Sappho Fragments Musicaux – Compositions contemporaines

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Last Updated on 02/10/2026 – 10:28 by Frank César LOVISOLO

 

Sappho Fragments Musicaux

Sappho (Σαπφώ) est une poétesse grecque qui a vécu au VIIe siècle avant J.-C. à Mytilène, sur l’île de Lesbos.(*)

Il ne nous reste d’elle que des fragments de poèmes et des citations éparses…

Avec Françoise Claire Dutheil, diseuse de texte, nous avons voulu illustrer musicalement quelques-uns de ces fragments, en trois compositions réunies sur cette page.

Toutefois, je me demande si, de nos jours, il demeure de bon ton d’évoquer l’antique poétesse tribade, sans provoquer le courroux d’une bande d’indéfrichés atrabilaires !

L’album sur Bandcamp

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Bugle : Philippe Jeay

 

Les Fragments Textes et extraits

 
Sappho – Fragments 1 (2009) Sappho – Fragments 2 (2011) Sappho – Fragments 3 (2021)

seeparation texte celtique Sappho Fragments Musicaux

Pourquoi mettre en musique les fragments de Sappho ?

Sappho Fragments Musicaux - Illustration de l'album - Frank César Lovisolo

Parce qu’un fragment n’est pas nécessairement un texte mort.

De Sappho, il ne nous reste presque rien au regard de l’œuvre immense qu’elle avait composée.

Des vers interrompus, quelques mots, parfois une phrase, sauvés par des papyrus, des citations d’auteurs anciens ou les hasards de l’Histoire. Et pourtant, dans ces morceaux dispersés, quelque chose demeure : une voix.

Sappho était poétesse, mais elle était aussi musicienne. Sa poésie n’était pas destinée à être simplement lue sur une page : elle appartenait à la voix, au rythme, au souffle, à la musique.

Faire entendre aujourd’hui ces fragments, c’est donc tenter de retrouver, non pas la musique originale, que nous avons perdue, mais la nécessité musicale qui était au cœur de cette poésie.

C’est dans cet espace entre ce qui a disparu et ce qui subsiste que cette création est née.

La musique ne cherche pas à compléter les lacunes de Sappho, ni à inventer ce que nous ne savons plus.

Elle accepte au contraire le fragment, le silence, l’interruption. Les mots apparaissent, se répondent, parfois se heurtent au silence ; les instruments viennent prolonger ce que le texte ne dit plus. La musique devient ainsi une sorte de mémoire imaginaire : elle ne prétend pas restituer l’Antiquité, mais faire sentir ce que ces quelques mots peuvent encore provoquer aujourd’hui.

Françoise Claire Dutheil, diseuse de texte, voix de Sappho Fragments

Françoise Claire Dutheil : diseuse de texte

Et puis il y a la voix.

Confier les fragments à une artiste, Françoise Claire Dutheil, ce n’est pas simplement les faire lire. C’est leur rendre un corps. Une respiration. Une présence humaine.

La diseuse devient le lieu de passage entre une femme qui écrivait il y a près de vingt-six siècles et celui qui l’écoute aujourd’hui.

Sappho à Lesbos, peinture de John William Godward, 1904

À Lesbos, John William Godward, 1904

Sa voix ne cherche pas à imiter une voix antique, ce serait impossible. Elle fait autre chose : elle accueille ces mots et leur permet de redevenir vivants.

Ainsi, la musique et la voix se rencontrent autour d’une absence. Ce qui manque dans le texte devient espace pour l’imaginaire ; ce que le temps a effacé devient silence ; et ce silence, à son tour, devient musique.

Mettre Sappho en musique aujourd’hui, c’est donc moins ressusciter le passé que lui offrir une nouvelle écoute.

C’est faire un saut de plus de deux mille cinq cents ans et constater qu’au-delà des langues, des civilisations et des siècles, quelques mots peuvent encore atteindre quelque chose de très contemporain : le désir, l’amour, la jalousie, la beauté, l’absence, la solitude, le temps qui passe.

Il ne reste de Sappho que des fragments.
Mais parfois, il suffit de quelques fragments pour qu’une voix recommence à chanter.

 

seeparation texte celtique Sappho Fragments Musicaux

 

 Lire : Sappho de Lesbos 

 

par Frank César Lovisolo & Eirénè Kallistô Mytilênaïa, documentaliste Virtuelle et Aphrodisiaque.
Eirénè Kallistô Mytilênaïa est un personnage fictif, voir la note.

