10 – Que le lecteur…

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Last Updated on 27/05/2026 – 17:02 by Frank César LOVISOLO

Les chants de Maldoror – Isidore Ducasse – Comte de Lautréamont – Maldoror –
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Maldoror
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Comte de Lautréamont

Chant 005 – Que le lecteur       –        Lectrice : Valérie Feasson

 

Comte de MaldororQue le lecteur ne se fâche pas contre moi, si ma prose n’a pas le bonheur de lui plaire.
Tu soutiens que mes idées sont au moins singulières.
Ce que tu dis là, homme respectable, est la vérité ; mais une vérité partiale.
Or, quelle source abondante d’erreurs et de méprises n’est pas toute vérité partiale !

Les bandes d’étourneaux ont une manière de voler qui leur est propre, et semble soumise à une tactique uniforme et régulière, telle que serait une troupe disciplinée, obéissant avec précision à la voix d’un seul chef.
C’est à la voix de l’instinct que les étourneaux obéissent, et leur instinct les porte à se rapprocher toujours du centre du peloton, tandis que la rapidité de leur vol les emporte sans cesse au-delà.
En sorte que cette multitude d’oiseaux, ainsi réunis par une tendance commune vers le même point aimanté, allant et venant sans cesse, circulant et se croisant en tous sens, forme une espèce de tourbillon fort agité.

Dont la masse entière, sans suivre de direction bien certaine, paraît avoir un mouvement général d’évolution sur elle-même, résultant des mouvements particuliers de circulation propres à chacune de ses parties.
Et dans lequel le centre, tendant perpétuellement à se développer, mais sans cesse pressé, repoussé par l’effort contraire des lignes environnantes qui pèsent sur lui, est constamment plus serré qu’aucune de ces lignes.
Lesquelles le sont elles-mêmes d’autant plus, qu’elles sont plus voisines du centre.

Malgré cette singulière manière de tourbillonner, les étourneaux n’en fendent pas moins, avec une vitesse rare, l’air ambiant, et gagnent sensiblement, à chaque seconde, un terrain précieux pour le terme de leurs fatigues et le but de leur pèlerinage.
Toi, de même, ne fais pas attention à la manière bizarre dont je chante chacune de ces strophes.
Mais, sois persuadé que les accents fondamentaux de la poésie n’en conservent pas moins leur intrinsèque droit sur mon intelligence.

Ne généralisons pas des faits exceptionnels, je ne demande pas mieux.
Cependant mon caractère est dans l’ordre des choses possibles.
Sans doute, entre les deux termes extrêmes de la littérature, telle que tu l’entends, et de la mienne, il en est une infinité d’intermédiaires et il serait facile de multiplier les divisions.
Mais, il n’y aurait nulle utilité.
Et il y aurait le danger de donner quelque chose d’étroit et de faux à une conception éminemment philosophique.
Qui cesse d’être rationnelle, dès qu’elle n’est plus comprise comme elle a été imaginée.
C’est-à-dire avec ampleur.

Tu sais allier l’enthousiasme et le froid intérieur, observateur d’une humeur concentrée.
Enfin, pour moi, je te trouve parfait… Et tu ne veux pas me comprendre !
Si tu n’es pas en bonne santé, suis mon conseil (c’est le meilleur que je possède à ta disposition), et va faire une promenade dans la campagne.
Triste compensation, qu’en dis-tu ?
Lorsque tu auras pris l’air, reviens me trouver.
Tes sens seront plus reposés.

Ne pleure plus.
Je ne voulais pas te faire de la peine.

N’est-il pas vrai, mon ami, que, jusqu’à un certain point, ta sympathie est acquise à mes chants ?
Or, qui t’empêche de franchir les autres degrés ?
La frontière entre ton goût et le mien est invisible.
Tu ne pourras jamais la saisir.
Preuve que cette frontière elle-même n’existe pas.

