Le vent souffle doucement dans la forêt de Brocéliande.
Voici l’histoire du Val sans Retour et de Morgane la fée…
 Publiée dans l’ouvrage de Charles Le Goffic, Brocéliande, en 1932.
Il y a fort longtemps, au cœur de la forêt profonde, vivait Morgane la Fée.
Belle, savante et puissante, elle connaissait les secrets des plantes, des étoiles et des sortilèges anciens. Mais son cœur, lui, n’était pas invincible.
Un jour, Morgane tomba amoureuse d’un chevalier. Il lui jura fidélité, éternité, serments murmurés sous la lune…
Mais les promesses des hommes sont parfois plus fragiles que la rosée du matin.
Elle apprit qu’il aimait ailleurs.
Alors, son chagrin se changea en colère.
Au creux d’une vallée sauvage bordée de rochers rouges, Morgane leva les bras vers le ciel et prononça des paroles que le vent n’a jamais répétées.
La terre trembla.
L’air devint lourd.
Et le Val sans Retour naquit.
Dès lors, tout chevalier infidèle qui pénétrait dans la vallée s’y retrouvait prisonnier.
Ils erraient parmi les bruyères et les étangs silencieux, incapables de franchir les limites invisibles du sortilège.
Plus ils tentaient de fuir, plus le chemin les ramenait au même endroit.
Beaucoup disparurent ainsi, victimes de leurs propres serments trahis.
Les années passèrent.
Un jour, un chevalier s’aventura dans le val. Il s’appelait Lancelot du Lac. Son armure brillait comme l’aube, mais son cœur portait un amour ardent et sincère.
Lorsque le charme tenta de l’enchaîner, il ne faiblit pas.
Car le sort de Morgane avait une faille :
seul un amour véritable et fidèle pouvait briser l’enchantement.
Lancelot traversa la vallée sans être retenu. Les chaînes invisibles se brisèrent, les brumes se dissipèrent, et les chevaliers captifs retrouvèrent la liberté.
Morgane, depuis les hauteurs, observa la scène.
On dit qu’un instant, son regard ne fut plus colère… mais tristesse.
Depuis ce jour, le val est redevenu sauvage et silencieux.
Mais lorsque le vent passe entre les pierres rouges, certains jurent entendre encore un murmure :
« Que nul ne jure ce qu’il ne peut tenir… »
Et si un soir tu te promènes en Brocéliande, prends garde à ton cœur.
Car la forêt écoute toujours.
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que fais je ici ?
bien à toi
JNL
T’es perdu !