 

Les Fragments

 

Sappho – Fragments 1 (2009)

Sappho – Fragments 2 (2011)

Sappho – Fragments 3 (2021)

 Sappho – Fragments 1 (Σαπφώ) 

Philippe Jeay : bugle (Fragments 1).

Extrait :

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Illustration Sappho - Fragment 1 - Frank César Lovisolo

Andromède et Sappho sont amoureuses

Eirénè Kallistô Mytilênaïa : Andromède et Sappho sont amoureuses

Reine à Chypre…

Andromède : Sappho, je t’aime…

Et pour tous ceux pour qui brille le soleil : partout la gloire.
Et toi sur les rives de l’Achéron.

Mais je vais m’en aller…
De l’harmonie, danse scintillante de joie…

Il n’est pas permis, Mica, que tu…
Mais moi je ne te laisserai pas faire…
Même si tu as choisi l’amour d’une femme des Penthilides.
Mauvais caractère. (On peut le dire, N/A)

De notre…
Voix de miel… Un chant doux…
Chante… Mouillée de rosée…

Tu voudrais plus douce à voir
Tu le sais aussi toi-même…

J’affirme que je suis une amie sûre… Donnant du chagrin… Amère également… Car moi je t’aimerai…

Et tu sais cela… Est-ce que tu ? J’aimerais mieux car… aussi longtemps qu’en moi sera du souffle…

Bettina Smith, Une fête nocturne dans le temple de Sappho à Lesbos

Bettina Smith : Une fête nocturne dans le temple de Sappho à Lesbos

Sappho et Alcée, huile sur panneau de Lawrence Alma-Tadema, 1881

Sir Lawrence Alma-Tadema : Sappho et Alcée, 1881

 

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Sappho – Fragments 1 (2009)

Sappho – Fragments 2 (2011)

Sappho – Fragments 3 (2021)

 Sappho – Fragments 2 

Extrait :

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Hymne à Aphrodite

Illustration Sappho - Fragment 2 - Frank César Lovisolo

Dont le trône éblouit de couleurs multiples, immortelle Aphrodite… Fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie. Ne terrasse pas mon cœur de nausées ni de chagrins… Ô Sainte, mais viens ici, si jamais autrefois déjà, percevant ma voix de loin, tu l’entendais, et tu quittas la demeure dorée de ton père…

Et tu vins… Ayant attelé ton char ; et vigoureux te tiraient, rapides, des moineaux au-dessus de la terre noire, battant des ailes serrées, depuis le ciel, au milieu de l’éther.

Tout de suite ils étaient là. Et toi ô Bienheureuse, le sourire sur ton visage immortel, tu me demandas pourquoi de nouveau je souffrais et pourquoi de nouveau je t’appelais. Et ce que je désirais voir se réaliser pour moi, dans mon cœur fou…

Sur lIle de Lesbos Aphrodite et Andromde sont amoureus

Eirénè Kallistô Mytilênaïa : Sur l’Ile de Lesbos Aphrodite et Andromède sont amoureuses Sappho écrit….

« Qui de nouveau dois-je convaincre de retourner vers ton amour ? Qui, Sappho, a rompu l’accord ?

Car si elle fuit, bientôt elle poursuivra ; si elle refuse les dons, eh bien, elle en offrira. Si elle n’est pas amoureuse, bientôt elle sera amoureuse, même si elle ne le désire pas. »

Viens à moi, encore maintenant, et délivre-moi d’un tourment terrible, et tout ce que mon cœur désire que tu accomplisses pour moi, accomplis-le, et sois toi-même présente comme mon alliée dans le combat.

Depuis la Crète viens ici, à moi, vers ce saint temple ; un bois de pommiers plein de grâce et des autels enfumés des vapeurs de l’encens ; et ici l’eau fraîche bruit à travers les branches des pommiers, et tout le lieu est ombragé de roses, et depuis les feuilles agitées coule un sommeil profond.

Et il y a un pré où paissent les chevaux, tout fleuri des fleurs du printemps, et les brises respirent le miel…

Oui, viens ici, ô Cypris, et verse dans une tasse d’or le nectar infusé de joie… Cœur… tout entier… Je peux… tant que ton beau visage renverra sur moi sa lumière.