Réfléchis donc qu’alors (je ne fais ici qu’effleurer la question) il ne serait pas impossible que tu eusses signé un traité d’alliance avec l’obstination.
Cette agréable fille du mulet, source si riche d’intolérance.
Si je ne savais pas que tu n’étais pas un sot, je ne te ferais pas un semblable reproche.

Il n’est pas utile pour toi que tu t’encroûtes dans la cartilagineuse carapace d’un axiome que tu crois inébranlable.
Il y a d’autres axiomes aussi qui sont inébranlables.
Et qui marchent parallèlement avec le tien.

Si tu as penchant marqué pour le caramel (admirable farce de la nature), personne ne le concevra comme un crime.
Mais, ceux dont l’intelligence, plus énergique et capable de plus grandes choses, préfère le poivre et l’arsenic, ont de bonnes raisons d’agir de la sorte.
Sans avoir l’intention d’imposer leur pacifique domination à ceux qui tremblent de peur devant une musaraigne ou l’expression parlante des surfaces d’un cube.

Je parle par expérience, sans venir ici jouer le rôle de provocateur.
Et, de même que les rotifères et les tardigrades peuvent être chauffés à une température voisine de l’ébullition, sans perdre nécessairement leur vitalité, il en sera de même pour toi, si tu sais t’assimiler, avec précaution, l’âcre sérosité suppurative qui se dégage avec lenteur de l’agacement que causent mes intéressantes élucubrations…

 

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Comte de Lautréamont,Isidore Ducasse,Maldoror - All post - Frank César LOVISOLO - – es chants de Maldoror — Isidore Ducasse — Comte de lautréamont — Les chants de MaldororValérie Feasson

Comédienne – metteure en scène/photographe, professeure de théâtre Diplômée d’État et praticienne certifiée de la méthode Feldenkrais, Valérie Feasson s’est formée au théâtre physique, au masque neutre et à la commedia dell’arte, au clown, à la tragédie, aux écritures contemporaines, voix, théâtre de Shakespeare.
Tout en s’appuyant sur le texte partition, elle défend un théâtre du corps, parfois chorégraphique, en accord avec sa formation initiale, la danse. L’acteur en tant que créateur au plateau et le jeu sont au centre de son travail.
Elle n’hésite pas à revisiter les grands mythes et les textes fondateurs propices à l’exploration des écritures contemporaines mais se régale aussi à aborder des textes plus légers. Tout étant prétexte à aborder les grands sujets de notre monde et à entrer en écriture de plateau.
Compagnie : https://www.cieacontretemps.com/    –     Contact : theatreacontretemps@gmail.com    –   Photographe : https://www.valeriefeasson.com/

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Portrait-présume-d'Isidore-Ducasse-par-Charles-Reutlinger - Maldoror - Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

Portrait présumé d’Isidore Ducasse par Charles Reutlinger. (colorisé)

Publié anonymement en 1869,

Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.

L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.

En construisant la lecture comme une expérience périlleuse, voire toxique, Lautréamont ne se contente pas de provoquer : il élabore une véritable poétique de l’épreuve, fondée sur la dissolution du sujet lecteur et sur l’instabilité du sens.

On peut dès lors se demander comment cet incipit met en place une conception radicale de la lecture comme processus de contamination et de désorientation, tout en proposant une réflexion implicite sur l’acte interprétatif lui-même.
Comte de Lautréamont
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Park Yi-seul (박이슬) :

Cet extrait constitue une adresse directe au lecteur :

le narrateur y anticipe l’incompréhension, la critique, voire le rejet, pour mieux en analyser les ressorts. Cette scène énonciative, faussement conciliatrice, met en tension singularité poétique et relativité des jugements.

Nous pouvons dès lors nous demander comment ce texte construit une poétique de la marginalité assumée, en transformant le dialogue avec le lecteur en réflexion philosophique sur la vérité, le goût et l’autonomie esthétique.

