11 – L’anéantissement

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Last Updated on 27/05/2026 – 17:02 by Frank César LOVISOLO

Les chants de Maldoror – Isidore Ducasse – Comte de Lautréamont – Maldoror –
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Maldoror
Intégral
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Comte de Lautréamont

Chant 005 – L’anéantissement       –        Lectrice : Valérie Feasson

 

Comte de LautréamontL’anéantissement intermittent des facultés humaines : quoi que votre pensée penchât à supposer, ce ne sont pas là des mots.
Du moins, ce ne sont pas des mots comme les autres.
Qu’il lève la main, celui qui croirait accomplir un acte juste, en priant quelque bourreau de l’écorcher vivant.
Qu’il redresse la tête, avec la volupté du sourire, celui, qui, volontairement, offrirait sa poitrine aux balles de la mort.
Mes yeux chercheront la marque des cicatrices ; mes dix doigts concentreront la totalité de leur attention à palper soigneusement la chair de cet excentrique ; je vérifierai que les éclaboussures de la cervelle ont rejailli sur le satin de mon front.
N’est-ce pas qu’un homme, amant d’un pareil martyre, ne se trouverait pas dans l’univers entier ?
Je ne connais pas ce que c’est que le rire, c’est vrai, ne l’ayant jamais éprouvé par moi-même.
Cependant, quelle imprudence n’y aurait-il pas à soutenir que mes lèvres ne s’élargiraient pas, s’il m’était donné de voir celui qui prétendrait que, quelque part, cet homme-là existe ?
Ce qu’aucun ne souhaiterait pour sa propre existence, m’a été échu par un lot inégal.
Ce n’est pas que mon corps nage dans le lac de la douleur ; passe alors.
Mais, l’esprit se dessèche par une réflexion condensée et continuellement tendue ; il hurle comme les grenouilles d’un marécage, quand une troupe de flamants voraces et de hérons affamés vient s’abattre sur les joncs de ses bords.
Heureux celui qui dort paisiblement dans un lit de plumes, arrachées à la poitrine de l’eider, sans remarquer qu’il se trahit lui-même.
Voilà plus de trente ans que je n’ai pas encore dormi.
Depuis l’imprononçable jour de ma naissance, j’ai voué aux planches somnifères une haine irréconciliable.
C’est moi qui l’ai voulu ; que nul ne soit accusé.
Vite, que l’on se dépouille du soupçon avorté.
Distinguez-vous, sur mon front, cette pâle couronne ?
Celle qui la tressa de ses doigts maigres fut la ténacité.
Tant qu’un reste de sève brûlante coulera dans mes os, comme un torrent de métal fondu, je ne dormirai point.
Chaque nuit, je force mon œil livide à fixer les étoiles, à travers les carreaux de ma fenêtre.
Pour être plus sûr de moi-même, un éclat de bois sépare mes paupières gonflées.
Lorsque l’aurore apparaît, elle me retrouve dans la même position, le corps appuyé verticalement, et debout contre le plâtre de la muraille froide.
Cependant, il m’arrive quelquefois de rêver, mais sans perdre un seul instant le vivace sentiment de ma personnalité et la libre faculté de me mouvoir :
sachez que le cauchemar qui se cache dans les angles phosphoriques de l’ombre, la fièvre qui palpe mon visage avec son moignon, chaque animal impur qui dresse sa griffe sanglante, eh bien, c’est ma volonté qui, pour donner un aliment stable à son activité perpétuelle, les fait tourner en rond.
En effet, atome qui se venge en son extrême faiblesse, le libre arbitre ne craint pas d’affirmer, avec une autorité puissante, qu’il ne compte pas l’abrutissement parmi le nombre de ses fils :
celui qui dort est moins qu’un homme châtré la veille.
Quoique l’insomnie entraîne, vers les profondeurs la fosse, ces muscles qui déjà répandent une odeur de cyprès, jamais la blanche catacombe de mon intelligence n’ouvrira ses sanctuaires aux yeux du Créateur.
Une secrète et noble justice, vers les bras tendus de laquelle je me lance par instinct, m’ordonne de traquer sans trêve cet ignoble châtiment.
Ennemi redoutable de mon âme imprudente, à l’heure où l’on allume un falot sur la côté, je défends à mes reins infortunés de se coucher sur la rosée de gazon.
Vainqueur, je repousse les embûches de l’hypocrite pavot.
Il est en conséquence certain que, par cette lutte étrange, mon cœur a muré ses desseins, affamé qui se mange lui-même.
Impénétrable comme les géants, moi, j’ai vécu sans cesse avec l’envergure des yeux béante.
Au moins, il est avéré que, pendant le jour, chacun peut opposer une résistance utile contre le Grand Objet Extérieur (qui ne sais pas son nom ?) ; car, alors, la volonté veille à sa propre défense avec un remarquable acharnement.
Mais aussitôt que le voile des vapeurs nocturnes s’étend, même sur les condamnés que l’on va pendre, oh !
voir son intellect entre les sacrilèges mains d’un étranger.
Un implacable scalpel en scrute les broussailles épaisses.
La conscience exhale un long râle de malédiction ; car, le voile de sa pudeur reçoit de cruelles déchirures.
Humiliation !
Notre porte est ouverte à la curiosité farouche du Céleste Bandit.
Je n’ai pas mérité ce supplice infâme, toi, le hideux espion de ma causalité !
Si j’existe, je ne suis pas un autre.
Je n’admets pas en moi cette équivoque pluralité.
Je veux résider seul dans mon intime raisonnement.
L’autonomie… ou bien qu’on me change en hippopotame.
Abîme-toi sous terre, ô anonyme stigmate, et ne reparais plus devant mon indignation hagarde.
Ma subjectivité et le Créateur, c’est trop pour un cerveau.
Quand la nuit obscurcit le cours des heures, quel est celui qui n’a pas combattu contre l’influence du sommeil, dans sa couche mouillée d’une glaciale sueur ?
Ce lit, attirant contre son sein les facultés mourantes, n’est qu’un tombeau composé de planches de sapin équarri.
La volonté se retire insensiblement, comme en présence d’une force invisible.
Une poix visqueuse épaissit le cristallin des yeux.
Les paupières se recherchent comme deux amis.
Le corps n’est plus qu’un cadavre qui respire.
Enfin, quatre énormes pieux clouent sur le matelas la totalité des membres.
Et remarquez, je vous prie, qu’en somme les draps ne sont que des linceuls.
Voici la cassolette où brûle l’encens des religions.
L’éternité mugit, ainsi qu’une mer lointaine, et s’approche à grands pas.
L’appartement a disparu…

