Last Updated on 26/08/2026 – 08:17 by Frank César LOVISOLO
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Suggestion d’écoute :
Sortilèges |
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Land Art… |
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33 projets de Land Art virtuels de Frank César Lovisolo : des structures fractales intégrées dans des déserts, lacs salés et marais salants — entre Walter De Maria, Christo et l’utopie architecturale numérique.
Les artistes de ce mouvement conçoivent des compositions dans la nature et utilisent des matériaux comme la terre, les pierres, le bois, le sable, l’eau et le métal. L’intention est de questionner quant à l’interaction possible entre l’art, la nature et l’homme et d’en explorer des concepts de persistance et/ou d’éphémérité, les réalisations étant sujettes aux mutations environnementales, en particulier l’érosion .
Ces 33 projets de Land Art proposent une promenade singulière à travers l’art contemporain, la nature et l’imaginaire. Entre œuvres monumentales, paysages transformés, architectures éphémères, fractales et créations virtuelles, le Land Art devient ici un territoire d’expérimentation où l’art ne se contente plus de représenter le paysage : il le transforme. –
![]() Walter De Maria, The Lightning Field, 1977. © Estate of Walter De Maria. Photo : John Cliett L’une des œuvres emblématiques du Land Art est « The Lightning Field » conçu par Walter de Maria, composé de 400 poteaux en acier inoxydable aux extrémités pointues, disposés selon une grille rectangulaire de 1,6 km × 1 km. |
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33 œuvres irréellement imaginaires…Déserts, lac salé, bord de mer, marais salants sont mes lieux de prédilections pour ces virtuelles installations, de l’espace encore de l’espace. L’idéal pour poser un escalier qui ne mènera, heureusement, nulle part. |
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Land Art et Fractales.–
Dans cette série, le concept est de choisir une figure fractale existante pour l’intégrer dans un paysage, tout en la rendant à peu de choses près constructible.
Si vous connaissez un architecte pugnace, un ingénieur béton opiniâtre, un tailleur de pierre entêté et un maçon désœuvré ne sachant pas que faire de ces sacs de ciment, de sa bétonnière et qui s’entraine, huit heures par jour, au maniement de la truelle dans le vide, je suis preneur ! – J’avais travaillé sur deux séries « Julia MandelBleu » et « Julia MandelRouge », une variété de « Math Art », algorithmique et immatérielle, très éloignée de la nature vraie, vous savez celle que l’on est en train de saloper.
– Paradoxalement, ces étranges objets mathématiques sont très présents et parfois là où on les attend le moins : par exemple dans la cuisine si vous aimez le chou romanesco, vous aurez dans votre réfrigérateur un aperçu de forme fractale biologique. Il en existe beaucoup d’autres dans la nature : les nuages, les flocons de neige, les montagnes, les réseaux de rivières, le chou-fleur, le brocoli (cru) et autres fougères… –
Cette idée de Land Art va et vient dans mon esprit depuis longtemps…
C’est amusant la créativité : il suffit de ne plus penser à un sujet pour qu’il revienne derechef vous hanter et décide de s’extraire de sa léthargie de sorte que l’on commence à élaborer avec frénésie les esquisses, pas très convaincantes au début… – Puis, petit à petit… Non ! Rien à voir avec l’oiseau, ça prend forme et devient jubilatoire ! Toutefois, parce que vous êtes des millions à me lire, je résume comment ça se passe et vous livre ma recette secrète :
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![]() Mark Rothko, Blue and Gray, 1962 Et voilà… Une armée de palettes et de pinceaux se lève pour protester la méthode.
Toujours avec les mêmes revendications conformistes que l’on trouve dans toutes les disciplines artistiques, dès que l’on sort du cadre quasiment juridique du fameux « bien faire comme il faut, comme avant ». –
Ho, ceci n’est pas original, l’inventeur du pinceau, il y a fort longtemps, lui aussi a eu à toréer avec ces énergumènes adeptes de la rassurante conserve !
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Mais ne vous leurrez pas, j’admire ceux qui œuvrent avec les techniques classiques et qui, avec elles, bouleversent et transcendent les traditions, ouvrant de nouvelles perspectives à l’art.
