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| Suggestion d’écoute : |
« Quand la guerre commence, ceux qui tirent les ficelles parlent de paix. » |
Soyez ludiques, trouvez la chouette! – Ces images naissent de clichés anciens, transfigurés par l’alchimie du numérique et guidés par l’intelligence artificielle, un territoire d’expérimentation où j’aime à m’aventurer. Quant au Titre : Le format RAW est un type de fichier photo qui contient toutes les données brutes capturées par le capteur de l’appareil, sans compression ni traitement. |
Plongez ces images……dans les brumes oubliées du XVIIIe siècle, mais que le présent y persiste en filigrane, tel un spectre tenace hantant les ruines d’un monde qui n’est plus. Imaginez un faubourg, un de ces quartiers que la guerre a mordus jusqu’à l’os, où les maisons, ventres ouverts, crachent leurs entrailles de briques et de bois pourri. ![]() Goya – Tres de Mayo (1814). Les rues, jadis pavées de rêves et de commerce, ne sont plus que des cicatrices boueuses, des boyaux tortueux où l’eau croupit en miroirs troubles, reflétant un ciel bas, lourd de suie et de souvenirs. Peuplez ce théâtre de dix silhouettes errantes, fantômes d’une époque qui se déchire entre deux temps. Leurs vêtements, patchwork de siècles, racontent une histoire de survie et de nostalgie : ici, une redingote de velours rongée aux ourlets effilochés, là, un jean déchiré accroché à des hanches squelettiques comme une peau mal greffée. Les perruques poudrées ne sont plus que des nids de poussière posés sur des têtes courbées par le poids des années. Un vieillard, le visage buriné comme un antique cuir, espère une cigarette roulée dans du papier journal jauni, assis sur les vestiges d’une bataille dont plus personne ne se souvient. ![]() Piranesi : Arc de Titus (1748). Et puis, il y a les fils. Ces veines métalliques qui zébraient autrefois le ciel de leur géométrie froide : transformez-les en cordes à linge tendues entre les ruines, où sèchent des hardes bigarrées : une chemise de nuit en soie du XVIIIe siècle voisinant avec un t-shirt imprimé, délavé par les pluies acides du temps. Que ces fils, désormais organiques, dessinent dans l’air une toile fragile, une métaphore de ce monde suspendu entre deux époques. Inspirez-vous des tableaux de Francisco de Goya, où la folie et la misère dansent dans une lumière âcre, ou des gravures de Giovanni Battista Piranesi, ces imaginaires où l’architecture se mue en un labyrinthe de l’âme. Que chaque détail demeure un poème visuel : une lanterne à huile, accrochée à un poteau tordu comme un cou de cygne rompu, projette des ombres mouvantes sur un mur tagué d’un graffiti anachronique, peut-être un cœur transpercé d’une flèche, ou une formule en aérosol, écrite dans une langue dont plus personne ne se souvient. ![]() ©Josef Koudelka, Azerbaijan, 1999 – inkjet Au loin, un écran de télévision brisé gît parmi les décombres, son verre étoilé reflétant la lueur tremblotante d’un feu de camp. Que cette scène reste une élégie en images, un requiem pour un temps qui se disloque. Que chaque élément, la boue sous les pieds, la fumée dans l’air, le rire étouffé d’un enfant, soit une note dans cette symphonie de la décadence, où le passé et le présent s’étreignent dans une danse macabre, sublime et jubilatoire. ![]() Doris Salcedo, Uprooted, 2020–22 – Photo: Juan Castro. Que les bêtes,…ces témoins silencieux des siècles, peuplent aussi ce tableau déchiré entre deux mondes. Qu’elles y errent comme des âmes en peine, porteuses de symboles anciens et de présages modernes, leurs silhouettes se découpant sur le crépuscule d’un temps qui se défait. Les chouettes, perchées sur les poutres calcinées des maisons éventrées, y déploient leurs ailes de spectres. Oiseaux de Minerve, messagères d’Athéna dans l’Antiquité, elles veillaient sur la sagesse et la stratégie des batailles. Mais ici, leurs yeux dorés, reflétant la lueur des feux de bois, semblent plutôt les gardiennes des secrets enfouis ; ces vérités que personne ne veut plus entendre. Au XVIIIe siècle, on les clouait aux portes des granges pour conjurer le mauvais sort ; aujourd’hui, elles observent, impassibles, le va-et-vient des vivants, comme si elles savaient déjà que ce quartier est condamné. |
![]() Pieter Brueghel le Jeune, d’après Pieter Brueghel l’Ancien (1528-1569), Le Dénombrement de Bethléem, 1610–1620 Un greffier tigré, le pelage strié de cicatrices, se love contre un mur où s’effrite une affiche du XXe siècle, tandis qu’un chat noir, celui de la superstition, celui qui se joue des miroirs, fixe l’objectif avec des pupilles verticales, comme s’il voyait au-delà du cadre.