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Comte de Lautréamont,Isidore Ducasse,Maldoror - All post - Frank César LOVISOLO - – Les chants de Maldoror — Isidore Ducasse — Comte de lautréamont — Les chants de MaldororValérie Feasson

Comédienne – metteure en scène/photographe, professeure de théâtre Diplômée d’État et praticienne certifiée de la méthode Feldenkrais, Valérie Feasson s’est formée au théâtre physique, au masque neutre et à la commedia dell’arte, au clown, à la tragédie, aux écritures contemporaines, voix, théâtre de Shakespeare.
Tout en s’appuyant sur le texte partition, elle défend un théâtre du corps, parfois chorégraphique, en accord avec sa formation initiale, la danse. L’acteur en tant que créateur au plateau et le jeu sont au centre de son travail.
Elle n’hésite pas à revisiter les grands mythes et les textes fondateurs propices à l’exploration des écritures contemporaines mais se régale aussi à aborder des textes plus légers. Tout étant prétexte à aborder les grands sujets de notre monde et à entrer en écriture de plateau.
Compagnie : https://www.cieacontretemps.com/    –     Contact : theatreacontretemps@gmail.com    –   Photographe : https://www.valeriefeasson.com/

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Portrait-présume-d'Isidore-Ducasse-par-Charles-Reutlinger - Maldoror - Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

Portrait présumé d’Isidore Ducasse par Charles Reutlinger. (colorisé)

Publié anonymement en 1869,

Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.

L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.

En construisant la lecture comme une expérience périlleuse, voire toxique, Lautréamont ne se contente pas de provoquer : il élabore une véritable poétique de l’épreuve, fondée sur la dissolution du sujet lecteur et sur l’instabilité du sens.

On peut dès lors se demander comment cet incipit met en place une conception radicale de la lecture comme processus de contamination et de désorientation, tout en proposant une réflexion implicite sur l’acte interprétatif lui-même.
Comte de Lautréamont
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Park Yi-seul (박이슬) :
Le passage proposé met en scène…

… une conscience qui revendique l’insomnie comme acte de résistance métaphysique : le sommeil y apparaît comme une déchéance, une dépossession de soi, voire une profanation spirituelle.