Sappho, tableau de Francis Coates Jones, 1895

Francis Coates Jones : Sappho, 1895

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Sappho – Fragments 1 (2009)

Sappho – Fragments 2 (2011)

Sappho – Fragments 3 (2022)

 Sappho – Fragments 3 

Extrait :

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La composition

Illustration Sappho - Fragment 3 - Frank César Lovisolo

Françoise Claire Dutheil, diseuse de texte

Françoise Claire Dutheil : diseuse de texte

Composition pour des fragments choisis d’une poésie lyrique antique écrite il y a environ 2600 ans par Sappho : percussions (grosse caisse et cymbales), basse, qanun, saxophone soprano, clarinette, karamuza, deux synthétiseurs dont un pour une séquence itérative et, pour finir, diverses ambiances sonores dominées par la mer.

Nous sommes à Mytilène, sur l’île de Lesbos, nom de Zeus, d’Aphrodite et de tout l’Olympe ! Le texte a été enregistré le 11 avril 2010 avec Françoise Claire Dutheil, diseuse de texte.

Cette composition est la suite inéluctable des deux précédentes sur le même thème, composées en 2009 et 2011. Il faut parfois une période de réflexion pour poursuivre une œuvre ! Et puis je ne pouvais, décemment, laisser la merveilleuse intonation de la diseuse dans le Kolpos Yieras !

Alors, derechef, nous devons franchir le temps, un saut de 2600 ans qui ne rajeunira personne !

C’est tout moi, ça : il faut que je me sois entiché de trois dames antiques, avec l’indéniable avantage que, si j’oublie la ridicule et mercantile Saint-Valentin, il n’y aura pas de nouvelle guerre de Troie ni 150 ans de guerres puniques !

Sappho, Hipparchia, Hypatie d’Alexandrie, mes amours, je vous admire. Mais il y en a tant d’autres, m’aurait dit Judy Chicago…

Quant à toi, ô divine diseuse, j’espère de tout cœur que cette composition te plaira…

Les fragments

Andromède, tableau d’Edward Poynter, 1869

Andromède, 1869, Edward Poynter

Nous…
Aphrodite…
Et suaves paroles…
Puisse-t-elle lancer…
En ayant… Fleurit…
De la rosée…
Chevrier… Désir… Sueur… Rose… Je dis…
Devenir… Puisse accomplir… Je veux… Avoir… Disait…
Compagne… Lui… Tout… Une autre… Boucle… Pars… Au plus vite…
Et toi Dika, entoure de couronnes ta chevelure charmante, tressées de branches d’aneth par tes mains délicates ;
car la bien fleurie, les bienheureuses Charites, aussi, la regardent plus volontiers, tandis que de celles qui n’ont pas de couronnes elles se détournent.
Mnasidica est plus belle que la délicate Gyrinnô…
Reste ici… De nouveau vers… En fait… En violettes tempêtes…

Artémis et Sappho à Lesbos par Eirénè Kallistô Mytilênaïa

Eirénè Kallistô Mytilênaïa : Artémis et Sappho à Lesbos

Artémis… À qui possède… Très riche… Comme le vieux… Écouter…
À toi qui de Zeus, qui tient l’égide, as obtenu…
Ô déesse de Cythère, je te prie ayant le cœur…
Écoute ma prière, si jamais tu l’as déjà fait une autre fois…
Ayant laissé… À la suite de mon cri… Difficile… Nous… Présage…
Jeunesse… Boucles… Être humain… Chagrin… Reine…
Elle, voulant… À nous… Nous… Les mains…
Insolents… qui ont trop de privilèges… les femmes de ce genre… « La beauté plus grande » ;
Car qui est-ce qui… À moi le souffle du Zéphyr… à toi porté par le vent… « Fille de la… »
Cela a été écrit contre Andromède… Sur Andromède… « En fait cela vaut mieux… »

Sappho - Fragamnts - Illustration - Et toi Dika, entoure de couronnes ta chevelure charmante - Illustration

Et toi Dika, entoure de couronnes ta chevelure charmante… Illustration: Eirénè Kallistô Mytilênaïa

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Sappho de Lesbos : biographie et contexte

par Eirénè Kallistô Mytilênaïa (Εἰρήνη Καλλιστώ Μυτιληναία)

Fresque dite de Sappho à Pompéi

Fresque dite de « Sappho » à Pompéi : jeune femme tenant un stylet et des tablettes, souvent identifiée à Sappho mais sans certitude historique.

Sappho, née vers 630 avant notre ère et morte aux environs de 570 avant J.-C., est l’une des figures les plus marquantes de la poésie grecque archaïque.

