Les Danseurs du Chemin des Dames – Vidéo

 
Poètes et poésies
Il manque quelques images si vous les trouvez je serai heureux de les incorporer
  Cécile Périn  
Les Femmes de tous les pays 
 
Les femmes de tous les pays,
A quoi songent -elles, muettes ?
Celles à qui la guerre a pris
Le bonheur? Les femmes qui guettent …
Les femmes de tous les pays,
O complices  inconscientes ,
Vous étouffez  encor  vos cris,
Vous êtes là, comme en attente.
Les femmes de tous les pays,
La voix meurt donc dans votre gorge ,
Quand ce sont vos hommes, vos fils,
Que l’on mutile  ou qui s’égorgent ?
 
  Guillaume Apollinaire  
Si je mourais là-bas…
 
Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
– Souviens-t ‘en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur –
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie
 
30 janvier 1915, Nîmes.
 

  Marc de Larréguy de Civrieux  
Mes Ennemis
 
Ce n’est, certes pas vous ! ô soldats étrangers !
Que séparent les monts, les forêts ou les fleuves,
Vous qui fraternisez dans les mêmes épreuves,
Laissant derrière vous orphelins, parents, veuves…
Lorsque vous succombez après d’affreux dangers !
Pendant que nos tyrans convoitent des lambeaux,
Dans l’Etat de la Mort il n’est nulles frontières…
Nous gisons, côte à côte, aux mêmes cimetières,
Après avoir lutté pendant des nuits entières
Pour conquérir la Paix au fond de nos tombeaux !
Mes ennemis ? c’est vous ! gouvernants timorés,
Qui prenez sans péril une pose de gloire,
Et, dans cette moisson sanglante de l’Histoire,
Ne songez qu’à vous seuls en parlant de victoire
O vous, dont les vertus sont des vices dorés !
Vous qui poussez au meurtre et nous assassinez !
–Hypocrites dévots au cœur de frénésie !
Je voudrais démasquer toutes vos hérésies
Et faire palpiter –parmi mes poésies–
La vengeance de ceux que vous avez damnés !
 
7-9 février 1916 (au front)
 

  René Arcos  
Les Morts…
 
Le vent fait flotter
Du même côté
Les voiles des veuves
Et les pleurs  mêlés
Des mille douleurs
Vont au même fleuve .
Serrés  les uns contre les autres
Les morts sans haine et sans drapeau,
Cheveux plaqués  de sang caillé ,
Les morts sont tous d’un seul côté.
Dans l’argile  unique où s’allie sans fin
Au monde qui meurt celui qui commence
Les morts fraternels  tempe  contre tempe
Expient  aujourd’hui la même défaite .
Heurtez-vous , ô fils divisés!
Et déchirez l’Humanité
En vains  lambeaux  de territoires,
Les morts sont tous d’un seul côté.
Car sous la terre il n’y a plus
Qu’une patrie et qu’un espoir
Comme il n’y a pour l’Univers
Qu’un combat et qu’une victoire.


A propos de Cécile Périn 
Consulter « Les Muses Françaises »
 
 
  Eugène Dabit  
dabit eugene
Poème
 
J’ai été soldat à dix-huit ans
Quelle misère
De faire la guerre
Quand on est un enfant.
De vivre dans un trou
Contre terre
Poursuivi comme un fou
Par la guerre.
J’usais mon cœur
Aux carrefours crucifiés
Oh mourir dans la plaine
Au soir d’une sale journée.
J’ai connu des cris,
La haine
Des souffrances longues comme une semaine.
La faim, le froid, l’ennui.
Trois années ivres de démence
Plus lourdes à porter qu’un crime
Ma jeunesse est morte en France
Un jour de désespérance.
Tous mes amis ont péri
L’un après l’autre
En quelque lieu maudit
Est notre amour enseveli.
Défunt Lequel le parisien,
Masse et Guillaumin d’Amiens,
Pignatel dit le marseillais
Tous endormis à jamais.
On les a jetés dans un trou
N’importe où
D’en parler mon cœur saigne
Ah que la mort est cruelle
Mon Dieu était-ce la peine
De tant souffrir.
Las je reviens humble et nu
Comme un inconnu,
Sans joie sans honneur
Avec ma douleur
Les yeux brûlés
D’avoir trop pleuré
Pour mes frères malheureux
A ceux qui sont aux cieux
Contre la guerre
A ma mère
Adieu
 
