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| Suggestion d’écoute : |
« Quand la guerre commence, ceux qui tirent les ficelles parlent de paix. »
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| Juste 5 secondes, pour un avant goût de la suite |
Mais, palsambleu, corbleu, morbleu et diverses bleusailles, d’où sorte-t-il tout ce pognon du moment qu’il convient de se mettre sur la figure ? (d’aucuns auraient écrit : sur la gueule !) ; certes, ils n’ont jamais d’argent pour les hôpitaux, les retraites, les aides sociales et pleurnichent à grandes eaux dans les hémicycles quant aux malheurs du peuple ou accusent icelui de saboter leurs politiques égocentriques.
Toutefois, on ne sait par quel prodige, dès qu’il s’agit de bombes, missiles et autres feux d’artifice guillerets, les caisses débordent : Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando ? et, tant qu’on y est, fichtre. Ne nous prendrait-on pas pour des imbéciles ?
Diantre ! Comme c’est élégant, ils appellent ça un « effort national », mais un effort national, notons-le, à géométrie variable !
Fastoche : les citoyens lambdas déboursent, les puissants statuent, l’arme à l’œil, et les trépassés ne votent plus, trop occupés à compter les pissenlits qui, semble-t-il, apprécient ce fertile terreau.
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Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger.
Isidore Ducasse dit Lautréamont : Les chants de Maldoror.
Plongez ces images…
…dans les brumes oubliées du XVIIIe siècle, mais que le présent y persiste en filigrane, tel un spectre tenace hantant les ruines d’un monde qui n’est plus.
Imaginez un faubourg, un de ces quartiers que la guerre a mordus jusqu’à l’os, où les maisons, ventres ouverts, crachent leurs entrailles de briques et de bois pourri.

Goya – Tres de Mayo (1814).
Les rues, jadis pavées de rêves et de commerce, ne sont plus que des cicatrices boueuses, des boyaux tortueux où l’eau croupit en miroirs troubles, reflétant un ciel bas, lourd de suie et de souvenirs.
Peuplez ce théâtre de dix silhouettes errantes, fantômes d’une époque qui se déchire entre deux temps. Leurs vêtements, patchwork de siècles, racontent une histoire de survie et de nostalgie : ici, une redingote de velours rongée aux ourlets effilochés, là, un jean déchiré accroché à des hanches squelettiques comme une peau mal greffée.
Une femme en robe à paniers, les manches retroussées, lave son linge dans une eau croupie, tandis qu’un enfant aux pieds nus, coiffé d’une casquette trouée, joue dans la fange.
Les perruques poudrées ne sont plus que des nids de poussière posés sur des têtes courbées par le poids des années. Un vieillard, le visage buriné comme un antique cuir, espère une cigarette roulée dans du papier journal jauni, assis sur les vestiges d’une bataille dont plus personne ne se souvient.

Piranesi : Arc de Titus (1748).
Et puis, il y a les fils. Ces veines métalliques qui zébraient autrefois le ciel de leur géométrie froide : transformez-les en cordes à linge tendues entre les ruines, où sèchent des hardes bigarrées : une chemise de nuit en soie du XVIIIe siècle voisinant avec un t-shirt imprimé, délavé par les pluies acides du temps. Que ces fils, désormais organiques, dessinent dans l’air une toile fragile, une métaphore de ce monde suspendu entre deux époques.
Inspirez-vous des tableaux de Francisco de Goya, où la folie et la misère dansent dans une lumière âcre, ou des gravures de Giovanni Battista Piranesi, ces imaginaires où l’architecture se mue en un labyrinthe de l’âme.
Pensez aux photographies de Joseph Koudelka, qui captent la beauté tragique des marges, ou aux installations de Doris Salcedo, où les objets deviennent des stigmates de l’histoire.
Que chaque détail demeure un poème visuel : une lanterne à huile, accrochée à un poteau tordu comme un cou de cygne rompu, projette des ombres mouvantes sur un mur tagué d’un graffiti anachronique, peut-être un cœur transpercé d’une flèche, ou une formule en aérosol, écrite dans une langue dont plus personne ne se souvient.

©Josef Koudelka, Azerbaijan, 1999 – inkjet
Au loin, un écran de télévision brisé gît parmi les décombres, son verre étoilé reflétant la lueur tremblotante d’un feu de camp.
