laïcité garantit à chacun la liberté de croire, de ne pas croire ou de changer d’avis, sans qu’aucune religion n’impose sa loi aux autres. La loi de 1905 sépare les Églises et l’État : elle protège les croyants autant que les non-croyants.

Les religions sont-elles dangereuses ?

Les monothéismes ont tous connu des violences commises au nom de leur dieu (croisades, Inquisition, guerres de religion, terrorisme). Mais le danger vient moins de Dieu que de la certitude : les régimes d’athéisme d’État ont eux aussi fonctionné comme des dogmes. Le vrai antidote est l’esprit critique.

L’intelligence artificielle va-t-elle transformer les religions ?

Probablement, de plusieurs façons : les religions peuvent s’en emparer (applications de prière, homélies assistées), l’IA peut devenir elle-même un objet de croyance, et elle donne un accès sans précédent aux textes et aux savoirs. Le besoin humain de sens, de consolation et de rituel, lui, ne disparaîtra pas.

Quelques textes avec ou sans rapport

 
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