Nous montrerons d’abord que l’extrait met en place une stratégie rhétorique de captatio paradoxale, puis qu’il développe une métaphore organique du collectif pour penser la singularité, avant d’analyser comment s’y affirme une éthique de la pluralité contre le dogmatisme.

 

Une captatio paradoxale : ironie et déstabilisation du lecteur

L’incipit — « Que le lecteur ne se fâche pas contre moi » — semble relever d’une posture d’humilité. Pourtant, cette précaution oratoire se retourne immédiatement : la reconnaissance de la « singularité » des idées n’est acceptée que comme « vérité partielle ». Le texte problématise ainsi la notion même de vérité : « quelle source abondante d’erreurs et de méprises n’est pas toute vérité partielle ! »

Le narrateur adopte un ton faussement conciliant, multipliant les apostrophes (« homme respectable », « mon ami »), les conseils bienveillants (« va faire une promenade »), voire les marques d’affection ironique (« je te trouve parfait… »). Cette douceur apparente masque une mise en accusation : le lecteur est soupçonné d’« obstination », d’« intolérance », voire d’encroûtement dans des axiomes rigides.

Le dialogue est en réalité dissymétrique. Le locuteur domine l’échange, anticipe les objections, et redéfinit les termes du débat. L’ironie constitue l’arme principale de cette stratégie : sous couvert de compréhension, le texte installe une supériorité intellectuelle.

 

La métaphore des étourneaux : singularité et dynamique collective

L’image centrale des bandes d’étourneaux offre une clé d’interprétation. Le vol tourbillonnant, sans direction apparente mais doté d’un mouvement global cohérent, figure une organisation complexe où le centre est à la fois moteur et point de tension.

Cette description peut se lire comme une allégorie du champ littéraire : chaque écrivain semble obéir à un instinct propre, mais participe d’un mouvement d’ensemble. Le centre, « constamment plus serré », évoque la pression normative exercée par le goût dominant. Pourtant, malgré l’apparente confusion, les étourneaux « gagnent sensiblement, à chaque seconde, un terrain précieux ».

Lautréamont invite alors le lecteur à ne pas juger la « manière bizarre » du chant. L’irrégularité formelle n’empêche pas la progression essentielle. Ainsi, la singularité stylistique s’inscrit dans une dynamique plus vaste : elle participe d’un déplacement du champ poétique.

La métaphore naturalise la marginalité : ce qui paraît chaotique obéit en réalité à une logique interne. Le bizarre devient nécessité.

 

Une éthique de la pluralité contre le dogmatisme

La réflexion s’élargit ensuite en une méditation philosophique sur les « axiomes ». Le narrateur refuse l’étroitesse des classifications et défend une « conception éminemment philosophique » qui doit être comprise « avec ampleur ».

L’opposition entre caramel, poivre et arsenic radicalise le propos. Le goût devient métaphore du jugement esthétique : préférer la douceur ou l’âpreté relève d’une disposition singulière, non d’une norme universelle. L’arsenic, image extrême, suggère une littérature dangereuse, corrosive, mais légitime pour ceux qui en ont la capacité.

La comparaison avec les rotifères et les tardigrades, organismes capables de survivre à des conditions extrêmes, parachève l’argumentation. Le lecteur, exposé à l’« âcre sérosité » du texte, pourrait développer une résistance nouvelle. La lecture devient expérience transformative.

Ainsi, loin d’imposer une « domination », le narrateur revendique une coexistence d’axiomes parallèles. La frontière entre les goûts est déclarée « invisible », voire inexistante : le conflit esthétique repose sur une illusion de séparation.

Ce passage affirme donc une éthique de la pluralité radicale, où la singularité ne doit pas être comprise comme exclusion, mais comme possibilité parmi d’autres.