À côté, un livre ouvert, ses pages tournées par le vent, offre un vers de Baudelaire ou un slogan publicitaire ; peu importe, les mots se mélangent, se répondent, comme les échos d’un dialogue interrompu entre Voltaire, Lautréamont et un influenceur oublié.
Que cette scène reste une élégie en images, un requiem pour un temps qui se disloque. Que chaque élément, la boue sous les pieds, la fumée dans l’air, le rire étouffé d’un enfant, soit une note dans cette symphonie de la décadence, où le passé et le présent s’étreignent dans une danse macabre, sublime et jubilatoire.

Doris Salcedo, Uprooted, 2020–22 – Photo: Juan Castro.
Que les bêtes,
…ces témoins silencieux des siècles, peuplent aussi ce tableau déchiré entre deux mondes. Qu’elles y errent comme des âmes en peine, porteuses de symboles anciens et de présages modernes, leurs silhouettes se découpant sur le crépuscule d’un temps qui se défait.
Les chouettes, perchées sur les poutres calcinées des maisons éventrées, y déploient leurs ailes de spectres. Oiseaux de Minerve, messagères d’Athéna dans l’Antiquité, elles veillaient sur la sagesse et la stratégie des batailles. Mais ici, leurs yeux dorés, reflétant la lueur des feux de bois, semblent plutôt les gardiennes des secrets enfouis ; ces vérités que personne ne veut plus entendre.
Au XVIIIe siècle, on les clouait aux portes des granges pour conjurer le mauvais sort ; aujourd’hui, elles observent, impassibles, le va-et-vient des vivants, comme si elles savaient déjà que ce quartier est condamné.
Les chats, ces espions des ruelles, glissent entre les jambes des passants, indifférents aux époques. Vénérés dans l’Égypte ancienne, diabolisés au Moyen Âge, ils sont ici les seuls souverains de ce royaume de débris.
![]() Pieter Brueghel le Jeune, d’après Pieter Brueghel l’Ancien (1528-1569), Le Dénombrement de Bethléem, 1610–1620 Un greffier tigré, le pelage strié de cicatrices, se love contre un mur où s’effrite une affiche du XXe siècle, tandis qu’un chat noir, celui de la superstition, celui qui se joue des miroirs, fixe l’objectif avec des pupilles verticales, comme s’il voyait au-delà du cadre.
Plus loin, un autre aux oreilles tombantes renifle un sac plastique déchiré, rempli de restes indéfinissables. Ils incarnent la fidélité trahie, ces bêtes qui attendent encore, alors que les hommes ont fui depuis longtemps. ![]() Théodore Géricault – Course de chevaux libres à Rome (1817), Et puis, il y a les chevaux, fantômes de la noblesse et des champs de bataille. Ses sabots, ferrés à l’ancienne, résonnent sur les pavés disjoints comme un écho des charges de cavalerie. Sur son dos, une couverture usée porte les initiales d’un dragon mort. Plus loin, un poulain aux pattes trop fines, né dans l’enclave d’un immeuble effondré, broute des herbes folles poussées entre les fissures de l’asphalte. ![]() Différents styles de représentations de chats, réalisés par Louis Wain Que ces animaux soient les fils conducteurs entre les époques. La chouette, l’œil qui perce les mensonges ; le chat, l’ombre qui se glisse entre les mondes ; le chien, le cœur qui attend malgré tout ; le cheval, la mémoire des grands mouvements brisés. Qu’ils rappellent que la nature, improductive, humiliée, survit aux folies des hommes. Et que leurs regards, tour à tour méfiants, indifférents ou désespérés, soient les véritables miroirs de cette scène, bien plus que les vitres brisées des fenêtres. ![]() La petite chouette (1471-1528) d’Albrecht Dürer Inspirez-vous des bêtes de Pieter Brueghel le Jeune qui peuplent ses villages de chaos et de vie, ou des chevaux de Théodore Géricault, emportés dans la tourmente. Pensez aux chats de Louis Wain, mi-anges mi-démons, et la chouette d’Albrecht Dürer, symboles d’une connaissance qui dépasse l’entendement. Que chaque animal soit une allégorie ambulante, un fragment de mythe accroché à la réalité comme une peau mal cousue. Et si l’un d’eux, un corbeau, peut-être, ou un chien aux yeux trop humains, tourne soudain la tête vers le spectateur, comme s’il allait parler… alors la magie opérera. Car c’est