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Musique Expérimentale, si on veut !
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ARTICLES – EXTRAITS
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Jacques-Emile Blanche
Portrait de Marcel Proust 1892
Si l’on se base sur la philosophie platonicienne, elle serait l’ensemble des souvenirs acquis lors d’une vie antérieure: ce que nous avons su avant notre naissance.
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Quand Proust l’évoque dans le Temps Retrouvé, c’est ainsi qu’il l’écrit :
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1. Holodomor 11:52 – |
Réminiscences, musique expérimentale, musique concrète, compositions sonores, sound design
EXTRAITS |
Holodomor | |
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Salomé Fresnel : Réminiscences, Analyse d’un titre.
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Certains titres d’albums ne se contentent pas de nommer une œuvre, ils l’habitent, l’anticipent, la contiennent presque entièrement. Réminiscences est de ceux-là.
Mot savant, pluriel mystérieux, souffle suspendu entre passé et présent : voici une lecture littéraire, philosophique et poétique de ce titre singulier.
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I. Dimension littéraire : l’art du souvenir fragmenté
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Le mot réminiscences appartient à la tradition des titres-atmosphères — ceux qui ne racontent pas, mais évoquent. En choisissant ce terme soutenu plutôt que le mot courant souvenirs, l’artiste signale d’emblée une ambition esthétique : cet album ne se veut pas divertissement, mais expérience.
Par son pluriel, le titre refuse le souvenir unique et construit une mosaïque mémorielle : non pas un épisode singulier, mais une accumulation de traces, d’éclats, de retours. Cette pluralité résonne avec une lignée littéraire illustre.
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- Chez Proust, la réminiscence surgit d’une madeleine trempée dans le thé — involontaire, totale, souveraine.
- Chez Baudelaire, elle naît d’une correspondance sensorielle, d’un parfum qui rouvre brusquement le passé.
- Chez Nerval, elle frôle le fantôme, la chimère, le rêve éveillé.
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Dans tous ces cas, la réminiscence n’est pas simple rappel : c’est une irruption du passé dans le présent, qui déborde la volonté et impose sa présence. Nommer ainsi un album, c’est placer l’auditeur dans cette position de vulnérabilité, prévenu que quelque chose, en lui, va surgir sans qu’il l’ait cherché.
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II. Dimension philosophique : mémoire, durée et vérité
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Buste de la fin du IVe siècle av. J-C
Platon : se souvenir comme re-connaître
Le titre convoque d’abord la théorie platonicienne de l’anamnèse : se souvenir, c’est re-connaître ce que l’âme a déjà contemplé dans un autre état. La réminiscence est alors un chemin vers la vérité. Savoir, c’est se rappeler. L’album, dans cette lecture, offrirait moins une découverte qu’une reconnaissance — quelque chose que l’auditeur savait déjà sans le savoir.

Henri Bergson en 1878
Bergson : le temps vécu contre le temps mesuré
Henri Bergson y ajoute une dimension temporelle cruciale. Pour lui, la mémoire n’est pas une archive froide, elle est durée vivante. Se souvenir, c’est rejouer le temps dans la chair du présent ; c’est faire coexister plusieurs temporalités en un seul instant. L’album, en portant ce titre, se positionne comme une expérience de la durée, et non de la chronologie linéaire. C’est une musique dans laquelle le temps ne passe pas — il se dépose.
Freud : ce qui résiste à l’oubli
Freud en 1921
La psychanalyse freudienne voit dans la réminiscence ce qui résiste à l’oubli : le refoulé qui revient, le non-dit qui insiste.
Le titre suggère alors une musique qui dit ce qu’on ne voulait plus entendre — et qui guérit peut-être de l’avoir tu. En ce sens, écouter l’album pourrait être un acte cathartique : laisser la mémoire faire son travail là où la raison s’était dérobée.
-Salomé, tu sais bien ce que je pense du psy Autrichien ! (FCL)
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III. Dimension poétique : le mot comme musique
Phonétiquement, Réminiscences est avant tout un mot-musique. Ses cinq syllabes roulent comme une vague qui revient : Ré-mi-nis-cen-ces. La répétition du son [s] crée une sibilance douce, presque un murmure, un souffle. Le mot lui-même imite ce qu’il désigne — c’est une forme d’iconicité sonore, rare et précieuse.
Le préfixe re- est capital. Il inscrit le retour au cœur même du titre : re-venir, re-sentir, re-vivre. La musique contemporaine, avec ses boucles, ses samples et ses motifs récurrents, fait littéralement résonner ce préfixe dans sa forme structurelle. Le titre et la forme musicale se répondent.
Enfin, par son registre soutenu et rare dans la langue courante, le mot crée une promesse esthétique : l’auditeur est prévenu qu’il n’entendra pas un récit neuf, mais une traversée du déjà-senti — une musique qui sera peut-être familière avant même d’avoir été écoutée.
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La tension fondamentale du titre
Ce qui rend Réminiscences particulièrement fort comme titre d’album, c’est sa tension constitutive. La réminiscence est involontaire par nature — elle survient, elle s’impose. Or un album est un acte voulu, construit, signé, maîtrisé. Nommer son œuvre ainsi, c’est paradoxalement orchestrer l’imprévu : promettre à l’auditeur que quelque chose surgira en lui, qu’il ne contrôlera pas.
Entre passé et présent, entre involontaire et articulé, entre douleur et douceur — Réminiscences nomme ce qui résiste à être nommé : l’expérience d’une mémoire qui déborde la raison.
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Salomé Fresnel… – … n’analyse pas les romans — trop prévisibles — mais les titres d’albums, ces micro-œuvres où l’humanité condense, en trois à cinq mots, ses angoisses, ses ambitions et parfois ses fautes de goût. Après une thèse audacieuse intitulée « Du vague au grandiose : poétique du titre d’album entre promesse et déception », elle s’est imposée comme une référence mondiale dans un champ que personne n’avait pensé à revendiquer avant elle. Ses recherches portent notamment sur la mystérieuse inflation des titres abstraits (Horizons, Reflections, Origins) et sur l’usage stratégique de l’anglais chez des artistes qui le maîtrisent avec une confiance admirable. Elle soutient, avec un sérieux désarmant, que plus un titre est emphatique, plus il révèle une inquiétude profonde quant au contenu réel de l’album — hypothèse qu’elle teste régulièrement, parfois au prix de longues heures d’écoute. Invitée dans des colloques interdisciplinaires, elle intervient sur des sujets tels que « L’ellipse comme geste marketing » ou « La parenthèse dans le titre : entre pudeur et surcharge sémantique ». Elle n’hésite pas à comparer deux albums uniquement à partir de leurs titres, ce qui lui fait gagner un temps considérable et une réputation d’audace méthodologique. Enseignante passionnée, elle initie ses étudiants à l’art de juger un album sans l’écouter, tout en leur rappelant qu’il arrive, dans de rares cas, que le contenu corresponde effectivement au titre, phénomène qu’elle décrit comme « statistiquement marginal mais émotionnellement troublant ». On notera enfin que la docteure possède une particularité rare : elle n’a ni bureau, ni université de rattachement, ni même d’existence administrative vérifiable. Elle apparaît, au besoin, dans des paragraphes soigneusement rédigés, publie dans des revues qui tiennent en quelques lignes, puis disparaît sans laisser d’autre trace qu’une impression de cohérence. Certains avancent qu’elle n’existe que dans un recoin très spécialisé de l’intelligence artificielle, hypothèse qu’elle ne confirme ni n’infirme, se contentant d’exister avec élégance, quand on pense à elle. Voilà… |

