Un clair-obscur « Bleu Avalon »

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à l’écoute :
ComGris
 
Quand, en art, on évoque le bleu, il est difficile de se soustraire a l’« I.K.B » d’Yves Klein. 
Un outremer, chimiquement personnalisé, dont il se sert quant à ses monochromes, anthropométries et sculptures souventefois spongieuses.
Néanmoins, loin de moi cette idée saugrenue d’imiter et, qui pis est, plagier Yves Klein.
Beaucoup trop d’artistes le font. 
Un simple « Klein d’œil », en début et en fin d’article, à cet artiste trop tôt disparu dont j’admire, par surcroît, la créativité. 
Selon la loi, nul ne peut monopoliser une teinte.
Cependant, pour une réalisation artistique, au sens de l’art conceptuel, rien ne s’oppose au fait d’en nommer une et se l’approprier !
Ce « Bleu Avalon » existera uniquement pour cette nouvelle série épicurienne, poétiquement libertaire, sur fond de légende polythéiste, arthurienne et, inéluctablement, celtique.
Derechef, Morgane la fée en sera l’héroïne ecchymosée ton sur ton étant donné la rudesse bucolique du décor, des ramures assassines jonchant une rocaille féegicide! 
Le barbu, chapeautant et chapeauté pointu, a eu connaissance des contusions. Cela a fait des contes à n’en plus finir. Enfin, morbleu! Il faut bien que les mythes se construisent, palsambleu!

Diptyques

Hélène Guillou est la fée Morgane en voyage au Cap-Brun, Aout 2020.

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La pleine ombre du Bleu Avalon.
Bleu Avalon

Bleu Avalon

La teinte sollicitée oscille allègrement dans un camaïeu dont l’origine serait un bleu Égyptien sinuant de l’Outremer à Nuit, s’attardant du Marine au Roi jouxtant le Safre et le Saphir.

Ceci pour le décor mystérieusement égratigné, comme la fée, de branchages effeuillés…

L’ensorceleuse est, pour ce scénario photographique, transposée dans une improbable Avalon «outremérisée» à outrance, pour notre bon plaisir.

Si on s’en réfère à la mythologie celte, l’île serait le pays des morts, tout comme les champs Élyséens des mythologies grecque et romaine, un lieu où les âmes vertueuses trouveraient la paix.

L'île des morts III (1883), huile sur panneau, 80 x 150 cm, ancienne galerie nationale de Berlin, Berlin .

L’île des morts III (1883), huile sur panneau, 80 x 150 cm
Ancienne galerie nationale de Berlin.

Un arrière monde indéfinissable sans emplacement utile dans la réalité. 
Ce n’est pas sans rappeler  le tableau du peintre symboliste Arnold Böcklin «L’Ile de Morts», musicalement illustré par un poème symphonique du compositeur russe Sergueï Rachmaninov, en 1909.
Contrairement aux défunts, Morgane peut y venir et en repartir comme bon lui semble.
Ce qui, je dois l’avouer, facilite grandement notre harmonieuse et artistique complicité!
Le bleu est la couleur du ciel, du lointain, de la nostalgie, de l’infini.
Aquarelle originale de Goethe (1809), Musée Goethe de Frankfort  

Aquarelle originale de Goethe (1809)
Musée Goethe de Frankfort  

«Cette couleur a sur l’œil un effet étrange presque indicible. Elle est l’énergie faite de couleur…

Elle excite et calme tout à la fois.

Comme nous voyons en bleu le ciel au dessus de nous et les montagnes au loin, une surface bleue semble reculer devant nous.

De même que nous aimons poursuivre un objet agréable qui nous fuit, nous regardons volontiers le bleu, non parce qu’il s’impose mais parce qu’il nous entraîne.»

 
 
 
 
 
Note sur la couleur.
IKB 191, c'est-à-dire l'International Klein Blue.

IKB 191, c’est-à-dire l’International Klein Blue.

Selon le modèle cosmologique utilisé par les scientifiques, l’univers a commencé son évolution, il y a 13,8 milliards d’années, d’un « big bang » pour le moins spectaculaire, obscur et silencieux.

Tout au plus agité, à partir de 10-32s, d’ondes gravitationnelles et de densité. Il lui faut attendre 380 000 années, d’échelle humaine, pour que les ondes électromagnétiques fassent leur apparition. La lumière est là, mais l’univers est toujours aussi sombre et le demeurera. Cette « lumière » existe uniquement en tant qu’oscillations électromagnétiques parcourant l’espace.