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Quant à la critique, bien sûr, tant qu’elle correspond à ce qu’en disait Charles Baudelaire (un autre grand Charles), qui, dit-on, n’appréciait pas vraiment l’art de la photographie, mais n’a pas empêché l’impétueux photographe et aéronaute Félix Tournachon, dit Nadar, de lui tirer le portrait :
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« Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique ; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n’a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament ; mais — un beau tableau étant la nature réfléchie par un artiste — celle qui sera ce tableau réfléchi par un esprit intelligent et sensible.
Ainsi le meilleur compte rendu d’un tableau pourra être un sonnet ou une élégie. »
« À quoi bon la critique ? », Charles Baudelaire — Salon de 1846
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— J’affirme sans retenue que l’Art n’a aucun moyen d’évoluer derrière les barrières du conservatisme ou dans l’enfermement des idéologies les plus souvent mortifères.
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Parmi toutes les disciplines…– …qui s’apparentent à « l’art contemporain », le Land Art demeure certainement l’une de mes préférées.
Il s’y trouve une pureté tout aussi empreinte de primitivisme que de multiplicité, ce qui m’émerveille au plus haut point. Le fait que les œuvres soient souvent éphémères interroge sur les effets de la temporalité de ce qui réside sur terre. –
Toutes les œuvres sont destinées à disparaitre, bien que l’on fasse tout pour les conserver (restauration, musée…). Celles du Land Art sont exposées dans la nature et subissent l’érosion. D’autres ne sont construites que pour une durée définie et seront démantelées..
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![]() The Vertical Earth Kilometer Si nous prenons pour exemple « The Vertical Earth Kilometer » de Walter De Maria, une barre de laiton, de 5 centimètres de diamètre et de 1 kilomètre de long, entièrement enfoncée dans le sol, de telle façon que seule son extrémité supérieure affleure. Nous ne savons pas ce qu’il se passe sous la surface ; elle traverse six couches géologiques distinctes et l’on sait que ces strates peuvent glisser indépendamment l’une sur l’autre et même se déformer. Peut-être, que cette barre minuscule en comparaison de sa longueur est maintenant distordue ou pis : sectionnée! –
![]() The Floating Piers – Photographie FC Lovisolo A contrario, après les 16 jours d’exposition, tous les éléments de l’évènement « The floating Piers » pensé Christo et Jeanne-Claude, ont été démontés et recyclés industriellement.
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![]() Lovis Corinth — Ecce Homo (1925), Kunstmuseum Bâle Mais, pour que ce soit de l’art, il faut au minimum deux composantes : l’artiste qui affirme avec une ferveur ecclésiastique qu’il vient de faire un objet d’art (quel qu’il soit) et un spectateur, bardé de moult aprioris, qui va le percevoir ou pas comme tel. ![]() Statue Aztèque représentant dieu Tezcatlipoca Un paradoxe fantastique demeure l’exposition Entartete Kunst (Art dégénéré), organisée par des innommables en été 1937 à Berlin, où furent présentés au public une kyrielle de chats présentés comme morts, par les organisateurs, mais perçus vivant, par une bonne partie des spectateurs qui, néanmoins, les ont affirmé morts pour rester vivants ! Par exemple, sur une autre planète (ce n’est pas demain la veille), ou avec plus de pragmatisme, de la même manière que les premiers colons confrontés aux réalisations amérindiennes, des occupants qui, peu de temps après, ont tout fait pour anéantir leurs cultures ? |
Land Art en Provence : Château La Coste
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Si le land Art vous inspire, je ne saurais trop vous conseiller de vous rendre au Château La Coste, à quelques kilomètres d’Aix-en-Provence. |
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Photos prises lors de ma dernière visite en 2019 |
| ⇑⇑ Accès : 2750 Route de la Cride – 13610Le Puy-Sainte-Réparade tél. :+33 4 42 61 89 98 https://chateau-la-coste.com contact@chateau-la-coste.com |
Art -Land Art Land Art -Land Art –
Quelques acteurs du Land Art– |
![]() Walter De Maria, The Broken Kilometer, 1979. Walter De Mariané le à Albany en Californie et mort le à New York.