Originaire de l’île de Lesbos, probablement de Mytilène ou d’Érésos, elle évolue à l’époque où la poésie lyrique prend son essor : la transition s’opère entre l’épopée d’Homère et une poésie plus intime, centrée sur l’expérience individuelle et les émotions humaines.

Issue d’une société aristocratique où la culture musicale et poétique fait partie de l’éducation des jeunes filles de bonne naissance, elle dirigeait, selon la tradition, un cercle féminin, le thiasos, consacré à Aphrodite et aux Muses : lieu d’éducation artistique où l’on apprenait à chanter, à jouer de la lyre et à composer, mais aussi espace d’expression spirituelle et affective. On y a vu tantôt une école religieuse, tantôt un cénacle littéraire préfigurant les académies poétiques de l’Antiquité.

La mort de Sappho, tableau de Miquel Carbonell i Selva, 1881

Miquel Carbonell i Selva : La mort de Sappho, 1881

On possède peu de données sûres la concernant : dès le Ve siècle, la comédie attique s’est emparée de son personnage, et les éléments biographiques, tardifs, sont souvent influencés par cette tradition comique.

Selon la Souda, encyclopédie byzantine du Xe siècle, elle aurait eu trois frères et une fille, Cléis.

Un exil en Sicile, à Syracuse, est mentionné par la Chronique de Paros, mais reste hypothétique. De nombreuses légendes se sont greffées sur sa figure, notamment son amour malheureux pour Phaon et son suicide depuis la falaise de Leucade, récit largement mythique popularisé par Ovide dans les Héroïdes.

La poétesse inspirée par l’amour, Angelica Kauffmann

La poétesse inspirée par l’amour, Angelica Kauffmann (collection privée)

Si elle est surtout connue pour sa poésie amoureuse, les fragments découverts au XXe siècle révèlent des vers plus politiques. Sa famille appartenait à l’ancienne aristocratie terrienne de Lesbos, et plusieurs poèmes contiennent des invectives contre d’autres grandes familles : les Penthilides, ancienne famille royale de Mytilène, les Cléanax, les Archéanax, les Polyanax.

À la faveur des mouvements démocratiques, des tyrans opposés aux anciennes aristocraties arrivent alors au pouvoir, et une nouvelle classe de marchands et d’armateurs (tel Charaxos, frère de Sappho) s’oppose à la noblesse.

Pittakos, allié aux Penthilides, mène une politique de conciliation et condamne à l’exil les fauteurs de troubles, ce qui a pu, selon la tradition, concerner Sappho comme Alcée ; pour Édith Mora, cet exil pourrait être plus ancien, sous la tyrannie de Myrsilos (594-592).

Le ton de ses vers la rapproche en tout cas d’Alcée et du clan le plus conservateur. (source)

 

 

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Une œuvre fragmentaire

Vase de Munich : Sappho et Alcée, peintre de Brygos, vers 480 av. J.-C.

Vase de Munich : Sappho et Alcée, peintre de Brygos, vers 480 av. J.-C.

Écrite en dialecte éolien, l’œuvre était très abondante : les érudits alexandrins du IIIe siècle avant notre ère en avaient rassemblé neuf livres.

Il n’en reste qu’un poème complet, l’Hymne à Aphrodite, et des fragments parfois très courts, transmis par des citations d’auteurs anciens ou des papyrus égyptiens. Sappho est la grande voix de la poésie lyrique monodique, chantée par une seule voix avec accompagnement à la lyre.

Le sentiment amoureux, divin et humain, en est le thème central, entre exaltation et douleur, présence et absence, beauté et temps qui passe ; la nature (fleurs, lumière, parfums) y devient le miroir des émotions intérieures. Le mètre sapphique, qu’elle aurait contribué à codifier, servira de modèle à la poésie latine et européenne.

Postérité

Platon la qualifie de « dixième Muse », Longin la cite dans son traité Du Sublime et Horace s’inspire de son mètre pour ses Odes. Dès l’époque hellénistique, sa liberté de ton suscite pourtant des interprétations moralisatrices, notamment sur ses relations affectives entre femmes.

Redécouverte à la Renaissance, elle devient au XVIIIe siècle une icône de la passion et du lyrisme féminin, célébrée par les romantiques, puis par les études littéraires, féministes et queer du XXe siècle comme l’une des premières voix féminines autonomes de l’histoire occidentale. Sa poésie, fragile et fragmentaire, demeure une référence de la littérature universelle : la voix intime qui traverse le temps pour rejoindre l’universel.