Ces ondes deviendront lumière seulement quand des êtres vivants, munis d’un organe idoine, seront aptes à les capter, les interpréter et les utiliser. Tout d’abord pour la survie et depuis peu, à l’échelle géologique terrienne, pour la culture au sens large.

Sur notre planète, l’évolution de la vision du vivant commence au précambrien, avec quelques cellules nerveuses photosensibles, reliées à des neurones qui induisent des réflexes. Elle continue jusqu’à l’œil actuel, adapté aux besoins de diverses espèces avec ses différentes morphologies.
«L’œil doit sont existence à la lumière. A partir d’organes animaux secondaires et indifférents, la lumière produit pour elle un organe qui devient son semblable, et ainsi l’œil se forme par la lumière et pour la lumière, afin que la lumière intérieure vienne répondre à la lumière extérieure»
Johann Wolfang von Goethe ( Le traité des couleurs )
ipomee

Ouf, elles sont bleues !

Les plantes voient. Le biologiste italien Stefano Mancuso en est persuadé (lire l’article).
Je le crois aussi.
J’ai semé dans mon jardin des ipomées, des plantes grimpantes  que l’on trouve communément sur la côte toulonnaise ( Ipomoea tricolor ).
Je me suis livré alors à une petite expérience. Quand elles ont commencé à se développer, j’ai planté un tuteur à une distance d’environ cinquante centimètres d’une pousse pour, qu’éventuellement, elle s’y agrippe. Il ne lui a même pas fallu une douzaine d’heures pour parvenir à s’y accrocher… La plante a vu le piquet. Comment ? Je ne saurais vous répondre ! 

On se doute bien que, dans cette immensité sidérale, la vie est indubitablement apparue et disparue à différents endroits et à des périodes différentes, même si nous en avons aucune preuve actuellement. Comme notre univers est soumis, en tous lieux, aux mêmes lois de la physique on peut supposer qu’un évolutionnisme Darwinien soit la règle cosmique du vivant .

L’univers aurait-il créé la vie et son évolution pour arriver à des êtres capables de l’observer, le comprendre, et, par cela, se serait-il assuré de sa réalité?

Cela impliquerait une conscience cosmologique qui échappe, pour l’instant, à toute analyse scientifique et reste uniquement dans la sphère des modèles et des extrapolations ! Les atomistes Grecs, tels Mochus de Sidon, Démocrite, Leucippe, ont connu ces questionnements. Les réponses sont venues bien plus tard.

Tout cela pour dire que le bleu est depuis longtemps dans le domaine public, même si l’interprétation intellectuelle d’icelui est plus que récente, comparée aux échelles temporelles suscitées.
Il serait intéressant de savoir à quel moment, sur Terre, un hominidé a su nommer une couleur et l’utiliser pour décrire, par exemple, le ciel…

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  De la photo numérique à la peinture ou à contrario…  Et, encore, du Goethe et des bleus !  Leider ist der französische Humor !  
Wolfgang GOETHE, Campagne in Frankreich, 30 août 1792 :
Johann Heinrich Wilhelm Tischbein - Goethe dans la campagne romaine

Johann Heinrich Wilhelm Tischbein – Goethe dans la campagne romaine – 1786

« Après ces préparatifs concernant l’utilité du futur et la commodité du présent, je jetai un regard autour de moi sur le pré de notre campement, dont les tentes s’échelonnaient jusqu’aux collines. Sur le vaste tapis vert, un spectacle étrange attira mon attention : quelques soldats, disposés en cercle, s’intéressaient à quelque chose qui se trouvait au milieu d’eux. En les examinant de plus près, je vis qu’ils étaient accroupis autour d’une fosse en entonnoir, pleine de l’eau de source la plus pure et dont l’ouverture pouvait avoir dans les trente pieds de diamètre.

Il s’y trouvait d’innombrables petits poissons, que les soldats pêchaient à l’hameçon, ayant emporté à cette fin dans leurs bagages le matériel nécessaire. L’eau était la plus limpide du monde et le spectacle de cette pêche assez divertissant. En observant ce jeu, je ne tardai pas à m’apercevoir qu’en bougeant les petits poissons reflétaient des couleurs diverses.