Avec son ami, le compositeur d’avant garde La Monte Young, il participe à des happenings ainsi qu’à des productions théâtrales dans la région de San Francisco. Œuvres : The Lightning Field (1969) The Vertical Earth Kilometer (1977) The New York Earth Room (1977) The Broken Kilometer (1979)
– Jeanne-Claude Denat de Guillebon, née le à Casablanca au Maroc et morte le à New York. – Site officiel : https://christojeanneclaude.net – Christo and Jeanne-Claude L’Arc de Triomphe, Wrapped, Paris, 1961-2021 Photo: Benjamin Loyseau
1964 – A Snowball track, Bristol. 1978 – Brittany red stone circle, musée de Grenoble 1984 – Cornish Slate Ring, FRAC Bourgogne 1986 – Un cercle en Bretagne, château de Kerguéhennec, Bignan
1981 – Richerline, installation, Musée d’art de Toulon. 1967 – Line made by walking. 1990 – Cormwall Slate Line,
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James Turrell…né le à Los Angeles ![]() Roden Crate1967 : Afrum1968 : Alta blue 1970 : Stuck Red/Stuck Blue (en)
1974 : début de la série des Skyspace (lieux multiples) 1976 : début de la série des Space Division (lieux multiples) 1976 : City of Anhirit 1983 : début de la construction de Roden Crater (Flagstaff) 1983 : Pleiades 1991 : Irish Sky Garden (Skibbereen) 1991 : Heavy Water 1994 : Ghost Wedge 1996 : Hemels Gewelf (La Haye, restauré en 2008) 2000 : mise en lumière du pont du Gard 2002 : Unseen Blue 2002 : Big Red 2005 : Eclairage variable de l’Automotive Design Network, centre de design de PSA Peugeot Citroën à Vélizy-Villacoublay 2006 : Nightlife, mise en lumière de la façade du siège de la Caisse des dépôts et consignations (Paris), avec l’architecte Christian Hauvette. 2009 : mise en lumière de la façade du Dornier Museum (de) (Friedrichshafen) 2012 : Trace elements: Light into space https://james-turrell/ Robert Smithson
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Des artistes(Il en manque certainement) |
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![]() Apolline GoldschmidtL’article « 33 Projets de Land Art Virtuels » publié sur le site de Frank César Lovisolo s’inscrit dans une tradition paradoxale du Land Art : celle d’un art profondément enraciné dans le paysage tout en demeurant ici essentiellement spéculatif, virtuel, presque métaphysique. L’auteur ne propose pas seulement des sculptures imaginaires ou des architectures impossibles ; il met en scène une tension entre le rêve géométrique et la résistance du réel. Le texte introductif est révélateur. Lovisolo évoque des « figures fractales » intégrées dans des paysages et « à peu de choses près constructibles ». Cette formule contient toute l’ambiguïté du projet : ces œuvres appartiennent à la fois au domaine de l’utopie architecturale et à celui de la possibilité technique. L’humour ironique de la phrase sur « l’ingénieur béton opiniâtre » ou le « maçon désœuvré » introduit une distance critique. L’artiste semble parfaitement conscient du caractère absurde, démesuré ou économiquement irréalisable de ses visions. Pourtant, cette impossibilité devient précisément le moteur poétique du travail. Ces projets rappellent certaines dimensions historiques du Land Art américain des années 1960-1970, notamment les œuvres monumentales de Robert Smithson ou Michael Heizer, où la terre devenait simultanément matériau, territoire et signe culturel. Mais Lovisolo s’en distingue par un déplacement essentiel : ses interventions ne cherchent pas réellement à transformer le paysage physique. Elles existent principalement dans l’image, dans le montage mental, dans la projection numérique. Là où les pionniers du Land Art scarifiaient parfois brutalement le désert à l’aide de bulldozers, Lovisolo privilégie une opération plus méditative : l’incrustation conceptuelle d’une géométrie dans un espace naturel ou urbain. (SHS Cairn.info) Cette virtualisation du Land Art est particulièrement contemporaine. Elle correspond à une époque où l’image numérique devient parfois plus influente que l’objet lui-même. L’œuvre n’a plus nécessairement besoin d’exister matériellement pour produire un effet esthétique ou philosophique. En