L’extatique inconfort de la désobéissance

désobéissance

  ComGris

L’artiste se doit de délivrer l’art des nombreux agencements sectaires dans lesquels, pour des raisons de pouvoirs politiques où économiques, il se trouve trop souvent enfermé.
 
Composition et improvisation pour trois synthétiseurs, bruits d’industries diverses, percussions, piano et violon.


désobéissance

  Jérôme Bosch – Le Jardin des délices    


 

Le choix d’une illustration, probablement controversé, pour une musique.

désobéissanceOù, dans le premier panneau, la désobéissance n’est pas encore accomplie. Dans le second si fait. Le troisième, où l’on est censé punir mécréants et rebelles, recèle moult instruments de musique et deux partitions dont une sur les fesses d’un personnage. S’il doit la lire il devra pendre des dispositions souples mais drastiques! Il est amusant que dans ce dernier panneau qui dénonce, en bas, certains turpitudes du monde se trouvent une vielle à roue invertie, une harpe crucifiante, un cithare attachant, quelques flûtes dont une restera dans les annales, un tambour espiègle, des trompettes joueuses et une cornemuse rose: tous outils de torture. Il est vrai qu’a ce jeu l’humanité n’a jamais manqué d’imagination. Dézinguer de manière effroyable permet toujours de renforcer le pouvoir des imbéciles.


La musique fut-elle perçue si perverse, si désobéissante, tellement insaisissable et séduisante qu’on la vit mériter l’enfer?
Augustin d’Hippone disait «L’enfer a été fait pour les curieux.» cette phrase aussi curieuse qu’ambiguë mérite un pandémonium d’interprétations plus ou moins hypocrites. 
Les curieux, créatifs de nature, plus que souvent désobéissent à l’ordre établi, aux pouvoirs, dogmes et autres certitudes serviles. Conséquemment, nous resterons prudents quant aux dires de cet Augustin là qui croyait aux démons Incubes ou Succubes et avait, tout porte à le croire, un problème avec la gent féminine et toutes concurrences !
De fait, obéir serait plus confortable et socialement plus facile. Résister au système honnêtement implique de se remette d’abord en question avant de se donner l’ordre d’agir, un redoutable exercice.
Il me semble important de préciser que cette désobéissance doit être positive. Il ne s’agit pas de commettre des larcins, méfaits et quelques meurtres au nom d’un dieu psychopathe, d’une organisation sectaire ou d’une idéologie pseudo-révolutionnaire qui s’ensuit, sans coup férir, d’un totalitarisme. Il n’y qu’à regarder historiquement en arrière pour comprendre qu’il y a une différence notoire  entre désobéissance et nouvelle servitude. Il ne s’agit pas non-plus de s’autodétruire avec des substances délétères qui enrichissent souvent les sus-cités.
Diderot a désobéi et fut mis à l’index… Mais quel ouvrage que cette encyclopédie réalisée avec ses courageux compagnons. Un croche patte au pouvoir qui aime maintenir son répugnant confort par le prodige de l’ignorance et l’intoxication émotionnelle des simples citoyens  . 
Et, ne nous masquons pas la vérité, être en marge est souvent accompagné d’isolement qui occasionne de l’inconfort…
«Car les bonnes gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux !» chantait ce bon Brassens !


J‘ai le sentiment profond que les arts ont tous tendance à se normaliser ce qui fait le jeu du pouvoir centralisé de l’Europe de Maastricht qui n’a aucun intérêt, nourrissant le capitalisme, à ce que les citoyens s’émancipent et rechignent à courber l’échine, renonçant à cette servitude volontaire si bien décrite par Etienne de la Boétie.
 
Tabou-Club

le Tabou club illustration de 1952 par un artiste inconnu de Villecroze
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Artistiquement je pense au Jazz… On est bien loin du Tabou 33 rue dauphine Paris VIéme arrondissement, une cave enfumée où se produisaient  les désobéissants de l’époque ( 1947 – 1962). Une cave où l’on rencontre Juliette GrécoAnne-Marie Cazalis en animatrices du lieu et Marc Dolnitz en organise les fêtes. On peut noter parmi ces joyeux habitués Boris Vian, Yves Montand, Simone Signoret, Renaud-Barrault, Sartre, Beauvoir, ainsi que Miles Davis, Gaston Gallimard, René Julliard, Alexandre Astruc, Roger Vaillant, Maurice Merleau-Ponty et d’autres zazous.
 
« Très vite, le Tabou est devenu un centre de folie organisée. Disons-le tout de suite, aucun des clubs qui suivirent n’a pu recréer cette atmosphère incroyable, et le Tabou lui-même, hélas ! ne la conserva pas très longtemps, c’était d’ailleurs impossible. » — Boris Vian
Vian 1974, page 130

 

 

 

 
Actuellement cette musique semble très bien encadrée, institutionnalisée dans de nombreuses écoles qui , hélas, tendent au lissage technique.
Les indiscrétions sous les jupes des filles se font rares dans les clubs!
Tout est, à de rares exceptions, propret, rien ne dépasse et on y entend de gentils talents!
Sacrebleu, ceci est d’un profond ennui.
Où est donc passée la joyeuse désobéissance alcoolisée, enfumée du Jazz, du Free Jazz, du Rock quand les bruyants, la nuits, recevaient les vases de nuit des honnêtes et besogneux citoyens réfractaires à l’émancipation? 
Quant à ceux du Rock, pour les museler, il eût suffi d’outrancièrement les enrichir pour les éloigner du peuple et les retrouver, en pleine rébellion mondaine à Monaco, Saint-Tropez, Ibiza et d’autres lieux hautement révolutionnaires sirotant, a quai sur des yachts somptueux du Champagne en compagnie des «Grands» de ce monde… Il faut bien se le partager!

Guillaume LoizillonAvant de finir, l’intervention,  lors d’une conférence ( Forum Désobéissance le 28 mars 2011 )  de Guillaume Loizillon glanée sur internet: positivité de  la procrastination!

Guillaume LOIZILLON vit et travaille à Paris. Compositeur et musicien intéressé par tous les autres médias, il demeure indépendant et toujours attiré vers des expériences et des développements artistiques nouveaux : musiques électroniques, improvisation, poésie sonore, installations, rencontres interdisciplinaires avec des plasticiens ou des chorégraphes, arts en réseaux etc.
Il est maître de conférences au département de musique de l’université Paris 8 et co-fondateur du label Trace Label.

 

Puisque je suis censé prodiguer, aux étudiants d’Ingémédia, mon savoir faire sur un logiciel de M.A.O: 
Plus bas le «Laboratoire» avec le progiciel CubasePro de Steinberg.
M.A.O: Timothée mon regretté chat prononçait parfaitement ce raccourcit mais je n’ai jamais vraiment su s’il intéressait à l’histoire de la Chine, à la musique assistée par un ordinateur ou bien au vide sidéral mais momentané de son écuelle !
désobéissance 

A propos Frank Lovisolo-Guillard

Frank Lovisolo est un réalisateur multimédia demeurant à Toulon (France). Compositeur de musique, il s’est intéressé à l’image pour illustrer ses œuvres musicales. Frank Lovisolo is a multimedia film-maker who lives in Toulon (France) He is also a music composer and has always taken an interest in visual representation to illustrate his musical works.
Lien pour marque-pages : Permaliens.

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