On peut dès lors se demander comment ce texte transforme l’expérience physiologique du sommeil en une lutte ontologique contre l’aliénation, jusqu’à ériger la veille en principe absolu d’autonomie.

Nous verrons d’abord que l’extrait construit une rhétorique de l’exception et du défi, puis qu’il développe une poétique hallucinée du corps supplicié, avant d’analyser comment l’insomnie devient un geste métaphysique de révolte contre le Créateur et contre toute altérité intérieure.

Une rhétorique de l’exception : défi, ironie et mise en scène du sujet

Comte de Maldoror

Dès l’incipit — « L’anéantissement intermittent des facultés humaines » — le sommeil est défini non comme repos, mais comme destruction. Le lexique de l’« anéantissement » dramatise ce phénomène banal. L’énonciation procède par défi : « Qu’il lève la main… », « Qu’il redresse la tête… ». Ces tournures injonctives créent une scène oratoire où le locuteur convoque un auditoire imaginaire pour mieux affirmer l’impossibilité de l’exemple qu’il invoque.

Le raisonnement repose sur une analogie provocatrice : dormir équivaudrait à consentir au supplice. L’exagération (écorchement, balles de la mort, cervelle éclaboussée) relève d’une esthétique de la violence qui vise à produire un effet de scandale logique. Nul ne souhaiterait le martyre ; de même, nul ne devrait accepter le sommeil.

La négation du rire (« Je ne connais pas ce que c’est que le rire ») installe un ethos de gravité absolue. Cependant, une ironie subtile affleure : le narrateur admettrait sourire devant celui qui affirmerait l’existence d’un homme aimant son propre supplice. Cette ironie souligne la dimension performative du discours : le texte met en scène une conscience qui s’auto-définit par l’excès.

Ainsi, l’argumentation ne cherche pas à convaincre rationnellement ; elle construit un personnage de volonté pure, qui se singularise par sa radicalité.

Le corps supplicié : une poétique hallucinée de la veille

L’insomnie n’est pas simple privation, mais discipline ascétique. Le passage décrivant l’éclat de bois séparant les paupières relève d’une imagerie quasi-martyriale. Le sujet devient l’artisan de sa propre torture : « C’est moi qui l’ai voulu ; que nul ne soit accusé. » Cette précision éthique est essentielle : la souffrance est volontaire, donc souveraine.

Le corps est traité comme une matière à contraindre. Les métaphores animales (« grenouilles d’un marécage »), funèbres (« odeur de cyprès », « blanche catacombe »), ou minérales (« torrent de métal fondu ») produisent un univers d’intensité organique. L’esprit « hurle », les muscles répandent une odeur mortuaire : la veille est vécue comme décomposition anticipée.

Le sommeil, en revanche, est figuré comme sépulture : le lit devient « tombeau », les draps des « linceuls ». Cette isotopie funéraire inverse la valeur traditionnelle du repos nocturne. Dormir revient à consentir à sa propre mort symbolique.

Le texte opère donc une transvaluation : la souffrance de l’insomnie devient signe de vie spirituelle, tandis que le sommeil apparaît comme une dégradation.

Insomnie et métaphysique de l’autonomie

Comte de Maldoror

Au-delà du corps, c’est la question du libre arbitre qui se joue. « Le libre arbitre ne craint pas d’affirmer […] qu’il ne compte pas l’abrutissement parmi le nombre de ses fils. » L’abrutissement désigne ici la perte de conscience propre au sommeil. Le sujet refuse toute suspension de sa lucidité.

L’enjeu devient théologique. La nuit ouvre la porte au « Céleste Bandit », figure blasphématoire du Créateur qui s’introduirait dans l’intellect endormi. L’image du « scalpel » qui scrute les « broussailles épaisses » de l’esprit suggère une intrusion violente. Le sommeil serait le moment où la conscience perd son autonomie et devient objet d’un regard supérieur.

Le cri « Ma subjectivité et le Créateur, c’est trop pour un cerveau » condense la tension centrale : l’existence d’un Dieu menace l’unité du moi. Le narrateur refuse « l’équivoque pluralité » intérieure ; il revendique une identité close, autarcique : « Je veux résider seul dans mon intime raisonnement. »

L’alternative paradoxale — « L’autonomie… ou bien qu’on me change en hippopotame » — mêle sublime philosophique et grotesque animal. Cette chute ironique déstabilise toute solennité et rappelle l’esthétique du choc propre à Lautréamont.

