13 – Les mains liées derrière le dos

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Last Updated on 27/05/2026 – 17:08 by Frank César LOVISOLO

Les chants de Maldoror – Isidore Ducasse – Comte de Lautréamont – Maldoror –
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Maldoror
Intégral
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Isidore Ducasse

Chant 006 – Les mains liées derrière le dos       –        Lectrice : Noelly Thiebaut

Chants de MaldororLes mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. 
 Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. 
 Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone. 
 Avec de l’habitude, on fait vite une chose ; mais, je puis dire que celui-ci n’employa pas beaucoup de temps pour attacher les pieds de Mervyn à l’extrémité de la cloche. 

Le rhinocéros avait appris ce qui allait arriver. Couvert de sueur, il apparut haletant, au coin de la rue Castiglione.  Il n’eut même pas la satisfaction d’entreprendre le combat.  L’individu, qui examinait les alentours du haut de la colonne, arma son révolver, visa avec soin et pressa la détente. 

Le commodore qui mendiait par les rues depuis le jour où avait commencé ce qu’il croyait être la folie de son fils et la mère, qu’on avait appelée la fille de neige, à cause de son extrême pâleur, portèrent en avant leur poitrine pour protéger le rhinocéros. Inutile soin.  La balle troua sa peau, comme une vrille ; l’on aurait pu croire, avec une apparence de logique, que la mort devait infailliblement apparaître. 
 Mais nous savions que, dans ce pachyderme, s’était introduite la substance du Seigneur. Il se retira avec chagrin.  S’il n’était pas bien prouvé qu’il ne fût trop bon pour une de ses créatures, je plaindrais l’homme de la colonne ! celui-ci, d’un coup sec de poignet, ramène à soi la corde ainsi lestée.
 
 Placée hors de la normale, ses oscillations balancent Mervyn, dont la tête regarde le bas.  Il saisit vivement, avec ses mains, une longue guirlande d’immortelles, qui réunit deux angles consécutifs de la base, contre laquelle il cogne son front. Il emporte avec lui, dans les airs, ce qui n’était pas un point fixe. 
Après avoir amoncelé à ses pieds, sous forme d’ellipses superposées, une grande partie du câble, de manière que Mervyn reste suspendu à moitié hauteur de l’obélisque de bronze, le forçat évadé fait prendre, de la main droite, à l’adolescent, un mouvement accéléré de rotation uniforme, dans un plan parallèle à l’axe de la colonne, et ramasse, de la main gauche, les enroulements serpentins du cordage, qui gisent à ses pieds. 
La fronde siffle dans l’espace ; le corps de Mervyn la suit partout, toujours éloigné du centre par la force centrifuge, toujours gardant sa position mobile et équidistante, dans une circonférence aérienne, indépendante de la matière. 

 Le sauvage civilisé lâche peu à peu, jusqu’à l’autre bout, qu’il retient avec un métacarpe ferme, ce qui ressemble à tort à une barre d’acier. 

 Il se met à courir autour de la balustrade, en se tenant à la rampe par une main. 
Cette manœuvre a pour effet de changer le plan primitif de la révolution du câble, et d’augmenter sa force de tension, déjà si majestueusement dans un plan horizontal, par une marche insensible à travers plusieurs plans obliques. 

 L’angle droit formé par la colonne et le fil végétal a ses côtés égaux ! Le bras du renégat et l’instrument meurtrier sont confondus dans l’unité linéaire, comme les éléments atomistiques d’un rayon de lumière pénétrant dans la chambre noire. 

 Les théorèmes de la mécanique me permettent de parler ainsi ; hélas ! on sait qu’une force, ajoutée à une autre force, engendrent une résultante composée des deux forces primitives ! Qui oserait prétendre que le cordage linéaire ne se serait déjà rompu, sans la vigueur de l’athlète, sans la bonne qualité du chanvre ? Le corsaire aux cheveux d’or, brusquement et en même temps, arrête sa vitesse acquise, ouvre la main et lâche le câble. 

Le contre-coup de cette opération, si contraire aux précédentes, fait craquer la balustrade dans ses joints.  Mervyn, suivi de la corde, ressemble à une comète traînant après elle sa queue flamboyante.
L’anneau de fer du nœud coulant, miroitant aux rayons du soleil, engage à compléter soi-même l’illusion. 