Écrit pendant la guerre 

  Marcel Lebarbier  
Réponse
Saigne, Lebarbier, c’est la gloire, —
On te l’a dit
« Tout juste un peu de sang pour honorer la victoire, »
Ce n’est pas cher, à ce prix.
Les brancardiers vont t’emporter dans la nuit noire,
Trébuchant, s’engueulant,
Les balles perdues vont te faire escorte,
La pluie va te morfondre avec entêtement ;
C’est la gloire.
L’hôpital. On te pompera de l’éther à pleine bouche
Et tu sombreras, tête affolée,
Dans un vertige vrombissant …
Puis le réveil et ses nausées…
C’est la gloire, c’est la gloire.
Monsieur l’Major viendra panser tes plaies,
Crispations, saccades apeurées …
–Ainsi quand on serre les fesses —
Ça, Lebarbier, c’est la gloire qui te caresse.
Et de temps en temps, impotent dans ton lit,
Tu demanderas d’une voix timide
Qu’on te mette à faire caca ou pipi ;
C’est pour honorer la victoire.
 

  Claude Salives  
Croix de bois
 
Croix de bois
Plantées là !
Champ de croix…
Champ d’effroi s’étendant jusqu’au lointain souvenir
De la paix entre les peuples.
Croix de bois ! croix de bois !…
Tant d’amour perdu, perdu !
Tant d’espoirs abattus en plein vol !
Tant de belles possibilités à jamais, à jamais écartées !
Croix de bois !…
A tant de pages inachevées, ce brutal parafe !…
Croix, croix de bois !…
Fin prématurée du voyage…
Fin des satisfactions du corps et des biens de l’esprit ;
Fin du chaud rayonnement de ces cœurs ;
Fin des caresses de l’affection pour ces cœurs ;
Fin de la part de bonté, de joie à donner et à prendre ;
Fin de la douce présence auprès des aimés ;
Fin des efforts, des pensées, des contemplations, des émois,
des ferveurs  pour tous ces ensevelis ;
Fin prématurée du voyage…
Croix de bois ! croix de bois !…
Tous ces bras écartés barrant le chemin à la vie !…
Ici va, va s’étendant la contrée morne du silence,
Le gris domaine de la mort,
De la mort usurpant les terres de la vie.
Croix, croix, litanie de croix!
Chacun son trou. Chacun sa croix.
Tout le monde y a droit !
Sacrifiés, sacrifiés, défendez bien vos cimetières !
 
 
Septembre, 1917
 
 
 
 

La Guerre - Marcel Gromaire
La Guerre – Marcel Gromaire

  Lucien Jacques  
Le Noyé
 
A ceux de mon escouade 
 
Le noyé qui gît là dans l’herbe de la berge,
N’ayant plus rien d’humain qu’une main non rongée
Où luit un anneau d’or,
poussé  du pied par vous avec haine et dégoût
ainsi  que la charogne  d’une bête mauvaise,
parce qu’il est vêtu d’un dolman  ennemi
était pourtant un homme–un homme–un tout jeune homme
nourri  d’air, de soleil, d’amour, tout comme vous.
Peut-être que chez lui vivait sa douce mère,
sûrement son épouse, peut-être des enfants!
Songez, quelle agonie angoissée  loin des siens
il dut  avoir, blessé, dans l’ombre de la nuit
et l’eau froide et profonde.
Qu’une pensée humaine au moins soit son linceul .
 
Écrit au front en 1914
 

  Jean-Michel Renaitour  
« Le Moral est bon ! »
 
Quand on dit : « Le moral est bon, » cela m’effraie.
C’est que je les connais, les troupes de là-bas
Je sais comment peut s’affirmer dans leurs combats
La bestialité de l’homme, toujours vraie.
O vaines lois des Conférences de La Haye,
Quand « le moral est bon », votre prestige est bas,
Le cœur lui-même alors abdique s’il n’est pas
Le creuset où la haine implacable se crée.
Quand « le moral est bon, » on frappe, on tue, on n’a
D’ivresse et de vertu que dans l’assassinat,
Dans la rapacité, dans la sauvagerie.
Moi, je tremble et frémis quand « le moral est bon» ;
Cars alors chacun marche, agit, s’entraîne et crie,
Mais pour se battre mieux s’interdit la Raison.
 

