 Lo camin de le Fe
De pierre et d’aiga… (d’eau)
L’aube se lève sur l’Étang de l’Or comme un rideau qu’on tire lentement.
La lutz (la lumière) glisse sur l’onde, douce et pâle, caressant les sansouïres qui se penchent pour l’accueillir.
L’air sent le sel et la mer, et dans le lointain, los flamencs (les flamants) tracent de larges cercles, silhouettes roses au-dessus des miroirs d’eau.
Les chevaux blancs, eux, sont stagnants, figés. Immobiles dans la brume matinale comme s’ils attendaient un signe invisible… Il fait chaud.
Ici, tout n’est qu’eau et vent.
L’aiga (l’eau) clapote à peine contre les berges, les digues contiennent les caprices de la mer comme on retient un souvenir.
Le silence est ponctué par les cris lointains d’un héron garde boeuf ou d’une sterne naine puis, à nouveau, rien que l’ample respiration des marais.
Je préfère visiter tôt, lo sac leugier, mas l’arma dubèrta (le sac léger, mais l’âme ouverte)…
Je roule… Bénis soient les véhicules équipés d’un large pare-brise !
Les premiers kilomètres me portent hors du domaine maritime.
Peu à peu, les vignes prennent possession du paysage.
Les ceps, tordus comme des mains de vieillard, ploient sous le poids des grappes. Aquí, lo vin es pas sonque una bevenda, es una memòria (Ici, le vin n’est pas seulement une boisson, c’est une mémoire).
Les rangées s’étendent à perte de vue, comme un chapelet que le vent égrène.
 Saussines
Saussines apparaît, blottie derrière ses murs, couleur de miel.
Les ruelles sont étroites et gardent la chaleur des siècles. Aux fenêtres, des volets bleu tendre laissent passer l’ombre des lauriers.
Les cloches de l’église sonnent midi, et las cigalas (les cigales), fidèles prêtresses de l’été, entament leur rituel sonore.
Je m’assois à l’ombre d’un platane, une fougasse aux olives dans la main.
L’òli (l’huile), doré comme le soleil, imprègne le pain d’un parfum qui semble être celui même de cette terre.
Ici, les conversations sont basses, rythmées par l’accent traînant qui chante encore la langue d’oc.
En quittant Saussines, je longe des murets de pierres sèches.
Le chemin, bordé de fenouil sauvage et de figuiers, ondule comme une ligne tracée par un berger distrait.
Par moments, un souffle apporte des odeurs de thym et de romarin, souvenirs de collines invisibles.
Puis, Lunel-Viel se dessine à l’horizon.
Lo campanal (le clocher), haut et fier, annonce le village bien avant que l’on atteigne ses ruelles. Les façades, usées par le vent, portent la patine des générations passées.
Je traverse la place où les anciens jouent encore aux cartes, le verre de pastis à portée de main.
Ici, chaque pierre connaît le nom des vents : lo mestral (le mistral), lo marin (le marin), la tramontana (la tramontane).
Au-delà, la route s’ouvre vers un dernier lieu : le canal Philippe Lamour. Long ruban d’eau disciplinée, il glisse silencieusement entre les champs.
Les arbres s’y penchent comme pour écouter son murmure. Parfois, un poisson trouble la surface, puis tout redevient calme. Aqueste canal es una vena (ce canal est une veine), une artère qui porte la vie aux terres sèches.
 Canal Philippe Lamour
Le soleil décline, et l’eau se teinte de cuivre. Assis sur la berge en béton, je regarde les reflets danser.
Ce que j’ai traversé se mêle ici : le goût salé de la petite Camargue, la pierre douce de Saussines, le cœur tranquille de Lunel-Viel, et cette eau apprivoisée qui les relie tous.
Dans le silence du soir, les premières étoiles se lèvent.