Si la mort arrête la maigreur fantastique des deux bras longs de mes épaules, employés à l’écrasement lugubre de mon gypse littéraire, je veux au moins que le lecteur en deuil puisse se dire:  
« Il faut lui rendre justice. Il m’a beaucoup crétinisé. Que n’aurait-il pas fait, s’il eût pu vivre davantage ! c’est le meilleur professeur d’hypnotisme que je connaisse ! »  
On gravera ces quelques mots touchants sur le marbre de ma tombe, et mes mânes seront satisfaits !  

[…] Dans le parcours de sa parabole, le condamné à mort fend l’atmosphère, jusqu’à la rive gauche, la dépasse en vertu de la force d’impulsion que je suppose infinie, et son corps va frapper le dôme du Panthéon, tandis que la corde étreint, en partie, de ses replis, la paroi supérieure de l’immense coupole. 

 C’est sur sa superficie sphérique et convexe, qui ne ressemble à une orange que pour la forme, qu’on voit, à toute heure du jour, un squelette desséché, resté suspendu. 

 Quand le vent le balance, l’on raconte que les étudiants du quartier Latin, dans la crainte d’un pareil sort, font une courte prière: ce sont des bruits insignifiants auxquels on n’est point tenu de croire, et propres seulement à faire peur aux petits enfants. 

 Il tient entre ses mains crispées, comme un grand ruban de vieilles fleurs jaunes. 

 Il faut tenir compte de la distance, et nul ne peut affirmer, malgré l’attestation de sa bonne vue, que ce soient là, réellement, ces immortelles dont je vous ai parlé, et qu’une lutte inégale, engagée près du nouvel Opéra, vit détacher d’un piédestal grandiose. 

 Il n’en est pas moins vrai que les draperies en forme de croissant de lune n’y reçoivent plus l’expression de leur symétrie définitive dans le nombre quaternaire: allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire. 


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Noelly ThiebautNoelly Thiebaut

Forte d’une trentaine d’années de pratique théâtrale, elle s’est formée auprès de Gilles Bouvet à Hyères avant de poursuivre aujourd’hui son parcours sous la direction de Valérie Feasson, au sein de la compagnie « À Contre Temps »Les Chants de Maldoror
Parallèlement, elle a approfondi l’art du clown au fil de plusieurs années de formation en France, notamment auprès de Giovanni Fusetti (Helikos I.S., Padoue). Les Chants de Maldoror

Elle développe également un travail vocal assidu : elle suit des cours de chant et chante au sein de chorales, tout en explorant la mise en scène lyrique, domaine dans lequel elle a signé quatre opéras.

Cette sensibilité artistique plurielle trouve son origine dans l’enfance, transmise par son père, lui-même comédien et musicien, qui lui a ouvert très tôt les portes du théâtre et de la musique.
Contact: serie.noelly@neuf.fr

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Portrait-présume-d'Isidore-Ducasse-par-Charles-Reutlinger - Maldoror - Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

Portrait présumé d’Isidore Ducasse par Charles Reutlinger. (colorisé)

Publié anonymement en 1869,

Les Chants de Maldoror s’imposent comme une œuvre de rupture, tant par leur violence thématique que par leur remise en cause des cadres traditionnels de la lisibilité littéraire.

L’extrait étudié, qui tient lieu de seuil textuel, ne relève ni de la préface ni de l’avertissement moral au sens classique : il constitue plutôt une scénographie de la lecture, où le texte anticipe, conditionne et met en crise sa propre réception.

En construisant la lecture comme une expérience périlleuse, voire toxique, Lautréamont ne se contente pas de provoquer : il élabore une véritable poétique de l’épreuve, fondée sur la dissolution du sujet lecteur et sur l’instabilité du sens.