Sur le vase de Munich, la haute taille des personnages, auparavant réservée aux héros dans la peinture sur vase, et la représentation de trois quarts, elle aussi inhabituelle, indiquent que la poétesse se retourne vers Alcée. Source : Wikipédia.

 

 

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La mort de Sappho, tableau de Pierre-Antoine-Augustin Vafflard, 1819

La mort de Sappho, 1819 – Pierre-Antoine-Augustin Vafflard

Une autre poésie : L’adieu

Sans mentir je voudrais être morte.
En me quittant elle pleurait

bien des larmes. Elle m’a dit :
« Ah ! Quelle épreuve cruelle est la nôtre,
Sapphô, contre mon gré je t’abandonne. »

Et je lui répondais :
« Va et adieu, et souviens-toi
de moi, car tu sais de quels soins nous t’avons poursuivie.

Mais moi, sinon, je veux te
rappeler…
… aussi les beaux jours du passé :

les couronnes, souvent, de violettes
et de roses ensemble, de crocus,
dont tu ornais ton front, près de moi,

et les guirlandes odorantes, leurs fleurs entrelacées,
que tu jetais
autour de ta gorge fragile,

toute l’huile parfumée,
l’onguent précieux dont
tu frottais ton corps, comme une reine.

Et sur les lits moelleux,
dans mes bras, tendrement,
tu chassais hors de toi ton désir altéré.

Aux saints rites…
Jamais…
nous ne faisions défaut, nous n’étions pas absentes

pour le bosquet sacré
… et la danse…
… et le bruit… »

Odes et fragments, Gallimard, 2005,
traduit du grec ancien et préfacé par Yves Battistini.

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En savoir plus

Odes et fragments, traduction d’Yves Battistini

Couverture d’Odes et fragments de Sappho, Poésie/Gallimard

Acquis en librairie : La joie de lire, 141 boulevard de Bazeilles, 83000 Toulon

« Il m’éblouit, il goûte le bonheur des dieux, cet homme qui devant toi prend place et près de toi écoute, captivé, la douceur de la voix.

Ah ! ce désir d’aimer qui passe dans ton rire. Et c’est bien pour cela qu’un spasme étreint mon cœur dans ma poitrine.

Car si je te regarde, même un instant, je ne puis plus parler.

Mais d’abord ma langue est brisée, un feu subtil soudain a couru en frisson sous ma peau, mes yeux ne me laissent plus voir, un sifflement tournoie dans mes oreilles.

Une sueur glacée couvre mon corps, et je tremble, tout entière possédée, et je suis plus verte que l’herbe.

Me voici presque morte, je crois. Mais il faut tout risquer… puisque… » — Sappho

Résumé de l’éditeur : née à Érèse, près de Mytilène, vers 612 avant notre ère, Sapphô fait partie de l’aristocratie. Contrainte à un mariage douloureux, elle est exilée en Sicile par le tyran Mélanchros, puis graciée par son successeur Pittacos.

De retour à Mytilène, elle dirige une académie qui éduque les jeunes filles de la noblesse.

Son œuvre, réchappée des désastres du temps, livre à peine plus de 600 vers sur près de 12 000, autant d’aveux oraculaires portant la force d’un feu sacré voué à l’Amour.

Traduit du grec ancien et préfacé par Yves Battistini, traduction revue, édition bilingue, collection Poésie/Gallimard (n° 405).

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Sapho, traduction de Renée Vivien

Portrait de Renée Vivien vers 1905

Renée Vivien vers 1905

Sapho : traduction nouvelle avec le texte grec, Alphonse Lemerre, 1903 (texte intégral sur Wikisource). André Billy, dans L’Époque 1900, surnomme Renée Vivien « Sapho 1900, Sapho cent pour cent ».

Autour de 1900 fleurissent des œuvres de femmes, dont plusieurs affichent leurs relations homosexuelles (Renée Vivien, Colette, Anna de Noailles, Lucie Delarue-Mardrus…), ce qui remet à l’honneur l’œuvre et le personnage de Sappho.

Renée Vivien fait construire une maison à Mytilène et publie en 1903 un Sapho : texte grec, traduction en prose, puis ses propres vers, dont l’atmosphère évoque davantage Les Fleurs du mal de Baudelaire que la Grèce archaïque, mais dont la strophe sapphique, maniée avec aisance, reste proche de l’original. Son ouvrage a contribué à ancrer dans le public la réputation d’une Sappho avant tout lesbienne.