Lo viatge es pas sonque un camin, es una lenga, una lutz, una memòria (Le voyage n’est pas seulement un chemin, c’est une langue, une lumière, une mémoire).
Et je comprends que dans cette terre occitane, chaque souffle de vent, chaque goutte d’eau, chaque mot chuchoté en patois est un fil qui relie les vivants aux siècles passés.
(FLG-2005-2025 l’art de rattraper 20 ans de retard)
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Très belle idée , de cette balade, que je n’aurais jamais faite sinon !….
Je me dit, in petto, qu’il faut certainement avoir des trucs à régler, pour aller s’installer dans ce genre d’endroit…où toute trace humaine semble hors sujet…Tout le reste se suffit à lui même….il ne manque rien, surtout pas d’hommes….
Y aurait il une possibilité de connaitre le rôle et la signification des signes qu’on voit peint aux entrées de certaines habitations ?
Ou bien ? ha ha ha….
Merci de ce bon moment passé à « feuilleter » ces « pages »….
Il y a essentiellement des pécheurs…
Ce sont des symboles courants en Occitanie…
Merci Jean Claude.
Allo Frank…..
Avec quoi as tu fait le « tom basse à jar » ?
Utilises tu toujours la même reverb à circonvolution ?
Est ce une clarinette en lead, ou bien ? chu pas sûr….
Bravo et merci ! ! !
Une Clarinette, c’est moi qui joue mais pas de la clarinette du clavier !!!
Un ensemble de percussions Coréennes (Buk, Janngu, Jing, Kkwaenggwari).
Oui Toujours la même et des paramètres différents à chaque fois…
Encore Merci JC…
magnifique balade avec tes photos !
Merci Chouchoute !!!
la musique est une très belle réussite, beaucoup d’inspiration dans l’improvisation, des surprises, on écoute, on suit le fil, on suit les idées, il y a de la maturité et de l’intelligence dans les phrasés. la rythmique est bien équilibrée, soft et élancée, bien entrainante et bien que répétitive, elle reste légère et se laisse absorbée aisément comme une douceur.
les photos me font penser à un monde post apocalyptique: oui, il y a eu des hommes ici, oui il y a eu des esprits, des artisans, des artistes (les pochoirs), des enfants, des vitriers, des menuisiers, des tailleurs de pierres, tout un monde qui s’est évanoui, mais à présent le village est désert, comme les chemins, les maisons sont vides comme celles du marais, pas un mouvement, pas une lumière, pas un brin de vie, l’humanité à passé. même les oiseaux ont perdu une patte. que reste t’il? un soleil pour éclairer tout ça et un vent chaud pour faire oublier un ancien monde.
Merci Philippe content que la musique te plaise…
Quant aux photos, tu en parles mieux que moi !!!
Belle balade photographique dans le prolongement occitan de la Camargue provençale, des Bouches du Rhône à l’Hérault. Même si l’on peut garder un souvenir ébloui de la première Camargue, celle des rizières et des manades autour des Saintes Maries de la Mer, immortalisée par Lucien Clergue jusqu’aux dessins sur le sable, cette escapade a le mérite de s’enfuir et de s’enfouir dans une marge où le temps semble s’être également arrêté. Marge occitane sporadique entre étangs et cordons littoraux bien illustrés par le solo de clarinette entrecoupé de rythmes en contrepoint.
Bravo Frank pour cette nouvelle invitation au voyage.
NB : commentaire repris de mémoire car le précédent notifié sur mon autre adresse universitaire paraît s’être évaporé comme l’eau sous le soleil de plomb, à défaut d’avoir retrouvé l’icône d’envoi !
Merci Patrick !
Ce n’est plus tout à fait la Camargue.
Le lieu est moins fréquenté et je m’y suis toujours retrouvé seul, comme dans ma précédente exploration. https://frank-lovisolo.fr/WordPress/la-pointe-du-salaison/
J’ai encore un ou deux lieux à faire partager… Plus tard.