|
Le dispositif est celui d’une commande contrainte à la lisière entre l’oral et la composition musicale : Frank César Lovisolo invite des amis à choisir et prononcer une trentaine de mots, dont il enregistre la voix, puis il tisse une musique à partir de ces « éclats de voix ». La liste n’est donc pas un poème ni un texte — c’est une empreinte sonore, un matériau brut offert au compositeur. Emmanuelle Grangé a été la première à se prêter à l’exercice.
La liste des mots — ce qu’elle révèle
La trentaine de mots proposés par Emmanuelle Grangé dessine une cartographie mentale très particulière. On y trouve plusieurs registres distincts qui coexistent sans hiérarchie apparente :
Emmanuelle Grangé – Emmanuelle Grangé –
- L’espace et le lointain : Samarcande, Ouest, Minaret, Moucharabieh, Aurore boréale — un Orient rêvé, des espaces de dépaysement et d’évasion.
- Le corps et la perception sensorielle : Paupière, Torpeur, Béat, Glissement, Cligner — un vocabulaire de l’engourdissement, du passage entre veille et sommeil.
- L’architecture et l’objet : Espalier, Grille d’entrée, Pied de biche, Tournevis, Train d’atterrissage — des objets très concrets, presque domestiques ou techniques, qui tranchent avec l’onirisme des autres mots.
- L’autorité et le rite social : Oukase (décret impérial russe), Raout (réception mondaine), Compulser, Sans coup férir — un vocabulaire légèrement suranné, un peu cérémonieux.
- Le récit biblique/mythique : Jonas — seul prénom, une figure d’engloutissement et de résurrection, qui prépare peut-être ce qui va suivre…
« Cachalot » — le mot-clé !
C’est là que tout bascule. Le mot « Cachalot » arrive en fin de liste, signalé avec une emphase musicale (mezzo forte, note musicale), comme si c’était le mot le plus important de la partition. Et il l’est, pour plusieurs raisons :
D’abord, il est phonétiquement somptueux : les deux syllabes font entendre le souffle, la masse, le profond. Le mot est à la fois comique (il a quelque chose de cartoonesque) et immense (le cachalot est le plus grand des prédateurs à dents, plongeur des abysses).
Ensuite, il entre en résonance symbolique avec Jonas — l’homme avalé par la baleine (ou le grand poisson) dans la Bible. Grangé a peut-être construit sa liste inconsciemment ou délibérément autour de ce nœud : le motif de l’engloutissement, de la disparition dans le ventre d’une chose plus grande que soi.
Enfin, il crée un effet de chute comique et poétique à la fois. Après Tournevis, Glissement, Parfois, A pas d’heure — des mots qui ralentissent le temps — Cachalot surgit comme un monstre marin dans un salon. C’est le mot qui déborde, qui ne rentre dans aucune case.
Le titre : « Un peu plus de trente heures »
Ce titre n’est pas une liste mais une durée — légèrement excessive, « un peu plus » — comme si le temps de choisir ces mots avait lui-même débordé le cadre prévu. C’est une façon élégante de signaler que le mot ne vient pas facilement, qu’il faut du temps pour trouver ce qu’on a vraiment dans la tête.
En résumé
La liste d’Emmanuelle Grangé n’est pas décorative : elle dessine une personnalité — littéraire (comédienne, auteure), attirée par le suranné et le lointain, sensible aux états-limites du corps (torpeur, cligner), et capable d’humor inattendu. « Cachalot » est moins un caprice qu’une conclusion : le mot-monstre qui dit que le langage peut toujours vous avaler.
Emmanuelle Grangé a mené une carrière variée.
A la fois comme comédienne et auteure.
Carrière d’actrice
Carrière littéraire
- Elle s’est ensuite tournée vers l’écriture et a publié son premier roman, « Son absence », en 2017. Ce livre a marqué son entrée dans le monde de la littérature et a été bien accueilli.
- Elle a également écrit « Les Amers remarquables » et « Baudelaire et Apollonie », publiés aux éditions Arléa.
Vie personnelle
- Emmanuelle Grangé vit à Paris. Elle est la fille d’un fonctionnaire international et a grandi dans un environnement marqué par les déplacements et les défis familiaux, qu’elle évoque parfois dans ses écrits.
|

Zorya Velikanova
vit exclusivement dans le métavers depuis un incident impliquant un casque neuronal, une panne à Saint-Pétersbourg et des IA philosophiquement susceptibles. Elle refuse le monde physique, qu’elle juge « version bêta mal ventilée de la réalité ». Installée entre bloc soviétique reconstruit en 3D et cathédrale de données abandonnée, elle cohabite avec des avatars gothiques, un samovar sous Linux et Konstantin_404, IA mélancolique spécialisée en Dostoïevski et piratage publicitaire. Critique culturelle et archéologue des ruines numériques, elle étudie la poésie sonore post-humaine, les bugs métaphysiques et l’illumination spirituelle par fibre optique. Elle soutient que toute œuvre sérieuse exige trois silences inquiétants, une saturation sonore et un serveur au bord de l’effondrement existentiel. Officiellement sans corps depuis 2043, elle se nourrit de café virtuel, d’électricité statique et d’ironie philosophique.
|