là, dans ce frisson, que le passé et le présent se rejoignent enfin. Et pourtant, au cœur de ce chaos……où les époques s’effritent et se superposent, une lueur persiste. Peut-être est-ce l’enfant aux pieds nus, dont le rire cristallin perce le silence comme une flèche de lumière. Ou bien le poulain, né entre deux mondes, qui se dresse soudain sur ses pattes fragiles pour hennir vers un ciel enfin dégagé, comme s’il pressentait, au-delà des ruines, l’aube d’un temps nouveau. ![]() Le Jardin des délices (1503-1504), musée du Prado, (Madrid), inversé pour le texte. Les chouettes, malgré leur regard de prophétesses, tournoient encore au-dessus des toits effondrés, et leurs ailes, en battant l’air, soulèvent des poussières d’or, celles des vieilles pages de livres, des graines oubliées, des rêves pas tout à fait morts. Les chats, eux, se blottissent contre les derniers feux, non par résignation, mais parce qu’ils savent, mieux que quiconque, que la chaleur renaît toujours des cendres. Et puis, il y a les plantes pugnaces……qui percent le bitume, elles n’ont pas demandé la permission pour pousser, pas plus qu’elles ne se soucient des dates gravées sur les murs. Elles sont là, simplement. Comme un rappel que la vie, même dans ses formes les plus humbles, refuse de se laisser enterrer. Imaginons qu’au creux de ce faubourg déchiré, une faille s’ouvrait, non vers un ailleurs, mais vers ce jardin où tout se mêle, celui que Jerôme Bosch peignit comme un rêve éveillé ? Alors oui, ce quartier est un cimetière de rêves, un no man’s land entre hier et aujourd’hui. Regardez mieux : dans les crevasses, quelque chose respire encore. Peut-être est-ce le vent qui tourne, ou le souffle d’un conte pas tout à fait achevé. Peut-être est-ce l’espoir, pas celui, naïf, qui nie les ruines, mais celui, opiniâtre et sauvage, qui s’y accroche comme lierre à la pierre. Et si vous tendez l’oreille, entre deux coups de canon lointains et le grésillement d’un poste de radio cassé, vous entendrez une mélodie. Celle d’un violon joué par un vieux musicien assis sur un tonneau, ou peut-être celle, imaginaire, d’un futur qui s’écrit déjà. Car même dans la fin, il y a un commencement. |
⇑⇑⇑Exemple d’une transformation |
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| Une ruelle du village d’Allauch dans les Bouches du Rhône | |








Bonjour Franck, c’est un excellent travail créatif à souhait. Comme quoi un bon caillou sur un appareil photo et une IA en post-prod ce n’est pas déconnant. L’idée première en revient toujours à l’artiste.Quant à sa réelle possession de l’œuvre, cela reste un sujet, mais lorsque Rembrandt fait le portrait d’un notable, l’œuvre appartient déjà à celui qui l’a acheté. La différence aujourd’hui, avec le digital elle est volé purement et simplement.
Bonjour,
Merci beaucoup pour ton message, ça me fait vraiment plaisir que tu perçoives le travail sous cet angle.
Je te rejoins totalement sur l’essentiel : l’idée reste au cœur de tout. L’outil, qu’il soit un pinceau, un appareil photo ou une IA, ne fait que prolonger une intention artistique. Sans regard ni démarche, il ne se passe pas grand-chose.
Ta comparaison avec Rembrandt est très juste. La question de la propriété de l’œuvre n’est effectivement pas nouvelle : l’artiste a souvent créé pour un commanditaire. Ce qui change aujourd’hui, comme tu le soulignes, c’est la facilité et la vitesse de reproduction et de diffusion. Le numérique a brouillé les frontières entre partage, appropriation et spoliation.
C’est sans doute là que se situe le vrai enjeu actuel : comment préserver la reconnaissance du travail et de l’intention de l’artiste dans un monde où l’image circule librement et peut être réutilisée sans cadre clair.
En tout cas, ton retour nourrit vraiment la réflexion, merci pour ça.
Frank
Salut cher Frank !
» Ça en jette ! » Mais je suis très réservé quant à l’IA et ses usages, reconnaissant des apports dans certains domaines. Comme disait Élisée Reclus, relativisant le progrès au régrès. Des deux plateaux de la balance quel est celui qui penche « bien » ?