cela, ces « projets » dialoguent avec les réflexions actuelles sur la circulation des images de Land Art sur Internet et les réseaux numériques. (Sens public) L’aspect fractal est également central. La fractale introduit dans le paysage une logique mathématique, répétitive, presque cosmique. Ce n’est pas un hasard si plusieurs projets semblent osciller entre architecture archaïque, ruine futuriste et diagramme scientifique. On pense parfois à des observatoires mégalithiques, parfois à des structures brutalistes abandonnées, parfois encore à des artefacts extraterrestres. Cette ambiguïté esthétique donne aux images une dimension métaphysique : elles paraissent issues d’une civilisation oubliée ou à venir. À travers ces compositions, Lovisolo interroge aussi le rapport entre nature et construction humaine. Le Land Art classique cherchait souvent à réconcilier art et paysage, mais cette réconciliation demeurait problématique, parfois violente. (SHS Cairn.info) Ici, le paysage semble moins agressé que hanté. Les structures géométriques surgissent comme des apparitions silencieuses. Elles ne dominent pas totalement la nature ; elles la contaminent symboliquement. Le paysage méditerranéen, minéral, désertique ou maritime devient alors un théâtre philosophique où dialoguent entropie, mémoire et abstraction. Il existe aussi dans cette série une fascination évidente pour la monumentalité inutile. Ces architectures n’ont pas de fonction pratique identifiable. Elles relèvent davantage du rite, du signe ou de la méditation. Cette absence de fonctionnalité les rapproche des utopies visionnaires d’un Étienne-Louis Boullée ou des architectures impossibles de Giovanni Battista Piranesi. Mais Lovisolo les transpose dans une esthétique numérique contemporaine, où le photomontage et le traitement de l’image remplacent le dessin classique. Le texte et les images produisent enfin une sensation particulière : celle d’un monde suspendu entre catastrophe et contemplation. Plusieurs structures semblent survivre à une disparition de l’humanité ou annoncer une civilisation post-industrielle. Cette tonalité rejoint certaines préoccupations écologiques contemporaines, même si l’artiste évite tout discours militant explicite. Le paysage n’est jamais réduit à un simple décor naturel idéalisé ; il apparaît comme un espace fragile, traversé par les traces de la technique, de l’histoire et de l’effondrement possible. (DOAJ) Au fond, « 33 Projets de Land Art Virtuels » fonctionne comme un laboratoire imaginaire. Ce ne sont pas seulement des projets artistiques ; ce sont des hypothèses philosophiques sur la place de l’homme dans le paysage contemporain. Entre poésie géométrique, ironie discrète, fascination architecturale et méditation sur l’éphémère, Frank César Lovisolo construit une œuvre singulière où le Land Art quitte le désert réel pour entrer dans le territoire mental de l’image numérique. |
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Œuvrer avec le sable, le béton, l’acier, l’aluminium, les pierres, l’eau, indispensable à la vie sur notre planète (qu’en est-il ailleurs ?), et choisir un lieu pour y construire un objet sans réelle utilité (peut-être, repenser la notion d’utilité).
L’art ressemble étrangement au 


Christo et Jeanne-Claude















Il est des projets qui, à la manière d’une amorce lancée dans le silence d’un désert de sel, ne font pas d’éclat immédiat, ils résonnent. Ces trente-trois propositions de land art virtuel appartiennent à cette catégorie d’œuvres qui habitent l’esprit longtemps après qu’on les a traversées.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la lucidité paradoxale de la démarche : employer les outils du numérique, les fractales, les algorithmes, l’image de synthèse, pour imaginer ce que la main de l’homme pourrait accomplir dans la matière la plus brute, la plus primaire. Il y a là une tension philosophique savoureuse, presque dialectique, entre l’immatérialité de la conception et la vocation déclarée à la constructibilité. Comme si Platon avait confié ses Idées à un ingénieur des ponts et chaussées.
