01 – Plût au ciel

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Last Updated on 27/05/2026 – 16:31 by Frank César LOVISOLO

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Maldoror - Sauvage pour Lautréamont - Frank César LOVISOLO - Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.
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Chant 001 – Plût au ciel         –        Lecteur : Didier Bourguignon

MaldororPlût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l’eau le sucre.

 

Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger.
Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant.
Écoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en arrière et non en avant, comme les yeux d’un fils qui se détourne respectueusement de la contemplation auguste de la face maternelle ; ou, plutôt, comme un angle à perte de vue de grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l’hiver, vole puissamment à travers le silence, toutes voiles tendues, vers un point déterminé de l’horizon, d’où tout à coup part un vent étrange et fort, précurseur de la tempête.
La grue la plus vieille et qui forme à elle seule l’avant-garde, voyant cela, branle la tête comme une personne raisonnable, conséquemment son bec aussi qu’elle fait claquer, et n’est pas contente (moi, non plus, je ne le serais pas à sa place), tandis que son vieux cou, dégarni de plumes et contemporain de trois générations de grues, se remue en ondulations irritées qui présagent l’orage qui s’approche de plus en plus.
Après avoir de sang-froid regardé plusieurs fois de tous les côtés avec des yeux qui renferment l’expérience, prudemment, la première (car, c’est elle qui a le privilège de montrer les plumes de sa queue aux autres grues inférieures en intelligence), avec son cri vigilant de mélancolique sentinelle, pour repousser l’ennemi commun, elle vire avec flexibilité la pointe de la figure géométrique;
(c’est peut-être un triangle, mais on ne voit pas le troisième côté que forment dans l’espace ces curieux oiseaux de passage), soit à bâbord, soit à tribord, comme un habile capitaine ; et, manœuvrant avec des ailes qui ne paraissent pas plus grandes que celles d’un moineau, parce qu’elle n’est pas bête, elle prend ainsi un autre chemin philosophique et plus sûr.

Maldoror - Sauvage pour Lautréamont - Frank César LOVISOLO - Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.

Maldoror - Sauvage pour Lautréamont - Frank César LOVISOLO - Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.Didier Bourguignon…
…a appris son métier de comédien, en 1973, avec César Gattegno, au Théâtre du Rocher à La Garde (83).
Il a poursuivi sa carrière dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en tentant de découvrir toutes les facettes de cet art: théâtre classique, contemporain, burlesque, de rue, etc.
Également auteur-compositeur-interprète (« Trompette-Bourguignon chantent »), il a été récitant dans des oratorios et autres œuvres musicales.
Il est enfin acteur de cinéma et de télévision. Depuis quelques années, il se spécialise dans des solos, et des duos.
Contact : didierbourg83@free.fr
Lire:

Malodoror Malodoror-

Portrait-présume-d'Isidore-Ducasse-par-Charles-Reutlinger - Maldoror - Lautréamont

Portrait présumé d’Isidore Ducasse par Charles Reutlinger. (colorisé)

Publié anonymement en 1869,

Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.

L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.

En construisant la lecture comme une expérience périlleuse, voire toxique, Lautréamont ne se contente pas de provoquer : il élabore une véritable poétique de l’épreuve, fondée sur la dissolution du sujet lecteur et sur l’instabilité du sens.

On peut dès lors se demander comment cet incipit met en place une conception radicale de la lecture comme processus de contamination et de désorientation, tout en proposant une réflexion implicite sur l’acte interprétatif lui-même.

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Morgane Valombre

Une scénographie du seuil : dissuasion, autorité et performativité du discours

  • Le texte s’ouvre sur une adresse directe au lecteur, qui instaure immédiatement une relation asymétrique entre le narrateur et celui à qui il s’adresse.
  • Loin de la captatio benevolentiae, Lautréamont adopte une rhétorique de la dissuasion, affirmant qu’« il n’est pas bon que tout le monde lise » les pages à venir. Cette restriction ne relève pas d’une morale explicite, mais d’une mise à l’épreuve de la capacité du lecteur à soutenir la violence du texte.
  • Le discours fonctionne de manière performative : en avertissant du danger, il produit ce danger. L’injonction répétée — « dirige tes talons en arrière » — ne vise pas tant à faire reculer le lecteur qu’à le placer face à une décision interprétative. La lecture devient ainsi un acte volontaire, engageant la responsabilité du sujet.
  • Ce seuil discursif peut être compris comme un dispositif métatextuel : le texte ne parle pas seulement de ce qu’il est, mais agit sur celui qui le lit. En ce sens, Lautréamont anticipe une conception moderne de la littérature comme force agissante, et non comme simple représentation.