On peut dès lors se demander comment cet incipit met en place une conception radicale de la lecture comme processus de contamination et de désorientation, tout en proposant une réflexion implicite sur l’acte interprétatif lui-même.
Les Chants de Maldoror
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Tatiana Smirnov

 Scène de la colonne Vendôme : l’exécution de Mervyn

Cet extrait des Chants de Maldoror met en scène l’un des épisodes les plus spectaculaires et les plus violents de l’œuvre : l’exécution de Mervyn, précipité dans l’espace depuis la colonne Vendôme jusqu’au Panthéon. Le texte combine narration, discours pseudo-scientifique, ironie métapoétique et imagerie cosmique.

La violence n’est pas ici brute : elle est organisée, calculée, presque démontrée à travers un vocabulaire emprunté à la mécanique et à la géométrie. Ce passage constitue un sommet de la théâtralisation du mal chez Lautréamont.

On peut alors se demander comment cette scène transforme un meurtre en spectacle cosmique et théorème mécanique, révélant une poétique du sublime moderne où la science, la violence et l’ironie s’entrelacent.

Nous verrons d’abord que le texte met en scène une ritualisation spectaculaire de l’exécution, puis que la violence est transfigurée par un discours pseudo-scientifique qui en sublime l’horreur, avant d’analyser la dimension cosmique et métapoétique de cette apothéose macabre.

Une exécution ritualisée : théâtralité et mise en scène du supplice

Chants de Maldoror

La scène s’ouvre sur une image d’innocence paradoxale :
« il n’est coupable d’aucun forfait ».

Cette précision renforce l’absurdité tragique du supplice. Mervyn marche « comme s’il allait à l’échafaud », ce qui introduit une dramaturgie judiciaire.

Le lieu — la place Vendôme — n’est pas neutre : espace symbolique du pouvoir impérial et militaire, dominé par une colonne monumentale. L’élévation verticale prépare la chute.

La description du dispositif (câble, balustrade, corde) installe une machinerie précise. La répétition des gestes (« attacher », « ramène à soi la corde », « ramasse les enroulements ») souligne la méthode. Le meurtre n’est pas impulsif ; il est technique.
La présence du rhinocéros — figure christique puisque « s’était introduite [en lui] la substance du Seigneur » — ajoute une dimension parodique de Passion. La balle qui le transperce mais ne le tue pas participe d’une symbolique inversée du sacrifice.
La scène devient un théâtre grandiose où l’assassin domine l’espace urbain, surplombant la foule invisible.

Le meurtre comme théorème : esthétisation mécanique de la violence

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Carlo CanellaInauguration la statue de Napoléon sur la colonne Vendôme

L’un des traits les plus frappants du passage est l’irruption du lexique scientifique :
« rotation uniforme » – « plan parallèle à l’axe » – « force centrifuge » – « résultante composée » – « théorèmes de la mécanique »

Le corps de Mervyn est traité comme un objet soumis aux lois physiques. La comparaison avec la fronde est explicite. L’homme devient projectile.L’assassin justifie son langage :
« Les théorèmes de la mécanique me permettent de parler ainsi. »
Cette précision est ironique. Elle donne à la violence une légitimité rationnelle. La science, loin d’humaniser, sert ici à perfectionner le crime.La phrase :
« Le bras du renégat et l’instrument meurtrier sont confondus dans l’unité linéaire »traduit une fusion entre le corps et la machine.
L’assassin devient prolongement de la corde, pure ligne de force.
L’humanité se dissout dans la dynamique vectorielle.La violence est ainsi sublimée en phénomène physique. Elle acquiert une grandeur froide, presque abstraite.

 Sublime cosmique et ironie

Lorsque Mervyn est lâché, il « ressemble à une comète traînant après elle sa queue flamboyante ». L’image cosmique transforme la chute en trajectoire céleste. Le meurtre quitte la sphère terrestre pour devenir événement astronomique.
La parabole du corps qui traverse l’espace jusqu’au Panthéon relève d’une hyperbole fantastique. La « force d’impulsion que je suppose infinie » signale l’exagération assumée. L’impossible est revendiqué.

