Photographies – périgrination
| Suggestion d’écoute : Autoportrait d’une Locomotive à Vapeur |
|
Les photographies inclassables et enchevêtrées
|
Cet article comporte plusieurs pages – This post contains several pagesDernière mise à jour : 23 décembre 2025EnVRAc59–
–
Cliquez sur une photo pour l’agrandir – Click on a photo to enlarge it
|
Pérégrinations Photographiques
Où l’accumulation n’est jamais ouvertement une énumération répétitive.
L’accumulation est une technique artistique popularisée par Arman, artiste français qui l’a beaucoup travaillée et théorisée. Tel qu’Arman la définit et la produit, l’accumulation est un rassemblement d’objets identiques dans une très grande quantité, généralement fondue dans du plexiglas.
De manière organisée ou désorganisée – volontairement ou involontairement. Cette technique sera évidemment souvent réinterprétée par la suite, donnant lieu à autant de types d’accumulation différents. Chacun ayant ses propriétés tout en gardant l’aspiration première du matériau réutilisé en masse.
Ce qui laisse entendre, toute l’importance qu’elle prendra dans le cadre du pop-art. Dans sa pratique de l’accumulation, Arman distinguait les accumulations pures, les fragmentations, les coupes, les poubelles, les colères et les monuments de la façon suivante, enrichissant dès lors la conception première et simple donnée plus haut.
A propos d’Arman par Grégoire von Muckensturm

L’accumulation dans l’art

Autoportrait Robot – Arman – 1992
L’accumulation est un procédé artistique consistant à rassembler, répéter ou superposer une grande quantité d’objets, d’images ou de formes similaires au sein d’une même œuvre.
Elle occupe une place importante dans l’art moderne et contemporain, car elle interroge à la fois la société de consommation, la mémoire collective, le rapport au temps et la valeur de l’objet artistique.
Dès le début du XXᵉ siècle, l’accumulation apparaît comme une remise en cause de l’œuvre unique et précieuse. Les artistes dadaïstes, tels que Kurt Schwitters, intègrent des fragments et des déchets dans leurs collages, ouvrant la voie à une esthétique du multiple et du rebut. Cette logique se renforce après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte marqué par l’industrialisation, la production de masse et l’essor de la consommation.
L’artiste français Arman est l’une des figures majeures de l’accumulation.
À travers ses Accumulations (années 1960), il assemble des objets identiques ou similaires — montres, violons, voitures, déchets — enfermés dans des vitrines ou des résines. En multipliant ces objets, Arman déplace leur fonction utilitaire pour en faire des témoins critiques de la société industrielle et de l’obsolescence programmée. L’accumulation devient alors un outil de dénonciation du gaspillage et de la surconsommation.
D’autres artistes utilisent l’accumulation comme un moyen de questionner la mémoire et l’histoire. Christian Boltanski, par exemple, accumule vêtements usagés, photographies anonymes ou boîtes métalliques afin d’évoquer l’absence, la disparition et la fragilité de l’existence humaine. Chez lui, la répétition et la quantité renforcent l’émotion et donnent à l’œuvre une dimension quasi mémorielle ou funéraire.
L’accumulation peut également produire un effet visuel puissant, proche de la saturation. Dans l’art contemporain, elle participe à une esthétique de l’excès, où le trop-plein devient signifiant. Ce phénomène fait écho à l’analyse de Walter Benjamin, pour qui la reproduction et la multiplication des images modifient profondément notre rapport à l’art et à l’expérience esthétique.
Ainsi, l’accumulation dans l’art n’est pas un simple empilement d’éléments : elle constitue un langage plastique à part entière. Elle permet aux artistes de transformer le banal en œuvre, de donner une valeur symbolique au multiple et de proposer une réflexion critique sur le monde moderne, ses excès, sa mémoire et ses contradictions.
- Arman, Accumulations, catalogue d’exposition, Centre Pompidou
- Boltanski, Christian, Faire son temps, Éditions de l’École des Beaux-Arts
- Benjamin, Walter, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, 1936
- Bourriaud, Nicolas, Esthétique relationnelle, Les Presses du réel
- Restany, Pierre, Les Nouveaux Réalistes, Éditions du Seuil
- Danto, Arthur, La transfiguration du banal, Seuil
S’il n’y a pas d’émotion, s’il n’y a pas un choc, si on ne réagit pas à la sensibilité, on ne doit pas prendre de photo. C’est la photo qui nous prend.
Henri Cartier-Bresson
Toutes les librairies «ENVRAC»
Il y a environ une centaine de photographies par série.
EnVrAc58