Je crus d’abord que ce phénomène était dû aux couleurs changeantes de ces petits corps, mais une explication plus satisfaisante se révéla vite à mon esprit. Dans la fosse était tombé un tesson de faïence qui, du fond me montrait les plus belles couleurs du prisme. Plus claire que le fond, se détachant de celui-ci, il présentait, du côté opposé à moi, les couleurs bleu clair et violet et au contraire de mon côté le rouge et le jaune. Lorsque je fis ensuite le tour de la source, je constatai que le phénomène me suivait et que les couleurs apparaissaient toujours les mêmes à mon regard, comme il est naturel dans une expérience subjective de ce genre.

Ce fut pour moi, qui me passionnais pour ces questions, une grande joie de voir ici reproduit, en plein air, sous une forme aussi simple et naturelle, un phénomène pour lequel, depuis déjà cent ans, les professeurs de physique ont coutume de s’enfermer dans une pièce obscure avec leurs élèves.

Je me procurai un autre morceau de faïence, que je jetai dans la fosse, et je pus observer parfaitement que le phénomène se manifestait dès que le tesson descendait sous la surface de l’eau, et qu’il devenait plus apparent au fur et à mesure que le morceau s’enfonçait et que, devenu un petit corps blanc, saturé de couleur, il arrivait au fond sous l’aspect d’une petite flamme. Je me souviens alors qu’Agricola* avait déjà réfléchi sur ce fait et l’avait classé parmi les phénomènes ignés. »

*Georgius Agricola : né le 24 mars 1494 à Glauchau en Saxe – mort le 21 novembre 1555 à Chemnitz, était un savant du XVIe siècle, considéré comme le père de la minéralogie et de la métallurgie du fait de son ouvrage majeur De Re Metallica qui constitue le premier ouvrage de référence sur les techniques minières et le travail du métal, accompagné de nombreuses illustrations. 

 
Note : Toutes les reproductions qui suivent sont soumises, à n’en pas douter, à des erreurs de colorimétrie.
Malgré l’intérêt culturel d’icelles, quant à la connaissance de leurs existences, rien n’égalera une visite au musée pour se délecter de leurs nuances.

Couple dans un paysage bleu 

est un tableau réalisé par le peintre français Marc Chagall en 1969-1971.

Un homme offrant un bouquet de fleurs à une femme devant Saint-Paul-de-Vence. Collection privée.

Marc Chagall Couple dans le paysage bleu
« Le bleu développe très profondément l’élément du calme. Glissant vers le noir, il prend la consonance d’une tristesse inhumaine.
À mesure qu’il s’éclaircit, ce qui lui convient moins, le bleu prend un aspect plus indifférent jusqu’à devenir un calme muet».
Vassily KandinskyDu spirituel dans l’art.
Kandinsky   Jaune Rouge Bleu 1
Jaune – Rouge – Bleu,
par Wassily Kandinsky – 1925
Huile sur toile – 128 x 201,5 cm
Centre Georges Pompidou, Paris, France

«… Hiroshima, les ombres d’Hiroshima ; dans le désert de la catastrophe atomique, elles ont été un témoignage sans doute terrible mais cependant un témoignage tout de même d’espoir de la survie et de la permanence, même immatérielle, de la chair.»
Yves Klein, extrait de “Le vrai devient réalité” 1960

 

Hiroshima- Pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur panneau 139.5 x 280.5 cm The Menil Collection, Houston, États-Unis © Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris

Yves Klein – Hiroshima – 1961
Pigment pur et résine synthétique sur papier marouflé sur panneau
139.5 x 280.5 cm
The Menil Collection, Houston, États-Unis
© Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris

rothko focus blue and grey

 
Blue and Gray,
1962, huile sur toile, 193 x 175 cm,
Collection Beyeler
 

Et mon regretté ami Pierre Anfosso.

( à La Crau –  à Hyères) est un peintre français.

En 1950, avec des condisciples de l’école : Gilbert Louage, Jacques Burois, Monique Ducreux, Monique Roy et Lucien Long.

Il crée le Groupe 50 qui expose à la galerie toulonnaise « La Palette », au musée des Beaux-Arts de Toulon, à la Biennale de Menton et à l’exposition de la Jeune Peinture Méditerranéenne.

Dans les années qui vont suivre, il participe à de nombreuses expositions de groupe ou personnelles et recevra plusieurs prix de peinture.

Au fil des décennies, ses inspirations iront notamment vers De Staël et Rothko.

[Source]

Pierre Anfosso

Pierre Anfosso

Pierre Anfosso

Nicolas de STAËL Paysage, 1954 Huile sur toile, 54 x 81 cm  Collection particulière

Nicolas de STAËL
Paysage, 1954
Huile sur toile, 54 x 81 cm
Collection particulière

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