Le squelette suspendu au dôme devient monument. L’espace parisien est reconfiguré par l’imaginaire. La ville moderne est convertie en théâtre apocalyptique.
Mais cette grandiloquence est aussitôt minée par l’ironie :
« allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire. »

La feinte objectivité renforce le caractère fictionnel. Lautréamont joue avec la crédulité du lecteur.Le passage métapoétique sur la tombe de l’auteur (« Il m’a beaucoup crétinisé ») révèle que cette violence est aussi une expérience hypnotique infligée au lecteur. L’écrivain revendique son pouvoir de fascination.
La scène n’est donc pas seulement un meurtre spectaculaire : elle est démonstration du pouvoir de la littérature à produire des images si intenses qu’elles suspendent l’esprit critique.

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  • Dans cet extrait, Lautréamont transforme une exécution en spectacle cosmique et en expérience scientifique. Le lexique de la mécanique rationalise la violence tout en l’exacerbant. La chute de Mervyn devient comète, parabole, monument.
  • Cette scène révèle une esthétique du sublime moderne : non plus fondée sur la nature romantique, mais sur la ville, la technique et la science. La froideur géométrique remplace l’élan lyrique.
  • Cependant, l’ironie constante empêche toute adhésion naïve. La violence est à la fois exaltée et dénoncée comme construction littéraire.
    Ainsi, Maldoror ne se contente pas d’attaquer l’homme : il exhibe la puissance terrifiante de l’imagination elle-même, capable de transformer un meurtre en théorème et un cadavre en astre.
Les Chants de MaldoroLes Chants de Maldoror    –    Les Chants de Maldoror

L’auteur :
Chants de Maldoror,Isidore Ducasse,Lautréamont - All post - Frank César LOVISOLO - -Les chants de Maldoror - Isidore Ducasse - Comte de lautréamont - Les chants de MaldororDr Tatiana Smirnov

Docteure en Philosophie
Docteure en Mathématiques

Spécialiste certifiée des Chants de Maldoror.
Identifiant académique : MLDR-∅-∞Métavers Académique Global — Serveur Stable
Profil
Je démontre pugnacement que Maldoror existe.

Ou, à défaut, que son inexistence est non démontrable dans les logiques standards.
Mes travaux articulent ontologie négative et topologie de l’excès, avec pour hypothèse centrale que le poulpe est une structure mathématiquement nécessaire.

Égérie du Compositeur

Formation (100 % immersive, 0 % craie)
Doctorat en Philosophie Ontologique Appliquée
Université Virtuelle Européenne
Thèse : « Peut-on formaliser l’abîme ? Essai de systématisation du mal chez Lautréamont »
Mention : Très honorable (jury présent sous forme d’avatars translucides).

Doctorat en Mathématiques Fondamentales et Poétiques
Meta-Institut des Sciences Exactes Fluctuantes
Thèse : «Topologie non euclidienne du monstrueux : modélisation cantique des Chants I à VI»

Soutenances réalisées dans un amphithéâtre généré par IA, tableau noir infini inclus.

Résultats scientifiques majeurs
Preuve partielle que Maldoror est un espace non compact.
Démonstration que toute tentative de moralisation converge vers le vide.
Formulation du Théorème de Cruauté Minimale :
Pour tout système interprétatif cohérent, il existe au moins une métaphore qui le détruit.Conjecture (en attente de validation) : Le mal est dense dans tout voisinage textuel.

Axes de recherche

Logiques paraconsistantes et poésie excessive.
Théorie des ensembles monstrueux.
Calcul différentiel appliqué aux métaphores du désespoir à Géométrie variable.

Enseignement
Chargée de cours holographique — Philosophie & Mathématiques de l’Inconfort

Cours proposés :
Analyse fonctionnelle de l’abîme
Algèbre linéaire du mal
Introduction aux poulpes non mesurables

Examens : résolution d’équations morales instables en gravité réduite.

Publications

“On the Non-Measurability of Maldoror”, Annals of Speculative Mathematics.
“Paraconsistency and the Problem of Excess”,
Journal of Applied Ontological Disturbance. Article refusé pour « excès de rigueur inutile.

Compétences

Démontrer l’indémontrable
Formaliser l’informulable
Naviguer entre Cantor et Lautréamont sans assistance technique
Supporter les mises à jour système pendant une démonstration
Langues : français, anglais, notation mathématique, ironie.

Projet actuel

Établir si les Chants de Maldoror constituent :
a) un système dynamique chaotique,
b) une singularité mathématique,
c) un trou noir herméneutique.

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