Plus loin, un autre aux oreilles tombantes renifle un sac plastique déchiré, rempli de restes indéfinissables. Ils incarnent la fidélité trahie, ces bêtes qui attendent encore, alors que les hommes ont fui depuis longtemps. ![]() Théodore Géricault – Course de chevaux libres à Rome (1817), Et puis, il y a les chevaux, fantômes de la noblesse et des champs de bataille. Ses sabots, ferrés à l’ancienne, résonnent sur les pavés disjoints comme un écho des charges de cavalerie. Sur son dos, une couverture usée porte les initiales d’un dragon mort. Plus loin, un poulain aux pattes trop fines, né dans l’enclave d’un immeuble effondré, broute des herbes folles poussées entre les fissures de l’asphalte. ![]() Différents styles de représentations de chats, réalisés par Louis Wain Que ces animaux soient les fils conducteurs entre les époques. La chouette, l’œil qui perce les mensonges ; le chat, l’ombre qui se glisse entre les mondes ; le chien, le cœur qui attend malgré tout ; le cheval, la mémoire des grands mouvements brisés. Qu’ils rappellent que la nature, improductive, humiliée, survit aux folies des hommes. Et que leurs regards, tour à tour méfiants, indifférents ou désespérés, soient les véritables miroirs de cette scène, bien plus que les vitres brisées des fenêtres. ![]() La petite chouette (1471-1528) d’Albrecht Dürer Inspirez-vous des bêtes de Pieter Brueghel le Jeune qui peuplent ses villages de chaos et de vie, ou des chevaux de Théodore Géricault, emportés dans la tourmente. Pensez aux chats de Louis Wain, mi-anges mi-démons, et la chouette d’Albrecht Dürer, symboles d’une connaissance qui dépasse l’entendement. Que chaque animal soit une allégorie ambulante, un fragment de mythe accroché à la réalité comme une peau mal cousue. Et si l’un d’eux, un corbeau, peut-être, ou un chien aux yeux trop humains, tourne soudain la tête vers le spectateur, comme s’il allait parler… alors la magie opérera. Car c’est là, dans ce frisson, que le passé et le présent se rejoignent enfin. Et pourtant, au cœur de ce chaos……où les époques s’effritent et se superposent, une lueur persiste. Peut-être est-ce l’enfant aux pieds nus, dont le rire cristallin perce le silence comme une flèche de lumière. Ou bien le poulain, né entre deux mondes, qui se dresse soudain sur ses pattes fragiles pour hennir vers un ciel enfin dégagé, comme s’il pressentait, au-delà des ruines, l’aube d’un temps nouveau. ![]() Le Jardin des délices (1503-1504), musée du Prado, (Madrid). Jérôme Bosch Les chouettes, malgré leur regard de prophétesses, tournoient encore au-dessus des toits effondrés, et leurs ailes, en battant l’air, soulèvent des poussières d’or, celles des vieilles pages de livres, des graines oubliées, des rêves pas tout à fait morts. Les chats, eux, se blottissent contre les derniers feux, non par résignation, mais parce qu’ils savent, mieux que quiconque, que la chaleur renaît toujours des cendres. Et puis, il y a les plantes têtues…qui percent le bitume, elles n’ont pas demandé la permission pour pousser, pas plus qu’elles ne se soucient des dates gravées sur les murs. Elles sont là, simplement. Comme un rappel que la vie, même dans ses formes les plus humbles, refuse de se laisser enterrer. Imaginons qu’au creux de ce faubourg déchiré, une faille s’ouvrait, non vers un ailleurs, mais vers ce jardin où tout se mêle, celui que Jerôme Bosch peignit comme un rêve éveillé ? Alors oui, ce quartier est un cimetière de rêves, un no man’s land entre hier et aujourd’hui. Regardez mieux : dans les crevasses, quelque chose respire encore. Peut-être est-ce le vent qui tourne, ou le souffle d’un conte pas tout à fait achevé. Peut-être est-ce l’espoir, pas celui, naïf, qui nie les ruines, mais celui, opiniâtre et sauvage, qui s’y accroche comme lierre à la pierre. Et si vous tendez l’oreille, entre deux coups de canon lointains et le grésillement d’un poste de radio cassé, vous entendrez une mélodie. Celle d’un violon joué par un vieux musicien assis sur un tonneau, ou peut-être celle, imaginaire, d’un futur qui s’écrit déjà. Car même dans la fin, il y a un commencement. |
⇑⇑⇑Exemple d’une transformation | |
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| Une ruelle du village d’Allauch dans les Bouches du Rhône | |











