Les Danseurs du Chemin des Dames – Vidéo

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Last Updated on 02/08/2026 – 16:40 by Frank César LOVISOLO

Roland Dorgelès, écrivain, Première Guerre mondialeL’Art et la Guerre 14/18

« Cette façon sévère de juger les artistes n’était d’ailleurs pas personnelle à notre capitaine et tous ceux qui ont eu l’avantage de faire campagne en qualité de soldat de 2ème classe ont pu observer que, dans l’armée, les artistes n’étaient généralement pas tenus en grande estime… »,

Roland Dorgelès dans le « Cabaret de la belle femme » (1928)


L’œuvre face au bruit du monde

Il arrive que certaines époques semblent perdre le sens de ce qui les dépasse. L’art, qui fut longtemps un espace de liberté, de risque et d’invention, paraît aujourd’hui hésiter entre l’injonction morale, la séduction marchande et la fascination du dérisoire. Comme si l’œuvre devait désormais répondre moins à une nécessité intérieure qu’aux impératifs d’une visibilité immédiate.

À force de vouloir provoquer, certains confondent le trouble avec le vacarme, la transgression avec la simple négation. La laideur peut être une puissance esthétique quand elle révèle une vérité ; elle devient insignifiante lorsqu’elle ne sert qu’à attirer le regard ou à alimenter l’économie de l’éphémère. L’humour, la distance critique, la profondeur symbolique cèdent dès lors la place à une agitation dont le souvenir s’évanouit presque aussitôt qu’elle apparaît.

Cette logique produit une étrange uniformité. Derrière la multiplication des formes se cache souvent une pensée appauvrie, soumise aux mêmes mécanismes de reconnaissance, aux inchangés circuits de diffusion, aux identiques critères de rentabilité culturelle. La technique se perfectionne tandis que la poésie s’efface ; le commentaire remplace parfois l’émotion ; l’intention se dissout dans la stratégie.

L’œuvre d’art ne semble plus seulement jugée pour ce qu’elle révèle du monde ou de la condition humaine, mais pour sa capacité à occuper l’espace médiatique. Dès lors surgissent des questions auxquelles notre époque répond rarement avec clarté : qui consacre les artistes ? Qui décide de ce qui mérite d’être montré, financé, célébré ou, au contraire, condamné à l’invisibilité ? Où s’arrête le jugement esthétique et où commence le pouvoir des institutions, des marchés et des prescripteurs d’opinion ?

Il est permis de s’interroger. L’art possède cette singulière faculté de déplacer les certitudes, de mettre en crise les évidences, de rappeler que toute civilisation se mesure aussi à sa capacité d’accueillir ce qui la dérange. Peut-être est-ce précisément pour cette raison qu’il suscite tant de tentatives d’encadrement, parfois discrètes, quelquefois assumées. Une œuvre véritable demeure toujours plus difficile à administrer qu’à exposer.

Parallèlement, notre regard lui-même semble devenir moins autonome. Nous écoutons volontiers ce que l’on nous invite à écouter, lisons ce que l’on nous recommande de lire, regardons ce que les algorithmes et les médias désignent comme digne d’intérêt. Les réseaux sociaux, conçus pour relier les individus, tendent parfois à organiser une attention collective où la curiosité personnelle s’efface devant le réflexe mimétique, où l’instant prévaut sur la durée, où le commentaire précède l’expérience.

Et pourtant, certaines œuvres résistent encore à cette mécanique. Elles échappent aux effets de mode comme aux impératifs de l’audience. Elles ne cherchent ni l’approbation immédiate ni l’indignation programmée. Elles s’inscrivent dans un temps plus long, celui où la création retrouve sa vocation première : témoigner, interroger, transmettre. Leur force ne réside pas dans le bruit qu’elles produisent, mais dans le silence qu’elles laissent derrière elles, lorsque le regard ou la pensée continuent de les habiter.

Les œuvres qui suivent appartiennent à cette famille exigeante. Elles portent en elles la mémoire des hommes, la gravité de l’Histoire et cette poésie qui, loin d’adoucir le réel, en révèle les blessures avec une intensité que seule la création authentique peut atteindre.

Frank César Lovisolo
Correction et mis en page : Véra Radomirskaïa


Charles Martin - La folie de la guerre - dessin satirique 14-18

La folie de la guerre », Charles Martin.

Fernand Léger - La partie de carte - peinture Première Guerre mondiale

Fernand Leger – La partie de carte

Paul Renouard - Attaque du 1er régiment de tirailleurs marocains

«Attaque du 1er régiment de tirailleurs marocains» Paul Renouard

Jean-Louis Forain - La Borne - illustration Première Guerre mondiale

La Borne – Jean-Louis Forain

François Flameng - Tranchée allemande - peinture guerre 1914-1918

Tranchée Allemande – François Flameng

Georges Scott - La brèche - effet d'obus guerre 14-18

Georges Scott – La brèche

Jean Lefort - La marche

Jean Lefort – La marche

Felix Vallotton - Vu du Front - peinture Première Guerre mondiale

Vu du Front – Felix Vallotton

Gino Severini, The War (La Guerre), 1914

Gino Severini, The War (La Guerre), 1914

Jacques Villon (Gaston Duchamp, dit) (1875-1963) Soldats en marche, 1913

Jacques Villon (Gaston Duchamp, dit) (1875-1963)

Soldats en marche, 1913

Mathurin Méheut - Le salut au mort - dessin Première Guerre mondiale

Mathurin Meheut – Le salut au mort.