La métaphore du poison : lecture, contamination et crise du sujet

  • L’axe central de l’extrait repose sur une métaphore insistante de la toxicité. Le texte est décrit comme un milieu saturé d’« émanations mortelles », capable d’« imbiber » l’âme du lecteur. Cette métaphore engage une conception matérialiste et presque physiologique de la lecture : lire, c’est s’exposer à une substance qui pénètre et transforme.
  • La comparaison finale — « comme l’eau le sucre » — est déterminante dans une perspective théorique. Elle suggère non seulement l’irréversibilité du processus, mais aussi l’abolition de toute frontière stable entre le sujet et l’objet. Le lecteur ne domine plus le texte ; il est absorbé par lui. Cette image met en crise le modèle classique d’un sujet souverain, maître de son interprétation.
  • Par ailleurs, l’inscription de la lecture dans une géographie hostile (marécages, landes, chemin abrupt) renforce cette logique de désorientation. Le texte devient un espace sans repères fixes, où la rationalité ordinaire est insuffisante.
  • On peut ainsi lire cet incipit comme une critique implicite de la lecture herméneutique sécurisée, fondée sur la maîtrise et la clarté.

L’allégorie des grues : modèle instable de l’intelligence interprétative

  • La longue digression consacrée aux grues migratrices ne saurait être réduite à une simple image poétique. Elle fonctionne comme une allégorie du processus interprétatif, mettant en scène une communauté confrontée à un danger invisible mais pressenti.
  • La grue la plus ancienne, dotée d’une expérience accumulée, incarne une forme de lucidité interprétative : elle sait lire les signes faibles (le vent, le silence, l’approche de la tempête) et ajuster sa trajectoire. Ce personnage peut être compris comme une figure du lecteur critique, capable de distance et de prudence.
  • Cependant, Lautréamont déstabilise immédiatement cette lecture allégorique par l’ironie, les parenthèses et les comparaisons incongrues. Le modèle interprétatif proposé n’est jamais pleinement stabilisé. L’expression même de « chemin philosophique » demeure ambiguë : elle désigne moins une méthode qu’un déplacement, une errance maîtrisée mais non garantie.
  • Cette instabilité empêche toute clôture du sens. Le texte ne fournit pas une clé de lecture, mais met en scène l’impossibilité d’une interprétation définitivement sûre.

Maldoror - Sauvage pour Lautréamont - Frank César LOVISOLO - Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.

Cet incipit des Chants de Maldoror ne se contente pas de provoquer le lecteur : il institue une poétique de la lecture comme épreuve, contamination et perte de maîtrise. À travers une scénographie dissuasive, une métaphore du poison et une allégorie volontairement instable, Lautréamont élabore une réflexion profondément moderne sur les effets du texte et la fragilité du sujet lecteur.

Dans la perspective d’un mémoire, ce passage peut être envisagé comme un lieu théorique majeur, où se nouent les enjeux de la violence du langage, de la dissolution du sujet et de la crise de l’interprétation. En ce sens, Maldoror apparaît non seulement comme une œuvre du mal, mais comme une œuvre critique, qui interroge les conditions mêmes de la lisibilité littéraire.
« Comment survivre à Ducasse »


Maldoror - Sauvage pour Lautréamont - Frank César LOVISOLO - Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.Auteur : Morgane Valombre – Docteure en Lautréamont
(métavers certifié)
Secrétaire très particulière du compositeur.


Formation

Doctorat en littérature française – Université Métaversitaire Européenne
Université de pataphysique.
Thèse : Maldoror m’a suivie jusque dans la réalité virtuelle…
Soutenance : amphithéâtre holographique, jury mi-humain mi-algorithme

Spécialité
Lautréamont, cruauté, monstres, avatars, phrases qui mordent, Boney M.

Recherche
Lecture immersive des Chants de Maldoror en environnement instable; (expériences parfois dangereuses pour l’ego).
Publications

Quelques articles, plusieurs bugs, un avatar définitivement marqué.
Enseignement
Séminaires en métavers :
« Comment survivre à Ducasse »
Compétences
Exégèse, ironie savante, navigation en cauchemar numérique.
Divers
Parle à Maldoror à la première personne.
N’en est pas tout à fait revenue.

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