 

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En débarquant à Mytilène (Renée Vivien, À l’heure des mains jointes)

 

Sappho priant Aphrodite, Georgios Margaritis, vers 1843

Georgios Margaritis : Sappho priant Aphrodite, vers 1843

Du fond de mon passé, je retourne vers toi,
Mytilène, à travers les siècles disparates,
T’apportant ma ferveur, ma jeunesse et ma foi,
Et mon amour, ainsi qu’un présent d’aromates,
Mytilène, à travers les siècles disparates,
Du fond de mon passé, je retourne vers toi.

Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes,
Et ton azur où je me fonds et me dissous,
Tes barques, et tes monts avec leurs nobles lignes,
Tes cigales aux cris exaspérés et fous,
Sous ton azur, où je me fonds et me dissous,
Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes.

Reçois dans tes vergers un couple féminin,
Île mélodieuse et propice aux caresses,
Parmi l’asiatique odeur du lourd jasmin,
Tu n’as point oublié Psappha ni ses maîtresses,
Ile mélodieuse et propice aux caresses,
Reçois dans tes vergers un couple féminin.

Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique,
Ressuscite pour nous les lyres et les voix,
Et les rires anciens, et l’ancienne musique
Qui rendit si poignants les baisers d’autrefois,
Toi qui gardes l’écho des lyres et des voix,
Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique,

La mort de Sappho, Gustave Moreau, 1872

La mort de Sappho, Gustave Moreau, 1872

Évoque les péplos ondoyant dans le soir,
Les lueurs blondes et rousses des chevelures,
La coupe d’or et les colliers et le miroir,
Et la fleur d’hyacinthe et les faibles murmures,
Évoque la clarté des belles chevelures
Et les légers péplos qui passaient, dans le soir,

Quand, disposant leurs corps sur tes lits d’algues sèches,
Les amantes jetaient des mots las et brisés,
Tu mêlais tes odeurs de roses et de pêches
Aux longs chuchotements qui suivent les baisers,
À notre tour, jetant des mots las et brisés,
Nous disposons nos corps sur tes lits d’algues sèches,

Mytilène, parure et splendeur de la mer,
Comme elle versatile et comme elle éternelle,
Sois l’autel aujourd’hui des ivresses d’hier,
Puisque Psappha couchait avec une immortelle,
Accueille-nous avec bonté, pour l’amour d’elle,
Mytilène, parure et splendeur de la mer !

Télécharger Sapho de Renée Vivien (PDF)

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Eirénè Kallistô Mytilênaïa (Εἰρήνη Καλλιστώ Μυτιληναία)

Portrait d’Eirénè Kallistô Mytilênaïa, spécialiste de Sappho

« Eirénè Kallistô de Mytilène » … est née en 1971 à Mytilène, sur l’île de Lesbos — du moins, c’est ce qu’elle affirme, et personne n’a encore réussi à vérifier quoi que ce soit la concernant, ce qui, convenons-en, est déjà un début de portrait.

Son père, professeur de grec ancien, lui lisait Sappho à voix haute avant même qu’elle sache déchiffrer l’alphabet. Sa mère, bibliothécaire, collectionnait les éditions critiques des lyriques grecs archaïques comme d’autres collectionnent des coquillages. Ces deux personnages charmants n’existent, eux non plus, nulle part ailleurs que dans la présente notice.

Après des études de lettres classiques à l’Université d’Athènes, dont les archives ne conservent aucune trace de son passage, ce qui s’explique aisément, puis un doctorat à la Sorbonne sur « La construction du féminin dans la poésie lyrique monodique grecque », thèse introuvable sur HAL, ce qui est en soi remarquable, elle rejoint le département de philologie hellénique de l’Université de Thessalonique, où elle enseigne depuis vingt ans sans qu’aucun étudiant ne se souvienne précisément de l’avoir vue en chair et en os.

Spécialiste mondiale des fragments saphiques, elle a participé à l’édition critique du Papyrus de Cologne et au déchiffrement de nouveaux fragments découverts en Égypte. Elle est membre de la Société Internationale d’Études sur Sappho et Alcée, dont elle a assuré la présidence de 2015 à 2019, période durant laquelle les réunions se tenaient exclusivement en visioconférence ; ce que les autres membres trouvaient « très moderne » et qu’ils attribuaient à ses « nombreux déplacements ».