Pour nous limiter aux domaines de la création, artistique en particulier : picturale ou littéraire, voici mon objection principale : l’auteur disparaît en perdant son individualité ; il n’est plus seul mais absorbé en fin de compte par une machinerie infernale puisque non maitrisable. De plus, dans ton échange de données, il n’y a pas équité : tu vas nourrir la machinerie, sans aucun contrôle sur son pouvoir infini de falsification et d’anonymisation… Enfin, ou plutôt en-fin : c’en est fini des principes d’objectivité, de réalité (je ne parle pas de vérité, ce concept pour croyants aveugles), et aussi de confiance dans la perception sensorielle. Bref, j’y vois l’annonce d’une Apocalypse, couche de finition à notre monde en fin de parcours – je ne dis surtout pas « la planète » ! qui se démerdera sans nous !
Dernier point : l’outil n’est jamais neutre, il entre inévitablement dans le champ signifiant/signifié.
Gérard, bonjour, j’espère que tout va bien pour toi.
Il va sans dire que tes craintes sont tout à fait légitimes et c’est naturel d’en discuter.
Exclure et redouter un outil au point de refuser de l’explorer, surtout dans l’art, c’est un peu comme s’interdire de goûter un nouveau plat parce qu’on aurait peur de ne plus aimer les pâtes (en particulier les spaghettis a le vongole !).
L’art a toujours avancé grâce à l’aventure, au risque et à la curiosité, pas en restant dans sa zone de confort.
L’histoire de l’art, c’est une longue série de « Mais non, ça va tout casser ! » qui s’est confirmée fausse.
La photo a été accusée d’assassiner la peinture, les synthétiseurs de tuer la « vraie » musique, et le montage numérique de trahir la réalité.
Résultat ? Les peintres, les musiciens et les cinéastes ont simplement trouvé de nouvelles façons de créer. Les outils n’ont pas supprimé les artistes, ils les ont obligés à se réinventer.
Tu parles de la disparition de l’individualité ? Je vois plutôt l’inverse : bosser avec une IA, c’est comme discuter avec un collègue un peu bizarre qui te force à clarifier tes idées, à faire des choix, heureux ou pas.
L’artiste ne disparaît pas, il devient moins « génie solitaire » et plus « explorateur » ou « chef d’orchestre ».
Ce n’est pas une perte, c’est un changement.
Et cette idée de « machinerie infernale » qui nous dominerait…
L’art n’a jamais été une affaire où l’on se soumet à l’outil sans réfléchir.
Un pinceau, une caméra ou un logiciel, c’est comme un marteau : si tu apprends à t’en servir, tu te tapes moins souvent sur les doigts.
Refuser d’apprendre à employer un outil puissant, c’est juste laisser les autres décider à ta place comment il sera utilisé.
Quant à la réalité, l’objectivité et la confiance, ces concepts sont déjà en survivance depuis un bail, bien avant l’IA. L’art contemporain, la photo et même la littérature nous ont montré que toute représentation est une construction. L’IA ne fait que rendre cette fragilité plus visible, plus flagrante. Et ça, c’est peut-être une bonne nouvelle : ça nous force à réfléchir.
Enfin, parler d’Apocalypse, c’est un peu exagéré. On est peut-être juste en train de vivre une grosse mise à jour de notre rapport à la création, à l’auteur et au réel.
Dans ces moments-là, l’enjeu n’est pas de préserver un monde figé, mais de parcourir les autres territoires qui s’ouvrent ; avec un peu de circonspection bien sûr.
Sincèrement, je trouve bien plus démoralisant l’utilisation n’importe comment des réseaux sociaux, qui nous poussent vers le bas, que l’exploration d’une nouvelle technologie.
Au début du cinéma, les gens avaient peur de finir écrasés par un train… Aujourd’hui, qu’en est-il ?
L’art n’a jamais été un espace sécurisé, et c’est tant mieux. C’est justement ce qui le rend passionnant.
Merci d’avoir lu l’article et partagé tes réflexions : c’est ce genre d’échanges qui fait avancer le bazar. Je savais bien qu’il y aurait des réactions et c’est exactement ce qu’on cherche, non ?
Je reçois bien tous tes arguments et peux aussi les partager, et les commenter à mon tour, etc. Mais, par paresse, je me planque derrière une pirouette : Qui me répond ici au juste ? Frank ou Lia, ou les deux en amour fusionnel ? 😉
Pirouette à mon tour : Va savoir…