La référence à Walter De Maria n’est pas ornementale : elle est structurante. « The Lightning Field » et « The Vertical Earth Kilometer » sont des œuvres qui posent la même question que ces projets virtuels, qu’arrive-t-il à une forme lorsqu’elle entre en dialogue avec l’étendue, le vide, la durée ? L’escalier qui ne mène nulle part, le pont destiné à dérouter les mouettes, la fontaine renversée de la jeunesse : ces titres mêmes sont de petits poèmes absurdes, dans la grande tradition du « Ceci n’est pas une pipe ». L’inutilité revendiquée devient ici une forme de liberté ontologique.
J’aime tout particulièrement votre évocation du chat de Schrödinger appliqué à l’art. C’est une métaphore d’une justesse rare : l’œuvre n’existe vraiment que dans l’acte de sa réception, et tout regard qui s’y pose fait à la fois surgir et vaciller sa nature. L’« Entartete Kunst » de 1937, que vous citez avec une ironie douloureuse, en est la démonstration la plus tragique : les mêmes tableaux, vivants pour les uns, morts selon les bourreaux, et cependant exposés pour que la foule confirme la mort. Il n’est pas d’argument plus puissant contre le micrototalitarisme esthétique que vous dénoncez.
La citation de Baudelaire sur la critique me semble le véritable programme de ce site tout entier. Vous ne commentez pas l’art : vous le prolongez.
Une seule réserve, ou plutôt une question qui me reste en suspens : ces projets virtuels, précisément parce qu’ils échappent à l’érosion, à la strate géologique, à la corrosion marine, sont-ils encore du land art ? Ou forment-ils une catégorie nouvelle, une terra incognita esthétique, que l’on pourrait nommer « land art du possible », l’art de ce qui pourrait advenir dans la matière, et qui n’en est que plus libre de ne pas advenir ?
Merci pour ce généreux voyage entre les déserts, les figures fractales et les escaliers vers nulle part.
Chère Céleste
Votre commentaire m’a arrêté net, ce qui, je dois l’avouer, n’est pas si fréquent.
Vous posez la seule question qui vaille, celle que je me suis refusé à formuler moi-même avec cette clarté : ces projets, soustraits à la morsure du sel, à l’indifférence du vent et à la lente trahison des strates géologiques, méritent-ils encore l’appellation de land art ? J’avais esquivé l’aporie en me réfugiant derrière l’adjectif « virtuel », comme on glisse un caillou sous une porte qui grince. Vous avez retiré le caillou.
Votre « land art du possible » me séduit et m’inquiète à parts égales, ce qui est, je crois, le propre des formules qui touchent juste. Il y a dans cette notion quelque chose de la puissance aristotélicienne, de l’« energeia » en attente de son passage à l’acte. Mes escaliers vers nulle part existent dans cet entre-deux inconfortable : trop concrets pour n’être que des rêves, trop immatériels pour subir l’épreuve du réel. Peut-être sont-ils ce que Mallarmé aurait construit s’il avait été architecte, des œuvres qui tirent leur force précisément de n’être pas réalisées.
Quant au chat de Schrödinger appliqué à l’art, je l’ai convoqué avec la légèreté d’un homme qui sait que la métaphore lui évitera de conclure. Vous avez eu l’élégance de ne pas me le reprocher directement, et je vous en suis reconnaissant.
Walter De Maria enfonce sa barre dans le sol depuis 1977 et nul ne sait ce qu’elle est devenue dans l’obscurité des couches géologiques. Mes projets, eux, ne se déformeront pas : ils disparaitront avec moi. Sauf, si on les perpétue après ma disparition et c’est peut-être là leur seule infériorité face au land art véritable : ils ne mourront pas, ils s’évanouiront. Or un art qui ne peut pas mourir a-t-il vraiment vécu ?
Vous m’avez offert là, Madame, de quoi nourrir plusieurs insomnies jubilatoires.
Avec toute ma gratitude,