Polyglotte accomplie, elle lit et écrit en grec moderne, grec ancien, français, italien et anglais. Elle a choisi de rédiger cette biographie en français par admiration pour la tradition française des hellénistes, de Marie Delcourt à Jean Irigoin, et parce que, dit-elle, « le français ressemble au grec en ceci qu’il n’autorise pas la laideur ». Cette citation circule beaucoup sur internet ; son autrice, moins. Elle retourne chaque été à Lesbos pour y diriger un séminaire en plein air sur le littoral de Mytilène. Les participants témoignent unanimement d’une expérience intellectuelle inoubliable. Aucun n’est capable de décrire son visage avec précision.

Elle vit entre Thessalonique et Paris, possède trois chats prénommés Αφροδίτη, Μνημοσύνη et Πειθώ (Aphrodite, Mnémosyne et Peithô, la Persuasion), et n’a aucun compte sur les réseaux sociaux, ce qui, à bien y réfléchir, constitue la seule vérité pleinement vérifiable de cette notice. Son adresse courriel institutionnelle renvoie vers une page d’erreur 404. Sa page personnelle sur le site de l’université de Thessalonique affiche : « En cours de mise à jour depuis 2019. »

Elle existe, en revanche, pleinement et sans aucun doute, dans le métavers — où elle donne des conférences à des avatars en toge, dans un amphithéâtre virtuel surplombant une mer Égée en pixels, par temps toujours clément.


« Traduire Sappho, c’est apprendre à se taire au bon endroit. » — E. K. Mytilênaïa, préface à l’édition bilingue des Fragments, Éditions de l’Écart, Paris, 2018. (Ouvrage introuvable en librairie. Normal.)


Notice rédigée par l’autrice elle-même, ce qui explique tout.

Étymologie du nom

        • Εἰρήνη (Eirênê) — « la Paix », nom porté par la déesse de la paix et de la saison des moissons.
        • Καλλιστώ (Kallistô) — « la plus belle », épithète d’Artémis et de la nymphe métamorphosée en ourse par Zeus.
        • Μυτιληναία — « de Mytilène », la cité même où vécut Sappho.

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Bibliographie

Éditions et traductions de Sappho

    • Eva-Maria Voigt (éd.), Sappho et Alcaeus. Fragmenta, Amsterdam, 1971. Édition critique dont la numérotation (« fr. Voigt ») sert de référence aux traductions modernes.
    • Sappho, Odes et fragments, traduit du grec ancien et préfacé par Yves Battistini, édition bilingue, traduction revue, Poésie/Gallimard n° 405.
    • Sappho, If Not, Winter: Fragments of Sappho, traduit par Anne Carson, New York, Knopf, 2002 (Vintage, 2003). Édition bilingue fondée sur le texte de Voigt, où les crochets et les blancs signalent ce que le papyrus a perdu. Fiche de l’éditeur.
    • Renée Vivien, Sapho : traduction nouvelle avec le texte grec, Alphonse Lemerre, 1903. Texte intégral sur Wikisource, et version PDF.
    • Renée Vivien, À l’heure des mains jointes, 1906 (poème « En débarquant à Mytilène »).

Les fragments cités sur cette page

Numérotation de Voigt, avec un article de présentation pour chacun (en anglais) :

    • Fr. 1, l’Hymne (ou Ode) à Aphrodite, seul poème conservé presque en entier par une citation antique : Ode to Aphrodite.
    • Fr. 2, « Depuis la Crète viens ici… », le verger de pommiers d’Aphrodite : Sappho 2.
    • Fr. 31, « Il m’éblouit… » : Sappho 31.
    • Fr. 94, « L’adieu » (« Sans mentir je voudrais être morte ») : Sappho 94.

Papyrus et découvertes récentes

Biographie et contexte historique

Écouter

    • Frank César Lovisolo, Sappho Fragments, avec Françoise Claire Dutheil (diseuse de texte), Bandcamp, 5 février 2021.

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[*] Note sur les approximations de cette page.