1915


  Alfred Varella  
Chanson du Gars qui se refuse
I
Ah! voilà tant  de mois et tant d’ans
que, dos courbé, les yeux ardents ,
les poings fermés , la haine aux dents,
je vais et m’use ;
Ah! voilà tant de mois et tant d’ans
qu’aujourd’hui, j’entends crier dans
ma cervelle  ces mots stridents ;
« Je me refuse ! »
II
Je me refuse à vos raisons,
à vos chants, à vos oraisons
rappelant trop vos trahisons ,
vous que j’accuse!
Je me refuse à vos raisons,
qui laissent grandes les prisons
ouvertes sur nos horizons…
« Je me refuse! »
III
Je me refuse à vos drapeaux,
à vos tragiques oripeaux ,
à vos bannières  pour troupeaux
que l’on méduse !
Je me refuse à vos drapeaux,
à vos étoffes en lambeaux
qui font du vent…sur nos tombeaux…
« Je me refuse! »
IV
Je me refuse à vos palais,
à vos monuments–beaux ou laids–
qui semblent lourds et maigrelets
à notre Muse…
Je me refuse à vos palais,
où grouillent , nains et gringalets ,
les pouvoirs chétifs  des Valets…
« Je me refuse! »
V
Je me refuse à vos autels ,
à vos Apôtres  immortels,
à vos Saints pour chambres d’hôtels
où l’on s’amuse!
Je me refuse à vos autels,
à vos dieux menteurs  qui sont tels
que les veaux d’or  sacramentels ….
« Je me refuse! »
VI
Je me refuse à vos bouquins ,
à vos Ecrits pour arlequins ,
signés de la main de faquins
sans une excuse…
Je me refuse à vos bouquins,
à vos cuirs , à vos maroquins
–cléricaux  ou républicains–
« Je me refuse! »
 
mai 1919
 
 
 
 
 
 

Édouard Vuillard - L'interrogatoire du prisonnier

Édouard Vuillard – L’interrogatoire du prisonnier
 


Hypertextes
Marcel Lebarbier, Jean-Michel Renaitour, Claude Salives, Alfred Varella, René Arcos,


 
 Un courrier de soldat

Dimanche, le 15 avril 1917, 13 heures,
En attendant la bataille.

Bien Chers Parents,

Je ne puis savoir ce qui va en advenir. Je vous fais cette petite lettre avant de partir au combat qui, j’espère, sera des plus bénins. Mais toute fois que sur mon corps on découvre cette petite missive et qu’elle vous parvienne, prenez-la pour un salut que votre fils et frère vous fait avant d’affronter le danger, et qu’elle vous soit un puissant réconfort, car j’y mets un peu de tout moi-même.
Ce matin j’ai été à la messe et j’ai communié; je demande au Très-Haut de vous protéger sur cette terre, de vous venir en aide dans vos peines qui vont peut-être être cruelles, mais, croyez votre fils et frère, ne mettez pas beaucoup d’attachement aux choses matérielles, nous sommes peu de chose sur cette planète. Si je ne puis revenir vous voir, ne croyez pas que je regrette de vivre, au contraire, j’aurais bien voulu revenir avec vous pour vous prouver la reconnaissance que vous méritez après tant de peines, et après toutes les choses que vous endurez comme douleur de voir au danger ceux que vous avez élevés jusqu’à vingt ans, et comme moi avec beaucoup de larmes et de veilles.
Je vais écrire à mon Frère Henry: il fait partie de l’armée de poursuite qui me suit aussitôt la 1ère avance. Ça va être dur, nous avons quelque chose à faire. Mais d’un côté, je préférerais que cette lettre ne vous parvienne pas, que ce soit moi-même qui vous arrive avec la paix et le bonheur.

Je vais vous dire au revoir, Chers Parents bien aimés. Mes plus tendres baisers.

Paul

François Paul Ripout, né le 3 août 1891 à Vieux Mareuil (Dordogne), tué à Juvincourt le 16 avril 1917.

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6 Commentaires

  1. travail impressionnant, combien de temps pour rassembler les documents, le réaliser ? quel impact public ? par quels médias ?

  2. Très beaux matériaux – voix, musique, images – qui tendent vers l’élégie. Tiens, se dit la spectatrice, il faudrait que je retrouve les lettres de mon grand-père à sa mère, lettres des tranchées, écrites au crayon mine avec force majuscules, je crois que j’ai pris soin d’en faire des photocopies car le crayon se délave avec le temps. Nous parlions, toi, Frank, et moi de l’audibilité des voix/musique, c’est effectivement concluant ici. J’ai lu il y a quelques années Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, ce n’est pas mon livre de chevet, mais la bonne blague d’une gueule cassée à la patrie, certains diront, c’est un livre facile, j’ajouterai, quel travail pour arriver à la simplicité ! Merci à toi, à Ingrid, aux étudiants.

  3. FAUCHER Jean-Pascal

    Horriblement magnifique et magnifiquement horrible. Toute l’absurdité et l’incompréhension de cette guerre.

    Merci pour eux, merci pour nous

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