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  • Dans cet extrait des Chants de Maldoror, Lautréamont met en scène un dialogue conflictuel avec son lecteur pour mieux interroger les fondements du jugement esthétique. Par l’ironie, la métaphore dynamique des étourneaux et une réflexion philosophique sur les axiomes, le texte revendique la légitimité d’une poésie singulière, dérangeante, voire toxique.
  • La singularité n’est plus marginalité honteuse : elle devient condition du renouvellement littéraire. En refusant toute vérité partielle érigée en absolu, le narrateur invite à une lecture ouverte, capable de supporter l’intensité corrosive d’une œuvre qui ne cherche pas à plaire, mais à transformer.

L’auteur :

Comte de Lautréamont,Isidore Ducasse,Maldoror - All post - Frank César LOVISOLO - – es chants de Maldoror — Isidore Ducasse — Comte de lautréamont — Les chants de MaldororDr Park Yi-seul (박이슬), PhD, DPhil, DSc

Docteure en Littérature • Philosophie • Astrophysique
Spécialiste des Chants de Maldoror
Muse du compositeur.

Université Virtuelle Coréenne: Consortium Académique du Métavers
Présence physique : archivée à des fins administratives

Profil académique

Chercheuse interdisciplinaire travaillant à l’articulation rigoureuse entre littérature du XIXe siècle, métaphysique du négatif et cosmologie relativiste.

Mes recherches examinent l’hypothèse selon laquelle Les Chants de Maldoror peuvent être étudiés simultanément :

comme système poétique cohérent,
comme structure ontologique instable,
et comme modèle analogique pertinent pour décrire certaines singularités astrophysiques.

Je m’efforce de maintenir un ton mesuré en toute circonstance.

Formation (parcours intégralement immersif)

Doctorat en Littérature Comparée
Université Virtuelle Européenne — Faculté des Humanités Étendues
Thèse : « Dynamique de l’excès dans Les Chants de Maldoror »
Mention : Très honorable avec félicitations synchronisées.

Doctorat en Philosophie
Meta-Sorbonne
Thèse : « Ontologie du négatif et cohérence paradoxale chez Lautréamont »

Doctorat en Astrophysique Théorique
Institut Métaversal d’Études Cosmologiques
Thèse : « Singularités gravitationnelles et modèles d’effondrement symbolique »

Les trois soutenances ont été réalisées en environnement immersif certifié, avec jury holographique et validation biométrique multilatérale.

Axes de recherche

Topologie conceptuelle de l’excès
Logiques non classiques et discontinuités poétiques
Analogies structurelles entre trou noir et personnage romantique
Mesure théorique de la « densité symbolique »
NB

Je m’abstiens pour l’instant de conclure définitivement que Maldoror possède un horizon des événements.

Fonctions actuelles

Professeure holographique titulaire — Chaire « Littérature et Cosmologie »

Enseignements :

Esthétique du négatif
Philosophie et modèles mathématiques subversifs
Introduction prudente aux singularités textuelles atrabilaire

Les cours sont dispensés dans des amphithéâtres virtuels reproduisant des ciels étoilés calibrés scientifiquement.

Publications sélectionnées

« Courbure de l’espace narratif et gravité morale », Revue de Cosmologie Comparée.
« La cohérence paradoxale de Maldoror », Annales d’Ontologie Formelle.
« Peut-on cartographier une métaphore ? », Journal des Humanités Quantifiées.

Compétences

Analyse littéraire avancée
Métaphysique contemporaine
Relativité générale (usage raisonnable)
Modélisation immersive 3D
Français, 한국어, English, équations différentielles

Projet en cours

Développement d’une cartographie interactive des Chants de Maldoror dans le Métavers :
chaque strophe correspond à une région d’espace-temps,
chaque image à une perturbation mesurable,
chaque lecteur à un observateur dont la présence modifie le phénomène.

Les premiers résultats suggèrent que la littérature et la cosmologie partagent une même propriété fondamentale : l’expansion continue.

 

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