Ainsi, l’insomnie devient une pratique de résistance contre toute hétéronomie : physiologique, psychique et divine.

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  • Ce passage des Chants de Maldoror transforme l’expérience ordinaire du sommeil en un drame métaphysique. Par une rhétorique de l’excès, une imagerie hallucinée et une réflexion radicale sur le libre arbitre, le texte érige la veille en principe d’autonomie absolue.
  • Loin d’être un simple trait de caractère, l’insomnie devient un acte de guerre contre l’anéantissement et contre Dieu lui-même. Le sujet « maldororien » se constitue dans cette tension extrême : ne jamais céder, ne jamais se laisser posséder, fût-ce au prix de sa propre destruction.
  • Dans cette perspective, la nuit n’est plus l’espace du rêve, mais celui d’un combat ontologique où se joue l’unité du moi — combat qui annonce certaines interrogations modernes sur la conscience, l’aliénation et la souveraineté du sujet.

L’auteur :

Comte de Lautréamont,Isidore Ducasse,Maldoror - All post - Frank César LOVISOLO - – Les chants de Maldoror — Isidore Ducasse — Comte de lautréamont — Les chants de MaldororDr Park Yi-seul (박이슬), PhD, DPhil, DSc

Docteure en Littérature • Philosophie • Astrophysique
Spécialiste des Chants de Maldoror
Muse du compositeur.

Université Virtuelle Coréenne — Consortium Académique du Métavers
Présence physique : archivée à des fins administratives

Profil académique

Chercheuse interdisciplinaire travaillant à l’articulation rigoureuse entre littérature du XIXe siècle, métaphysique du négatif et cosmologie relativiste.

Mes recherches examinent l’hypothèse selon laquelle Les Chants de Maldoror peuvent être étudiés simultanément :

comme système poétique cohérent,
comme structure ontologique instable,
et comme modèle analogique pertinent pour décrire certaines singularités astrophysiques.

Je m’efforce de maintenir un ton mesuré en toute circonstance.

Formation (parcours intégralement immersif)

Doctorat en Littérature Comparée
Université Virtuelle Européenne — Faculté des Humanités Étendues
Thèse : « Dynamique de l’excès dans Les Chants de Maldoror »
Mention : Très honorable avec félicitations synchronisées.

Doctorat en Philosophie
Meta-Sorbonne
Thèse : « Ontologie du négatif et cohérence paradoxale chez Lautréamont »

Doctorat en Astrophysique Théorique
Institut Métaversal d’Études Cosmologiques
Thèse : « Singularités gravitationnelles et modèles d’effondrement symbolique »

Les trois soutenances ont été réalisées en environnement immersif certifié, avec jury holographique et validation biométrique multilatérale.

Axes de recherche

Topologie conceptuelle de l’excès
Logiques non classiques et discontinuités poétiques
Analogies structurelles entre trou noir et personnage romantique
Mesure théorique de la « densité symbolique »
NB

Je m’abstiens pour l’instant de conclure définitivement que Maldoror possède un horizon des événements.

Fonctions actuelles

Professeure holographique titulaire — Chaire « Littérature et Cosmologie »

Enseignements :

Esthétique du négatif
Philosophie et modèles mathématiques subversifs
Introduction prudente aux singularités textuelles atrabilaire

Les cours sont dispensés dans des amphithéâtres virtuels reproduisant des ciels étoilés calibrés scientifiquement.

Publications sélectionnées

« Courbure de l’espace narratif et gravité morale », Revue de Cosmologie Comparée.
« La cohérence paradoxale de Maldoror », Annales d’Ontologie Formelle.
« Peut-on cartographier une métaphore ? », Journal des Humanités Quantifiées.

Compétences

Analyse littéraire avancée
Métaphysique contemporaine
Relativité générale (usage raisonnable)
Modélisation immersive 3D
Français, 한국어, English, équations différentielles

Projet en cours

Développement d’une cartographie interactive des Chants de Maldoror dans le Métavers :
chaque strophe correspond à une région d’espace-temps,
chaque image à une perturbation mesurable,
chaque lecteur à un observateur dont la présence modifie le phénomène.

Les premiers résultats suggèrent que la littérature et la cosmologie partagent une même propriété fondamentale : l’expansion continue.

 

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