Otto Dix - La Guerre - triptyque peinture 1928-1931

Otto Dix – La Guerre ( entre 1928 et 1931 )

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A propos Frank César LOVISOLO

Artiste pluridisciplinaire (musique, art numérique, photographie, vidéo, son). Chargé de cours à l’Université de Toulon depuis 2010. Compositeur de musiques actuelles. Photographie & Art numérique visuel. Vidéaste d’art.
Lien pour marque-pages : Permaliens.

18 Commentaires

  1. Merci cher Frank, je viens, enfin, de regarder et écouter ton oeuvre , c’est très fort !!!!! Bravo à toi
    Bises
    Thierry B

  2. Enfin j’ai vu : très beau. J’aime en particulier ces quatre écrans carrés qui se parlent, s’opposent, se répondent. Vu, plus qu’entendu car, sur un ampli merdique de circonstance, j’avais du mal à distinguer les paroles. Bravo l’artiste !

    • Merci Gérard !!! Dommage pour la musique ! Pourtant tu as tout ce qu’il faut chez toi ! Peut-être te manque-t-il un câble de circonstance pour relier ton ordi. à ton Harman Kardon ! Ceci dit un bon casque ferait l’affaire !@plus

  3. Je revois la vidéo avec plaisir, d’autant plus que sur le PC c’est beaucoup plus visible et plus audible. Mais c’est un détail technique, le fond et la forme ont été appréciés par tous les spectateurs, qui sont restés un peu scotchés à la fin de la projection. Il y a de quoi…

    • Merci!!!!!
      Oui, c’était un peu dommage pour le son… Il y a quelques années les rayons HIFI étaient très fournis et la culture sonore bien plus présente. Tout ça a été remplacé tout d’abord par le mp3 mal employé avec des casques de qualité douteuse et maintenant toutes ces misérables enceintes bluetooth qui arborent un son plus qu’approximatif qui ne convient qu’à la musique culturellement minimaliste, dans le mauvais sens du terme. Je ne parle pas, bien évidement, de Steve Reich et compagnie !!!

      • Les prix sont plus abordables, mais la qualité a baissé..C’est le temps du consommable. Les enceintes dont tu parles sont considérées ainsi; les imprimantes..Je viens d’aller faire un tour sur le site Ellipson. Il y a du bon matériel, mais les prix sont fameux..

        • Il existe des enceintes abordables dites de bibliothèque permettant un volume sonore largement suffisant. Les prix s’échelonnent de 250€ à 400€ la paire. Pas besoin d’un ampli surpuissant. J’ai écrit un article à ce sujet:

          A plus !!!

  4. Travail superbe ! Beaucoup d’émotion !

  5. J’ai découvert cette oeuvre chez Jean Aicard, à La Garde. C’est un excellent travail de montage et de son, de paroles et de pensées contenues magnifiées dans des poèmes. Un hommage d’humilité et de coeur sans cérémonie mais en est-il encore besoin ? Je suis très touché et encore plus par le simple fait familial de la disparition de mon grand-père au « Chemin des Dames ». Je l’ai vu et écouté grâce à vous.
    Merci.

    • C’est moi qui vous remercie d’être venu et d’avoir apprécié mon film.
      Un film sur un sujet qui, après sa réalisation et le recul nécessaire, m’a paru très difficile à faire sans me laisser submerger par l’émotion.
      Encore merci pour votre poignant commentaire.

  6. FAUCHER Jean-Pascal

    Horriblement magnifique et magnifiquement horrible. Toute l’absurdité et l’incompréhension de cette guerre.

    Merci pour eux, merci pour nous

  7. Très beaux matériaux – voix, musique, images – qui tendent vers l’élégie. Tiens, se dit la spectatrice, il faudrait que je retrouve les lettres de mon grand-père à sa mère, lettres des tranchées, écrites au crayon mine avec force majuscules, je crois que j’ai pris soin d’en faire des photocopies car le crayon se délave avec le temps. Nous parlions, toi, Frank, et moi de l’audibilité des voix/musique, c’est effectivement concluant ici. J’ai lu il y a quelques années Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, ce n’est pas mon livre de chevet, mais la bonne blague d’une gueule cassée à la patrie, certains diront, c’est un livre facile, j’ajouterai, quel travail pour arriver à la simplicité ! Merci à toi, à Ingrid, aux étudiants.

  8. travail impressionnant, combien de temps pour rassembler les documents, le réaliser ? quel impact public ? par quels médias ?

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