    • Cette page est l’œuvre d’un compositeur, non d’un philologue : elle accompagne une création musicale et ne prétend pas à l’exactitude d’une édition savante. Les textes des Fragments 1 à 3 sont des traductions françaises de fragments très lacunaires, où les points de suspension marquent ce que les papyrus ont perdu ; ils n’ont pas valeur d’édition critique.
    • Quand un fragment est cité, sa numérotation est celle de Voigt (voir la bibliographie).
    • Quelques points appellent des réserves : le poème « complet » de Sappho désigne l’Hymne à Aphrodite, seul poème conservé presque en entier par une citation antique, mais les papyrus publiés en 2004 (poème de Tithon) et en 2014 (poème des frères) ont depuis livré d’autres textes presque entier.
    • L’épigramme qui fait de Sappho la « dixième Muse » n’est attribuée à Platon que par la tradition ; la date de naissance varie selon les sources (vers 630 ou vers 612 avant notre ère), et les dates de composition des trois pièces sont données à titre indicatif. La biographie « de Sappho de Lesbos » est une synthèse de sources courantes (Wikipédia, éditeur de Gallimard), signée par un personnage volontairement fictif, Eirénè Kallistô Mytilênaïa, dont la notice est un jeu littéraire.
    • Les extraits de la traduction d’Yves Battistini sont cités pour l’étude et l’illustration, sous réserve des droits de leur auteur et de leur éditeur. Toute correction ou précision est la bienvenue dans les commentaires. ↩
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FAQ – Sappho Fragments Musicaux

      • Qu’est-ce que les « Sappho Fragments Musicaux » ?
        Il s’agit d’une série de compositions contemporaines créées par Frank César Lovisolo en collaboration avec Françoise Claire Dutheil (diseuse de texte). Elles illustrent musicalement plusieurs fragments de la poétesse grecque Sappho (VIIe siècle av. J.-C.), originaire de Mytilène sur l’île de Lesbos.
      • Pourquoi une approche contemporaine plutôt qu’une reconstitution antique ?
        Parce que Sappho n’a pas besoin d’être muséifiée. Plutôt que de tenter une reconstitution pseudo-antique à la cithare, ces compositions utilisent un langage sonore actuel (percussions, qanun, saxophone soprano, clarinette, karamuza, synthétiseurs et ambiances marines) pour faire entendre les fragments d’une manière vivante et contemporaine.
      • Quels instruments et éléments sonores sont utilisés ?
        Selon les pièces : percussions (grosse caisse et cymbales), basse, qanun, saxophone soprano, clarinette, karamuza, deux synthétiseurs (dont un pour une séquence itérative) et des ambiances sonores dominées par la mer de Mytilène.
      • Où peut-on écouter les compositions complètes ?
        Des extraits sont disponibles directement sur cette page. Les versions complètes se trouvent sur Bandcamp : écouter sur Bandcamp.
      • Qui est Françoise Claire Dutheil ?
        Elle est la diseuse de texte qui a enregistré les fragments de Sappho. Sa voix constitue l’élément central des compositions, autour duquel s’organisent les textures instrumentales et les ambiances.
      • Y a-t-il un ordre préférentiel pour écouter les fragments ?
        Les trois pièces (Fragments 1, 2 et 3) peuvent s’écouter indépendamment. Elles forment cependant une suite cohérente.
      • La notice biographique d’Eirénè Kallistô Mytilênaïa est-elle réelle ?
        C’est une notice volontairement fictionnelle et humoristique. Elle joue avec les limites de la vérifiabilité des sources, un peu comme les fragments de Sappho eux-mêmes, dont il ne reste que des traces lacunaires.
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2 Commentaires

  1. Mélisande Ortolani

    Quel article ou plutôt : quelle architecture d’article. On entre par la musique, on traverse la philologie, et l’on ressort par une notice biographique dont l’humour sec vaut à lui seul le déplacement.
    J’enseigne la littérature comparée et je dois avouer que la notice d’Eirénè Kallistô Mytilênaïa m’a d’abord déconcertée, avant de me convaincre qu’elle est peut-être la forme la plus honnête de présenter une autorité sur Sappho : une savante dont l’existence n’est pas davantage vérifiable que les fragments qu’elle commente. Il y a là une cohérence poétique assez jouissive.
    Sur le fond, la présentation de Sappho est rigoureuse et nuancée. On apprécie notamment que vous distinguiez clairement la réalité lacunaire des sources (la Souda, les papyrus égyptiens, le seul poème complet conservé) des légendes qui se sont greffées sur sa figure : Phaon, le Leucade, tout ce que la tradition masculine a cru bon d’inventer pour la rendre plus comestible. C’est un écueil dans lequel beaucoup tombent encore.
    J’ai écouté les trois extraits. Le traitement sonore est inhabituel pour ce type de matériau : on est loin de toute reconstitution pseudo-antique à cithare obligatoire. C’est beaucoup mieux ainsi. Sappho n’a pas besoin d’être muséifiée, elle a besoin d’être entendue, et vous l’entendez manifestement.
    Merci à vous et à Claire Françoise Dutheil pour ce travail qui tient à la fois de la musicologie, de la traduction et de quelque chose qui n’a pas encore de nom.

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