Last Updated on 27/09/2026 – 09:11 by Frank César LOVISOLO
Tutuguri – Antonin Artaud – Pour en finir avec le jugement de dieu – Didier Bourguignon – le rite du soleil noir
| Intégral : 05’52 |
Extrait |
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POUR EN FINIR AVEC LE JUGEMENT DE DIEU
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La terre de charbon noir Le Rite est que le nouveau soleil passe par sept points Or, ce septième homme est un cheval, Mais c’est le cheval qui est le soleil Sur le déchirement d’un tambour et d’une trompette longue, étrange, le cheval noir avec un homme nu, absolument nu Ayant bondi, ils avancent suivant des méandres circulaires et le cheval de viande saignante s’affole
Ayant achevé de tourner ils déplantent |

texte dit par : |
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Le cheval, le fer et les six croix — analyse de « Tutuguri » d’Antonin ArtaudFrank César Lovisolo & Véra Radomirskaïa (amante et documentaliste pour cette affaire)
Les chiffres en exposant renvoient au glossaire en fin d’article. Identification et contexte « Tutuguri » n’est pas un texte isolé mais l’aboutissement d’une obsession de onze ans. Artaud avait assisté en 1936, lors de son voyage au Mexique, au rite du Ciguri¹ chez les Tarahumaras de la Sierra Madre — une danse solaire, nocturne, organisée autour du peyotl². Il n’a cessé, jusqu’à sa mort, de réécrire cette scène : d’abord dans les articles rapportés du voyage lui-même, puis dans « Le Rite du Peyotl chez les Tarahumaras » rédigé à Rodez³ en 1943, puis retravaillé au retour à Paris en 1947 — année où il en purge, précisément, toute trace de conversion au Christ. « Tutuguri » est la dernière strate de cette réécriture : un texte halluciné, quasi chorégraphique, qui transforme le souvenir ethnographique en liturgie inversée. L’extrait ici commenté se situe au tout début du poème : la description du dispositif rituel — le cercle des six croix, les sept hommes-soleils, le cheval — avant que le rite ne bascule vers son geste central, l’abolition de la croix. I. Une scène qui se donne comme didascalieLe texte s’ouvre en creusant un espace : « en bas », « très en bas », « comme encastré dans la terre mère ». Cette insistance spatiale n’est pas décorative — elle installe le rite dans une géographie verticale, une descente vers un point bas, humide, matriciel⁴, où va pouvoir se jouer la scène.
II. Le cheval-soleil : un renversement de figureLe cœur du passage tient en une phrase sèche, presque un coup de théâtre : « Or, ce septième homme est un cheval […] Mais c’est le cheval qui est le soleil et non l’homme. » Ce renversement est capital. On attendait, dans la tradition symbolique occidentale, que l’homme incarne le principe solaire⁶ — le cheval n’étant qu’une monture, un véhicule. Artaud inverse la hiérarchie : c’est l’animal qui porte la divinité, l’homme n’étant qu’un simple convoyeur, « un homme qui le mène ». Cette destitution de l’humain au profit de l’animal est cohérente avec tout le geste artaldien tardif : la défiance envers un corps humain jugé « raisonnable », « jugé »⁷ justement, au profit d’une vitalité brute, pré-morale, incarnée par la bête. Le cheval, « nu et vierge », galopant « avec une vitesse de vertige », devient ainsi un pur véhicule d’énergie — ce qu’Artaud, dans son vocabulaire du Théâtre de la cruauté⁸, appellerait une force plutôt qu’un personnage. III. La chorégraphie du texte : anaphore et crescendo
IV. « L’abolition de la croix » : le geste central du riteLa phrase pivot du passage — capitalisée par Artaud lui-même, « L’ABOLITION DE LA CROIX » — condense tout le sens du rite. Les six hommes cernent les six croix plantées en terre, puis les déplantent littéralement, avant que l’homme nu sur le cheval ne brandisse un fer à cheval¹⁰ trempé dans son propre sang. Cette substitution est un manifeste symbolique en soi :
V. Portée critiqueOn retrouve ici, sous une forme différente, l’opposition qui structure toute l’écriture tardive d’Artaud entre immédiateté corporelle et médiation institutionnelle¹² — déjà repérable dans les diatribes anti-américaines de la même période (voir notre analyse de l’extrait de Pour en finir avec le jugement de Dieu). Mais alors que le texte sur le « bocal de sperme » dénonçait négativement l’ersatz industriel, « Tutuguri » propose le versant positif de cette pensée : un rite où rien n’est représenté, où tout est agi — le sang est du sang, la course est une course, l’abolition de la croix est un geste et non une allégorie. Il faut néanmoins se garder de lire ce texte comme une simple transcription ethnographique. Les commentateurs qui ont travaillé sur le corpus tarahumara d’Artaud (notamment Raymonde Carasco, qui consacra plusieurs films à ces rites) notent qu’Artaud surimpose systématiquement sa propre mythologie personnelle — la persécution, le corps volé, le Christ détesté — à ce qu’il a réellement observé au Mexique. Le rite du Tutuguri devient, dans l’écriture, moins un document sur les Tarahumaras qu’un miroir où Artaud project sa propre crucifixion imaginaire, retournée en triomphe : ce n’est plus lui qu’on cloue sur la croix, c’est lui qui la déplante. Glossaire
Pour aller plus loinLe texte et son contexte
Sur le rite et son contexte ethnographique
Biographie et édition critique
Texte d’Antonin Artaud dans le domaine public en France depuis 2018. Analyse originale rédigée pour frank-lovisolo.fr. Texte complet :
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Or, le ton majeur du Rite est justement


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